Chapitre 1 : Premier regard
« Cible repérée. », murmura une jeune femme tandis qu'elle déambulait parmi les invités.
« Bien reçu, Phoenix. A toi de jouer. », crachota une voix à travers son oreillette.
Elle se faufila entre les divers groupes qui lui obstruaient le chemin, pour arriver finalement à destination. Elle saisit une coupe de champagne qu'un serveur lui tendait, le remerciant d'un simple signe de la tête. La jeune femme s'adossa au mur et détailla rapidement sa nouvelle cible. C'était un homme. Grand, il devait mesurer dans les un mètre quatre-vingt cinq, peut-être même quatre-vingt dix. Doté d'épaules carrées et d'une silhouette athlétique, on pouvait deviner de puissants muscles dissimulés derrière son smoking couleur encre. Son visage était particulièrement bien dessiné ; des pommettes saillantes, un nez droit et aquilin, un front relativement plat. Sa chevelure de cuivre, désordonnée à souhait lui conférait un air rebelle qui la fit sourire d'amusement. Quand à ses yeux, ils étaient d'une couleur indéfinissable. Semblables à deux émeraudes, ils n'en étaient pas pour autant la réplique exacte. Les plus beaux yeux qu'il m'eut été donné de voir, en convint la jeune femme avec un soupir. Un très bel homme, en somme. Et cela, il semblait le savoir et surtout en tirer profit. Elle porta la coupe à ses lèvres avant de boire une légère gorgée du liquide pétillant. Il ne restait plus qu'à attendre que sa cible la remarque et seulement à cet instant, la mission pourra véritablement commencer.
Comme si l'homme sentait un regard dardé dans sa direction, il tourna la tête pour apercevoir une somptueuse créature le dévisager, un léger sourire jouant sur ses lèvres pleines. Il haussa légèrement les sourcils avant de lui lancer un regard cajoleur. Il ne savait pas qui elle était, mais cette nuit, elle serait sa maîtresse. De cela, il en était certain. Il se permit de la jauger quelques secondes ; après tout, n'en avait-elle pas fait autant quelques secondes plus tôt ? De taille moyenne, elle devait à peine lui arriver aux épaules cependant. Ses longs cheveux bruns semblaient soyeux, étincelants sous la lumière tamisée de la salle. Ces derniers étaient remontés en un chignon lâche dont s'échappaient une ribambelle de mèches rebelles. Son corps respirait la sensualité et la volupté. Le fourreau qu'elle portait, fendu jusqu'au haut de ses cuisses, moulait sa silhouette divine comme une seconde peau ; une poitrine haute, ni trop petite, ni trop imposante, des hanches étroites et des jambes à n'en plus finir. Il s'imagina déjà combien il serait bon de la faire sienne. Il retint un soupir de frustration tout en jetant une œillade à ses associés. Ils ne se formaliseraient sûrement pas s'il les abandonnait durant un moment. L'homme allait se diriger vers la jeune femme lorsqu'il fût devancé par un autre. Pestant intérieurement, il les suivit des yeux alors qu'ils se dirigeaient vers la piste de danse.
Un tango langoureux avait été entamé par l'orchestre, et elle se laissa entraîner par ce cavalier impromptu. Elle avait parfaitement remarqué que sa cible lui manifestait un certain intérêt, maintenant qu'il avait découvert sa présence. Cet homme lui proposant une danse était arrivé à point nommé. Faire languir la cible était le meilleur moyen de l'attirer dans ses filets. Son cavalier l'attira à lui alors qu'elle posa une main sur son épaule, l'autre dans la sienne. Il rapprocha leurs corps de manière à ce qu'un minimum de distance ne les sépare et elle réprima une grimace. Le couple commença alors à évoluer sur la piste de danse, leurs mouvements se calquant alors sur le rythme sensuel du tango. Elle se mouvait contre son cavalier, aguicheuse, car elle savait pertinemment que sa cible avait le regard braqué sur elle. Elle décida donc de sortir le grand jeu, et leva sa jambe, l'enroulant autour de la taille du jeune homme. Il sembla comprendre ses intentions, car il la traîna sur plusieurs mètres tout en la maintenant fermement contre lui. Autour d'eux, les gens s'écartèrent peu à peu pour admirer le corps-à-corps langoureux du couple sur la piste. Bientôt, il ne resta plus qu'eux, et lorsque la chanson toucha à sa fin, une salve d'applaudissements salua leur performance. La cavalier lui prit galamment la main et s'inclina, déposant un baiser délicat sur sa peau douce. Elle sourit doucement, et releva la tête. Le regard de sa cible s'était assombri dangereusement. Il la contemplait d'air air vorace. Un délicieux frisson parcourut l'échine de la jeune femme. La mission pouvait commencer.
