Si vous trouviez le précédent chapitre long, attendez-vous à pire. Je ne vous écrit pas simplement une fiction, c'est un roman ! (rire) Plus sérieusement, je crois qu'il est plus logique d'écrire de longs chapitres quand on réécrit un livre au gré de ses envies.

Merci pour les reviews, je suis heureuse que ça vous plaise.


02 : A Momentary Rest (Valkyria)

La famille Weasley entra au 12, Square Grimmaud derrière Harry Potter, nouveau propriétaire des lieux depuis la mort du dernier descendant des Black, son parrain Sirius. Ils firent à peine quelques pas dans la maison qu'une terrible voix s'éleva, injuriant, maudissant, râlant. Harry courut fermer les rideaux du tableau de Madame Black, mais il lui fallut l'aide de Ginny et Ron pour y parvenir. Ils soupirèrent.

-Tu devrais retirer cette horreur, dit Ron en désignant la toile.

-Ah, ça ! s'exclama Madame Weasley en avançant dans le couloir. Le nombre de fois que nous avons essayé !

Ils emmenèrent leurs bagages en haut, dans les différentes chambres de la maison. L'année dernière, le 12 Square Grimmaud avait été habité par la famille Weasley et les membres de l'Ordre. Ils connaissaient donc tous la maison. Harry monta les marches en traînant sa lourde valise. Il arriva, essoufflé, à la chambre qu'il avait occupée il y a déjà un an. Il s'était passé tant de choses depuis lors ! En revanche, la pièce n'avait pas changé : c'était toujours aussi délabré, sinistre. Les hauts plafonds étaient maintenant envahis par des toiles d'araignées. Les lits jumeaux n'avaient plus de draps, et ils étaient couverts de poussière. Ron ne tarda pas à arriver à son tour, soufflant sous l'effort.

-Génial, dit-il. Toujours aussi luxueux. On parie que maman va nous mettre de corvées de nettoyage pour le reste des vacances ?

Harry sourit. L'année dernière déjà, ils avaient passé une bonne partie de leur temps à astiquer les meubles, les lampes, les sols, les cheminées… En cette époque-là, Sirius était toujours vivant, se pliant aux corvées avec un rictus. Il aurait préféré se battre pour l'Ordre. Ce qu'il s'était dépêché de faire en apprenant qu'Harry était en danger. Il avait péri au cours de la bataille.

Harry sentit une boule lui bloquer la gorge en regardant autour de lui. Ron défaisait ses valises et frottait énergiquement le matelas. Hermione et Ginny riait dans la chambre voisine. Il entendait la maison revivre après tout ce temps sans propriétaire. C'était douloureux.

Madame Weasley appela et ils descendirent en bas. Ils la trouvèrent dans la cuisine, une espèce de grotte sombre qu'elle avait éclairé grâce à des bouts de chandelles. Elle était occupée à donner de grands coups de baguette magique pour nettoyer un peu la pièce. Elle se retourna avec soulagement en voyant ses enfants descendre.

-Ah ! dit-elle. Parfait ! Vous allez pouvoir m'aider ! Kreattur n'est plus là ?

-Non, répondit Harry en retroussant ses manches. Dumbledore m'a dit de l'envoyer aux cuisines de Poudlard.

Madame Weasley hocha pensivement la tête. Un balai se promenait tout seul en nettoyant les crasses. Ron se tourna vers Harry et lui dit tout bas :

-Tu vois ? Qu'est-ce que je t'avais dit ?

Harry hocha la tête. Il pensait aussi que faire le ménage n'était pas vraiment ce qu'il préférait faire de ses vacances. Malgré tout, cet endroit était infectieux. Un peu de ménage ne ferait pas de mal.

-Arthur est retourné au ministère, dit Madame Weasley en sortant un seau qu'elle remplit d'eau chaude en un clin d'œil avant de le tendre à Hermione. Il reviendra ce soir, mais il m'a dit de dîner sans l'attendre. Tonks passera sûrement, et Bill aussi.

-Bill ? dit la voix mélodieuse de Fleur qui venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte. Enfin une bonne nouvelle ! Cette maison me donne de l'urticaire ! C'est dégoûtant !

Ginny et Hermione grimacèrent. Madame Weasley, elle, sourit copieusement en tendant un chiffon à Fleur.

-Bien, dans ce cas, tu seras d'accord d'aider à nettoyer ?

