Partie 2 dédiée à Vampirette en remerciement pour son gentil commentaire (j'espère que ça te plaira autant que la partie 1).


La lettre que Roger envoya à Tara ne correspondait pas tout à fait à ce qu'il avait prévu. "Merci encore pour ton aide" et "Tu es une très bonne actrice", oui, mais ensuite...

Que dirais-tu d'un autre rendez-vous ? Un vrai, cette fois. Est-ce qu'il t'est déjà arrivé de sortir réellement avec quelqu'un, au moins ? Après Hiro, ça... C'est un peu triste. Tu mérites quelqu'un qui s'intéresse à toi pour de bon.

Ce ne fut qu'en recevant la réponse qu'il se rendit compte de ce qui pouvait se lire entre les lignes.

Tu veux sortir avec moi ? Sérieusement ? Pas juste pour me remercier ou t'excuser de m'avoir considérée comme "utilisable" ? Je ne sais pas quoi dire. Non, ça ne m'est jamais arrivé. Je ne le voulais même pas. Le jeu me suffisait, et j'aurais continué volontiers si Hiro n'avait pas fini par décider qu'il n'avait pas à avoir honte d'aimer Leander plutôt que moi. Et toi, tu rêves toujours de Cho, non ? Tu ne peux pas dire que tu t'intéresses à moi pour de bon.

Il ne pouvait pas dire... Mais si, dans un sens, il l'avait dit, et maintenant il se demandait si ça signifiait que c'était la vérité. Ou un début de vérité, du moins. Une possibilité. Un espoir d'oublier Cho qui ne voudrait jamais de lui et Fleur qui s'était amusée à l'ensorceler avant de tomber sous le charme de l'aîné des Weasley.

Décidé, il reprit toutes les phrases de Tara pour les faire suivre de ses commentaires.

(Tu veux sortir avec moi ? Sérieusement ?) C'est si difficile à croire ? (Pas juste pour me remercier ou t'excuser de m'avoir considérée comme "utilisable" ?) Non, pas pour ça. (Je ne sais pas quoi dire.) Dis oui ! (Non, ça ne m'est jamais arrivé.) C'est l'occasion. (Je ne le voulais même pas. Le jeu me suffisait, et j'aurais continué volontiers si Hiro n'avait pas fini par décider qu'il n'avait pas à avoir honte d'aimer Leander plutôt que moi.) Je vois... (Et toi, tu rêves toujours de Cho, non ?) Comme tu rêves toujours de Hiro, si j'ai bien compris ce qui précède. (Tu ne peux pas dire que tu t'intéresses à moi pour de bon.) Alors disons que j'ai envie de voir si ça peut devenir "pour de bon".

Quand son hibou revint, il se précipita sur le message, au grand amusement de ses camarades de classe. Puis, feignant d'ignorer leur curiosité, il demanda :

- Quelqu'un sait quel jour sera la prochaine sortie à Pré-au-lard ?

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Les angelots lanceurs de confettis avaient disparu (apparemment, Madam Puddifoot ne les sortait que pour la St Valentin, ce qui n'était pas plus mal). La décoration restait pleine de fanfreluches que Roger trouvait assez ridicules, mais peu lui importait tant qu'aucune pièce d'ornement ne venait lui jeter à la figure des morceaux de parchemin colorés.

Tara semblait mal à l'aise, pas sûre d'être à sa place avec lui dans cet endroit réputé pour son romantisme. La timidité qu'il lui avait toujours connue revenait en force, et il ne savait pas ce qui pourrait la calmer.

- Jouer ton propre rôle est trop difficile ? demanda-t-il gentiment en tendant la main pour la poser sur celle avec laquelle elle tripotait nerveusement sa serviette.

Elle leva les yeux vers lui juste le temps d'un sourire certainement destiné à indiquer qu'elle n'évitait pas son regard par contrariété ou quoi que ce soit dont il soit responsable. Mais elle devait se douter qu'il avait l'habitude. Après tout, il avait réussi à se faire un ami de Leander Griffin, le garçon le plus asocial qu'il ait jamais rencontré.

- Je n'ai aucune idée de ce que je suis censée faire, avoua Tara avec un petit rire embarrassé. Et j'ai peur que tu me trouves ridicule. Tu vois, si on ne me dicte pas comment me comporter, je suis toute perdue. C'est pathétique. Et puis tous ces gens...

Roger jeta un coup d'oeil autour d'eux. Il n'y avait pas tant de monde que ça.

- C'était pire la dernière fois et tu m'as embrassé devant tout le monde sans avoir l'air de trouver ça gênant, lui rappela-t-il avec amusement. Tu es vraiment étonnante.

- Je sais. Et ce n'est pas un compliment.

Très rouge, Tara donnait l'impression de souhaiter se trouver n'importe où ailleurs, et en n'importe quelle autre compagnie.

