Bonsoir !
Je suis désolée, je sais que je m'y prend vraiment à la dernière minute ce coup-ci, mais le week-end a été chargé ! Et je viens de passer la dernière demi-heure à galérer pour trouver un titre à cet OS...
Merci à Jane Doe51, Leiya93, Katkitten4, CL13, Paiw, alamanga, MissKitty77, tearesa et à deux inconnus, comme d'habitudes vos petits mots me font super plaisir !
Voici le deuxième OS et, des trois, c'est celui avec lequel je suis le moins confiante... Donc j'avoue que je suis un peu nerveuse là ^^
Bonne lecture !
Mensonges
Il était encore tôt ce matin-là, lorsque Jane pénétra d'un pas joyeux dans l'enceinte du CBI. Ne perdant jamais une occasion de discuter avec sa patronne préférée ou de la taquiner gentiment, il se dirigea vers son bureau. Voyant que les volets étaient baissés, il fronça les sourcils et ralentit le pas. Pourtant, à cette heure, Lisbon devait être arrivée. Il frappa prudemment. Pas de réponse. Il ouvrit alors la porte délicatement, intrigué. Lisbon était bel et bien assise à son bureau, mais elle avait la tête entre les mains et respirait bruyamment comme pour s'empêcher de craquer. Jane referma la porte derrière lui, inquiet, et s'approcha d'elle.
- Lisbon ? Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il de sa voix la plus douce.
Les poings de l'agent se crispèrent en entendant Jane.
- Je ne sais pas… Je ne sais pas ce qu'il me prend, répondit-elle d'une voix prête à se briser.
Jane contourna son bureau et s'accroupit à ses côtés. Elle retira alors une de ses mains et jeta un regard à Jane. Elle avait les yeux brillants.
- C'est l'anniversaire de mort de ma mère aujourd'hui et je…
Sa voix se brisa et elle s'interrompit un instant pour se reprendre.
- D'habitude, je ne me mets pas dans un tel état, expliqua-t-elle.
Jane posa une main dans son dos.
- C'est normal, elle vous manque.
- Je n'arrête pas de repenser…
Elle fut incapable d'achever sa phrase, son visage se crispant tandis qu'elle redoublait d'effort pour ne pas se laisser submerger.
- Je comprends, assura Jane.
Lisbon détourna le regard et hocha la tête. Elle resta immobile quelques instants, après quoi elle se leva brusquement comme si ça allait chasser sa peine.
- Je ne vais pas rester ici me morfondre toute la journée ! déclara-t-elle d'un ton qui ne trompait personne, alors que Jane se relevait. Je vais me mettre au travail et…
Son regard se perdit.
- Lisbon ?
Dieu seul sait ce qui lui traversa l'esprit à ce moment-là, mais elle fut prise d'un soudain besoin de s'appuyer contre son armoire et elle étouffa un sanglot. N'y tenant plus, Jane la rejoint et l'entoura de ses bras. Lisbon ne le repoussa pas et posa sa tête sur son épaule. Elle combattait les larmes avec une telle énergie que Jane n'osa pas lui dire de se laisser aller. Au lieu de ça, il se mit à caresser ses cheveux pour l'aider à se détendre. Elle respirait encore avec de grandes bouffées d'air. Elle finit par se décontracter peu à peu. Jane la serra un peu plus fort contre lui, entre autres parce-qu'il n'avait pas envie qu'elle parte de là.
- Merci, dit Lisbon d'une petite voix.
- Je vous en prie.
A son agréable, surprise, Lisbon ne s'éloigna pas de lui. Elle devait vraiment se sentir mal. Il sentit alors la main de sa supérieure se poser sur son épaule et la caresser légèrement avec le pouce. Ce geste lui apporta une sensation bizarre, bien que plutôt agréable.
Elle devait vraiment se sentir mal.
Ou alors, c'était autre chose.
Jane songea que ce câlin de consolation prolongé était devenu un câlin d'amitié.
D'amitié… ?
Quoi qu'il en soit, il en profita pour fermer les yeux et respirer le parfum de Lisbon, savourer la sensation de la sentir si près de lui, en sécurité, et d'apprécier le sentiment que lui procuraient les petits mouvements qu'elle faisait sur son épaule.
Lisbon se détacha un peu de lui et Jane pensa que la pause était terminée. Elle plongea alors son regard dans le sien. Son beau regard vert, dans lequel il pouvait surtout lire de la vulnérabilité. Il essaya de ne pas remarquer à quel point ses pupilles étaient dilatées. Les pupilles se dilataient pour plein de raisons. Le manque de lumière, l'adrénaline, l'état hypnotique, on pouvait même avec un peu de concentration, -
- Jane… murmura la jeune femme.
