Note d'auteur.

Helloooo ! Voici donc le premier chapitre, j'espère qu'il vous plaira ! N'hésitez pas à me dire si vous appréciez les UA un peu... particulier comme ceux là (un peu comme mon UA Code Lyoko) parce que moi j'aime beaucoup les écrire, même si le résultat n'est pas forcément toujours concluant aha

Bref, bonne lecture, et surtout si vous remarquez des incohérences n'hésitez pas à ce me le faire remarquer !


Vocabulaire important

Les Meisters : Élèves de l'Académie pouvant synchroniser leur longueur d'âme avec celle de leurs armes.

Les armes : Élèves de l'Acédémie ayant la capacité de prendre la forme d'une arme tout en synchronisant leur longueur d'âme avec celle de leur partenaire.

La Résonance des Âmes : Augmentation et synchronisation des longueurs d'âmes du Meister et de son arme.

La longueur d'âme : Taux de puissance entre l'âme du Meister et de son arme. Peut-être comparé à la réaction entre une guitare et un ampli. Plus la longueur d'âme entre une arme et son Meister est importante, plus leurs forces peuvent se completer.


Chapitre 1


Lorsque Kuroo posa les yeux sur l'immense structure qui lui faisait face, il ressentit presque immédiatement cet étrange sentiment de familiarité. Traînant sa grosse valise rouge derrière lui, il la fit rouler jusqu'à l'immense portail. Derrière lui, sa mère secoua une derrière fois la main dans sa direction puis remonta dans la voiture.

Elle démarra presque immédiatement et il la regarda disparaître derrière les grandes arbres de l'allée.

Sans attendre plus longtemps, Kuroo fit volte-face et s'engouffra dans l'Académie, se perdant dans la masse d'élèves qui se dirigeaient au même endroit que lui. Avant de se rendre à la cérémonie de bienvenue, tous les internes devaient prendre le chemin des dortoirs afin de poser leurs bagages et repérer leurs chambres. Le brun l'avait déjà fait l'année précédente, si bien qu'il n'eut pas besoin de demander son chemin pour s'y rendre, contrairement au première année qui avaient presque tous ce petit air perdu sur le visage.

En arrivant devant le panneau, Kuroo y jeta un rapide coup d'œil – chambre 107, ce qui voulait dire qu'il était dans le bâtiment le plus au nord et le plus reculé – puis prit le chemin qui s'imposait. Le temps d'arriver à destination, trois nouveaux élèves lui demandèrent de l'aider et il aiguilla le plus mal poli dans le sens inverse.

Le bâtiment F était le plus vieux internat de l'Académie, et souffrait souvent de coupure d'eau chaude et de fraîcheur non désirée dans les chambres les moins bien isolées; pourtant, c'était également là que la sécurité et la rigueur était la plus lâche, si bien que les élèves étaient bien plus libres qu'ailleurs.

Montant les trois étages qui le mèneraient à sa chambre, Kuroo jura plusieurs fois en traîna sa lourde valise derrière lui, insultant ces foutus escaliers qui ne pouvaient décidément par être droits et réguliers, non ça serait trop simple bordel de merde. Lorsqu'il parvint enfin devant la porte, il était légèrement essoufflé.

– Et c'est avec cette forme d'asthmatique que tu comptes devenir meister ? Navrant.

Ses muscles se tendirent immédiatement, et tandis qu'il se retournait pour faire face au propriétaire de cette voix si irritante, ses yeux se plissèrent.

– Et bien, cette coiffure immonde ne m'avait absolument pas manqué pendant les vacances, continua t-il.

Adossé au chambranle de sa porte – qui était juste en face de la sienne ! – Daishou le toisait avec un air satisfait.

– C'est toi qui ne m'avait pas manqué, à vrai dire, rétorqua Kuroo. Et je ne veux pas avoir de leçons capillaires à recevoir de quelqu'un qui a un paquet d'algues sur le crâne.

Soudain, alors que sa main était toujours posée sur la poignée de la porte, celle-ci s'ouvrit brusquement et la voix enjouée d'Oikawa résonna dans le couloir.

– Je vois que vous nous avez épargné vos retrouvailles, comme c'est attentionné ! Kuroo, tu m'as l'air d'avoir un peu bronzé. Toi par contre, dit-elle en se retournant, tu es toujours blanc comme une fesse.

Plutôt que de s'en énerver, Daishou sourit.

– C'est ça, moi aussi je suis ravi de te revoir. Et soit dit en passant : tu as exactement la même couleur de peau que moi.

Le châtain ricana.

– Ma peau à la fraîcheur et la candeur de la porcelaine. La tienne, en revanche, à la même couleur que la cuvette des WC.

Kuroo leva les yeux au ciel.

– Bon, sinon je peux savoir ce que tu faisais dans ma chambre ? Je te préviens si tu as déjà mis quelque chose sur mon matelas...

– Mais non, ne sois pas bête. Je venais juste faire chier un peu Bokuto parce que sa bonne humeur me met de mauvais poil : qui est aussi heureux le jour de la rentrée ?

Et bien, si le brun se fiait à ce qu'il voyait, son ami n'était pas non plus déprimé : il savait peut-être contrôler les expressions qu'il adoptait – sans parler de son air de drama queen qui lui donnait un air sarcastique 7 jours sur 7 – mais ses yeux pétillants leur indiquaient tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il était ravi de revenir.

– Ça va les filles, je vous dérange pas ?

Au bout du couloir, venant directement de l'étage du dessous, Mika les salua distraitement et passa devant eux. Elle fit tout de même une sorte de check étrange à Oikawa puis s'avança jusqu'à Daishou afin de passer son bras sous le sien.