- Si, c'était un compliment. Tu es une actrice-née, je suppose. Faite pour la scène, pas pour la vraie vie...

Il laissa les mots flotter entre eux, approuvés d'un simple signe de tête par une Tara toujours aussi mal à l'aise, avant d'ajouter ce qu'il pensait qu'elle voulait entendre.

- Bon, termine ton verre et je te ramène chez toi.

Mais elle refusa.

- Hiro et Leander y sont, expliqua-t-elle à voix basse. J'ai promis de ne pas rentrer trop tôt.

Oh ! Bien sûr. Ils dérangeraient.

Tout "gay friendly" qu'il soit, Roger ne tenait pas particulièrement à imaginer ce que leurs deux amis pouvaient bien faire en ce moment même. Et il valait mieux éviter de laisser Tara deviner où le portait le cours de ses pensées à partir de cette idée déplacée. Elle était déjà bien assez gênée comme ça.

- Poudlard, alors ? proposa-t-il. Pique-nique au bord du lac. Les trois quarts des élèves sont ici...

Mais ce n'était pas vraiment une bonne idée non plus. Tara passerait très bien pour une élève à l'arrivée, mais elle ne pourrait pas ressortir sans avouer qu'elle n'en était plus une, et fournir des explications serait franchement gênant.

- Pour un pique-nique, il y a de jolis coins pas très loin, avança-t-elle après un instant d'hésitation.

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Ruisseau scintillant sous les rayons du soleil printanier, tapis d'herbe agrémenté de quelques fleurs sauvages, chants d'oiseaux égayant le silence plutôt que de le troubler... L'endroit était sans conteste plus agréable qu'une pièce surdécorée aux tables trop proches les unes des autres.

Peut-être avaient-ils légèrement dépassé les limites prévues pour les sorties mais, à moins de tomber sur un professeur avant d'être rentré dans le village même, Roger ne pensait pas risquer grand-chose. Pour l'instant, il pensait plutôt au fait que, l'hiver se terminant à peine, l'air restait un peu frais.

- Tu n'as pas froid ? demanda-t-il alors que Tara et lui s'installaient aussi confortablement que possible (une couverture sur laquelle s'asseoir aurait été bienvenue, mais au moins ils avaient de la chance que le sol ne soit pas boueux).

- J'ai toujours froid à moins qu'il fasse 30°, répondit la jeune fille avec un sourire indiquant qu'elle exagérait un peu (était-ce 25°, en fait ?). Mais j'ai mis ma cape la plus épaisse et il n'y a pas de vent pour l'instant, alors ne t'inquiète pas, je ne vais pas geler.

- Tu avais prévu le coup, on dirait, plaisanta-t-il, ravi de la voir un peu plus à l'aise. Avoue : tu voulais m'emmener ici depuis le début, hein ?

- Mais... non !

Roger se demanda s'il pouvait lui dire qu'il la trouvait particulièrement jolie quand elle rougissait ainsi pour un rien. Peut-être valait-il mieux attendre un peu.

- Je sais, dit-il seulement, coupant court aux justifications (bien sûr, que la cape, c'était pour marcher entre chez elle et le lieu de rendez-vous). Tu détestes vraiment qu'on te taquine ou j'ai le droit de le faire si je jure que ce ne sera jamais méchant ?

Leander détestait ça au début, mais il avait fini par s'y faire. Plus ou moins.

- Tu aurais le droit de me frapper si tu trouvais que j'exagère, ajouta-t-il comme Tara réfléchissait à sa réponse.

Ça la fit rire. Gagné !

- Comme ça ?

Une tape sur le bras, tout à fait dans le style de Leander. Il s'étonna qu'elle ait osé mais n'en dit rien pour ne pas risquer de tout gâcher.

- Parfaitement imité, approuva-t-il.

Le sourire malicieux qu'elle lui adressa en réponse avant de baisser timidement les yeux comme à son habitude acheva de le convaincre que, si quelqu'un avait une chance de le faire renoncer à tenter de conquérir Cho, ça devait être elle.

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Le beau temps persista juste assez pour leur permettre de finir les provisions achetées avant de quitter le village et de constater qu'ils pouvaient très bien tenir une longue conversation sans que Tara s'inquiète de ne pas savoir comment se comporter. Il suffisait qu'il parle pour deux jusqu'à ce qu'elle trouve un commentaire à faire (et il était bien assez bavard pour que ça ne pose aucun problème) ou qu'il glisse quelques questions pour l'encourager à se lancer dans de petits monologues parfois hésitants (on sentait bien qu'elle craignait de l'ennuyer avec les détails) mais de moins en moins au fur et à mesure qu'elle constatait l'intérêt sincère avec lequel il l'écoutait.

Elle prétendait ne rien avoir d'intéressant à dire, mais ce n'était pas vrai. Ou alors c'était juste qu'il trouvait passionnant de découvrir tout ce qu'il ignorait malgré le nombre de fois où ils s'étaient vus depuis que Hiro et Leander avaient créé un lien entre deux groupes d'amis qui, avant, se connaissaient peu ou pas du tout.

