Chapitre 2
Le vol ne devait durer que 40 minutes. Ils ne firent donc pas de débriefing dans le jet.
Hotch se limita à une rapide distribution des rôles. Reid et lui iraient voir le médecin légiste pour un rapport circonstancié des autopsies, Morgan et Prentiss se rendraient sur les différents sites de découvertes des corps accompagnés d'un agent de l'équipe locale et Pénélope et Rossi rencontreraient les familles des victimes et la colocataire de la jeune femme signalée disparue le matin même.
Pénélope s'activait sur les profils qu'avaient faits les victimes d'elles-mêmes sur le site de rencontre. Elles avaient deux choses en commun : elles se décrivaient comme indépendantes et fortes et aimaient le sport.
Elle fit part de ses découvertes à l'équipe.
« Et si il avait un problème avec les femmes fortes et indépendantes ? demanda Pénélope
— Possible, dit Rossi. Il a peut-être eu dans son entourage une femme forte et indépendante voire abusive.
— Sa mère, sa femme, une petite amie ? dit Prentiss
— Ou une prétendante qui l'a éconduit ? ajouta Morgan.
— Si c'est le cas, il doit souffrir d'un complexe d'infériorité et être frustré en présence de femme ayant un pouvoir. Il doit occuper un poste avec peu de responsabilités, un poste de subalterne.
— On tient déjà pas mal d'hypothèses. Attendons d'arriver, de collecter plus d'informations afin de parfaire le profil du suspect. Bon travail. »
Quand ils arrivèrent, des SUV les attendaient.
Morgan et Prentiss se rendirent tout de suite sur le terrain, alors que les autres allèrent aux bureaux de la scientifique où une salle avait été aménagée pour les recevoir.
Reid et Hotch partirent à la morgue à la rencontre du Dr Sheldon Hawkes.
Pénélope posa son matériel en vitesse. Après avoir préparé le tableau avec les photos et les quelques informations qu'elle avait trouvées sur les victimes, elle rejoignit Rossi dans un petit bureau adjacent où ils allaient recevoir et interroger les familles.
Quand Pénélope sortit du bureau, après avoir entendu des pleurs et consolé les familles pendant des heures, elle avait le moral au plus bas. Malgré son expérience en tant que conseillère dans un groupe de soutien, elle ne pouvait s'habituer à tant de souffrances et à tant de colère face à un acte de violence gratuit qui laissait des familles brisées, seules face à leur deuil et à leurs questions. Elle avait appris au fil des années qu'elle ne devait pas promettre qu'ils retrouveraient les coupables Il y avait à ce jour des affaires qui n'étaient toujours pas résolues par la police criminelle, mais elle se faisait un devoir de tout faire pour aider à résoudre ces enquêtes en apportant sa contribution, si minime soit-elle, et ce, quitte à enfreindre certaines lois afin d'obtenir des informations capitales. Elle devrait néanmoins faire attention cette fois, car elle s'était renseignée sur le chef de cette équipe, Mac Taylor, et il n'acceptait de ses collaborateurs aucun écart de conduite.
Avec les informations qu'ils avaient pu récolter des familles, Pénélope compléta le tableau et se mit à croiser les informations concernant les rendez-vous que les victimes avaient acceptés.
L'équipe au grand complet se retrouva afin de faire un point sur la situation.
Reid, debout devant le tableau, plantait des épingles d'une couleur sur la carte afin de matérialiser les lieux de découvertes et d'une autre couleur afin de représenter les lieux de résidence des victimes.
« Elles viennent des quatre coins de New York, mais elles sont toujours abandonnées dans le secteur de Manhattan. C'est sa zone de confort. Il connaît très bien les environs, il doit surement y habiter ou y travailler, indiqua Reid
— Manhattan, au lieu de la finance. Il doit être trader ou travailler pour un trader, compléta Emily
— N'oublions pas qu'il a un problème avec les femmes de pouvoir, son supérieur hiérarchique doit être une femme. Dans ce milieu, on a affaire à des requins, si elle a réussi, elle a surement écrasé tout ce qui se mettait en travers de sa route. » dit Rossi.
Hotch affichait des photos des autopsies.
« Selon le médecin légiste, les victimes n'ont pas été simplement battues. Elles se sont défendues.
— Regardez leurs poings. On dirait qu'elles se sont battues à poings nus. Regardez les ecchymoses. Elles sont placées au visage, sur les bras, au niveau de leurs flancs, sur les jambes. Elles ont quelques côtes cassées mais cela aurait dû être plus grave. Elles ont surement dû les protéger. Vous savez ? comme des boxers, expliqua Morgan en faisant le geste.
— Oh mon Dieu, il se bat avec elles avant de les tuer ?!, s'exclama Emily
— Quelles sont les causes des décès ?, demanda Rossi
— Asphyxie par étranglement, il a laissé des traces de doigts mais rien d'exploitable. Pas de traces de sperme, pas de traces ADN.
— Elles ont dit aimer le sport sur leur profil, mais en fouillant sur leurs différents comptes sur les réseaux sociaux, elles pratiquaient toutes un sport de combat, et certaines à haut niveau, notamment les deux premières mais aussi la dernière victime, informa Garcia.