Elle leur offrit un sourire éclatant.

– Je suis désolée de t'interrompre, fit-elle d'un ton pas désolé du tout, avec un petit regard amusé en direction de Kuroo, mais ça va faire un moment que j'ai pas vu mon meilleur ami et j'ai des choses à lui dire.

Puis sans un mot de plus et sous les fausses complaintes de son ami, elle les entraîna tous les deux vers la porte du couloir, et ils disparurent.

Le brun fixa la porte quelques secondes avant de soupirer.

– J'ai faim, grogna t-il. Je sais que Bo' a des gâteaux.

– Il en a, confirma Oikawa. Je viens de lui en piquer. Super bons, d'ailleurs.

Et soudain, alors qu'il s'apprêtait à retourner dans leur chambre, sûrement dans le but de piquer quelques gâteaux de plus, il laissa échapper un grand sourire, les yeux dans le vague. Le regard de Kuroo dériva vers sa nuque, endroit où – il le savait – se trouvait la marque qui le reliait à son ami d'enfance. Une petite feuille, aussi blanche que la neige.

– Iwa-chan est arrivé. Je vais aller l'aider à monter sa valise, à plus tard !

Même en sachant parfaitement qu'Iwaizumi Hajime n'avait besoin de l'aide de personne pour monter une toute petite valise – et certainement pas de celle d'Oikawa – il se contenta de hocher la tête en le regardant repartir. Ces deux là avaient un lien vraiment effrayant parfois.

Lui se contenta de tourner les talons et de rentrer dans sa chambre.


Le directeur arriva par le fond de la scène, drapé dans un long manteau noir, un sourire bienveillant sur les lèvres. Son apparition fit apparaître un silence curieux et étrangement intimidé parmi les étudiants, et tous relevèrent la tête vers lui, attentif.

Les premières années furent facilement reconnaissables; la bouche grande ouverte, ils fixaient tous l'homme avec des yeux ronds tandis qu'il s'installait tranquillement derrière le micro. Sa petite taille le força à le ramener à sa hauteur, et lorsque ce fut faire, il tapota ce dernier avec l'index, vérifiant qu'il fonctionnait correctement, puis se racla la gorge.

– Mes chers élèves, commença t-il d'une voix forte. Je suis heureux de pouvoir tous vous retrouver pour une nouvelle année, et je souhaite la bienvenue aux nouveaux arrivants. Je sais que cette Académie représente beaucoup à vos yeux – une porte vers votre avenir, un moyen de créer la personne que vous deviendrez – et je peux vous assurez que tous les enseignants ainsi que moi même ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous permettre de pleinement développer vos capacités.

Un léger vent souffla sur la scène, faisant voler son manteau autour de son corps.

– Cette année sera comme toutes les autres : spéciale et unique. Armes et meisters devront s'entraider afin de parvenir à une union commune, et peut-être même certains d'entre vous atteindront la Résonance. Je vous le souhaite.

Soudain, il prit une petite inspiration et son expression changea. Les élèves commencèrent à se tortiller sur eux mêmes.

– Je sais que beaucoup ont suivi les récentes nouvelles, à la télévision ou bien sur les réseaux, et je souhaite tout d'abord offrir toutes mes condoléances aux familles des victimes. Notre Académie coopère entièrement avec les forces de l'ordre afin de mettre la main sur le responsable de ces atrocités, et j'aimerai que vous en fassiez autant si vous le pouvez. Sachez en tout cas qu'ici, vous êtes en parfaite sécurité, et que rien ne peut vous atteindre. Cette école est sous mon autorité et ma protection, et je ne permettrai jamais que l'un de mes étudiants soit blessé. Mais surtout, vous êtes forts: chacun d'entre vous, qu'il soit arme ou meister, les deux à la fois, ou simplement élève technicien. La faiblesse des uns fait la force des autres, et je vous souhaite à tous de trouver votre partenaire.

Il tendit une main vers la rangée d'enseignants qui se trouvait derrière lui, à sa droite.

– Pour les nouveaux, vos professeurs vous expliqueront plus en détail les portées, utilités et débouchés de vos marques. Sachez seulement qu'on ne peut mentir lorsqu'il s'agit d'âmes.

Son sourire avenant détendit immédiatement l'atmosphère pesante qui s'était installée. D'un geste souffle, il salua l'assemblée avant de faire volte-face. Pourtant, il sursauta et retourna presque immédiatement au micro.

– J'ai failli oublier : ce seront certainement les meilleurs années de votre vie – je suis plutôt fier de mon Académie –, alors amusez vous bien !

Et avec ces derniers mots, il disparut derrière les rideaux.


En parvenant enfin à l'une des tables de la cafétéria, Kuroo put retrouver ses trois amis déjà assis. La bouche pleine, Bokuto leva les yeux vers lui et se décala légèrement pour le laisser s'asseoir. Il déglutit, enfourna un peu de pain entre ses lèvres, puis lui offrit un sourire.

– Alors bro', cette première journée ?

Oikawa émit un bruit dégoûté, et Bokuto eut un petit regard désolé. Il mâcha tranquillement puis se retourna vers son meilleur ami une fois que sa bouche fut vide.

– Horrible, soupira t-il. Déjà, je ne suis pas dans vos classes, ce qui veut évidemment dire que je me fais chier comme un rat mort, mais ensuite mon professeur principal est Ukai.

Iwaizumi haussa un sourcil, les bras croisés sur sa poitrine.

– Tu as de la chance, remarqua t-il simplement.

– Bien sûr, toi tu l'aimes bien : il t'adore. Comment ne pas adorer l'un des meilleurs élèves de la promo ?

