Chapitre 2 :

Douleur : à l'extérieur

Malgré la crise de douleur aigu qui la traversait de part en part, elle l'avait entendu tourner les talons. Par le son d'une porte qui se ferme, elle savait pertinemment qu'il était retourné dans ses appartements.

Elle était en pleine confusion mentale, pleine confusion de ses sens. Elle était ambivalente face à ce qu'elle souhaitait. Elle remerciait presque le ciel qu'il se soit éclipsé, qu'elle n'ai pas à l'affronter, lui parler, le voir, LUI qu'elle haïssait tellement fort à ce moment précis. Et d'un autre côté elle lui en voulait de ne pas insister plus, d'avoir lâchement abandonné pour juste repartir. Repartir auprès d'ELLE. Elle qui avait donc finalement réussit à la remplacer dans le cœur de celui qui restait à jamais son grand amour.

Comment avait-il pu ? C'était à ses yeux la pire des trahisons. Elle ne doutait pas un instant qu'il l'avait oubliée, et vite remplacée par celle qu'elle considérait à présent comme une ennemie.

Ils s'étaient tellement aimés, de façon si intense, d'une passion qui les consumaient à leur en faire perdre la raison.

Elle avait toujours cru qu'il serait toujours là pour elle. Que jamais il ne cesserait de l'aimer, comme elle n'avait au fond jamais cessé de le faire.

Mais la réalité de son humanité retrouvée, dont il ne lui avait même pas toucher un mot voulait tout dire. Elle qui avait tellement rêvé de cet instant où le destin leur accorderait enfin une chance.

La voilà sa chance, il vivait l'amour mais avec une autre qu'elle. Il avait juste arrêté de l'aimer ?

Finalement Spike avait eu raison de la rejeter tout à l'heure, elle venait de comprendre ce qu'elle lui avait fais subir. Un amour non partagé dévastait tout. Et lui qui devait savoir pour ce nouveau couple, il devait bien se frotter les mains en l'imaginant découvrir leur idylle.

Elle se demanda à quel moment, réellement elle l'avait perdu lui aussi. Finalement il ne savait pas à quel point il avait compté pour elle. De toute façon il était trop tard.

L'image d'une Italie brutale, violente domina son esprit. Et finalement toutes les douleurs de son esprit se mélangèrent : Angel devenant Angélus, elle qui trouvait le corps de sa mère, sa sœur prête à être sacrifiée, L'Immortel se délectant de sa peur et de sa douleur, elle tuant Angel, elle sortant de sa tombe, Spike essayant de la forcer... Elle mourant et revenant à la vie par deux fois, le destin ne voulant pas la laisser en repos.

Elle se releva difficilement, les yeux dans le vague , rougis d'avoir tant pleurés.

Elle resta debout face à la fenêtre , le regard accroché aux lumières de la si grande ville qu'était L.A. Qui la faisait se sentir si petite, si insignifiante face au monde.

L'âme déchirée par la vie, en pleine contemplation d'un monde si dure qui la dépossédait de tout, elle se mit à réfléchir à son existence.

Que devenait donc sa vie, si elle était d'une manière ou d'une autre condamnée à perdre ceux qu'elle aimait ? Sa mère, Giles, et maintenant Spike et Angel. Même l'image de ses amis et de sa sœur n'arrivait pas à la réconforter. Car bien qu'en étroite connexion avec eux, la distance les avaient éloigné de l'image de la famille qu'ils avaient été autrefois. Une image qui lui paraissait impossible à reconstruire après les événements survenu dernièrement.

Elle se disait qu'au bout du compte personne n'attendait après elle, chacun faisait son chemin. Un chemin où sa place importait peu finalement. Ils s'en sortaient même très bien sans elle. Comme si elle n'était qu'une ombre de leur passé.

Pris d'une pulsion où la raison n'a pas sa place, la guidant,contrôlant entièrement son être une lumière commençait à poindre au bout de ce trop long et trop sombre tunnel qu'était devenu son quotidien.

Les choses devenaient claires et logiques dans ce monde si brouillon. Une évidence. Une vérité absolue à ses yeux. Sans pleurs, sans craintes, ce qui ne lui était pas arrivé depuis si longtemps, elle commença à mettre en place l'image de l'évidence qui envahissait son esprit.

A cet instant tout acte était clair et précis, les choses se faisaient dans l'ordre, « une chose à sa place et une place pour chaque chose » pensa-t-elle.

Elle fouilla son sac qui était posé sur le sol au pied du lit, prit une feuille ainsi qu'un stylo.

Elle alla s'asseoir dans l'un des trop grands fauteuils près de la fenêtre et penchée sur la petite table carrée elle se mit à écrire.

A aucun moment elle ne s'arrêta, elle savait ce qu'elle avait besoin de coucher sur le papier, elle griffonnait frénétiquement.

Le stylo ne stoppa sa course folle qu'au moment où elle jugea que tout était écrit. Le condensé de ce qu'elle avait à dire se tenait là devant elle. .

Elle plia la feuille en trois, la posa sur cette petite table et plaça le stylo dessus.