Le consultant se tétanisa lorsqu'elle approcha son visage du sien. La surprise, la confusion et l'absolue ignorance de ce qu'il devait faire le prirent de court. Le fait que Lisbon ait l'intention de l'embrasser dans les secondes qui suivaient lui semblait irréel. Il devait être en train de rêver. En train de faire l'un de ces rêves après lesquels il tente de ne pas se questionner sur la signification d'un songe impliquant un baiser avec Teresa Lisbon.
Pourtant, lorsque les lèvres de l'agent se posèrent finalement sur les siennes, il constata qu'il avait rarement ressentit quelque chose d'aussi réel. Du plaisir, de la tendresse, de l'envie. Les sens de Jane s'affolèrent lorsqu'ils approfondirent le baiser. Il se prit à penser que Lisbon avait un côté appétissant et se gifla mentalement la seconde d'après. Il ne pouvait pas penser ça de son amie Lisbon. Ça allait trop loin.
Qu'était-il en train de faire ?
Il stoppa le baiser avec un pincement au cœur. Lisbon le regarda avec inquiétude.
- Teresa, je… Je ne…
Jane baissa les yeux et fit le geste qu'il faisait toujours lorsqu'il partageait quelque chose comme ça avec une femme : il saisit son alliance. Lisbon recula et il releva les yeux en lâchant précipitamment sa main. Il y avait à présent de la douleur dans les yeux de Lisbon. Pas de colère, pas de tristesse, juste de la douleur et un peu de regret.
- Je suis désolée, je n'aurais jamais dû faire ça. C'était terriblement déplacé, dit-t-elle.
Jane secoua la tête avec une expression coupable, à court de mots.
- Je ne sais pas quoi vous dire.
Le sentiment de mal-être de Lisbon était si intense qu'il aurait presque pu le toucher.
- Ce n'est pas grave… Je comprends. Excusez-moi.
Il n'avait pas remarqué qu'elle s'était dirigée vers la porte et l'instant d'après, elle n'était plus là. Abattu, Jane alla s'asseoir sur le canapé du bureau et enfouit son visage entre ses mains. Il se sentait coupable à la fois envers Angela et envers Lisbon. Pourquoi avait-elle fait ça ? Elle était pourtant la mieux placée pour savoir que Jane ne pouvait avoir aucune relation amoureuse, et surtout pas avec elle. Sa patronne. Son amie. Sa Lisbon.
En même temps, lui aussi avait sa part de responsabilité. Il l'avait laissé faire et l'avait embrassée en retour avant de se défiler comme un lâche. Il n'assumait pas ce qu'il ressentait pour elle. Quel crétin. Il n'aurait jamais dû toucher son alliance. Il se rendait compte à présent comme c'était brutal et cruel pour elle. Comment allaient-ils gérer ça, à présent ?
Jane resta assis là à ruminer ses pensées pendant un bon moment, puis il se leva pour aller ouvrir les stores. Il jeta un œil dans l'open space ; elle n'y était pas. Elle était dans la cuisine en train – quelle surprise – de se préparer une certaine boisson caféinée. Ses longs cheveux tombaient de part et d'autres de son visage, si bien qu'il ne pouvait pas voir son expression. Penchée comme elle l'était au-dessus de la machine à café, il était évident qu'elle ne voulait pas que l'équipe la voie. Dire qu'il était entré dans son bureau en espérant la consoler, et maintenant elle était encore plus chamboulée que tout à l'heure.
Mais après tout, comment aurait-il dû réagir ? En la laissant continuer, en lui montrant qu'il en avait envie lui aussi, en allant même peut-être plus loin ? Pourquoi faire naître un tel espoir alors que tout les séparait ? Ça aurait sans doute été encore plus cruel que de toucher son alliance comme il l'avait fait. Il ne pouvait pas s'engager ni ouvrir son cœur. Il ne pouvait pas connaître le bonheur et la brûlure des souvenirs était comme une piqûre de rappel à chaque fois qu'il s'éloignait du chemin. A chaque fois qu'il se laissait aller. Comment pourrait-il jamais être heureux alors qu'elles étaient mortes ? Comment un mari, un père pourrait-il sourire sincèrement lorsqu'il avait perdu celles qu'il devait protéger ?