Fleur se pinça le nez en prenant le morceau de tissu, ce qui était proprement hilarant. Harry et Ron furent chargés du couloir à l'entrée de la maison. Harry prenait les poussières pendant que Ron brossait le parquet en râlant. Pour lui, le ménage était un travail de femmes.

Le soir venu, tout le monde était épuisé. Harry et Ron avaient récuré le parquet infesté de termites jusqu'à ce qu'il brille. Madame Weasley leur avait préparé un festin pour les récompenser de leur dur labeur. Ils mangeaient tous en silence, trop concentré sur la mastication de leur volaille farcie pour entamer une conversation quelconque. Ils entendirent la porte d'entrée s'ouvrir. Madame Weasley se releva subitement pour aller voir en ordonnant à tout le monde de rester à table. Avec un regard, ils se levèrent tous pour aller écouter à la porte.

Ils firent un bond en arrière quand la porte s'ouvrit. Madame Weasley et son mari entrèrent dans la pièce, suivit de Kingsley, Bill et Tonks. Personne ne souriait. En les voyant, Molly leur adressa un regard sévère qui poussa tout le monde, même Fleur, à retourner s'asseoir à table en vitesse. Monsieur Weasley se laissa tomber sur une chaise avec fatigue. Sa femme lui apporta une assiette pleine de victuaille et fit de même pour les deux Aurors. Harry nota que la mine de Tonks était toujours pâle.

-Le ministère a été avertit, dit Monsieur Weasley en prenant une fourchette et un couteau. Ils vont mettre des gens en faction pour voir si des Mangemorts reviennent, mais Dumbledore pense que Vous-Savez-Qui ne prendra plus ce risque.

-Je suppose qu'on ne peut pas encore retourner chez nous ? demanda Madame Weasley.

-Malheureusement, non, répondit Kingsley qui mangeait déjà. Les Aurors inspectent tout pour le rapport, et on pense qu'Harry est en sécurité ici. C'est délicieux Molly, comme toujours.

-Et pour Thaddée ? demanda timidement Hermione.

Harry lui décocha un regard noir. Kingsley regarda Arthur Weasley avant de répondre.

-Elle est soignée à Ste Mangouste et surveillée de près par Fol Œil et Podmore.

-Vous lui direz merci, intervint Fleur en secouant sa fameuse chevelure. Elle m'a sauvé la vie.

Hermione souriait à présent. Harry se doutait que c'était parce qu'elle avait désormais une nouvelle raison de défendre l'homuncule. Il enfourna avec mauvaise humeur de la purée dans sa bouche.

-Quoi qu'il en soit, Tonks restera ici pour veiller sur Harry, lança Bill. On essaye de trouver quelqu'un d'autre pour rester sur place, ce qui s'avère difficile.

-Je n'ai pas besoin d'être surveillé ! s'indigna Harry.

-On va veiller sur toi, rétorqua Tonks, pas faire de baby-sitting.

Harry aurait aimé pouvoir continuer à protester mais la fatigue semblait gagner tout le monde. Molly proposa un dessert que Kingsley refusa poliment. Il avait encore du travail, aussi, il prit rapidement congé. Ron était bien plus empressé de manger la tarte meringuée. Harry se régala, son estomac bien rempli, des histoires amusantes de Bill sur les gobelins dans les oreilles, jusqu'à ce que Madame Weasley ordonne à tous d'aller se coucher.

Ils montèrent sans protester, la main devant la bouche qu'ils ouvraient bien grand en baillant. Hermione et Ginny souhaitèrent une bonne nuit aux deux garçons avant de fermer leur porte. Harry et Ron eurent la surprise de voir que les filles avaient travaillé autant qu'eux. Les lits étaient faits, la pièce sentait le frais, et elles avaient même apporté une touche de décoration grâce au poster de Ron des Canons de Chudley.

Harry se glissa avec délice dans ses draps frais en songeant qu'il ne tarderait pas à trouver le sommeil, et ce, malgré les ronflements sonores de Ron.

Le lendemain, il se réveilla tardivement. Il avait rêvé de Sirius et de ses parents. Ron était déjà levé. Harry se dépêcha de s'habiller pour aller prendre le petit-déjeuner. Il fut rassuré de voir que les autres venaient à peine de descendre. Il s'assit entre Ron et Hermione pour manger des œufs et des crêpes que Madame Weasley venait de poser sur la table.

-Bonjour Harry, dit-elle. Tu as bien dormi ?

-Ca va, lâcha Harry sans grand enthousiasme en repensant à son rêve.