La première goutte de pluie interrompit une phrase destinée à démontrer que, bien qu'elle refuse de jouer parce qu'elle trouvait le sport trop violent, Tara n'était pas du tout une ignare en matière de Quidditch.

Quelques minutes plus tard, ils couraient sur le chemin du retour.

- Ça prouve que je n'avais pas tout prévu : j'aurais emporté un parapluie, sinon.

- Bon argument, prétendit admettre Roger. Je vais être obligé de te croire.

En arrivant devant chez elle, il s'aperçut qu'il tenait sa main (depuis quand ?) et qu'elle n'avait pas l'air de craindre qu'on les voie. Elle la retira seulement pour regarder sa montre, sans commentaire.

- Hiro ne va quand même pas t'en vouloir de ne pas rester dehors par ce temps, dit-il comme elle hésitait devant la porte.

- J'étais censée être à l'abri dans un salon de thé, lui rappela-t-elle. Ou peut-être plus à cette heure-ci, mais dans une boutique ou aux Trois Balais pour le déjeuner...

Elle était très près de lui, l'auvent offrant peu de place protégée de l'averse. Mais elle ne semblait pas dérangée par ce quasi-envahissement d'espace personnel.

Après s'être assuré qu'aucun voisin ne pouvait les voir, il passa un bras autour de ses épaules, l'attirant encore plus près.

- Si tu comptes rester ici, il va falloir que je te réchauffe. Trempée comme tu es, tu dois avoir froid, maintenant.

D'ailleurs, elle tremblait un peu - et il espérait bien que ce n'était pas parce qu'il lui faisait peur. Ce qui ne semblait pas être le cas, parce qu'elle ne chercha pas à se dégager. Mais elle ne disait rien, et il ne savait pas ce qu'elle attendait.

- Tu veux entrer ? finit-elle par demander.

- Ça dépend. Tu préfères me renvoyer sous la flotte ?

Un petit rire (mignon).

- Non.

- Donc soit on entre soit...

Comme elle ne semblait toujours pas vouloir bouger, il décida de tenter sa chance.

Test : un petit baiser sur la joue. Limite au coin des lèvres, à vrai dire. Pas pu résister.

Nouveau petit rire (nerveux ?).

- Tu as peur que je sois choquée ? Après l'autre fois...

Elle n'osait pas le regarder en parlant mais, rassuré sur sa réaction probable, il la força à relever la tête.

- Ça ne comptait pas. C'était de la comédie. Tu veux voir la différence ?

Il n'attendit pas qu'elle réponde. Il savait qu'elle n'oserait pas dire oui. Mais il ne la tenait pas assez fort pour l'empêcher de s'échapper, et elle restait, alors...

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- Pari gagné !

Le rire de Leander répondit à l'exclamation de Hiro, qui s'était arrangé pour prendre Roger et Tara en "flagrant délit" (mais comment s'était-il débrouillé pour ouvrir la porte sans bruit ?).

- Tu m'espionnes ? s'écria Tara, choquée.

Comme elle s'était écartée d'un bond, Roger craignait qu'elle ait honte (ce qui serait assez vexant, soit dit en passant) mais l'indignation semblait plus forte. Hiro, toutefois, ne se laissa pas impressionner.

- On peut le prendre comme ça, admit-il. Mais je me disais juste que, si je ne m'arrangeais pas pour savoir, tu risquais d'avoir du mal à te décider à me le dire.

- Charmante attention, ironisa Roger. Très Poufsouffle. Et la curiosité Serdaigle a dû aider à faire accepter ce raisonnement, ajouta-t-il en se tournant vers Leander, qui se tenait légèrement en retrait, guettant avec une appréhension visible la réaction de Tara.

- J'avais l'intention de lui dire que toi, tu m'en aurais parlé, mais il n'a pas attendu mon avis, expliqua le Serdaigle blond (et presque aussi rouge que la Poufsouffle).

- Pas le temps, se défendit Hiro. Il ne fallait pas rater l'occasion.

- Je pourrais te traiter de Serpentard pour cette preuve d'opportunisme, menaça Tara comme si c'était la pire insulte du monde sorcier.

Mais le ton léger rassura les trois garçons : elle n'était pas vraiment fâchée.

À la fin de l'après-midi, le petit groupe s'était habitué au changement et personne ne semblait plus mal à l'aise. Chaque point marqué au jeu de société "Quidditch miniature" était salué d'un baiser... parfaitement illogique compte tenu du fait qu'ils jouaient Serdaigle contre Poufsouffle, donc Roger et Leander contre Tara et Hiro. Mais parfois, même les Serdaigles peuvent se moquer de la logique, et dans le cas présent Roger n'y pensait même plus. Pas plus qu'à Cho.

x FIN x