Quand le capitaine et Jamar entrèrent à l'infirmerie, Myriam était dans la zone de quarantaine, étendue sur une table d'examen et le docteur, en vêtement de protection, faisait des scans approfondis pour déterminer si, justement, le fœtus était porteur de nano-robots. Le capitaine et le lieutenant entrèrent dans la section protégée par un champs de force. Le docteur leur expliqua la situation.

- Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez, docteur, s'impatienta Myriam visiblement embarrassée?

- Je n'ai toujours pas trouvé de traces de nano-robots, mais logiquement, ces Komédos n'ont pas fait ça juste pour voir comment fonctionnait la reproduction humaine. Ils avaient un plan.

- Considérant le fait que les nano-robots présents sur moi n'étaient pas détectables tant qu'ils étaient inactifs, on peut supposer que l'embryon est porteur du même genre de nano-robots, ajouta Léa.

- Dans ce cas, dit Myriam, il n'y a pas de risque, puisque ce type de nano-robot est commandé à distance et que nous avons éradiqué leurs parents. Ils seront donc inactifs pour toujours.

- C'est une possibilité, commença le Vulcain, mais il faut en être sur. Il est possible que les Komédos aient développés d'autres types de nano-robots. J'ai vu ce qu'ils ont faits aux enfants des colons sur Irizia 3. Ces robots savent s'adapter.

- Docteur, que pouvez-vous nous dire sur ce fœtus, demanda Léa?

Il retourna à la console du bio-lit et la consulta.

- Tout ce que je peux dire pour l'instant, c'est qu'il est en parfaite santé et presque totalement humain. Il est trop tôt pour en connaître le genre.

- En quoi est-il presque humain, demanda alors Kirt?

- Il possède un troisième rein. J'imagine que vous savez ce que ça veut dire, lieutenant.

- Oui, répondit Kirt pensif.

- Et bien moi, je ne vois pas, l'interrompit Myriam. Pourquoi les Komédos créeraient un troisième rein?

- Ça n'a rien à voir avec les Komédos, expliqua le médecin. Parmi les espèces membres de la Fédération, il n'y a qu'une espèce qui possède cet organe. On le compare à un rein, mais son utilité est de filtrer certains poisons qu'on retrouve en abondance sur la planète d'origine de cette espèce. Cette particularité vient d'un gêne dominant que même les hybrides les plus éloignés héritent. Il s'agit des Tellarites.

Personne n'ignorait que le lieutenant Jamar était à un quart Tellarite. Le capitaine se tourna vers Kirt qui restait froid en apparence, mais elle le connaissait assez bien pour savoir que ce n'était pas le cas.

- Ça voudrait dire que vous êtes le père, lieutenant. Vous est-il revenus des souvenirs de votre mésaventures chez les Komédos?

- Non, aucuns.

- Moi non plus, ajouta Myriam.

- Il y a-t-il un moyen de découvrir ce que les Komédos cherchent?

- Je dois faire une série d'examens plus poussés sur le fœtus.

- Je n'ai pas de problèmes avec ça, répondit Myriam. Vous n'avez qu'à me l'enlever et à le mettre en suspension temporelle.

- Vous ne pouvez pas faire ça, s'écria Jamar!

- Je n'ai pas l'intention de le garder et ça me regarde, dit-elle avec froideur.

- Non, je refuse!

Le docteur s'interposa.

- Je ne peux pas faire ces tests sur un fœtus mort. Commandeur, j'aimerais que vous remettiez cette interruption de grossesse à plus tard pour me permettre de faire tous les tests nécessaires.

Elle soupira alors que Jamar la fixait avec colère. Elle ne comprenait pas sa réaction. Ce n'était pas comme s'ils étaient mariés. S'il tenait à procréer, elle connaissait quelques jeunes enseignes qui soupiraient sur son passage, visiblement attirées par ses airs bourrus et ses muscles développés.

- Combien de temps vous faut-il, docteur?

- Environ une semaine.

- C'est d'accord, mais donnez-moi quelque chose contre les nausées.

Il prit une seringue hypospray et lui fit une injection.

- Je dois vous garder à l'infirmerie autant pour les tests que dans le cas où vous seriez porteuses de nano-robots, vous risqueriez de contaminer d'autres officiers.

- Très bien, conclut Léa. Je vais donner la direction de l'équipe d'exploration à Simon Byrd. Si ça vous convient, commandeur.

- Il fera l'affaire.

Le capitaine se tourna vers le lieutenant Jamar qui semblait toujours choqué.

- Venez avec moi, lieutenant, dit elle.

Il la suivit dans le corridor et se tourna vers elle.

- Capitaine, je sais ce que vous allez dire et je considère que j'ai aussi des droits.

- Lieutenant, coupa-t-elle. J'ai l'intention de vous envoyer sur la planète avec le commandeur Byrd et j'aimerais être sure que vous êtes en état de faire une mission d'exploration.

- Je me sens en pleine forme, capitaine.

- Mais vous êtes sous le choque, c'est évident.

- Je vais me concentrer sur la mission. Après tout, j'ai une semaine pour la faire changer d'idée.

- Je n'y compterais pas trop si j'étais vous. Quand Myriam a pris une décision, elle revient rarement dessus.

- Mais elle n'a pas le droit!