-Parfait, parce que j'ai du travail pour vous, dit-elle gaiement. La maison n'a pas été nettoyée depuis notre départ, alors il y a de nouveau pas mal de problème. Moins que l'année dernière, sauf que je préfèrerais nous savoir à l'abri des goules, des épouvantards, des doxys, et je ne sais quoi encore. On nettoiera les pièces en vérifiant qu'il n'y a rien de bizarre dans les meubles de maison.

C'est exactement ce à quoi ils passèrent la journée. Heureusement, les remarques de Fleur, les grimaces de Ginny et les gaffes de Tonks redonnaient de la bonne humeur à tout le monde. Le traumatisme de l'attaque du Terrier était dans leurs dos. A la place, ils affrontaient la poussière, les mites, les doxys, les araignées, les bundimuns, les cafards, sans compter les autres créatures innommables qu'ils croisèrent. La demeure des Black semblait avoir repris le dessus dés que Madame Weasley était partie.

Le temps passant, Harry, Ron et Hermione parlaient souvent de ce que Dumbledore comptait faire. Harry réfléchissait aussi à ce que Drago Malefoy fabriquait chez Barjow&Burk. Il y réfléchissait tellement qu'il fut mordu par une doxy revêche. Heureusement, Hermione lui avait aussitôt donné l'antidote.

-J'ai eu une idée, dit-il en frottant sa main douloureuse. Je crois que Malefoy est devenu un Mangemort.

Ron lâcha sa paire de gants dans un sifflement ébahi tandis qu'Hermione levait les yeux au ciel.

-Ca se tient, dit-il. Vous vous souvenez quand il était chez Madame Guipure ? Il ne voulait pas qu'elle touche à son bras gauche. C'est là que se trouve la Marque des Mangemort !

-Harry, il a seize ans. Seize ans ! répéta Hermione en aspergeant le sol de potion contre les bundimuns. Tu-Sais-Qui ne le prendrait pas sous ses ordres.

-Et pourquoi pas ? rétorqua Harry d'un air buté.

-Parce que c'est ridicule, acheva Hermione.

-Tu disais ça aussi concernant Thaddée, sauf que j'avais raison ! fulmina Harry.

-Ce n'était pas sa fille, intervint Ron d'un ton diplomatique. Tu devrais arrêter de t'acharner sur Hermione avec cette histoire. On sait tous qu'on a été des idiots sur ce coup-là.

Harry ne dit pas un mot. Il devait bien admettre que ce que disait Ron était vrai. Par contre, il décida de ne pas abandonner ses soupçons sur Malefoy. C'était sûr et certain, cette fois, il ne se laisserait plus convaincre par qui que ce soit.


La semaine touchait à sa fin. Cela faisait deux jours que le nettoyage de la maison était terminé. Les habitants avaient l'interdiction de sortir dehors car c'était trop dangereux de parcourir Londres avec seulement deux Aurors pour escorte. Alors Harry et Ron disputaient des parties d'échecs, Hermione apprenait la couture avec Madame Weasley, et Ginny parlaient avec Tonks de sa carrière d'Auror.

Harry n'avait plus reparlé de ses soupçons sur Malefoy. Il avait constaté que ses deux amis refusaient poliment de l'écouter sur ce sujet. Cela ne l'empêchait pas de continuer à ruminer ses pensées.

La veille de leur départ pour Poudlard, Madame Weasley leur demanda de préparer leurs affaires. Harry était donc occupé à entasser ses tenues lorsqu'il vit étinceler son nouvel insigne de capitaine de l'équipe de Gryffondor. Il le rangea avec soin. Ron à qui ça n'avait pas échappé toussa. Harry haussa un sourcil dans sa direction. Ron semblait en pleine bagarre avec sa malle. Elle était tellement pleine qu'il s'était assis dessus pour réussir à la fermer.

-Je me disais juste, commença Ron. A propos de l'équipe… Tu penses que c'est une bonne idée de me présenter à nouveau en tant que gardien ? Je veux dire, j'étais vraiment pas prodigieux l'année dernière.

Harry se rappelait bien. Ron avait souvent le trac et la poisse en dose inégale. En fonction de ces deux ingrédients, il était soit déplorable, soit formidable. Le dernier match de la saison, Harry ne l'avait pas vu, cependant, les Gryffondors avaient chanté durant des mois la chanson « Weasley est notre Roi ». Il regrettait amèrement de ne pas y avoir assisté maintenant qu'il lui faudrait sélectionner de nouveaux joueurs.

