Cet OS a été écrit dans le cadre de la 67ème Nuit du FOF sur le thème "Titre". Le FOF, c'est drôle, le FOF, c'est bien, le lien est sur mon profil, vous n'avez qu'à cliquer! Bonne lecture!
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Allons voler une histoire
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Trois regards vides fixaient Hardison depuis leurs tabourets. Appuyé contre le mur, Nate faisait la grimace, ne sachant comment faire comprendre à son pirate que sa présentation n'avait pas marché.
- J'ai rien compris, dit enfin Eliot en croisant les bras, résumant la pensée des deux autres.
- On doit voler un livre ? s'enquit ensuite Parker. C'est plutôt facile. On a une librairie au coin de la rue. Hardison pourrait le faire !
- Hey ! se défendit ce dernier. Pas cool !
Parker haussa les épaules en guise d'excuse.
- C'est vrai, quand même.
- Je ne crois pas que ce soit un livre qu'on doit voler…avança alors Sophie, secouant la tête. Si j'ai bien compris, on doit voler un manuscrit… ?
Hardison tapota le bout de son nez.
- Je reprends depuis le début, fit-il.
- Ouais, ce ne serait pas une mauvaise idée, râla Eliot.
- Hey, je le fais, là.
- J'attends.
- Pourquoi tu protestes ?
- Parce que j'attends toujours. Recommence !
Hardison pinça les lèvres et commença à faire défiler les diapos de sa présentation.
- Notre cliente est une étudiante en Creative Writing. Son projet de Master est d'écrire un roman policier. Maintenant, il faut savoir que quand on soumet un essay ou n'importe quel travail sur le site de l'université, ils utilisent un logiciel anti-plagiat pour vérifier que l'étudiant a bien fait son boulot. Généralement, c'est juste pour vérifier qu'il cite bien ses sources, mais dans le cas des cours de Creative writing, c'est plus complexe. Ça vérifie les tournures de phrases, le vocabulaire, les statistiques de récurrences des mots utilisés, la manière de décrire les décors et les sentiments, c'est un joli joujou informatique…
- Et alors ? le coupa Eliot.
- J'y viens. 'Tain, mec, sois cool, un peu. Quand notre cliente a soumis son projet, le logiciel a calculé qu'elle venait de soumettre une histoire qui existait déjà. Au mot près.
- Comment c'est possible ? demanda Sophie.
- Ça ne l'est pas, sourit Hardison.
- Pourquoi tu n'as pas commencé par ça ? grogna Eliot. Au lieu de nous parler d'algorithmes et de je-ne-sais-pas-quoi ? T'imagines le temps qu'on perd ?
- Excuse-moi de vouloir vous éduquer au langage informatique ! Vous ne savez pas ce que c'est d'être le seul à savoir me servir d'un ordinateur dans cette baraque !
- Hey ! Je sais me servir d'un ordinateur ! protesta Parker. J'envoie des emails !
- Et on est très fier de toi, ma puce, l'encouragea Hardison, mais ce dont je parle, c'est un peu plus complexe.
- Hardison, tu digresses, remarqua alors Nate.
Le pirate eut un geste d'excuse, lança un regard mauvais à Eliot et retourna à ses écrans.
- L'histoire qu'elle est censée avoir plagiée serait en fait un manuscrit soumis à une maison d'édition plus tôt cette année, sous un titre différent, et que celle-ci aurait entré dans la base de données pour soi-disant protéger son auteur.
- C'est un peu tôt, non ? remarqua Sophie. Pourquoi ne pas attendre la date de sortie officielle, c'est quoi la raison ?
Hardison eut un sourire.
- Aucune. Sauf s'ils savaient déjà, en avance, que l'une des étudiantes allait avoir la même histoire.
- Donc quelqu'un a piraté son ordi et a volé son manuscrit, résuma Eliot. Puis l'a rentré dans la base de données pour s'assurer qu'elle ne pourrait pas dire que c'était le sien.
- C'est pas aussi simple. Elle écrit sur une machine antique qui n'a pas accès à Internet et qui ne lit que les disquettes.
- C'est un peu extrême, remarqua Sophie.
- Je sais, on se croirait à l'âge des cavernes.
- Ce n'est pas… tenta l'arnaqueuse avant d'abandonner.
-J e ne comprends toujours pas ce qu'on doit faire, fit alors Eliot.
- Notre cliente veut qu'on récupère son manuscrit et qu'on expose le voleur, expliqua alors Nate. Ce qui veut dire infiltrer la maison d'édition responsable et lui réclamer le même degré de protection qu'elle a offert à notre voleur pour l'histoire qu'on va lui vendre. Parce que ce n'est pas la maison d'édition elle-même qui a intégré le manuscrit à la base de donnée, c'est un membre de la faculté qui a l'autorité nécessaire pour la modifier.
- Donc ce n'est pas la maison d'édition qu'il faut infiltrer mais le Département de Creative Writing, nota Sophie.
Nate concéda le point d'un hochement de tête.
- Comment ? demanda Parker.
- En lui vendant une histoire encore meilleure, souffla Sophie, tout sourire. Une histoire tellement fascinante qu'on n'aura pas le choix de la voler.
- Exactement ! fit Nate. Hardison, combien de temps il te faut pour nous pondre un roman policier?
- Nate ! Tu me demandes de créer des blogs, je le fais, tu me demandes d'écrire des articles de journaux, je le fais, mais là, tu me demandes d'écrire une histoire en entier !
- Et le titre sera « J'ignorais que c'était si facile » !
Hardison se passa la main sur le visage.
- Nate, ce que tu demandes n'est pas possible. Si j'avais trois mois…
- J'ai une histoire qui s'appelle comme ça, fit alors Parker.
Tous se tournèrent vers elle.
- T'écris des histoires ? s'enquit alors Eliot.
- Ben, je n'appellerai pas ça des histoires mais les vols que je ne fais pas, je les écris. Faut bien qu'ils aillent quelque part.
Eliot parut confus, Nate réfléchit.
- Si tu travailles à partir de l'histoire de Parker, ça ira ? demanda-t-il à Hardison.
- Ben, je…ouais, pourquoi…je peux essayer.
- Promets qu'on me rendra mon histoire après l'arnaque, exigea alors Parker. J'y tiens. Je la brûlerai quand je passerai à l'action.
- Parker, on a dit "pas de feu".
La voleuse eut une moue déçue.