D'un autre côté, Lisbon ne méritait pas ça. Elle n'y était pour rien dans cette histoire, elle était juste tombée amoureuse du mauvais homme. De plus, Jane, depuis leur rencontre, n'avait jamais essayé de se montrer déplaisant aux yeux de la flic ; il avait même sans doute été encourageant à bien des égards. Mais Lisbon était comme une bouffée d'oxygène, elle était son équilibre quand il titubait et son point de repère quand il était perdu. Et il ne pouvait pas s'empêcher de faire en sorte qu'elle apprécie les moments passés avec lui.
Jane divaguait dans ses pensées contradictoires, pleines de « mais » et de « et si », rejetant sans cesse la faute sur Lisbon puis sur lui-même, ignorant quelle solution se présentait à lui. Tout était désordonné, plus rien n'avait de sens ; des pulsions opposées luttaient en son for intérieur. Pris d'un mal de crâne, il sortit du bureau de Lisbon et rejoignit son divan à lui où il s'allongea.
- Salut, fit Grace d'un ton amical.
- Salut Van Pelt, marmonna-t-il.
- Tout va bien ?
Jane haussa les épaules.
- Mal de tête.
- Oh. C'est une mauvaise journée alors, Lisbon non plus ne va pas bien. Tu as été la voir ?
- Oui… Mais je ne pense pas qu'elle aille vraiment mieux.
- Ah bon ? fit Van Pelt d'un ton déçu.
- On pensait que tu arriverais à lui remonter le moral, ajouta Rigsby.
Ils allaient empirer sa migraine avec leurs interrogations.
- Certaines blessures sont trop douloureuses pour être soignées, déclara Jane d'une voix sombre.
Il sentit ses collègues échanger un regard perplexe et essaya de s'endormir. C'est alors que Lisbon les rejoint.
- On a une affaire qui nous attend à Fresno. Cho, Rigsby, Jane, vous venez avec moi, je vous briefe en chemin.
Jane ouvrit les yeux pour croiser son regard, mais elle avait déjà tourné les talons.
La journée aurait difficilement pu commencer moins bien.
Etant dans l'obligation de prolonger leur journée en ville, les quatre membres de l'équipe se retrouvèrent au restaurant. L'ambiance était loin d'être attractive et la tension qui existait entre Jane et Lisbon était si intense que même Cho et Rigsby l'avaient remarqué. Ils n'avaient pas échangé un mot de tout la matinée, excepté pour parler de l'affaire – et encore, ils s'en étaient tenus au minimum. Jane détestait cette situation ; il se détestait lui-même et détestait Lisbon. Ou du moins essayait-il de se persuader de cette dernière idée, mais c'était tellement ridicule qu'il ne parvenait pas à en être convaincu.
Ils attendaient donc le dessert en silence lorsque Jane lâcha :
- Lisbon, je peux vous parler en privé ?
A en juger par son expression, c'était la dernière chose dont elle avait envie, mais elle ne pouvait pas refuser. Ils se levèrent et sortirent du restaurant sous les regards mi-soulagés, mi-inquiets de leurs amis.
- Je vous écoute, dit Lisbon en croisant les bras une fois à l'extérieur.
- Il faut qu'on parle de ce qu'il s'est passé, répondit-t-il calmement.
Elle baissa les yeux.
- Je ne vois pas ce que l'on pourrait ajouter, dit-elle d'un ton plus bas.
- Je ne voulais pas faire ça, tenta Jane en avançant d'un pas. Je ne voulais vraiment pas vous blesser.
Lisbon secoua la tête.
- Ecoutez, je pense que cette conversation est inutile.
Elle fit demi-tour pour rentrer à l'intérieur mais Jane la rattrapa par le poignet.
- Attendez, Lisbon.
Elle se tourna vers lui et prit ses mots au pied de la lettre.
- Attendre ? C'est ça que vous voulez que je fasse, Jane ? demanda-t-elle en plongeant son regard dans celui du consultant.
Et tout son corps semblait lui crier « Parce-que je suis prête à le faire ». Il ne répondit rien. Cela ne servirait à rien qu'elle attende.
- Est-ce que vous avez des sentiments pour moi ? demanda-t-elle ensuite d'une voix encore plus basse.
S'il avait des sentiments pour elle ? Sans réfléchir, il se pencha vers elle pour l'embrasser. Mais Lisbon ne se laissa pas faire, si bien que Jane ne réussit qu'à effleurer la commissure de ses lèvres.
- Non, murmura-t-elle. Ce n'est pas une réponse. C'est trop facile. Ce n'est pas une promesse.
- Et c'est exactement là qu'est le problème, Lisbon, murmura-t-il à son tour. Vous n'aurez jamais de promesses avec moi.