-Je te signale que tu joues très bien quand tu ne te ronges pas les nerfs, dit Harry. Je pense que tu devrais te présenter pour le poste de gardien.

-C'est vrai ? demanda Ron avec joie. Tu ne dis pas ça parce que tu es mon ami ? demanda-t-il après un instant.

-Non, je le pense vraiment.

Ron lui adressa un sourire étincelant. Harry lui proposa ensuite de l'aider avec sa valise, et ensemble, ils parvinrent à la fermer.

Le lendemain, tout le monde attendait patiemment dans le hall, assis sur les bagages, les animaux magiques confortablement installés. Tonks et Doge les accompagneraient par transplanage d'escorte à Pré-au-Lard, puis à pied jusqu'à Poudlard. Il y avait eu une vive discussion sur le meilleur moyen de transport à utiliser : portoloin, voitures, Poudlard Express, ou encore avion. Il avait été décidé que tout compte fait, il serait plus sûr d'emmener Harry à Poudlard avec des Aurors pour le protéger.

Ils attendaient donc que Doge arrive. Il sonna à la porte, réveillant le portrait de Madame Black qui se mit à hurler. Ginny et Ron se précipitèrent pour la faire taire tandis que Madame Weasley sermonnait Doge. Il s'excusa en se grattant la tête, un franc sourire sur le visage. C'était un homme dont la gentillesse n'avait pas de limite, dont la sympathie était gratuite, et qui ne lançait pas un regard vers sa cicatrice.

Les élèves dirent au revoir à Madame Weasley et à Fleur. Madame Weasley leur fit promettre de faire très attention et de ne pas commettre d'imprudence. Finalement, ils quittèrent le 12, Square Grimmaud sous la cape d'invisibilité pour Harry, Ron et Ginny. Hermione avait subi un sortilège de désillusion. Tonks et Doge leur demandèrent de s'accrocher, et ils transplanèrent.

Le choc fut violent. Ron tomba à terre. Harry tanguait sous la cape. Il vit du coin de l'œil Hermione trembler en se retenant à Tonks. Les deux Aurors paraissaient amusés de les voir dans un tel état.

-C'est toujours bizarre au début, lança Doge avec entrain. On finit par s'y habituer. Quand ça ira, on foncera à Poudlard.

Ils étaient à Pré-au-Lard, le seul village où il n'y avait pas de moldu. Il y avait moins d'animation que lors de ces précédentes venues, et Harry songea que le retour de Voldemort devait avoir effrayé les touristes. Il se rappelait que différents vendeurs avaient été sous le joug des Mangemorts. Voldemort semait la terreur partout dans le monde.

Lorsque Ron fut debout, le groupe se mit en marche. Il était difficile pour Ron, Ginny et Harry de tenir sous la cape tout en essayant de suivre l'allure pressée de Doge. Tonks fermait la marche, sa baguette dans les mains, le regard acéré. Ils grimpèrent l'allée vers Poudlard en ne croisant que trois personnes tout aussi pressées. La nuit tombait lentement sur le village. Harry aperçut le portail de Poudlard avec joie Ron ne cessait de lui marcher sur les talons depuis le début. Hagrid était là, souriant de toutes ses dents. Arrivé à sa hauteur, Doge sourit en désignant Hermione.

-Tu nous ouvres ? On doit faire vite, si vite que tu ne pourras m'offrir un verre de ton hydromel !

-Tu t'invites chez les gens maintenant ? dit Hagrid d'un ton bourru en levant les sortilèges de l'entrée. Où sont les autres ? Ah, sous la cape je parie…

Les trois élèves ôtèrent la cape dés qu'ils eurent passé le portail. Hagrid salua Harry avec enthousiasme, heureux de le revoir. Pendant ce temps, on retirait le sortilège d'Hermione, tressautant sur place.

-Nos bagages ? demanda-t-elle à Tonks.

-Ils vous attendent dans vos chambres, dit-elle. On va vous laisser. A bientôt !

-Ne faites pas de bêtises, les jeunes ! lança Doge avec un salut de la main.

Les deux membres de l'Ordre disparurent rapidement. Hagrid fit signe aux élèves de le suivre jusqu'au château. Ron regardait avec inquiétude autour de lui.

-Ne me dites pas qu'on va devoir monter dans les barques ?

-Oh, non ! rit Hagrid. Vous, il faudra vous rendre à l'école à pied. Les autres élèves ne vont pas tarder à arriver. Vous serez à Poudlard en même temps que tout le monde comme ça. Ils ne pourront pas dire que Harry Potter a eu droit à un traitement de faveur en arrivant le premier.