— Cela explique le laps de temps entre les enlèvements, murmura Reid, s'adressant plus à lui-même qu'aux autres
— Tu veux bien partager ta théorie, Einstein ?! dit Morgan
— Si elles étaient douées, elles ont surement dû l'amocher lui aussi. Comment aller à un rendez-vous avec un cocard ou une lèvre fendue. Il devait se donner le temps de guérir avant de rencontrer une autre femme.
— Mais si elles étaient douées et qu'il a quand même réussi à les battre, c'est que lui aussi doit pratiquer les arts martiaux ? s'interrogea Pénélope.
— Bien vu Garcia. Si elles lui ont laissé des ecchymoses son entourage s'en est surement rendu compte. On devrait le mentionner durant la conférence de presse. Garcia, tu avances sur les hommes qu'elles ont rencontrés par le biais de ce site ? demanda Hotch
— Aucun homme en commun, mais je vais creuser les adresses IP pour voir s'il n'a pas utiliser des noms et des profils différents pour attirer chacune d'elle, déclara Pénélope
— On est prêt à donner le profil. Je préviens Taylor. »
L'équipe quitta son QG d'appoint, afin de présenter le profil à l'équipe de scientifiques de Mac et aux policiers de l'équipe de la criminelle supervisée par Don Flack, laissant Pénélope à ses recherches.
Hotch et Mac devaient aussi préparer la conférence de presse afin d'alerter la population et lancer un appel à témoins pour retrouver au plus vite Amy Carson.
Quelqu'un frappa à la porte et dit :
« Bonjour, je cherche l'agent Hotchner.
— Bon …. »
Pénélope se retourna pour voir qui était à la porte mais elle resta sans voix en voyant de qui il s'agissait puis finit enfin son mot :
« … jouuuuurrrr bel Adonis en chocolat »
Le visiteur semblait surpris de l'accueil qui lui était réservé.
« Je suis Pénélope Garcia, l'informaticienne de génie, l'Oracle de la connaissance du BAU. Comment puis-je rendre votre vie plus agréable ? dit-elle d'une voix doucereuse.
— Euh … je cherche l'agent Hotchner. J'ai de nouvelles informations à lui communiquer, je suis le Dr Sheldon Hawkes, le médecin légiste.
— Ohh, je vois. L'intelligence et la beauté…. » dit-elle en le regardant de haut en bas.
Elle ne pouvait vraiment pas s'empêcher de flirter, même avec des inconnus. Elle sentait qu'il était mal à l'aise.
« Mais je m'égare. Il est avec l'autre équipe, il présente le profil du suspect. Mais vous pouvez me donner votre rapport et je le leur transfère tout de suite. » proposa-t-elle, redevenant instantanément professionnelle.
Hawkes hésita puis entra et confia la chemise qu'il avait en main à Garcia. Elle scanna le document, fit quelques manipulations et dit :
« Voilà, c'est fait. »
Elle jeta un œil au document et dit :
« Oh non, oh non …. »
Elle se mit à taper furieusement sur son clavier, visiblement agitée.
« Quelque chose ne va pas ? » demanda Sheldon, inquiet de la voir ainsi.
Elle poursuivit sa recherche pendant quelques secondes avant de répondre :
« Je ne sais pas encore mon chou, mais je ne vais pas tarder à le découvrir. »
Sheldon était troublé. Il ne comprenait pas pourquoi ses dernières conclusions avaient provoqué une telle agitation chez l'informaticienne.
Il prit le temps de l'observer. Elle portait des vêtements très colorés et pas très conventionnels, étant donné qu'elle travaillait pour une des équipes d'élites du FBI. Sa coiffure était très particulière. Ses cheveux étaient remontés et quatre baguettes en bois les retenaient. Des mèches blondes et roses bouclées retombaient en cascades.
Il devait reconnaître que c'était assez mignon. Il ne s'attendait certainement pas à voir une telle coiffure dans ce cadre mais plutôt en boite de nuit ou à une convention de cosplayers.
Elle fronçait les sourcils, elle était concentrée sur son écran.
Elle l'avait pris au dépourvu en flirtant ainsi avec lui. Il n'avait pas l'habitude d'être abordé d'une telle manière dans les locaux de la scientifique. Savait-elle ce qu'était le harcèlement sexuel sur le lieu de travail ? Elle risquait de perdre son travail et même d'aller en prison.
Sheldon sourit. Elle devait surement savoir ce qu'elle encourait. Elle lui avait fait du gringue de manière si naturelle qu'elle avait certainement l'habitude de le faire.
« Oh mon Dieu ! Je dois absolument appeler mon Adonis en chocolat ! »
Elle lança l'appel. Elle avait mis le haut parleur, habitude qu'elle avait pour communiquer avec les autres tout en gardant les mains libres pour continuer son travail.
Elle se tourna vers Hawkes et lui fit un sourire.
« Enfin, je veux dire mon autre Adonis en chocolat » rectifia-t-elle.
Hawkes ne put s'empêcher de sourire. « Elle est trop marrante » se dit-il.
