Cléophée sortit son emploi du temps avec un grand geste, manquant d'éborgner quelqu'un, pour constater que l'heure suivante serait occupée par l'option musique, que les deux jeunes filles n'avaient pas prise. Elles décidèrent donc de migrer en direction du foyer des lycéens.
Ledit foyer était au premier étage. C'était une salle plutôt spacieuse, avec un sol en marbre, sur lequel étaient disposés d'épais tapis en laine, dans les teintes de rouge/bordeaux. Quelques lycéens travaillaient sur des tables de bois massif, dispersées dans la salle. Trois canapés étaient disposés autour de la cheminée, dans laquelle brûlait un feu de bois. Quelques petites bibliothèques étaient collées aux murs, et des livres traînaient un peu partout. Dans un coin, un micro-onde côtoyait un frigo chromé et quelques plans de travail, ainsi qu'une machine à café et d'une multitude de tasses, de soucoupes et de sucres solides, dans un grand saladier.
Jacob Black les avait précédées et squattait le rebord de la cheminée avec ses amis, tous aussi Indiens que lui.
-Hey, girls, come !
Cléophée et son amie haussèrent les sourcils simultanément et modifièrent leur cap pour se diriger vers les Indiens.
-Alors, il est relou Lanbelme hein ? demanda Black avec un grand sourire.
-Fortement, acquiesça Cléophée en s'asseyant sur un des canapés anciens. Votre machine à café est sympa ou elle est galère ?
-Spèce d'accro à la caféine va, critiqua Déïdre.
-M… moi ? Jamais ! s'exclama Cléophée, faussement choquée.
Déïdre soupira avec un sourire en coin, et rit. D'ailleurs, son rire fut vite accompagné des Indiens.
-Alors ça va, intervint Black avec un sourire discret sur les lèvres, On est « réglo ».
-Bof, j'suis pas sûre. Z'avez surtout l'air de branquignols pas nets, de loin, répliqua Déïdre.
-Sûr que comparés au "perfect blond prefect", on ira pas loin, ricana Jacob.
Déïdre et Cléophée tournèrent d'un mouvement complètement synchronisé leur regard vers Caïus Volturi qui lisait un gros bouquin visiblement vieux et poussiéreux. Il semblait complètement absorbé et plongé dans sa lecture, de manière si intense qu'il fronçait les sourcils, et articulait les paroles du livre. Cléophée et Déïdre sourirent.
-Ben franchement, moi j'le trouve cool ! C'est vrai, quoi, merde ! Combien d'élèves perdraient leur temps quitte à être en retard en cours pour accompagner des nouvelles chez le proviseur ? le défendit Dy' en croisant les bras, le sourire aux lèvres
-Oui, et puis franchement aussi, je trouve qu'il ne se rabaisse pas au niveau de certaines personnes qui, au lieu de se poser, de lire un livre et de faire des choses intelligentes, cherchent des noises à tout le monde !
-Et puis, il est siiiiiii mignon, soupira Dy' en faisant mine de s'éventer.
-Héééééé ! répliqua son amie en lui collant un coup de coude dans les côtes.
-Pardoooon ! gloussa la rousse flamboyante en jetant d'un geste souple de la tête une mèche de cheveux qui s'étaient détachée du chignon derrière son épaule.
-J'aime pas quand tu fais la dinde Dy', ça me perturbe...
Déïdre quitta son gloussement pour son ricanement psychopathe habituel, et s'étira un peu, le cours précédent l'ayant complètement anesthésié. Une heure de pause. Bien ! Idéal, disons. Restant toujours debout, la rouquine scruta le lieu, examinant les motifs régnant dans la salle.
Cléophée, elle, regardait le jeune Volturi discrètement, se posant sans doutes aucuns multiples questions sur sa vie, sa personnalité, ses goûts, ses relations, étouétouh…
Black, sûrement un peu déstabilisé par les réactions des filles par rapport à sa remarque avait cligné des yeux, et légèrement bégayé, mais heureusement pour lui, ce ne fut que ses amis qui avaient remarqué son bégaiement.
D'ailleurs, ils étaient bien aussi surpris que lui. Ils n'avaient jamais dû être contredits, et surtout par des filles, qui de plus avaient leur âge, et étaient même dans sa classe. Mais Black se rattrapa bien vite, car il récupéra son grand sourire chaleureux et blanc.
-Donc, vous venez d'où, exactement ? Si vous étiez dans une autre école aux alentours de la ville on vous aurait au moins croisé, remarqua-t-il en interrogeant Déïdre du regard.