– Hey ! protesta Oikawa. Moi aussi je suis l'un des meilleurs, et pourtant il me file tout le temps des colles.

Hajime se retourna vers lui, le regarda dans les yeux, puis sans dire un mot retourna à son assiette.

– Pas sympa, Iwa-chan. Tu sais bien que je fais pas exprès.

Bokuto releva la tête.

– La dernière fois, tu l'as transformé en glaçon et il n'a pu en sortir que deux heures après, fit-il remarquer.

Kuroo ricana, et le châtain fit la moue.

– Avouez que c'était drôle, répondit-il simplement en avalant une pomme de terre.

Même Iwaizumi eut un sourire discret. Ce souvenir avait toujours le don de les faire rire : à peine une semaine après la rentrée, le pouvoir de Tooru lui avait échappé et le professeur Ukai – qui se chargeait des entraînements physiques – se l'était pris sans détour.

– Au fait, demanda le brun. C'est vrai que cette année, c'est vous qui allez faire la démonstration pour les premières années ?

– Quoi ? s'exclama Bokuto en sortant la tête de son assiette. Sérieux ? Ils demandent toujours à ceux dont le lien... vous savez...

Hajime reposa ses couverts et s'essuya la bouche.

– Oui, ceux dont le lien est le plus fort et solide. C'est le directeur qui nous a demandé de faire cette démonstration, alors on a accepté.

– Comment ça on a accepté ? J'ai presque du te supplier de le faire, lui rappela son partenaire. Ça te va bien de faire le modeste maintenant, mais t'étais à deux doigts de refuser, je te signale.

Il haussa les épaules, et le châtain cogna son genou contre le sien, un petit sourire aux lèvres.

Kuroo mima un vomissement.

– Vous êtes si..., urg, j'ai pas les mots. On dirait un vieux couple marié.

– Que veux-tu, Tetsu chéri, c'est le –

– Le lien, oui, oui, je sais. Vous avez simplement eu de la chance, pas la peine d'en faire toute une histoire.

Il remarqua un peu tard que son ton avait été sec.

Chaque fois qu'il voyait ces deux là utiliser cette capacité spéciale, ce pouvoir qui leur permettait de comprendre l'âme de l'autre, celui qui les plaçait sur une même longueur d'onde – chaque fois qu'il était une fois de plus témoin d'à quel point avoir un partenaire était plaisant, Kuroo se surprenait à ressentir une jalousie qui le faisait se sentir coupable. Cette pointe dans son cœur, cette envie d'avoir comme eux : parfois, il se sentait dévoré par l'envie.

Iwaizumi et Oikawa avaient grandi ensemble, l'un à coté de l'autre et l'un pour l'autre. Ils se complétaient si parfaitement qu'à l'apparition de leur marque, lors de leur premier jour de cours, ils avaient été plus soulagés qu'étonnés de découvrir leur correspondance. D'après ce qu'il se souvenait – et dans ces moments là, Kuroo avait une mémoire impressionnante – Oikawa s'était mis à pleurer comme un nouveau né.

Leur longueur d'âme avait dépassé les records de l'Académie, ce qui avait automatiquement attiré l'attention sur eux.

Le brun afficha un air penaud, mais plutôt que de s'irriter face à son commentaire, Tooru pencha la tête sur le coté.

– Tu trouveras ton partenaire cette année, lui dit-il gentiment. J'en suis sûr.

– Si mon arme était dans cette école, tu penses pas qu'elle se serait déjà manifestée ?

Bokuto lui offrit une petite tape dans le dos.

– Je n'ai pas trouvé mon partenaire non plus. Mais peut-être qu'ils sont dans les nouveaux de cette année. Aller, perds pas espoir.

Étrangement, ces paroles le rassurèrent un peu. Il baissa les yeux sur son repas et l'attaqua sans attendre plus longtemps.

Son meilleur ami était dans la même situation que lui, et cela était bizarrement réconfortant.


Les bras croisés derrière la tête, regardant le plafond d'un œil fatigué, Kuroo écoutait distraitement les ronflements de Bokuto. L'espace d'un instant, il fut tenté de lui envoyer l'un de ses deux oreillers dans la figure, mais abandonna l'idée.

Plutôt que de faire chier son ami, il avait davantage besoin d'air frais.

Se releva doucement, le brun écarta les couvertures de son lit et posa ses pieds nus sur le parquet de la chambre. Dans le noir, il tata ce qui l'entourait à la recherche de son pantalon et de ses chaussures – la température lui permettait largement de sortir avec son t-shirt – puis enfila le tout en silence.

Il était pratiquement certain que même une explosion dans la chambre d'à coté ne suffirait pas à le réveiller, mais il ne voulait pas tenter le diable.

Sur la pointe des pieds, il s'extirpa de la pièce, grimaçant devant le grincement de la porte, puis soupira de soulagement une fois dans le couloir. Il savait qu'il avait passé le plus dur : au début de l'année précédente, Oikawa avait gelé le détecteur qui bloquait la porte du dortoir une fois la nuit tombée. Dans les autres bâtiments, les élèves étaient surveillés et une sonnerie insupportable prévenait les surveillants que quelqu'un tentait de quitter l'endroit.

Ici : pas de surveillants, et pas de sonnerie. Kuroo quitta les lieux en quelques minutes, descendit ces foutus escaliers, puis poussa la porte pour pénétrer dans l'air agréable de la nuit.

Enfin, il prit une grande inspiration et se frotta les yeux.

Il me reste deux ans, pensa t-il. J'ai le temps, rien ne presse. Certain se rencontre pendant leur dernière année, ça n'enlève rien à leur lien.