- Non, ça c'est faux. Si vous le vouliez, il pourrait y en avoir.
Pourquoi refusait-elle de comprendre ?
- Non, non, il n'y en aura jamais, déclara-t-il d'un ton ferme.
Lisbon enleva son poignet de sa main alors que la colère et la frustration montaient en elle.
- Ça, c'est juste de la mauvaise volonté, Jane, rien de plus ! C'est vous qui décidez de ce que vous voulez faire de votre vie.
- J'ai déjà choisi ce que j'allais en faire et vous le savez très bien !
- Tout est déjà tracé pour vous, alors ? Il n'y a rien qui pourrait vous faire changer d'avis ?
- Non. Rien du tout.
La colère de Lisbon retomba dans un souffle. Tout à coup, elle semblait s'armer de courage. Jane craignait ce qu'elle allait lui dire, il avait envie de fuir cette horrible discussion.
- Alors dites-moi que vous n'avez pas de sentiments pour moi.
Oh non. Pas ça. Elle voulait donc l'obliger à lui faire encore plus de mal ? Il lui lança un regard désespéré, mais elle ne fit aucun geste. Elle le poussait dans ses retranchements. Il était piégé. C'était à son tour de rassembler son courage. Il planta son regard dans celui de Lisbon, sachant qu'il ne la convaincrait pas s'il ne la regardait pas dans les yeux.
- Je ne ressens rien pour vous.
Jamais prononcer un mensonge ne lui avait fait aussi mal. Les mots lui avaient brûlés la gorge et lacéré le cœur. Devant lui, le visage de Lisbon était impassible. Elle le fixait en silence, lui qui était à la torture. Il finit par ne plus le supporter et s'en alla sans ajouter un mot.
L'équipe avait décidé de rester à Fresno durant la nuit et avait donc réservé des chambres dans l'auberge où ils avaient mangé. Mais c'était bien parce-que l'enquête l'exigeait car Lisbon, elle, serait bien rentrée chez elle pour passer une soirée loin, très loin de Jane. La journée avait mal commencée et s'était empirée en prenant une ampleur qui lui échappait, et elle en était maintenant au stade « épouvantable ». Elle n'aurait jamais, jamais dû embrasser Jane. Elle aurait tellement aimé retourner en arrière et effacer tout ça. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Un moment de faiblesse et elle s'était lancée la tête la première dans les problèmes. Malheureusement, le bonheur bref mais intense qu'elle avait ressenti durant leur baiser n'était pas d'une grande consolation par rapport à ce qu'il s'était passé par la suite.
« Je ne ressens rien pour vous. »
Elle avait espéré qu'il ne puisse pas lui répondre, qu'il lui laisse au moins l'espoir qu'elle puisait dans l'ignorance. Car contrairement à ce qu'elle croyait, être fixé était bien plus douloureux que de ne pas savoir. Ça avait fait très mal d'entre Jane lui dire ça. Comment le regarder en face maintenant que leur relation se résumait à un amour non partagé ?
Il fallait qu'elle aille lui parler. Elle ne pouvait pas le perdre à cause de ça. Elle prendrait sur elle en espérant que ses sentiments s'estompent avec le temps, et si elle n'y arrivait pas… Eh bien, elle se contenterait d'être à ses côtés de la façon dont il le voulait. Peu importe combien ça serait dur, elle se savait une femme courageuse. Ça serait égoïste de sa part d'être en colère contre lui après tout ce qu'il avait traversé. Elle ne pouvait pas exiger de lui qu'il ressente la même chose qu'elle. Elle avait demandé, il avait répondu et maintenant elle allait devoir vivre avec ça.
Alors que la nuit était tombée, elle sortit de sa chambre pour rejoindre celle de Jane. D'abord, elle s'excuserait. Elle lui dirait qu'elle n'avait pas réfléchi quand elle l'avait embrassé ce matin, qu'elle avait laissé les émotions l'envahir et l'affaiblir. Qu'elle ne lui en voulait pas et qu'elle ne souhaitait rien de plus que tout redevienne normal entre eux. Déterminée, elle arriva devant sa porte et s'apprêtait à frapper lorsqu'elle entendit des voix à l'intérieur. Elle se figea, fronça les sourcils et tendit l'oreille.
- …simple. J'étais censé entrer au CBI et avoir ma vengeance. Ça s'arrêtait là. Je ne voulais pas que tout cela arrive.
A qui Jane était-il en train de parler ? Ça ne lui ressemblait pas de se confier à quelqu'un comme ça. Elle continua à écouter. La porte était très légèrement entrouverte et elle ne pouvait voir que les oreillers du lit.