Il marchait à grandes enjambées vers sa propre cabane, contournant le lac. Les autres marchaient rapidement.

-Heu, Hagrid, lança Ginny. Vous ne devriez pas attendre les premières années alors ?

-Parbleu ! Tu as raison ! s'exclama Hagrid en faisant claquer ses mains. Bon, vous êtes en sécurité à Poudlard, pas besoin que je vous accompagne. Terrible ce qu'il s'est passé chez vous les enfants, ajouta-t-il à l'adresse de Ron et Ginny. Ne vous inquiétez pas. A Poudlard, tout ira bien.

Hagrid tourna les talons en leur faisant des signes de la main. Harry aurait préféré qu'il ne dise pas que « tout ira bien ». Il avait des doutes. Il en aurait tant que Voldemort ne serait pas défait, ses Mangemorts enfermés, son règne achevé.

Les amis se pressèrent car la nuit tombait de plus en plus vite, rendant le chemin obscur. Le vent devenait plus froid, faisant frissonner Ginny qui remonta le col de sa robe. Ils entendaient le sifflement du Poudlard Express annonçant son arrivée en gare. Au loin, les lumières du château s'allumaient les unes après les autres. Lorsque le groupe arriva au bas des marches, les premières carrioles tirées par les Sombrals libéreraient leurs passagers. Hermione était soulagée de ne pas être en retard.

Ils grimpèrent vivement les marches pour se rendre dans le magnifique hall d'entrée au plafond démesurément haut. Ron se frotta les mains pour les réchauffer. L'escalier de marbre paraissait avoir été nettoyé avec une brosse à dents tant il était d'une propreté irréprochable. Les élèves se dirigèrent vers la Grande Salle avant que la foule n'arrive pour les imiter.

Les quatre tables pour les quatre maisons étaient déjà dressées. La décoration resplendissante à l'occasion de la cérémonie des répartissions impressionnait toujours autant. Les amis se pressèrent de rejoindre la table de Gryffondor. Un peu plus loin, la table des professeurs était toujours déserte. Ginny se laissa tomber sur le banc. La marche avait ouvert l'appétit d'Harry qui entendit un gargouillement. Ce n'était pas son ventre, car Ron se tourna avec un sourire.

-J'ai toujours faim en arrivant ici, dit-il en guise d'excuse.

Les élèves entrèrent lentement dans la Grande Salle, rejoignant leur table, retrouvant leurs amis avec joie. Les professeurs firent également leur apparition au compte-goutte : le professeur Chourave et le professeur Flitwick arrivèrent ensemble à la table des professeurs, suivis de près par le professeur Placide et Treawlney, de Rogue qui jeta un regard méprisant à la salle, du professeur Sinistra, du professeur d'Etudes des Moldus Monsieur Jones, du directeur Albus Dumbledore en compagnie de Slughorn, et enfin, du professeur Koundown.

Un brouhaha avait empli la Grande Salle. Les chandelles magiques flottant au-dessus des tables éclairaient largement le ciel artificiel plongé dans les ténèbres de la nuit. Neville fit signe à Harry en les rejoignant. Il paraissait fatigué.

-Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, dit-il. Les Sombrals n'avançaient pas. Hagrid a eu du mal à faire démarrer les carrioles.

Harry, Ron et Hermione échangèrent un coup d'œil complice. Hagrid leur avait laissé de l'avance pour qu'ils arrivent en même temps que les autres élèves. Harry voulut lancer une plaisanterie à Ginny lorsqu'il remarqua qu'elle n'était plus là. Elle avait rejoint Deamus Finnigan, assis un peu plus loin. Il oublia aussitôt sa blague.

Soudain, les grandes portes s'ouvrirent et le professeur McGonagall entra, l'air toujours aussi sévère, les élèves de première année, apeurés, sur les talons, Hagrid se dépêchant de rejoindre ses collègues. Ils marchèrent jusqu'à la table des professeurs où McGonagall fit apparaître un tabouret à trois pieds sur lequel elle posa un vieux chapeau terne, décousu : Le Choixpeau Magique. Toute la salle s'était tue. Une large fissure s'ouvrit dans le chapeau, révélant un trou béant par lequel une voix s'échappait :