Le brun regarda autour de lui, puis tourna les talons afin de faire le tour du bâtiment. L'Académie avait une disposition bien à elle : les bâtiments de cours s'élevaient les premiers, juste devant le portail. Derrière, il y avait toute sorte de jardin et de terrain, des gymnases, des étendues d'herbe, de grandes installations pour travailler la force, l'agilité, la rapidité. Plus loin apparaissaient ensuite les dortoirs, du A au F. Rien ne définissait la répartition, mais souvent une attribution en première année à l'un de ces derniers ne changeait pas au fil des ans : Kuroo avait été dans le dortoir F depuis le premier jour, et il le serait certainement jusqu'à son diplôme.

Mais ce que nombre d'élèves ignoraient, c'était que derrière ce dortoir, là où beaucoup pensait que l'Académie s'arrêtait, s'étendait un immense jardin très bien entretenu ainsi que des fontaines, un labyrinthe, et un petit lac. Ce n'était pas bien grand, mais Kuroo s'était toujours demandé comment cet endroit avait pu rester secret : les rumeurs étaient plus rapides qu'un train à grand vitesse, et même si tout cela était un peu éloigné des bâtiments d'étude, une petite pause déjeuner au milieu des fleurs pouvaient être agréable.

En arrivant dans le premier parc, le brun commença à traîner les pieds.

Il venait d'une bonne famille : son père était une arme puissante, et sa mère un meister qui avait largement fait ses preuves. Son sang avait une bonne lignée, il n'était pas trop moche, et même s'il n'arrivait pas à la cheville d'Iwaizumi, il avait déjà battu Bokuto quelques fois. Il était agile, puissant dans ses mouvements ; si son arme avait été dans l'école, alors elle se serrait déjà manifestée.

Il laissait sa marque apparente la plupart du temps, et bientôt tous les première année seraient au courant de sa recherche.

Soudain, une voix résonna dans la nuit et Kuroo manqua de lâcher un cri de surprise. Il attendit, immobile, mais n'entendit rien de plus.

Je me fais peur tout seul, putain mais quel imbécile.

Mais alors qu'il s'apprêtait à continuer son chemin, les sourcils froncés, la voix s'éleva une nouvelle fois et Kuroo partit se cacher dans un buisson. En fait, il sauta dedans avant même de comprendre ce qu'il se passait.

– Je te dis que j'ai compris !

Allongé dans l'herbe un peu humide, le brun releva la tête. Maintenant qu'il y faisait attention, il reconnaissait ce timbre irrité...

A travers les feuilles, il put apercevoir quelqu'un passer devant son petit bosquet, puis faire demi-tour. Il faisait les cents pas, de droite à gauche puis de gauche à droite, et Kuroo n'eut pas besoin de le voir repasser une deuxième fois pour discerner la couleur criarde du pantalon de Daishou Suguru.

Qu'est-ce qu'il fait là ?

Il se pencha un peu plus, et remarqua que ce dernier n'était pas simplement irrité ; en fait il semblait carrément en rogne.

– Que veux-tu que je fasse d'autre, hein ?

Dans le téléphone qu'il tenait contre son oreille, une petite voix parla très vite.

– Calme, d'accord ? Combien de fois il va falloir que je te répète que j'ai compris !

Il leva les yeux au ciel.

– Oui, oui, je ne suis qu'un sale petit con qui finira seul toute sa vie : tu sais quoi ? Je penserais à toi en nourrissant mes chats quand je serais à la retraite.

D'un geste rageur, il tapa une petite pierre du pied qui partie en direction de Kuroo.

– Arrête de crier ! J'ai bien compris ce que tu veux, d'accord ? Je vais chopper le premier meister venu comme ça il pourra m'utiliser comme il le voudra, ça te va comme ça ?

Tout à coup, le brun se sentit très coupable d'assister à ça ; certes, il ne portait pas Suguru dans son cœur, mais contrairement à l'un de ses meilleurs amis dont il ne citerait pas le nom, il respetait la vie privée des gens. Silencieusement, il tenta de faire demi-tour en crapahutant sur le sol : il rampa de quelques centimètres en arrière, mais soudain :

– Quand est-ce que tu vas enfin comprendre que je n'ai pas envie de finir comme elle !

Son cri résonna un instant, et Kuroo – qui s'était figé – crut que ce dernier avait réveillé tous les dortoirs aux alentours. Il attendit, immobile, mais Suguru avait raccroché.

Le brun releva la tête – juste un peu, de peur de se faire repérer. S'il le découvrait là, il ne donnait pas cher de sa peau – et manqua d'écarquiller les yeux. Daishou avait les larmes aux yeux, et regardait son téléphone d'un air rageur. Il serra le poing, le porta à son front, puis tourna les talons en sifflant :

– Putain de putain de merde !

Kuroo attendit une bonne dizaine de minutes avant de sortir de sa cachette et regagna ensuite sa chambre. Bokuto ronflait toujours autant.


En se réveillant le lendemain, Kuroo regretta sa petite escapade pour deux raisons. La première était qu'il était crevé au possible, que ses yeux se fermaient tout seuls, et que décidément son colocataire de chambré était bien trop heureux le matin.

– Aller bro', dépêche toi ou on va être en retard pour manger ! chantonna t-il en appliquant son gel avec minutie.

Il se rapprocha ensuite de son lit et lui vola sa couette, le poussant ainsi à grogner bruyamment. Il finit par se redresser, au bout de quelques minutes, pour se rendre dans la salle de bain, tout cela en marmonnant des injures.