- Lisbon… souffla ensuite Jane.
Elle se recula précipitamment de la porte. Il avait dû l'entendre. Ou deviner sa présence, comme il le faisait souvent.
- Je ne veux pas que vous souffriez par ma faute, continua-t-il.
Il se laissa tomber sur son lit et elle se déplaça silencieusement pour ne pas être dans son champ de vision. Elle avait tout juste eu le temps de voir qu'il avait à la main une de ces petites bouteilles d'alcool qu'on trouvait dans les hôtels. Elle comprit alors qu'il avait un peu trop bu et qu'il était en train de parler tout seul sans se douter de sa présence.
- Lisbon… répéta-t-il. Teresa Lisbon. Un très joli nom.
Il fit une pause durant laquelle il prit sans doute une gorgée.
- Pourquoi est-ce que vous croyez…
Il prit une grande inspiration.
- …toujours…
Il avait mis l'accent sur ce mot.
- …aussi facilement à mes mensonges ? dit-il finalement d'une voix basse.
Lisbon sentit les battements de son cœur accélérer.
- Ça en devient presque trop facile. Mais il le fallait. Il faut que vous arrêtiez… que vous arrêtiez de vous accrocher à moi. Je suis une cause perdue. Comment vous faire comprendre ça ? Je ne cherche pas le bonheur. Je ne veux pas le bonheur. Si seulement vous aviez bien voulu l'accepter sans chercher à me faire changer d'avis, je n'aurais pas été forcé de vous dire ces mots-là.
Lisbon ferma les yeux. Alors ce n'était pas vrai. Il ressentait bien quelque chose pour elle. Elle entendit Jane pousser un profond soupir.
- Parce-que si vous saviez, Lisbon, si vous aviez la moindre idée…
Elle attendait la suite en ayant l'impression que les battements de son cœur allaient briser sa cage thoracique. Mais Jane n'acheva pas sa phrase.
- Il ne faut pas que vous vous battiez pour moi, Lisbon. Jamais. Et si penser que je n'ai pas de sentiments pour vous vous aide à vous éloigner de moi, alors qu'il en soit ainsi.
Elle entendit Jane se lever du lit.
- Si je ne suis pas aimé, je suis le seul à souffrir, lâcha Jane d'une voix rauque.
Il marcha dans la chambre, puis ne fit plus aucun bruit. Emotionnellement secouée, elle ouvrit doucement la porte et jeta un œil à l'intérieur. Les portes fenêtres de la chambre étaient ouvertes et Jane était assis à même le sol du balcon. Elle entra et referma derrière elle. Elle s'avança jusqu'au balcon et s'installa aux côtés de son consultant.
Jane comprit rapidement ce qu'il venait de se passer et en voyant Lisbon du coin de l'œil s'asseoir à côté de lui, il eut un petit sourire résigné. Il ne tenait pas très bien l'alcool de toute évidence : il n'avait même pas pensé à la possibilité que Lisbon soit derrière la porte en train de tout écouter. Trop tard, maintenant. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Lisbon tendit la main devant lui et il lui passa son flacon de vodka. Pendant qu'elle prenait une longue gorgée, il passa une main dans son dos. Elle reposa le flacon par terre avant d'appuyer délicatement sa tête contre l'épaule de Jane. De là où ils étaient, ils pouvaient aisément voir les étoiles dans le ciel. Si Lisbon n'avait pas été Lisbon, et si les circonstances l'y avaient autorisé, elle se serait dit que le cadre avait un côté romantique.
- Vous n'avez rien entendu, n'est-ce pas ? demanda Jane.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez, répondit-elle.
Elle l'acceptait donc finalement. Il sentit une vague de reconnaissance l'envahir alors qu'elle se détachait de son épaule pour le regarder. Son regard vert semblait inviter quiconque le croisait à se plonger dedans. Il se dit que si elle souriait, il l'embrasserait une dernière fois. Une toute dernière fois, puis ça serait fini.
Quand elle se tourna vers Jane, Lisbon eut la pensée que sa journée n'avait finalement pas été une catastrophe complète. Elle n'avait pas de perspective d'avenir avec Jane, certes, mais la lueur nouvelle qu'elle pouvait lire dans ses yeux lui suffisait. Elle pourrait avancer avec cette lueur, quoi qu'il arrive. Ce soir, elle voulait juste être avec lui et lui faire savoir qu'elle l'aimerait sans avoir besoin de promesses. Sans conditions ni limites. Le regard empli d'affection que Jane posait sur elle la confortait dans cette idée.
Et elle lui sourit.