- Lieutenant, ce n'est pas mes affaires et je n'ai pas l'intention de m'en mêler. Mais la Fédération a depuis longtemps statuée sur le sujet : Myriam est maître de son corps et ce choix lui revient. Je suis désolée.

Il voulut protester, puis se retint.

- Oui, capitaine, dit-il enfin. Si vous en avez terminé, je vais me rapporter au lieutenant-commandeur Byrd.

Elle hocha la tête. Il partit précipitamment. Quelque chose lui disait qu'il n'allait pas abandonner si vite.

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L'abbaye dominait la montagne. C'était une chapelle collée à un plus vaste bâtiment. Les murs étaient hauts et usés par les vents de la mer qui se trouvait tout près. Tout autour de l'abbaye, il y avait des jardins entourés de murs de pierres et des moines y travaillaient avec acharnement. L'endroit respirait la paix et la tranquillité. L'air froid était chargée d'humidité : l'automne approchait.

L'équipe d'exploration se matérialisa dans la forêt, tout près de l'abbaye. Ils étaient trois, Simon Byrd, Kirt Jamar et Giona Rhéa. Il portait des vêtements de l'époque. Ce qui donnait à Kirt et à Simon des airs de chevaliers alors que Giona était vêtue comme une lady. Les plis du nez de la bajoranne avait été chirurgicalement camouflés pour lui donner un air plus humain. Elle sortit son tricordeur et scanna les environs.

- Le trilithium se trouve dans ce bâtiment.

- Qu'est-ce que des moines font avec ça?

- Les moines étaient connues pour héberger les voyageurs de passage, dit Simon, c'est peut-être un de leur invités qui pose problème.

- Comment savez-vous ça, demanda Giona?

- L'histoire médiévale est ma seconde spécialité. Il y a trois historiens à bord : l'un d'eux nous accompagnerait autrement.

- Décidément, dit-elle en souriant, vous êtes quelqu'un de pratique, commandeur?

Il ne sourit pas à sa plaisanterie, pas plus que Kirt Jamar.

- La meilleure façon de le savoir, dit Simon, c'est de leur demander aussi l'hospitalité. Nous pourrons enquêter discrètement sur les autres invités. Alors, venez.

Il sortit des bois alors que Kirt et Rhéa le suivit. Ils marchèrent jusqu'à une porte en bois sur laquelle était posé un butoir en fer forgé. Simon frappa trois fois, au bout d'un moment la porte s'ouvrit devant un moine famélique, les traits émaciés. La première chose que Rhéa remarqua fut l'odeur qui prenait tout de suite au narines. À croire qu'il ne se lavait jamais.

- Je suis Simon Byrd, voici Kirt, mon écuyer et dame Giona, ma sœur. Nous vous demandons l'hospitalité pour la nuit.

- Qu'est-ce qu'un homme de votre stature fait, si loin de la civilisation, sans monture et sans suite?

- C'est une triste histoire, reprit Simon, nous étions en mer et mon bateau s'est échoué à 5 lieux d'ici. Nous avons fait le reste à pieds.

- Vos vêtements me semblent en bonne état pour quelqu'un qui a du patauger pour rejoindre le rivage.

- Le Seigneur nous a guidé vers une barque qui nous a mené sans problème vers la berge, improvisa-t-il. Mais dès que nous avons posé biens sur le sol, une vague nous l'a reprise.

- Loué soit le Seigneur, dit le moine. Veuillez me suivre, messire, nous installons normalement les indigents qui demandent notre hospitalité à l'étable avec les chèvres, mais pour quelqu'un de votre stature, nous vous fournirons des cellules normalement réservées aux moines.

- Nous vous en sommes reconnaissant. Y a-t-il d'autres passants présentement sous votre hospitalité?

- Cet abbaye est plutôt retiré du monde, et rares sont les visiteurs. Cependant, un étranger a été retrouvé en bien piètre état tout près d'ici et il est présentement sous les bons soins du frère soigneur.

- C'est sûrement le Seigneur qui vous mis sur sa route.

- Loué soit-il, dit le moine. Voici vos chambres.

Il les guida vers deux pièces très exiguës, une pour Giona et l'autre pour Kirt et Simon. Il n'y avait qu'une paillasse sur le sol et aucuns meubles. Chaque pièce était pieusement décorée d'un crucifix. Celle de Giona possédait une lucarne alors que l'autre n'en avait pas. Il y avait un chandelier fixé au mur et une chandelle y brûlait.

Simon se tourna vers le moine.

- Pourrais-je rendre visite à votre malade?

- Il ne doit pas être dérangé.

- Je veux seulement vérifier s'il ne serait pas un des infortunés marins de mon bateau.

- Cela m'étonnerait, c'est un étranger, il est drôlement vêtu et son apparence est différente. Certains des frères soigneurs refusent de le soigner, prétextant que c'est un démon.

Le moine se signa.

- Et vous, n'avez-vous pas peur?

- Ce n'est pas aux hommes de démoniser l'étrangeté. Il y beaucoup de créature de Dieu sous ce ciel dont nous ignorons tout.

- Vous êtes un homme d'une grande sagesse, mon frère. Je ne crois pas avoir vu de marin dont l'apparence aurait semblé étrange. Mais, j'ai voyagé dans de lointaines contrées et j'ai vu des choses incroyables. Peut-être que je sais d'où vient votre malade. Permettez-moi d'aller le voir.

Le moine sembla réfléchir un moment.

- Très bien, dit-il enfin. Suivez-moi.