La deuxième raison, quant à elle, était qu'à partir de maintenant et pendant au moins deux ou trois jours, il allait devoir éviter Daishou afin de ne pas avoir à se sentir gêner. Il n'avait pas voulu entendre cette conversation – avec qui avait-il bien pu se disputer comme ça ? – et le brun avait fait son possible pour ne pas y penser.

Bokuto frappa trois coups sur la porte de la salle de bain, mais ce fut la voix d'Oikawa que Kuroo entendit de l'autre coté :

– Tetsu-chan, je te préviens que si tu n'es pas frais et dispo' dans trois minutes je te sors de là par la peau du cul, claironna t-il.

Et le brun savait que malgré ce ton joyeux, il n'hésiterait pas à mettre sa menace à exécution. Alors il se dépêcha.


En passant devant le dortoir C, Kuroo fut étonné de voir Kenma en sortir. Enfin, pas vraiment étonné : il savait que son ami d'enfance rentrait à l'Académie cette année, mais il fut surpris de le rencontrer là.

Il indiqua à ses amis de partir avant lui, et de lui réserver une place à la cafet', puis s'avança vers le plus jeune pour le saluer. Kenma l'avait rapidement remarqué, même avec son casque sur les oreilles, et il l'attendait calmement, près d'un arbre. Lorsqu'il fut proche, le blond se redressa avec une petite moue discrète qui ressemblait vaguement à un sourire : ce devait être le plus grand élan sentimental dont il était capable.

– Kuroo, commença t-il en hochant la tête.

Étrangement, ce visage presque éternellement ennuyé lui avait manqué. Kenma était le fils de la meilleure amie de sa mère, et ils avaient presque grandi ensemble : malheureusement, leur année d'écart les avait souvent séparé à l'école, si bien qu'ils avaient fini par légèrement se perdre de vue.

– Kenma, répondit-il avec un sourire. J'aimerai beaucoup te dire que tu as grandi, mais...

Il le regarda de la tête aux pieds.

– Et moi j'aimerai beaucoup te dire que tu as mûri, mais...

Et il se contenta de le regarder dans les yeux. Kuroo laissa échapper un éclat de rire et s'avança pour le prendre brièvement dans ses bras. Comme il n'était pas particulièrement tactile, le garçon se contenta de lui tapoter le bras jusqu'à ce qu'il s'éloigne.

– Alors, la rentrée ? Plutôt cool, hein ?

Kenma hocha la tête.

– C'est une belle Académie, même si le directeur est un peu étrange. Hier soir, continua t-il les sourcils froncés, comme s'il se le remémorait, je l'ai vu glisser sur sa cape dans un couloir ; il a continué sa route comme si de rien n'était. Oh, et je pense que tu le sais, mais je commence les cours aujourd'hui.

Effectivement, le brun le savait. Autant pour les cours que pour le directeur ; ce dernier était très gentil, mais un peu dans la lune, et surtout pas mal maladroit. Il pouvait, l'espace d'un instant, posséder cet air un peu effrayant qu'il arborait dans les moments sérieux, avec son regard perçant, puis ensuite s'emmêler les pieds ou encore éternuer bruyamment, ce qui mettait immédiatement fin au moment.

– Je suis sûr que tu t'en sortiras très bien : t'as toujours été un petit malin. En fait, je suis certain que ton arme viendra très vite à toi.

Brièvement, il se demanda à quoi pouvait bien ressembler la marque de Kenma. Simple et discrète, comme lui, mais marquante et affirmée, très certainement.

Mais soudain, Kenma pencha la tête sur le coté, les yeux plissés. Il sembla hésiter quelques instants, puis finalement lui dit doucement, comme s'il attendait sa réaction :

– Et bien, à vrai dire... j'ai déjà trouvé mon arme.

Quoi ?

– Quoi ?

Kuroo le regarda avec des yeux ronds.

– Hier, juste avant la cérémonie d'accueil. Il est dans ma chambre.

Il ne répondit rien, mais sentit tout de même sa poitrine se serrer un peu. Kenma était en première année, à l'Académie depuis deux jours à peine, et il avait déjà...

– Un peu trop énergique, peut-être, continua t-il prudemment. Il a du mal à se canaliser, et hier soir j'ai presque du l'assommer pour pouvoir dormir. Mais il est gentil et intéressant. Et fort, je le sens. Alors...

Le plus jeune semblait presque gêné devant le mutisme de Kuroo. Au bout de quelques secondes de silence, tandis que le brun le fixait sans rien dire, ce dernier finit par libérer un léger sourire qui n'atteignit pas ses yeux.

– Je suis content pour toi, affirma t-il.

Et il l'était.

– C'est quoi son nom ?

– Shoyo.

– Va falloir que tu me le présentes.

– J'imagine oui.

Kenma le regardait curieusement à présent, et cela le mit mal à l'aise. Il fit un pas en arrière.

– Bon, faudrait que j'aille les rejoindre avant que Bokuto ait dévoré toute la nourriture de la cafet' ; les cantinières le trouvent adorable alors elles lui donnent toujours du rab'.

Il s'excusa avec un petit sourire, puis tourna les talons en marchant de plus en plus vite. Mais même en s'éloignant, il put encore sentir le regard de son ami d'enfance sur lui, brûlant son dos. Kenma avait toujours eu le don le voir en lui – et en tout le monde, d'ailleurs – mais cette fois il en éprouva de la honte.

Je suis content pour lui. Il le mérite. Ce Shoyo est certainement quelqu'un de bien.

Mais même en sachant que tout cela était vrai, il ne put s'empêcher de ressentir cette jalousie, tapie au fond de lui.


Sur le moment, Kuroo eut l'impression de se faire dévorer.

