2 ) Une séance mouvementée

-Aaaaah !

Quatre paires d'yeux convergèrent vers Radek qui venait de faire un bond en criant.

-Ca commence bien, râla le colonel Sheppard, Zelenka, vous avez tiré toute la couverture. Bon, je la remets là, tenez vous tranquille.

Le militaire, coincé sur son lit entre McKay et Zelenka lança un regard envieux en direction du petit divan où Dex trônait entre Teyla et Elisabeth. Lorne occupait l'autre bout du canapé à coté de la diplomate et John se demanda si son collègue n'avait pas un peu trop pris à la lettre la recommandation de cette dernière de partager la chaleur sous des couvertures vu la façon dont il était serré contre elle. Décidément Ronon et Evan étaient des malins. Quoique avec le froid qu'il faisait il valait mieux être serré contre un Rodney qu'entre les deux femmes, c'était plus chaud. Et plus confortable aussi.

-Mais…le type là, il vient de se faire découper en petit carrés, je m'y attendais pas moi, se justifia Radek vexé, je savais pas que c'était un film d'horreur.

-Mais non, Zelenka, c'est un film de réflexion, demandez à Rodney, c'est lui qui me l'a dit tout à l'heure au labo, n'est-ce pas McKay ?

L'autre scientifique le fusilla du regard mais ne répondit pas. Il n'avait pas visionné les films et ne tenait pas à s'avancer.

-On peut avoir un peu de silence s'il vous plait ? grogna t-il. Quand on a regardé James Bond la semaine dernière, il n'y avait pas tant de bazar.

-Ouais, vous n'avez pas arrêté de faire des commentaires, McKay, répliqua Sheppard.

-Moi, ça me plait James Bond, intervint Ronon en portant machinalement la main à son arme. J'espère qu'il y aura de l'action ce soir.

-Oui mais là, il s'agit d'un film intelligent, répliqua Rodney qui espérait que ce soit vrai, il faut suivre.

-Mais vous allez vous taire, oui ? S'exclama Sheppard excédé en serrant le bras de Rodney.

-Aïe !

-Ca va pas Rodney ? S'enquit Elisabeth.

-Il m'a pincé, brailla le scientifique. Espèce de sauvage ! Il roula des yeux furibonds en direction du militaire qui scrutait maintenant l'écran en fronçant les sourcils.

-Bon, allez, nous allons tous nous taire et suivre ce film que Rodney a eu la gentillesse de nous faire partager, déclara Elizabeth Weir sur un ton conciliant.

Nom de nom, pensa t-elle, des vrais gosses ! Tous autant qu'ils étaient. Parfois l'envie lui prenait d'en saisir un par les oreilles et de le mettre au coin. Elle soupira.

Lorne passa le saladier de pop corn, le silence se fit et tout le monde se concentra sur l'écran.

Rodney McKay se détendit. Bon, il avait eu un peu peur de s'être avancé sur la qualité des films mais Sheppard l'avait vraiment agacé en titillant sa fibre patriotique. De toute façon personne ne disait rien alors ça devait plaire. Et puis un des acteurs lui disait quelque chose, ce devait être un type connu. Il n'arrivait pas à mettre un nom dessus mais il avait déjà vu cette tête quelque part, c'était sûr.

Au bout d'un moment il se rendit compte que le colonel lançait de fréquents regards dans sa direction. Il passa la main sur son visage, cherchant un éventuel morceau de pop corn qui se serait coincé sur un sourcil, par exemple, ça lui était déjà arrivé.

Il ne trouva rien et abandonna. De toute façon, les lubies de Sheppard il les connaissait et si cela se trouvait ce dernier ne cherchait qu'à l'ennuyer.

Quand même, cet acteur…

Bon, pour ce qui était du film ça ne démarrait pas rapide. D'après ce qu'il avait saisi des gens étaient coincés dans une construction qui se composait de pièces en formes de cubes, d'où le titre. Les blocs étaient parfois piégés. D'ailleurs un des acteurs venait de se prendre une de ces giclée d'acide à la figure ! Aïe aïe aïe, ça ne devait pas faire du bien. Et puis vu ce qui restait de son visage il n'aurait plus jamais de problème de rasage. Hum ! Il rectifia, plus de problèmes du tout même.