-On vient de Norvège, répondit la rousse en tournant son regard vers Chléophée qui venait à peine de quitter le jeune Volturi des yeux.
-Et c'est cool, la Norvège ?
-Ouais… il fait froid mais on s'amuse bien, répondit Déïdre.
-Mais attend ! C'est trop coule quand y fait froid ! répliqua son amie.
Cléo' se leva, traversa la pièce et mit la machine à café en route.
-Droguée ! s'exclama Dy' à travers la pièce.
-Ca vaaaa, c'est que ma troisième tasse aujourd'hui ! se défendit son amie en remontant ses lunettes et en revenant vers eux avec une tasse et une soucoupe en porcelaine avec une petite cuillère et un sucre.
Elle sourit, et prit une rapide gorgée de café qui était encore brûlant. La rousse regarda par la fenêtre d'un air monotone. La pluie, ce n'était pas son truc. Elle préférait quand il neigeait. Le jour de la mort de sa mère, la ville avait été presque inondée tellement il avait plu. La lycéenne soupira, s'attirant un regard interrogateur de Cléophée qui soufflait sur son café pour qu'il refroidisse. Déïdre se reprit et lui adressa un sourire.
-Breeeeeefeuh… souffla Dy' en s'asseyant sur l'accoudoir du fauteuil dans lequel s'était installé Cléo'.
-Brefeuh ? demanda Jacob.
-Mouais… Bref, quoi, confirma-t-elle en hochant la tête mollement, regardant le sol d'un air vide.
-Bois du café, c'est bon pour le moral ! s'exclama joyeusement Cléo'.
Déïdre fit la moue et tira la langue.
-Mon moral va parfaitement bien ! Et j'ai horreur de la caféine… Ca me rend frétillante et pathétiquement dindouille.
C'est ce moment là que choisis « le perfect blond » comme le nommait Jacob pour s'approcher des filles un sourire amical aux lèvres. Il avait toujours son gros livre à la main.
-Mesdemoiselles, dit-il avec courtoisie, si vous avez une quelconque question ou demande, ou encore si vous avez besoin de rattraper certains cours, vous pouvez me demander quand vous le souhaitez, je suis à votre disposition. Il est de mon devoir de délégué de m'occuper des nouveaux venus.
-Bien sur, répondit Cléophée avec son sourire Colgate sincère n°1. C'est très aimable à toi.
Déïdre sourit rien que légèrement, et hocha la tête en guise de remerciement. Après s'être reçu un regard peu agréable de la part de Jacob, il se racla la gorge avec dignité.
-Et si vous avez des problèmes avec certains élèves, car ils ne sont pas tous fréquentables dans cette école, prévenez-moi.
Et il partit la tête haute, après avoir jeté un regard méprisant à Black.
-La classe, fit remarquer Déïdre en donnant un coup de coude à Cléophée.
-Totaaaale, poursuivit son amie.
Black se tut, ne quittant pas la porte par laquelle était sortie Volturi des yeux. Déïdre rit et tourna sa tête vers Jacob. Quelque chose l'intriguait et elle voulait absolument avoir des réponses nettes à ses questions.
-Hum… Tout à l'heure… C'était qui, au juste, le mec roux ? Et d'ailleurs, pourquoi est-ce que vous vouliez vous battre ? demanda-t-elle curieusement en penchant la tête sur le côté.
-Le chéri de ma meilleure amie, répondit-il.
Dréïde ricana de son air psychopathe, et se leva. Elle avait un don pour deviner les choses avec quelques renseignements. Mais bon, dans le cas de Jacob, pas mal de personnes auraient pu deviner ce qui se passait.
-Et il te reproche de trop lui tourner autour, ou quelque chose comme ça ? Elle serait pour toi plus qu'une meilleure amie ?
-Mais comment t'as deviné ? ironisa Black.
-Je suis un Génie, se vanta Dréïde en s'affalant un peu sur le fauteuil et en écrasant les genoux de la pauvre Cléophée qui buvait tranquillement son café mais qui cependant ne dit rien et ébouriffa les cheveux de son amie.
-Hiiiiiiin... râla ladite amie. Léssemouatrankillle...
-Rêve, mon amour! Tu me dois bien ça! répondit Cléophée.
Cléo' déposa sa tasse vide sur la table basse et posa ses pieds à côté. Dréïde, elle, avait jeté un coup d'œil à Jacob qui semblait maintenant renfrogné. Il avait baissé les yeux, froncé les sourcils, et croisait les bras. L'esquisse d'un sourire se dessina sur les lèvres de Dy'.