Alors elle se leva, partit à la salle-de-bain, alluma la lumière quelle pu tamiser grâce au variateur posé à cet effet dans le mur. Elle fit couler l'eau de la baignoire.

Elle retourna dans la pièce adjacente, mis son sac sur le lit chercha ce dont elle avait besoin.

Une fois en possession de ce qui lui fallait, elle s'activa.

Elle étendit deux tissus blancs imageant la pureté sur le lit, un nuisette à balconnet en coton doublé d'un voile en soie et une très belle longue robe style empire en lin . Elle passa son regard de l'un à l'autre et arrêta son choix sur la nuisette.

Elle quitta son pantalon noir, la tunique pourpre contenant quelques perles qui lui servait de haut, son soutien-gorge ivoire et ses sandales également ornées de perles.

Vêtu uniquement de son string également couleur ivoire elle plia soigneusement le tout qu'elle déposa sur le lit près de son sac en mettant ses sandales au-dessus du tas de linge.

Elle enfila la nuisette doucement, pris le reste des objets qu'elle avait cherchée quelques minutes auparavant et s'engouffra dans la salle-de-bain.

Parmi ces objets il y avait un grand foulard bordeaux semblable à un voile qu'elle entreprit d'accrocher afin de recouvrir le miroir. Une fois ce geste effectué, elle arrêta l'eau qui avait fini de remplir le vaste bassin.

Sur le rebord de cette baignoire qui jouxtait le mur elle disposa ce à quoi elle tenait le plus au monde. Ce qu'elle avait réussit à sauver de Sunnydale en les ayants pris dans sa poche lors du grand combat. Des symboles d'amour, de vie.

Ainsi sur le rebord s'étalèrent l'un après l'autre, un médaillon représentant un cœur en cristal ayant appartenu à sa mère, il était glissé sur une chaîne celle offerte par sa sœur alors qu'elle partait d'Italie afin qu'elle pense à elle. Elle posa ensuite un zippo ayant appartenu à Spike et qu'elle avait réussit à lui dérober, puis une photo dont les bords étaient bien abîmés où apparaissait Willow, Alex et Giles au temps du Lycée. Et enfin la claddagh qu'Angel lui avait offert lors de son dix-septième anniversaire, elle l'avait retrouvée dans un coin du manoir peu de temps après le retour des enfers d'Angel.

Une fois fini elle se glissa sans se déshabillée dans l'eau chaude, ouvrit la paume de sa main droite et inspecta le dernier objet qui s'y trouvait. Une lame de rasoir. Elle savait de qu'elle faisait. Elle n'avait pas peur. Pourquoi avoir peur quand on à la certitude profonde de savoir ce que l'on fait ?

La douleur intérieur qui la submergeait avait fait son temps.

Elle pris la lame entre les deux doigts de sa main gauche et incisa en profondeur, dans la longueur, la grande veine de son poignet droit lui provoquant une brusque brûlure la dévorant.

Mais malgré celle-ci elle s'appliqua à répéter ce geste sur poignet gauche.

Elle venait de couper le fragile lien de la vie.

Alors elle posa la lame ensanglantée à la suite de ses effets personnels comme s'il s'agissait d'une partie d'elle-même.

Enfin la douleur intérieure s'était tue, enfin elle n'était plus brûlée vive en-dedans. Seule la douleur physique la traversait de part en part alors que lentement l'eau de la baignoire virait au rouge. Il lui avait fallu avoir suffisamment mal à l'extérieure pour finalement faire taire la douleur intérieur.

Puis assez vite sous l'effet du sang qui quittait son corps, la douleur s'atténua peu à peu comme sa conscience. Alors entre deux mondes, ceux de la vie et de la mort, des images du bonheur passé s'imposèrent dans son esprit.

Des moments joyeux, auprès de sa mère qui lui manquait trop, des moments de complicité auprès de Dawn, Dawn qui avait été faite sa petite sœur et qu'elle aimait tant, dont elle était si fière...Alex son meilleur ami, fidèle soutient, blaguant, rigolant, répondant toujours présent...Willow, sa petite Willow, si plein de vie, toujours le sourire au lèvre, devenue si forte, la meilleure amie dont on puisse rêver...Giles, le mentor, le guide, l'homme qui avait veillé sur elle, celui qui était finalement son père de cœur...Spike celui qui lui avait réappris à vivre, son confident, qu'elle avait appris à respecter ,à aimer...Angel, le grand amour de sa vie, celui qui redéfinissait sa vie rien que par un mouvement de tendresse à son égard, qui lui faisait battre le cœur à cent à l'heure même après toutes ces années...

Et c'est sur cet dernière image que ses yeux se fermèrent. Sans plus rien pour la retenir elle glissa dans le bain de son propre sang.

Elle avait enfin repris le droit sur sa vie, ce droit dont on l'avait privée à quinze ans faisant d'elle une tueuse de vampires. Elle qui devait vivre pour sauver le monde, mais dont le risque de ce métier étant la mort prématurée assurée.

Elle n'avait plus jamais eu le choix, le choix de soit. Elle ne s'appartenait plus elle appartenait à sa destinée. Ce soir elle venait de faire un pied-de-nez au destin.

Elle s'était libérée, enfin apaisée. Le repos de la guerrière.