Il saisit un mouvement sur le coté. Cette fois ci c'était Zelenka qui venait de se redresser et le dévisageait avec insistance.

Rodney fronça les sourcils. Que se passait-il encore ? Il jeta un coup d'oeil vers les occupants du divan. Tous les quatre avaient aussi les yeux fixés sur lui.

-Quoi ! s'exclama t-il. Bon, d'accord c'est un peu lent mais c'est intéressant quand même. Faut peut-être pas chercher à savoir pourquoi ils sont coincés là-dedans mais plutot comment ils vont s'en sortir.

Finalement ce fut Lorne qui se décida :

-Euh, docteur McKay, vous ne trouvez pas que vous ressemblez à cet acteur là ? Demanda t-il en désignant la télé.

Rodney scruta l'écran.

-Lequel ?

-Ben, celui là dans son coin qui ne dit rien.

-Ouais, c'est vrai, le silencieux, renchérit Sheppard, d'ailleurs il n'y a que ça qui vous différencie. Allez McKay, dites-nous la vérité, c'est vous ?

-Allons colonel s'énerva le scientifique, vous croyez vraiment ça ? Vous pensez que j'ai eu mes diplômes en faisant le guignol au cinéma ? Réfléchissez un peu !

-Quand même, intervint Elisabeth Weir, la ressemblance est frappante. C'est vrai Rodney on dirait vous avec dix ans de moins.

-Et plus mince aussi, remarqua Lorne qui se tut aussitôt devant le regard assassin du scientifique.

-C'est vrai, renchérit Teyla, on dirait vous plus jeune, docteur McKay.

-Dites McKay, vous avez peut-être un jumeau à quelque part ? S'enquérit Zelenka.

-Brrr ! Un deuxième Rodney ! répondit John en frissonnant exagérément, vous vous rendez compte ? ce serait...

Un coup de pied dans la jambe le fit taire.

-Bon, maintenant que nous avons établi que j'ai une certaine ressemblance avec un des acteurs, on va pouvoir le regarder ce film, oui ? Eclata Rodney. Parce que si ça continue je m'en vais moi. J'ai du travail qui m'attend.

-Calmez-vous, McKay, dit John Sheppard en serrant doucement la main du scientifique dessous la couverture, personne n'a voulu vous embêter. Nous faisions juste part de notre étonnement , c'est tout.

-Bon, ça va, grommela le scientifique calmé, si plus personne ne fait de réflexion, ça ira.

La main de Sheppard se retira, laissant un petit vide.

L'attention des téléspectateurs revint sur le film. Rodney observa le personnage en question. Bon, c'était vrai qu'il lui ressemblait un peu mais pas tant que ça, les autres exagéraient, comme d'habitude. Tout était bon pour le mettre en boite. A part ça le film était un peu stressant et il était tendu. Sa jambe se mit à trembler convulsivement. Il sentit la main de Sheppard se poser sur sa cuisse pour lui intimer d'arrêter.

Les tremblements cessèrent.

Rodney déglutit, le colonel n'avait pas enlevé sa main et Rodney la sentait chaude et ferme à travers le tissu du pantalon.

Il tenta de s'intéresser de nouveau à l'histoire. Une espèce de dingue venait de tomber du plafond d'un des cubes arrachant un cri de frayeur aux personnages de l'écran d'une part et à Zelenka de l'autre. Rodney nota dans un coin de son cerveau de ne plus proposer de films autres que ceux de Walt Disney à son collègue. Et encore ! Il se demanda si Bambi conviendrait. Faudrait voir.

En attendant, il n'avait pas fait le mauvais choix. Tout le monde semblait captivé. Il vit du coin de l'œil que Lorne avait passé un bras protecteur derrière les épaules d'Elisabeth qui fixait l'écran un peu tendue elle aussi. Ronon poussait de temps en temps un grognement approbateur et Teyla restait impassible.

