Lorsqu'elle se réveilla, aux alentours de dix heures, elle vit que la place à côté d'elle était vide. Il était reparti. Sans laisser un mot, une attention. Rien. Mais elle avait l'habitude. Lentement, elle s'extirpa de la couverture et posa les pieds au sol. Il faisait froid. Elle s'enroula dans un peignoir et descendit les escaliers. Arrivée devant la cheminée, elle fit un petit tas de bois, prit sa baguette posée sur une table, l'agita un peu et bientôt, un superbe feu se mit à flamber. Elle soupira en s'asseyant dans un fauteuil. En regardant par la fenêtre, elle se demanda où il pouvait bien être. Et surtout si elle l'aimait encore. Si elle devait continuer avec lui. Les temps étaient sombres. Les gens avaient peur. Combien de sorciers et sorcières avaient-ils disparus ? Combien d'entre eux avaient-ils étaient torturés, assassinés, pour avoir participé à une quelconque résistance, comme ce groupe que l'on nommait « l'Ordre du Phénix ». Combien n'étaient plus là ?
Elle soupira à nouveau en pensant à tout ce qu'elle avait lu dans les journaux. Une horreur. Un carnage. Le mal était partout. Aussi attirant que repoussant. Et elle en savait quelques chose…
Aux alentours de midi, Kate saisit son manteau noir, qu'elle mettait généralement pour aller faire les courses. Son mari prit sa baguette qu'il glissa dans la poche de son pantalon –on ne sait jamais. Ils se regardèrent et, d'un hochement de tête, sortirent.
A l'extérieur, il faisait beau. Trop beau pour l'horreur dont il avait partiellement étaient témoins la veille. Ils allèrent tout droit vers la maison d'en face. Personne dans la rue, personne dans les jardins. Celui que Kate avait vu entrer la nuit précédente ne semblait plus être dans les parages. Bien sûr qu'il n'y était plus ! Il n'allait pas passer des heures entières dans un petit lotissement de la banlieue de Londres sans rien faire. Sans tuer. Sans se défouler. Il avait dû repartir après avoir tué la voisine d'en face.
Arrivé devant la porte, le couple ralentit. Le mari fit signe à sa femme de rester derrière lui. Sa main droite, glissée dans la poche, serrait sa baguette. Il inspira profondément et poussa lentement la porte. Celle-ci s'ouvrit sans problème. Elle n'était pas fermée à clé.
Kate et son époux entrèrent en trombe dans la maison. Dans leur tête, ils devaient rapidement trouver le corps et le faire disparaître après lui avoir rendu les derniers hommages. Les Moldus ne devaient pas le trouver avant eux. On ne sait jamais. S'ils s'apercevaient de leur existence…
Mais avant même qu'ils n'aient pu monter à l'étage –où ils avaient vu, pour la dernière fois, un lumière- ils remarquèrent une jeune femme blonde qui les fixait avec des yeux ronds depuis la cuisine.
-Qu'est-ce que vous faites ici ? demanda-t-elle, très surprise.
Kate sursauta :
-Mais… c'est vous la voisine d'en face !
-Ben… bien sûr que c'est moi. Auriez-vous perdu la tête ?
-Je… mais hier… il est venu !
-Qui ?
-Lui ! Vous-savez-qui ! Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ! Je l'ai vu ! Il est entré dans votre maison !
La voisine d'en face regarda Kate en fronçant les sourcils.
-Je crois que vous avez mal vu, dit-elle calmement.
-Non, j'ai bien vu, je vous assure.
-Et moi je vous assure que si Vous-savez-qui était venu chez moi, je ne serais plus là à vous parler.
-Justement, nous pensions que vous étiez morte et nous venions voir…
-Kate, ma chérie, interrompit son mari.
Puis, s'adressant à la voisine :
-Excusez-nous, ma femme a dû mal voir. Nous nous sommes trompés. Heureusement, ce n'était pas lui, qui était là cette nuit.
-Bien sûr que non, ce n'était pas lui. Vous avez dû le confondre avec mon frère qui, effectivement, est venu me rendre visite hier soir et a passé la nuit ici. Il est reparti ce matin, tôt, pour Edimbourg.
Le mari s'excusa une nouvelle fois pour l'erreur et le dérangement puis partit, entraînant sa femme avec lui.
-Tu as fait une belle gaffe, toi, marmonna-t-il tandis qu'ils retournaient chez eux.
-Mais non, je suis sûre que c'était lui !
-A priori non, c'était son frère.
-Mais d'où elle a un frère, elle ?
-Comment ça « d'où » ? Elle a bien le droit d'avoir une vie familiale sans que tu sois au courant, non ?
Kate maugréa quelque chose mais dû admettre qu'elle s'était trompée. Ce n'était pas lui qui était dans leur rue cette nuit. Au fond, ça la rassurait un peu…