Son corps, aussi lourd que d'immenses sacs de ciment, lui fit soudain très mal et sa vue se troubla. La température de la pièce monta soudain de plusieurs degrés, et il sentit une goutte de sueur couler le long de sa tempe. Par réflexe, il fit un pas en arrière pour se protéger, mais il sentit sa colonne vertébrale s'embraser sous la douleur que lui causait ce poids qui menaçait de le clouer au sol.

Devant lui, la cible mouvante créée par la salle d'entraînement avança dans sa direction, aussi agile qu'un serpent, et il raffermit sa position comme il put. Ces modèles en bois étaient les plus faibles, mais il avait depuis longtemps appris à ne pas les sous estimer. Lever ses bras fut une véritable épreuve tant il eut l'impression que la gravité le clouait au sol.

Lorsque la cible fut bien trop proche, le brun finit par se dire qu'il devait tenter le tout pour le tout ; plus il attendait et plus l'arme qu'il tenait dans la main droite s'apprêtait à l'engloutir.

Je dois au moins essayer.

Sans attendre plus longtemps, il se propulsa en avant tout en sentant brutalement son bras sur le point de rompre ; l'action ne fut pas longue à peine arriva t-il à porter de jambe de la cible d'entraînement que cette derrière profita de son manque d'attention pour le voir valser à l'autre bout du gymnase d'un coup de pied bien placé.

La douleur lui fit lâcher le coutelas qui se planta dans le sol, et quelques secondes plus tard son dos entra violemment en contact avec le mur opposé.

Dans le silence mortifié de l'endroit, la voix d'Oikawa résonna, presque étranglé :

– Oh merde, Kuroo !

Il fut à ses cotés à un instant et afficha un petit air alarmé en voyant que le brun ne se relevait pas tout de suite.

– Putain, jura t-il, j'ai toujours dit que ces foutues cibles étaient bien trop violentes. Et en plus je crois qu'elles ne t'aiment pas.

Kuroo laissa échapper un ricanement et Tooru soupira de soulagement.

– Ce truc aurait pu te briser la colonne.

De l'autre coté du gymnase, la cible disparue derrière un mur et l'arme qui s'était plantée dans le sol repris doucement sa forme humaine.

– Tu vas bien ?

– Je pète le feu, couina t-il en se relevant.

A part quelques douleurs supportables, il n'eut pas l'impression de s'être cassé quelque chose ; même s'il ne faisait pas d'illusion, il aurait très certainement du mal à se lever pendant quelques jours.

La fille arrivera en courant.

– Kuroo-san ! cria t-elle en s'approchant.

Elle semblait à deux doigts de pleurer, si bien que le brun lui offrit un petit sourire pour la rassurer.

– Tout va bien, ce n'était pas grand chose, affirma t-il.

Oikawa lui lança un regard qui signifiait largement : arrête de faire le dur. Il l'aide à se relever complètement, le laissant s'appuyer sur son épaule, puis le brun se tourna vers la jeune fille.

C'était une première année un peu timide, blonde avec une petite couette sur le coté ; elle regardait le sol avec gêne et tordait distraitement ses doigts, comme si elle se sentait coupable. Quelques heures plus tôt, cette fille était venue le trouver car leurs marques se ressemblaient quelque peu, et qu'elle aurait voulu essayer de se battre avec lui.

Jusqu'au moment où elle s'était transformée pour atterrir dans sa main, Kuroo avait espéré. Comme à chaque fois.

Désormais, il savait que cette fille ne serait pas son arme.

– Pas la peine de faire cette tête, lui dit-il en tapotant le haut de sa tête. Ce n'est pas ta faute, ça veut juste dire que je ne suis pas le bon.

Il lui offrit un sourire et Oikawa fit de même en le voyant faire.

– Si ça peut t'aider : ta lame est très affûtée, et ta légèreté est un très gros avantage. Celui qui saura te manier devra être agile, et malheureusement ce n'est pas ma spécialité.

– Je te le fais pas dire, monsieur le bourrin, ricana Oikawa. Pire que Bokuto parfois.

– N'exagérons rien, tu veux ? grogna l'autre en retour.

Ils échangèrent un regard, et soudain la blonde se courba pour signifier son remerciement.

– Soignez vous bien, Kuroo-san. Et merci d'avoir accepté cet entraînement.

Puis elle s'éclipsa sans un mot de plus.


En sortant des cours, Bokuto prit la direction des dortoirs d'un pas rapide.

Plus d'un mois s'était écoulé depuis la rentrée, et il venait d'avoir le résultat de son premier devoir : une bonne note qu'il voulait s'empresser de montrer à son colocataire. Ce dernier l'avait aidé à travailler pendant des heures, alors il serait certainement heureux de voir que ses efforts avaient porté leurs fruits.

En chemin, il croisa Oikawa qui discutait avec Daishou et Mika, et décida de ne pas le déranger ; dans l'immédiat, il aurait plutôt préféré tomber sur Iwaizumi, car il voulait lui emprunter une paire de gants spéciaux depuis quelques jours maintenant.

Sifflotant légèrement en passant devant le gymnase, Bokuto haussa les sourcils avec étonnement en constatant que son vœu allait être réalisé plus tôt que prévu : son ami discutait avec un première année sur le perron du grand bâtiment d'entraînement. Les bras croisés sur sa poitrine avec un air sévère, il avait l'air concentré et écoutant son vis à vis avec attention. Son t-shirt noir – en ce moment il ne mettait que cela, malgré les températures qui commençaient doucement à descendre – moulait son torse et ses bras, et laissait facilement apparaître les heures d'entrainement que le brun effectuait par jour.

Soudain, son ami leva les yeux et le regarda arriver vers eux.

– Bokuto, remarqua t-il simplement.