Et puis au moins ils avaient cessé leurs commentaires stupides sur cette pseudo ressemblance.

-Dites, Rodney, vous avez l'air drôlement dépressif, quand même, remarqua Radek.

Le canadien fit un bond.

-Mais nom de nom Zelenka, mais puisque je vous dit que ce n'est pas moi ! Ca va rentrer dans vos oreilles et arriver à ce qui vous reste de cerveau ?

-Mon cerveau il vaut bien le votre, McKay !

-Ca, ça m'étonnerait, parce que dans ce cas là, autant se livrer tout de suite aux wraith, ça fera des économies de temps et de moyens !

-Ah oui ? Ben je plains le pauvre wraith qui vous videra. Tiens, je me demande s'il deviendra prétentieux, c'est peut-être contagieux ces choses là.

-Allons Rodney, intervint John, empêchant son ami de bondir sur son collègue tchèque. Mince, il n'avait pas envie d'assister à une bataille de scientifiques dans son lit. Radek ne voulait pas dire ça, reprit-il. Il força McKay à reprendre sa place tout en reprenant à Radek l'oreiller que le tchèque brandissait devant lui comme bouclier.

Tout cela sous l'œil goguenard de Lorne. Punaise, il y en avait un qui n'allait pas quitter la salle d'entraînement de sitôt où bien non, il avait mieux, Kavanagh avait exigé une protection pour aller examiner les égouts demain. Il avait raison, on était jamais assez prudent, il allait accéder à sa demande avec plaisir. A cette pensée il envoya un grand sourire au major qui le regarda d'un air circonspect. Il commençait à se douter de quelque chose. C'était bien, très bien même.

Bon, en attendant il retourna à ses moutons, où plutôt à ses deux scientifiques.

-Maintenant ça suffit ! s'écria t-il Zelenka, non, lâchez ce livre, j'en ai pas d'autre ! Le tchèque brandissait « guerre et paix » en représailles à Rodney qui s'était saisi de la télécommande et menaçait son collègue.

Il lança un regard désespéré à Elisabeth mais celle ci semblait aux anges. Alors là Sheppard allait comprendre ce que c'était d'avoir affaire à des adultes se conduisant comme des gosses !

John Sheppard récupéra le livre, força Radek à reprendre sa position initiale et se tourna vers Rodney, les sourcils froncés et l'air sévère. Le canadien lui tint tête quelques secondes puis remis l'item dans la main du militaire. Rodney se réinstalla et boudeur s'intéressa de nouveau au film.

John Sheppard s'essuya le front et se cala de nouveau entre les deux. Sa main se posa de nouveau sur la cuisse de McKay et il nota avec satisfaction le petit sourire du scientifique.

Il respira. Allons, tout allait bien finalement, il avait maîtrisé les fauves, montré qui commandait et repris le contrôle de la situation.

Le film ne fut plus interrompu que par le dernier cri de Zelenka quand la jeune fille fut transpercée de part en part par une espèce d'arbalète. Rodney se demanda d'ailleurs d'où le type pouvait bien sortir ça mais il ne fit pas de commentaire. Il se sentait bien serré contre Sheppard et la main de ce dernier sur sa cuisse provoquait toute sorte de sensations dans son corps.

John Sheppard lui aussi n'était pas pressé que la soirée se termine. Il se sentait bien, il avait rétabli la paix. Il espéra perfidement qu'Elisabeth avait bien noté la façon dont il s'y était pris. L'autorité, il n'y avait que ça ! Bon, ce n'était pas à la portée de tout le monde, il fallait bien le dire.

-Je vous propose le second film que Rodney a apporté, dit-il coupant court aux commentaires et critiques qui fusaient. Les autres acquiescèrent. Bon, je suis sûr que cette fois-ci cela se passera dans le calme. Il regarda le titre : « Century Hôtel », allez, j'envoie !

Rodney sourit et se serra contre le militaire. Pas de problème, tout allait bien. Ils allaient passer un bon moment.

A suivre