La jeune fille ouvrit les yeux difficilement à cause des rayons du soleil qui se projetait en plein sur son visage. Elle s'était réveillée dans un lit, emmitouflée dans des draps propres. La pièce dans laquelle elle se trouvait avait beau être la plus sobre possible, c'était pour elle un tel luxe qu'elle n'en trouvait pas les mots. Elle ressentait d'étranges sensations qu'elle avait bien du mal à appréhender. Pour la première fois depuis aussi loin qu'elle se souvienne, elle n'avait ni froid, ni trop chaud. Pour la première fois aussi depuis des années elle se sentait pure et, bien que la crasse ne soit pas complètement partie, elle se sentait propre.

Elle entendit une voix grave et masculine qui l'appelait et se leva de suite pour aller le rejoindre. Une fois debout, elle sentit le tissu de sa robe de nuit glisser sur sa peau. Cela faisait tellement longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi bien qu'elle en versa des larmes. Larmes qu'elle s'empressa d'essuyer avec force afin d'être présentable en face de l'homme qui l'avait « achetée ». Elle sortit de la chambre en courant et arriva à toute vitesse dans la grande pièce qui était au bout du couloir. L'homme se tenait assis à la table, une bouteille à la main dont il buvait le breuvage au goulot tel un riche qui sirotait sa tasse de café ou le thé au petit-déjeuner. Il la regarda avec dureté et lui fit comprendre de venir s'asseoir. Elle cacha son anxiété derrière un sourire forcé et s'asseya. Elle découvrit devant elle un festin que les gens aisés appelaient communément « Petit-déjeuner ». Elle dû être restée trop longtemps à contempler la nourriture puisque l'homme la fit sortir de ses rêveries.

« Mange au lieu de baver comme une demeurée. »

Son ton dur et blessant ne la vexa même pas. Après tout, ça à côté de ce que les gens de la rue te lançaient cela faisait le même effet qu'un petit caillou lancé sur un géant. Elle hocha donc la tête et planta doucement ses dents dans une tranche de brioche.

« Tu peux y aller, j'ai pas mis de poison dedans. »

Elle sursauta en entendant ses propres pensées prononcées à voix haute par la bouche de l'homme. Pleine de remords quant à sa suspicion et par peur de représailles, elle mangea jusqu'à s'en faire mal à l'estomac. Depuis combien de temps n'avait-elle pas eu de repas digne de ce nom ? Les larmes coulèrent à nouveau et cette fois-ci elle ne pu retenir ses sanglots.

« Va prendre un bain. »

La jeune fille s'exécuta et partit dans la salle de bain. Elle constata avec surprise que l'eau du bain avait été coulée et qu'il n'attendait plus qu'elle. Après s'être déshabillée et avoir retiré les bandages qui recouvraient ses pieds, elle se glissa lentement dans l'eau chaude et laissa son esprit vagabonder pendant que la crasse assombrissait l'eau. Elle ferma les yeux et repensa à la veille.

Après qu'elle ai ramassé l'argent que l'homme venait de lui donner, elle l'avait suivit sur un très long trajet. Ils étaient sortis du quartier rouge puis de la ville. Lui était toujours à plusieurs mètres devant, les mains dans les poches. Elle le suivait aussi vite que ses frêles jambes pouvaient la porter. Ils avaient arpenté un chemin rocailleux et sinueux qui traversait une forêt et montait jusqu'en haut d'une colline. L'homme s'était arrêté en haut de la colline et l'avait attendue. Il lui avait désignée une maison du doigt et lui avait dit « C'est ici ». Elle était entrée après lui dans la maison et avait découvert le salon dans lequel elle mangea le lendemain. Elle s'était émerveillée devant tant de luxe qui pourtant ne l'était pas. Il s'était affalé sur une chaise et avait retiré ses bottes en soupirant. Elle, qui savait parfaitement ce qu'il se passait une fois une fille « achetée », retira sa robe sale et rapiécée ainsi que son seul sous-vêtement quelle avait et se présenta nue face à lui, prête à lui offrir son corps pour l'argent qu'il lui avait donné. Il venait de payer une prostituée après tout, alors elle se devait de faire son travail pour vivre. Elle s'approcha de lui qui, la tête en arrière et les yeux fermés depuis qu'il avait retiré ses chaussures ne savait en rien ce qui l'attendait lorsqu'il voulu lui dire quelque chose.

« Tu peux utiliser la salle de b- Mais qu'est-ce que tu fous bordel de merde ?! Rhabille-toi tout de suite, non mais ça va pas ?! »

Il lui hurla une bonne dizaine de fois de se rhabiller avant qu'elle ne fonde en larme et tombe à genoux tant l'incompréhension avait brouillé son cerveau ? Lorsqu'il fit un mouvement vers elle, elle sursauta si fort qu'il retira sa chemise et la recouvrit avec en lui posant une main réconfortante sur sa tête tellement sale.

« Je ne te toucherais pas si c'est ce que tu veux savoir. »

Les larmes de la jeune fille redoublèrent lorsqu'elle comprit que l'homme n'en avait pas après son corps. Rassurée, elle lui offrit son premier sourire depuis des années, un sourire de soulagement qui sécha ses larmes. Une fois calmée, il la porte brusquement et la peur l'envahit de nouveau. Il la déposa dans une pièce qui d'après ses souvenirs s'appelait une « salle de bain » et ferma la porte derrière lui, la laissant seule dans la pièce.

« Mets une serviette pour couvrir ton corps et dis-moi une fois que c'est fait. »

Elle s'exécuta rapidement, laissant tomber à terre la chemise et passant une serviette autour de sa poitrine. Puis elle entrouvrit la porte et le regarda avec un air un peu perdu. Il ouvrit la porte, entra dans la pièce et ferma derrière lui.