Le première année se retourna pour voir à qui il s'adressait, et Kotaro ne put détourner les yeux de ses courts cheveux sombres alors que son visage entra dans son champ de vision.

Il se mit à le fixer, les yeux grands ouverts, puis finalement releva les yeux vers Iwaizumi.

– Je dérange ?

– Pas du tout. Tu veux quelque chose ?

Kotaro pencha la tête sur le coté.

– A vrai dire, je me demandais si ça te dérangerait que j'essaye ta nouvelle paire de gants. Je voulais la prendre aussi, mais autant l'essayer avant.

Le brun hocha la tête, bien d'accord avec lui : la matière de ces derniers aidait à avoir une meilleure prise, mais parfois cette marque manquait d'élasticité.

– Pas de soucis. Je te les donnerais quand je remontrerai, tu pourras les essayer demain.

– Merci, mec. T'es le meilleur.

Et sans le vouloir, son regard tomba de nouveau sur le première année qui n'avait pas décroché un mot. Ses cheveux étaient d'un noir d'encre étonnant, au delà du brun, et étrangement ce fut cela qu'il retint le plus.

Avec ses yeux sombres, ses cheveux noirs, et sa peau blanche, ce gars là avait l'air d'une peinture.

– Vous faisiez quoi ?

Hajime manqua de grogner, et Bokuto se demanda s'il s'était encore mêlé de quelque chose qui ne le regardait pas.

– Je vais peut-être commencer à aider certains élèves pendant leurs entraînements personnels.

– C'est professeur Ukai qui te l'a conseillé ?

Iwaizumi aimait beaucoup ce dernier, qu'il considérait souvent comme un modèle à suivre – respectueux du règlement, avec un style de combat épuré et brutal – et tout le monde savait qu'il suivait ses conseils à la lettre.

Le brun hocha la tête, conscient qu'il était bien trop prévisible à ce niveau là.

Soudain, le plus jeune prit la parole, et Bokuto fut étonné par sa voix : bien plus rauque que son corps fin ne le laissait présager.

– Iwaizumi-san, je vous remercie d'avoir accepté.

Il s'inclina, puis ajouta :

– A demain.

Et tourna les talons pour s'éloigner vers les jardins.

Il est discret, pensa Bokuto. Mais il est aussi...

Il s'en voulu presque de le penser, mais ce garçon était beau, tant que cela le mit presque mal à l'aise tandis qu'il le suivait du regard.

– C'est quoi son nom ?

Il lui avait laissé un impression étrange qui ne voulait pas partir.

– Il me semble que c'est l'héritier de la famille Akaashi. Leur seul fils. Il s'appelle Keiji.

La famille Akaashi ? Plutôt connu dans le milieu des armes, remarqua t-il. Tous les membres de cette famille finissait soit dans les hautes sphères du gouvernement, soit militairement haut gradé. Si Bokuto se souvenait bien, son père avait été le meister de l'une des armes les plus puissantes de sa génération, avant de prendre sa retraite. Il avait été dans la police, puis dans l'armée, et son parcours avait été exemplaire.

Ce Keiji était-il... ?

– C'est une arme, lui dit Iwaizumi comme s'il lisait dans ses pensées. Même si je ne sais pas quelle forme il a. Sûrement quelque chose de fin et de tranchant.

Mais Bokuto ne répondit rien, et se contenta de lui sourire avant de tourner les talons à son tour. Il partit en direction des dortoirs, perdu dans ses pensées.

Il y avait quelque chose qui clochait, même s'il ne savait pas encore quoi. Son instinct essayait de lui souffler quelque chose, mais il ne parvenait pas à en comprendre le sens.

En arrivant dans sa chambre, il avait fini par oublier.


Oikawa marchait d'un pas tranquille, un léger sourire aux lèvres. Ses cheveux mouillés gouttaient dans son cou, humidifiant le col de son t-shirt de pyjama. Distraitement, il plaça la serviette qu'il tenait dans sa main droite autour de ses épaules, et réajusta ses affaires dans la gauche.

Chaque chambre du dortoir F possédait une douche individuelle ainsi qu'une petite salle d'eau attenante, mais le bâtiment était également pourvu d'une grande salle avec un bain commun qui se trouvait au rez-de-chaussée, à l'opposé des escaliers. N'importe quel élève pouvait s'y rendre comme il le souhaitait, et les heures d'ouverture étaient plutôt larges ; Oikawa adorait y passer du temps, des dizaines de minutes dans l'eau chaude, à nager d'un coté puis de l'autre – Iwaizumi avait cessé de l'accompagner depuis longtemps ; ses mouvements incessants l'énervaient plus qu'autre chose –.

En arrivant au premier étage, au départ du second escalier, alors que le châtain s'apprêtait à grimper plus vite pour aller retrouver ses amis, une voix l'arrêta brusquement.

Sans pouvoir s'en empêcher, il se figea.

– Oikawa.

Dans les faits, il n'eut même pas besoin de se retourner pour connaître l'identité du porteur de cette dernière. Pourtant, il le fit quand même ; avec son plus bel air dédaigneux, Oikawa posa les yeux sur celui qui décidément n'était pas prêt à lâcher l'affaire.

– Ushiwaka, remarqua t-il en posant une main sur sa hanche. Qu'est-ce que tu veux ?

Il voulait retourner dans sa chambre, parler un peu avec Iwa-chan, et aller se blottir sous ses draps : il était exténué. Ses recherches lui prenaient toute son énergie, presque autant que les réprimandes de sa sœur.

– Tu reviens du bain ?

Sa carrure aurait pu lui paraître imposante, dangereuse, mais Tooru se trouvait sur la première marche et pouvait donc le regarder de haut.