-Han ! Il bouuuuude ! Comme c'est choupinou ! gloussa-t-elle en se rasseyant correctement, un air narquois et gentiment moqueur sur les yeux.
-Gnagna, répliqua Jacob.
-Ben moi, déclara Cléo', je vais lire un truc.
-Hors sujeeeet, chantonna D'y.
Cléo' regarda son ami d'un air blasé et soupira.
-C'est vrai que l'effet même de respirer la caféine est dangereux, pour elle... Je veux pas voir le résultat si elle en boit.
Et la lycéenne aux cheveux noirs trottina vers une bibliothèque au hasard, et connaissant Cléo', elle mettrait bien une demi heure à chercher un livre. Effectivement, Déïdre était heureuse et frétillante à cause de l'odeur du café de son amie. Ce qui, la connaissant, était plutôt flippant.
Le silence s'installa alors entre Déïdre et Jacob. La rousse s'assit correctement dans le fauteuil de Cléo', et regarda les flammes dans la cheminée. Quand elle était avec une personne en face à face, sa capacité à faire la conversation était considérablement diminuée, et elle se contentait de se taire et d'attendre que quelque chose se passe. La jeune fille observait le bois qui se consumait, comme si c'était un passe-temps des plus passionnants. Soudain, un livre entra en contact avec l'arrière de sa tête.
-On ne t'a jamais donné de cours de conversation, toi, déclara Cléo' en s'asseyant sur un des canapés.
Déïdre ne répondit pas, ayant à peine regardé son amie. Elle était trop attirée par les flammes qui "dansaient" et frétillaient toutes ensemble dans la cheminée. Son regard (très, très, très) bleu était presque inexpressif tellement elle était à fond dans sa contemplation.
-C'est le café qui fait ça, expliqua Cléo' aux Indiens. Elle frétille tel un jeune faon et puis tout de suite après, elle se transforme en dépressive de la vie.
-J'suis paaaaas une dépressive de la vie! C'est mon instinct artistique qui est déclenché et ma philosophie du monde, alors tu vois, j'suis un peu... plus calme que d'habitude? tenta-elle de développer en hésitant.
-Pareil, répliqua l'autre en ouvrant son bouquin poussiéreux.
Déîdre soupira et se frotta les yeux.
Une fraction de seconde après, Jacob se tendit et avait décroisé les bras, fixant une personne qui venait d'arriver avec anxiété.
-Ah merde… avait-il lâché entre ses dents.
Le roux du matin débarquait dans le foyer, et tenait une fille par la main. Sûrement la meilleure amie dont Jacob avait parlé. Le couple se dirigea vers nous. L'homme aux cheveux cuivres affichait un regard plutôt colérique et mécontent, marchant rapidement en faisait de grands pas vers Jacob, trainant presque la brunette par la manche. Celle-ci, exaspéré, mais aussi visiblement inquiète essayait tant bien que mal de le suivre.
-Black ! interpela le roux en s'arrêtant devant Jacob.
-Enchanté, ironisa Jacob, tu dois être Edward Cullen.
-Cesse de faire le niais et écoute-moi attentivement…
-Edward, intervint la brunette en se plaçant devant lui, Ne soit pas aussi rustre ! Fais au-moins un effort pour l'ignorer ! Vous me ferez du mal si vous vous battez !
-Comme c'est romantique, soupira Cléo' en tournant une page de son livre.
Dy' ricana et s'attira un regard agacé de Cullen. Pas facilement impressionnable, la rouquine se leva, et répondit par un regard méprisant et rabaissant.
-Oh ! Voyons, cher camarade roux comme moi… Tu ne vas pas faire honte à notre si belle couleur de cheveux en perdant ton sang-froid et en te battant. Ce serait un déshoneur pour toi, pour moi, et pour tous les red hairs de la planète ! plaisanta Déïdre.
Jacob ignora complètement l'intervention des deux filles, et se plaça devant Cullen, une lueur déterminée dans le regard.
-On ne se bat pas dans le foyer, prévint quelqu'un. Volturi va vous décapiter !
-La ferme, Jasper ! ordonna un autre lycéen. Quinze livres sur Ed' !
-Pari non tenu, Volty' va les tuer dès qu'il va revenir.
-T'es pas drôle, Jaja !
-Ne m'appelle pas comme ça, Emmett !
Les deux combattants, la brunette et Dy' se dévisageaient toujours devant la cheminée. Cléophée était absorbée par son livre à tel point qu'elle commençait à se manger le pouce.