Y'a d'cela des années,

Avant même qu'vous n'soyez nés,

Quatre vaillants compagnons,

Avaient pour but de bâtir leurs maisons

Réunis par cette même pensée,

Ils n'avaient pourtant pas les mêmes idées,

Les braves iraient à Gryffondor,

Pour y affronter la mort

Les plus instruit iraient à Serdaigle,

Pour y créer nos Règles

Les rusés iraient à Serpentard,

Pour y dev'nir de vrais castards

Les derniers iraient à Poufsouffle,

Pour y châtier les maroufles

Tiré de la roche et de leur sang

Sortit le château où les enfants

Devaient étudier la magie

Tout en étant réunis,

Mais l'histoire se fit autrement

Vu qu'les tensions filaient sournoisement

La grande toile de la discorde

Qui plongea Poudlard dans la miséricorde

Alors le Choixpeau te met en garde

D'ne pas faire la même erreur ringarde,

Car les temps devenus changeants

Vont faire du quotidien un chemin angoissant,

Alors même si j'vous répartis

N'oubliez surtout pas qui sont vos amis,

Car ce serait pour vous une bien lourde sentence

Alors que c'est maintenant que tout commence !

Lorsque le silence retomba, il fut brisé par la salve d'applaudissement qui suivait chaque chanson du Choixpeau.

-Il continue de nous mettre en garde, dit Hermione en se penchant vers Harry.

Le professeur McGonagall réclama le silence. Elle déroula un long parchemin, sortit ses lunettes pour les poser sur son nez avant de s'éclaircir la voix.

-Quand j'appellerais votre nom, vous mettrez le chapeau sur votre tête, dit-elle pour les premières années. Lorsque le chapeau annoncera le nom de votre maison, vous irez vous asseoir à la table correspondante. La répartition commence ! Amon George !

Un garçon aux cheveux auburn s'avança avec malaise en direction du tabouret. Il posa le chapeau sur sa tête et s'assit en attendant, terrorisé.

-Poufsouffle ! cria le Choixpeau après quelques secondes.

La table des Poufsouffle éclata en applaudissement. Le dénommé George retira le chapeau et courut rejoindre sa table. McGonagall appela ainsi chaque nom de la liste, les élèves étant envoyés dans une maison les uns après les autres. Hermione ne cessait de se tourner dans tout les sens, ce qui avait le don d'agacer Ron.

-Tu vas t'arrêter, oui ? lança le rouquin. Qu'est-ce que tu cherches à la fin ?

-Oh, heu, rien, dit-elle précipitamment en regardant brièvement Harry.

Le professeur Dumbledore s'était levé à la fin de la répartition. Il attendit que les clameurs diminuent avant de lever son verre, un regard attendri se posant sur ses élèves.

-Bienvenue à nos nouvelles recrues ! dit-il chaleureusement. Voici ce que j'ai à vous dire : Mangeons, et ensuite nous parlerons !

La Grande Salle applaudit avec joie lorsque Dumbledore se rassit. Des plats apparurent soudain sur la table, des jambonneaux, des salades, des sauces, des pommes de terre, des carottes râpées, des entrecôtes fumantes… Harry se servit copieusement de chou rouge et de deux saucisses. Il était affamé. A côté de lui, Ron remplit son assiette à ras bord.

On n'entendit plus que le raclement des couteaux et le cliquetis des fourchettes. La Grande Salle se régalait en parlant peu. Il faut dire que les élèves trouvaient toujours la cuisine de Poudlard excellente. A la fin du repas, les conversations reprirent bon train. Les plats furent remplacés par les desserts, pudding, gâteaux, muffins, sans oublier la gelée et les glaces.

-Harry, je crois que tu es à nouveau célèbre, chuchota Neville.

Harry leva la tête de son morceau de gâteau au chocolat pour observer les visages tendus vers lui. Il avala avec une grimace.

-J'aurais préféré qu'il m'oublie, grommela-t-il en plantant sa fourchette dans un nouveau morceau.

-Ils se demandent certainement si tu es « l'Elu », dit Ron avec un sourire moqueur.

-C'est aussi ce que se demandent les fantômes.

Nick Quasi-Sans-Tête venait de se poser en travers de la table avec tout le sérieux possible lorsqu'on avait la tête à moitié tranchée, dissimulée par un fraisier au-dessus d'un ravier de… fraises.

-J'ai déjà dit à la communauté des esprits qu'ils ne devaient pas vous importuner avec leurs questions. Et ils en posent, croyez-moi ! Mais j'aimerais mieux mourir que de trahir la confiance de mon ami Harry Potter.

-Ca ne vous engage pas vraiment puisque vous êtes déjà mort, nota Ron depuis son assiette de pudding.