Il haussa un sourcil.

– Ça te regarde ?

Un rictus se forma sur ses lèvres.

– Quoi ? Tu vas me suivre là bas maintenant ? Tu me suivais, là ?

– Non.

Sa réponse avait été un peu trop brusque pour être parfaitement honnête.

– C'est ça.

– Je ne te suivais pas, affirma t-il de nouveau. Je te cherchais.

– Depuis quand ?

– Depuis la rentrée.

Il leva les yeux au ciel.

Cela était déjà arrivé, avec un autre qu'Ushijima. En première année, les capacités du châtain avait attiré bon nombre de petits riches venant de familles importantes ; la plupart du temps ils se croyaient tout permis et pensaient réellement qu'ils méritaient ce qu'il y avait de mieux. À chaque fois, ils abandonnaient rapidement ; Oikawa les mettait à terre, leur balançait une remarque bien sentie sur leurs capacités limités, et les meisters s'enfuyaient la queue entre les jambes et l'égo blessé.

Wakatoshi était différent ; Tooru avait bien du lui lui botter les fesses une dizaine de fois, il revenait toujours à la charge.

– Je veux que tu deviennes mon arme.

Il devrait au moins essayer des synonymes, histoire que ça soit moins lassant.

– Non. Question suivante ?

L'autre fronça les sourcils, comme à chaque fois

– Pourquoi ?

– Je ne vais pas encore te répéter la même chose, ça commence à me lasser. J'ai Hajime et ça me suffit.

– Mais pourquoi ? répéta t-il comme s'il ne comprenait vraiment pas. Ma famille est meilleur, j'ai de plus grandes capacités physique ; je pourrais utiliser tout ton potentiel, bien plus que lui !

Toujours le même laïus. Et à chaque fois, entendre ce gars dénigrer ainsi son meilleur ami lui donnait envie de lui mettre son poing dans la figure. Sans même le remarquer, des petits cristaux de glace naquirent aux pieds d'Ushijima.

– Hajime, commença t-il en articulant davantage, est le seul meister dont j'ai besoin. Au cas où tu ne le saurais pas, je ne viens pas d'une famille importante ; je suis comme lui. Il est gentil, fort, agile ; putain c'est le meilleur élément des deuxième année ! Et toi, à part être un con, tu sais faire quoi ? Parce que au cas où tu l'aurais oublié, tu ne peux pas me battre. Lui le peut.

Il soupira, lassé de cette conversation sans fin. À chaque fois c'était la même chose, et il n'en pouvait plus ; c'était comme discuter avec un sourd.

– Oh et puis tu sais quoi ? J'en ai assez, va te faire voir.

Oikawa tourna les talons et monta les marches quatre à quatre, irrité. Lorsqu'Ushijima tenta de le suivre, il remarqua enfin que ses pieds étaient gelés, attachés au sol.

Il jura.


Allongé dans son lit, les bras croisés derrière sa tête, Kuroo regardait le plafond d'un œil fatigué. Avec les ronflements de Bokuto en fond sonore, le brun réfléchissait, à deux doigts de tomber dans le sommeil.

S'en pouvoir s'en empêcher, il repensa à Kenma et à son ami, Hinata Shoyo, qu'il avait rencontré la veille. Dynamique, souriant, et peut-être un peu trop sautillant ; Kuroo devait bien l'admettre, il aimait bien ce garçon, et il ne pouvait contredire le fait qu'il était parfait pour Kenma. Il aurait bien voulu les voir en action – son ami lui avait avoué qu'ils peinaient encore un peu à se contrôler mutuellement, et que le rouquin avait tendance à changer de forme au milieu d'un exercice –.

Kenma n'avait mis que quelques heures pour trouver son arme, et il ne pouvait s'empêcher de s'en sentir jaloux, même en sachant parfaitement que cela n'était que du hasard.

Et si ce n'en était pas, justement ?

Il avait toujours évité d'y penser, mais et si toutes ces rencontres guidées par les tatouages imposés magiquement sur leurs corps étaient contrôlées par le karma ? Le destin ? Dans ce cas là, peut-être ne méritait-il tout simplement pas de rencontrer son âme partenaire. Il était fort, certes, et pas trop moche, soit, mais dans les faits, Kuroo avait beaucoup de défauts, et plus le temps passait, plus il s'en rendait compte.

Cette jalousie qui le dévorait en était la preuve ; comment pouvait-il se sentir envieux du bonheur de ses deux meilleurs amis, de son ami d'enfance, de tous ceux qui avaient réussi à trouver leur voie ?

Son comportement lui faisait honte, et l'espace d'un instant il se dit : je ne le mérite pas, de toute façon.

Lorsqu'il pensait à la relation d'Oikawa et Iwaizumi, à celle de ses parents, meister et arme, ou encore celle de sa sœur et de son nouveau mari, il ne pouvait s'empêcher de se demander si un attachement romantique était obligatoire entre partenaire. Savoir placer leurs âmes sur la même longueur d'onde était très certainement la chose qui rapprochait le plus les humains, mais du coup, était-ce cela le problème ? Et si son arme l'avait repéré, mais qu'elle trouvait simplement que Kuroo était insupportable, qu'il ne la méritait pas, qu'il n'était pas digne d'elle ?

Un ronflement un peu plus fort le sortit de ses pensées, et il se réprimanda mentalement. Se dire tout cela ne servirait à rien ; il était lui.

Se tournant sur le coté, ses yeux tombèrent presque aussitôt sur l'intérieur de son poignet.

Une rose, enfermée dans un triangle noir.

Kuroo ferma les yeux.


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