Le Jacob qui, une quinzaine de minutes en arrière aurait rigolé, grogna, n'ayant même pas pris la peine de regarder Dréïde, qui essayait seulement de calmer le jeu avec humour. Celle-ci fronça les sourcils, et avança encore vers le groupe composé de Black, Cullen, et la brunette.
Cléophée leva les yeux vers son amie, sauta du canapé et se dirigea rapidement vers la rousse. Un silence de plomb régnait dans le foyer.
-Je vous déconseille grandement de faire ça, surtout ici, marmonna Dy', avec son ton glacial, se faisant presque hostile.
-Ma chéwie, intervint Cléophée avec un sourire forcé, évitons de nous impliquer là-dedans, je ne veux pas avoir d'ennuis, et je ne veux pas que tu en aies.
Déïdre serra la mâchoire et hocha la tête. Elle se dirigea vers le canapé, et attrapa sa besace qui trainait sur le sol juste à côté. Elle passa la bandoulière sur son épaule, et suivit Cléophée jusqu'à la sortie. Mais avant de quitter la salle, elle regarda le groupe.
-La sonnerie va retentir dans deux minutes. Ce n'est pas le moment idéal. Et ouis, franchement, quel intérêt d'utiliser les poings avant même d'avoir essayé dans discuter avec calme et discipline ? lança-t-elle au groupe avant de disparaitre avec Cléophée dans « la profondeur des couloirs ».
Les deux filles marchèrent quelques minutes dans les couloirs, se dirigeant vers la salle de maths. Quand Cléophée fut sûre qu'elles ne seraient entendues de personne, elle rit aux éclats, tandis que Dréïde haussa les sourcils, ne comprenant absolument pas ce qu'il pouvait y avoir de drôle à la scène qui s'était passée au foyer.
-La tête qu'a faite Cullen quand tu t'es incrustée en rabâchant sur l'art du combat, s'esclaffa-t-elle en brandissant le livre poussiéreux qu'elle avait emprunté au foyer.
Elle rangea ledit bouquin poussiéreux dans son sac à dos qu'elle portait sur une seule épaule (le pouvoir de la légèreté).
Le légendaire sens de l'orientation de Déïdre fit qu'elles ne se perdirent pas (aussi grâce aux plans du lycée affichés à intervalles réguliers). Elles arrivèrent avec succès en A206, et attendirent devant la porte que la sonnerie retentisse.
Le préfet blond arriva bien entendu en avance, les bras pleins d'une liasse de feuilles, et sa sacoche de cuir pendue à son épaule.
-Qu'est ce que c'est ? demanda Cléo' en désignant les feuilles.
-Les prospectus pour bal de Noël, répondit obligeamment Caïus.
-Ah ? Vous faites un bal à Noël ? s'étonna Dy'. A Tromso, ils n'en faisaient pas.
-Et oui, nous, on a un bal à Noël. Et les préfets doivent obligatoirement avoir une cavalière… je suis préfet et j'ai horreur de danser.
-Moi aussi, j'ai horreur de danser, affirma Déïdre. Je me sens stupide.
-J'adore ça, moi, s'étonna Cléophée.
-Oui mais toi, tu fais de la danse classique, et t'as prit des cours de valse quand t'étais tiote.
-Mouais mais bon, c'est étonnant que tu n'aimes pas danser… Pourtant, la musique et le rythme c'est vachement ton truc, et tu joues de la guitare, du violon, du piano et de la batterie comme une déesse, fit remarquer Cléo' en croisant les bras et en levant pensivement les yeux au ciel.
-Tu fais de la musique ? demanda Caïus en souriant.
-Mouais, répondit la rousse en souriant, assez fière quand même d'avoir ce talent.
-Et tu n'as pas pensé à monter un groupe ou à prendre l'option musique ?
-Nan, je me méfie des options musique. Et je voulais monter un groupe, mais je me méfie AUSSI des goûts musicaux de certains élèves. J'ai peur de ne tomber que sur des fans de Rap, de R'n'B et compagnie
Cléophée rit, en se remémorant comment Déïdre avait remballé, déjà un bout de temps en arrière, quand elles avaient eu douze ans, une fille qui se vantait d'avoir reçu un autographe de Lorie (qui ne chantait pas de R'n'B, mais c'était nul quand même).
D'ailleurs, elle remballait toutes les personnes qui citaient ou parlaient de R'b'B. C'était une musique qu'elle ne supportait pas. Elle se transformait en schizophrène quand elle en écoutait.
-Au fait ! s'exclama Caïus. J'ai les clés de votre chambre.