-Une fois de plus, votre sensibilité est l'égale des ogres de Pennsylvanie, dit-il avec humilité en s'éloignant de la table.

Harry aurait souhaité demander à Hermione ce qu'était les ogres de Pennsylvanie, cependant, il remarqua qu'elle était tournée vers la table des Serpentard, la mine soucieuse. Le déclic se fit dans sa tête.

-Ne me dis pas que tu cherches après elle ! s'exclama-t-il.

Hermione sursauta un peu, se retournant vivement, l'air coupable. Ron émit un bruit désapprobateur tout en avalant du sorbet.

-Non, bien sûr que… Oh et puis zut ! dit-elle brusquement. Harry, tu ne l'aimes peut-être pas parce qu'elle nous a trahis, et je comprends parfaitement, ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas le droit de me faire du souci.

-Hermione, dit Harry d'un ton menaçant.

Dumbledore venait de se lever. Hermione détourna volontairement le regard de son ami. Harry se promit de reprendre cette conversation plus tard, lorsqu'ils seraient dans la salle commune de Gryffondor. En attendant, le directeur de Poudlard avait le visage grave, les traits tirés. Il étendit ses bras et un murmure parcourut la salle.

-Qu'est-ce qu'il a à la main ? demanda Neville.

-Aucune idée, répondit sincèrement Harry.

Le sujet le travaillait depuis son départ de Privet Drive sans qu'il ait réussi à trouver de réponse. Encore quelque chose à laquelle il lui faudrait sérieusement réfléchir.

-Rien d'inquiétant, dit Dumbledore en dévoilant sa main noircie. Maintenant, je voudrais une fois de plus, je radote à cause de mon grand âge, souhaiter la bienvenue aux nouveaux ! Aux anciens, je salue leur retour ! Une nouvelle année de l'apprentissage de la magie commence pour tout le monde, une année durant laquelle nos professeurs vont tenter de vous faire entrer un peu plus de connaissance dans la tête chaque jour qui passeront. Je tiens à prévenir les nouveaux et rappeler aux anciens que la Forêt Interdite porte bien son nom. Pour votre propre sécurité, gardez-vous bien d'aller vous y promener. Mr Rusard, notre concierge, m'a chargé de vous informer que tous les objets provenant du magasin des frères Weasleys, Farces pour sorciers facétieux, sont rigoureusement interdits, sans aucune exception. Comme d'habitude, ceux qui souhaiteraient jouer dans leur équipe de Quiddich devront donner leur nom au directeur ou à la directrice de leurs maisons respectives, cela va de soi. Nous cherchons également de nouveaux commentateurs pour les matchs à venir.

Harry était attristé. Il aimait beaucoup Lee Jordan, l'ancien commentateur de Gryffondor. A défaut, son remplaçant n'aurait certainement pas son humour.

-Nous sommes également heureux, poursuivit Dumbledore, d'accueillir cette année un nouvel enseignant dans notre équipe, le professeur Slughorn. Il est l'un de mes vieux collègues et a accepté de reprendre son ancien poste de maître des potions.

-Des potions ?

-Des potions ?

La question se lu sur toutes les lèvres. Ron et Hermione se tournèrent vers Harry, ébahis.

-Le professeur Rogue, quant à lui, poursuivit Dumbledore en élevant sa voix pour couvrir la rumeur, se chargera d'enseigner la Défense contre les forces du Mal.

Rogue affichait un léger sourire. Harry était outré. C'était impossible ! Cet homme qui aimait tant la magie noire ! Ces deux amis étaient dans le même état.

-Soyons positif, dit Harry d'une voix lugubre. Il ne restera pas plus d'un an à ce poste.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Hermione.

-Ce poste est maudit je vous rappelle. Quirell en est même mort. Personnellement, je vais croiser les doigts pour qu'un nouveau cadavre s'ajoute à la liste.

-Harry ! s'horrifia Hermione.

-Bah, dit Ron avec pragmatisme. Il laissera peut-être tomber. Maugrey n'est pas resté à son poste non plus.

Le brouhaha avait gagné toutes les tables. Les élèves étaient soit étonnés, soit écoeurés. Seuls les Serpentard paraissaient heureux de la nouvelle. Dumbledore attendit patiemment que l'on entende plus un mot.

-Passons à un sujet beaucoup plus sérieux: comme chacun sait, Lord Voldemort et ses partisans sont à nouveau en liberté et se renforcent de plus en plus. L'année dernière, aussi triste que cela soit, nous avons à nouveau perdu une élève : il s'agit d'Albertine Miken qui devait, ce soir, se tenir à la table de Serdaigle.