Le jeune homme galéra quelques minutes à la recherche des clés de la chambre des deux filles qu'il confondit avec celles de sa chambre, qu'il partageait avec Jasper Cullen et Seth Clearwather, puis avec celles de sa moto, avant de finir par trouver le trousseau de trois clés qu'il tendit aux jeunes filles.
-Pour l'instant vous êtes deux, mais y'aura peut-être d'autres filles qui arriveront en court d'année.
-OK ! Merci ! répondit Cléophée en se saisissant du trousseau.
Elle se battit quelques instants avec l'anneau du porte-clé, avant de tendre, victorieuse, une clé à Dy'. Elle rangea les deux autres dans la poche frontale de son sac, et la sonnerie retentit.
La professeur de maths, petite, aux cheveux grisonnants et un visage faisant penser à celui d'une vieille chouette ouvrit la porte. Elle n'avait pas l'air très motivée pour faire les cours, mais adressa un sourire forcé tout de même aux deux filles qui la saluèrent poliment en retour.
-Ah, les nouvelles. Bon, j'imagine que vous êtes au courant du principal et que le professeur d'anglais vous a présentées.
-A vrai dire, on est au courant du principal, mais le professeur d'anglais ne nous a pas présentées, répondit Cléophée avec courtoisie.
Caïus sourit, et avec un léger rire, intervint dans la conversation.
-Je m'en occuperai au début du cours, madame, dit-il en faisant un clin d'œil aux filles qui sourirent en retour.
-Très bien. Bon, les autres sont comme d'habitude en retard… Commencez à vous installer, je les attends ici, décida la prof de maths en laissant les trois élèves passer.
Dy' et Cléo' remarquèrent que l'odeur dans la salle n'était pas des plus agréables. Elles s'assirent à côté, à une place près du radiateur que leur avait indiquée la prof. et attendirent les retardataires. Une fois qu'ils furent arrivés, Déïdre chercha Jacob des yeux.
Quand elle le vit, elle remarqua que celui-ci était toujours aussi mécontent et renfrogné. La rousse lui indiqua un regard interrogateur, et il lui répondit d'un simple signe de main, avec un léger sourire forcé.
Caïus fit brièvement mais correctement la présentation de Déïdre et Cléophée qui s'étaient levées et placées devant le tableau. Certains élèves souriaient, repensant sûrement à leur intervention au foyer. Ensuite, elles retournèrent à leur bureau, toujours en souriant.
Déïdre et Cléophée furent surprises à quel point le cours de maths était bordélique au niveau des élèves. Ils chahutaient, se parlaient sans même chuchoter, s'envoyaient des gommes, et des stylos. Ils s'intéressaient à tout, sauf, au cours. La prof. de maths avait semblé complètement abandonner l'espoir d'avoir un cours normale.
Ca faisait trois mois qu'elle essayait, et elle s'était résignée. Les deux filles découvrirent aussi que la classe en question était minable et peuplée de beaucoup de mauvais éléments, notamment Julietta, une fille qui avait l'air de tout le temps faire la gueule, qui passait son temps à insulter les autres, qui crachait, parlait comme une racaille et émettait constamment des bruits de succion. Il y avait aussi Victorum, qui se croyait très malin, fin, subtil, drôle, intelligent, mais qui avait des notes minables et un humour vaseux et peu recherché. Bastinio qui passait son temps à dire « Mais vas-y c'est pas moi madame » et cherchait toujours des excuses bidons et ne fichait rien en classe. Et autre, d'ailleurs, entre dindes gloussantes, garces et pestes, Déïdre et Cléophée allaient avoir du boulot pour le remballage.
Et dans tout ça, le pauvre Caïus complètement désespéré, avait un air de pitié pour la prof, et faisait de son mieux pour recadrer la classe comme il le pouvait, et aidait à faire avancer le cours. Les deux filles avaient presque pitié pour eux. Comme ils devaient se sentir seuls…
-Ces gens sont des cas impénétrables pour la science, soupira Cléo'.
-J'affirme, marmonna Caïus.
L'énigme de la science suprême, Tibalt, assis derrière les deux jeunes filles, commença à chanter à voix haute.
-Dy', my heart, tu ne voudrais pas par exemple lui faire manger une prise de quelque sport violent ? demanda Cléo'.
-Je voudrais bien, mais en dehors du cours… parce que là, je ne voudrais pas rajouter du bordel dans cette classe…
Les deux jeunes filles et Caïus, résignés, attendirent la fin du cours. La sonnerie fit retentir son chant divin vingt minutes plus tard. Les élèves fuirent tous à la vitesse de la lumière.