Personne ne prononça un mot. L'ambiance était devenue lourde, chargée d'émotion. La plupart des Serdaigle avaient le visage aussi grave que Dumbledore.

-C'est à cause de Voldemort qu'Albertine est morte. Vous avez tous appris qu'une bataille avait eu lieu au ministère de la magie, que Voldemort s'était tenu là. Sachez aussi que c'est lui qui a brandi sa baguette contre cette jeune fille innocente. Albertine s'était rendue là pour se battre, et elle morte en toute bravoure. J'aimerais que nous levions nos coupes et que nous observions une minute de silence envers elle.

Il y eut un bruit de raclement au moment où tous les élèves se levaient, leur verre à la main. Un murmure sonore parcourut la Grande Salle, chacun répétant le nom d'Albertine Miken. Harry avait l'impression de revivre la mort de Cédric Diggory. Il vit une larme silencieuse couler le long de la joue d'Hermione. Lorsque tout le monde se rassit, Dumbledore enchaîna :

-Albertine Miken souhaitait plus que tout aider ses amis. Pour ce faire, elle a choisit de parier sa vie. Afin que sa mort ne soit pas veine, je vous conjure de veiller sur vous. Ne commettez pas d'imprudence, respectez les mesures de sécurité, et si vous voyez quelque chose de suspect, ne vous attardez pas, dites-le à un membre du corps enseignant. Faites attention les uns sur les autres.

Dumbledore marqua une pause. Il paraissait sincèrement inquiet.

-Je dois aussi vous annoncer une autre terrible nouvelle. Thaddée Jedusor est portée disparue.

Hermione porta la main à sa bouche. Ginny échangea un regard avec elle. A la table des Serpentard, on entendit des murmures enthousiastes. Hermione se tourna vers eux, furieuse.

-Les espèces de sales…

-En ces temps troublés, nous sommes tous en danger, reprit Dumbledore. Si jamais quelqu'un sait où trouver Miss Jedusor, qu'il n'hésite pas à nous communiquer les informations. Nous les transmettrons au ministère. Car la perte de nos élèves est bien le plus grand de nos chagrins.

Dumbledore balaya les tables de son regard bleu acéré. Puis il eut un sourire bienveillant qui dérida tout le monde.

-Maintenant, je pense qu'il est temps d'aller vous coucher dans vos lits car vos cours commenceront dés demain. Souhaitons-nous donc bonne nuit ! Bons rêves !

Les élèves quittèrent la Grande Salle sans entrain. Le discours du directeur n'avait pas été des plus joyeux. Harry s'attarda à l'arrière pour discuter avec ses amis. Ginny comprit le manège et abandonna Dean pour rejoindre son frère sous un prétexte quelconque.

Lorsqu'il n'y eut presque plus personne, Harry se releva.

-Vous avez entendu ? demanda rapidement Ginny. Thaddée a disparu !

-Elle s'est sûrement enfuie, dit Harry avec fureur. Elle doit s'empresser d'apporter des informations à Voldemort !

-Ne prononce pas ce nom ! grimaça Ron.

-Tu te trompes complètement, dit sèchement Ginny. Tu ne l'as pas vue, toi. Elle était anéantie après la mort d'Albertine.

-Elle n'a pas d'âme ! insista Harry.

-J'ai peur qu'elle soit partie se venger…

Ils regardèrent Hermione, les mains portées à sa bouche. Personne ne trouva de quoi la rassurer. Cela dit, Harry avait un souci de moins à Poudlard. Il aurait ainsi tout le loisir de se concentrer sur le reste, comme ses leçons avec Dumbledore, ou la nomination de Rogue au poste de Défense contre les forces du Mal.

Ils montèrent les escaliers, Ginny réconfortant Hermione. Elle était toujours sonnée par la nouvelle. De plus, avoir repensé à Albertine l'avait plongée dans le désarroi. Albertine suivait les cours de runes avec elle autrefois.

Les filles ne tardèrent pas à aller se coucher. Harry et Ron restèrent dans la salle commune à débattre sur Rogue, sur Malefoy, et sur Dumbledore. Au bout d'une heure, ils virent Hermione passer devant eux, en pleurs, se rendant probablement dans un lieu où elle ne dérangerait personne. Elle souhaitait être seule. Harry songea une fois de plus que Voldemort causait bien trop de malheur autour de lui, et ce, même s'il n'aimait pas du Thaddée.


To be continued in « Memories in Pieces »…