Elle se dirigea sans plus un regard pour l'homme aux cheveux cuivrés, vers le buffet où elle attrapa une assiette en porcelaine. Elle savait avoir capté son attention. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne s'avance et daigne lui adresser la parole. D'ailleurs, l'attente fut de courte durée. Avant même qu'elle n'ait pu se servir, une odeur épicée lui parvint aux narines, tandis qu'elle sentit une présence masculine dans son dos. Inutile de se retourner pour comprendre qu'il s'agissait de sa cible. Elle retint un sourire de contentement. Enfin un peu d'action, songea-t-elle avec un brin d'excitation. La partie peut commencer. Pendant quelques minutes, elle ne pipa mot, déambulant autour du buffet. L'homme gardait le silence également, mais ne cessait de la frôler, de la toucher, comme s'il voulait la préparer à leur rencontre. Entrant dans son jeu de séduction, elle s'approcha subtilement de lui, répondant à son toucher ou à ses effleurements. Elle vit distinctement ses lèvres s'incurver en un sourire amusé. Alors qu'elle allait s'éloigner pour gagner sa table, une main chaude se posa dans son dos. Tournant la tête, elle découvrit le somptueux visage de sa cible, car elle ne pouvait le nier ; l'homme était une merveille d'un point de vue strictement physique. Il la guida à travers les tables dressées pour la faire installer à ses côtés. En véritable gentleman, il tira sa chaise et l'aida à s'installer. La jeune femme sourit à nouveau, amusée par ses manières galantes.
« Remarquable performance, tout à l'heure. », commença-t-il tout en lui jetant un regard enjôleur.
« Merci. », répondit-elle tout en picorant dans son assiette.
« Je ne vous ai jamais vue dans ce genre de soirée auparavant. », souligna-t-il avec regret.
C'était une manière peu subtile pour découvrir comment diable il ne l'avait pas encore remarqué si elle avait été déjà là auparavant, il en convenait. Mais elle l'intriguait au plus haut point. Son interlocutrice semblait entourée d'une aura mystérieuse qui l'attirait comme un aimant. Autant dire que cette alchimie ajoutée au désir puissant qui lui vrillait les reins ne lui rendait pas la tâche facile. Il tentait désespérément d'avoir un minimum de conversation, mais la situation s'avérait plus délicate que prévue. Sa concentration et son sang froid étaient mis à rude épreuve devant cette créature affriolante.
« C'est que vous ne regardiez pas où il le fallait. », répliqua la femme avec amusement. « J'ai pourtant été présente à nombre de galas où vous-même vous vous trouviez. »
« Eh bien, rattrapons ce temps perdu, voulez-vous ? », demanda-t-il de sa voix de velours. « Je suis Edward Cullen. », se présenta-t-il tout en lui tendant la main.
« Bella Swan. », fit-elle tout en serrant la main tendue.
Un léger picotement lui parcourut l'échine, comme si un courant était passé au moment où leurs mains s'étaient touchées. Bella jeta un regard surpris à son interlocuteur, qui garda sa main dans la sienne plus que raisonnablement. Edward porta la main délicate à ses lèvres et posa un doux baiser dessus. Une légère odeur de freesia se dégageait de sa peau albâtre. Il sourit tout en inspirant le délicieux parfum. Délicieusement tentante, pensa-t-il, son esprit infesté de pensées plus érotiques les unes que les autres.
« Ravi de vous rencontrer. », déclara Edward avec un sourire carnassier.
« De même. », rétorqua Bella, laissant volontairement entrapercevoir dans son regard, une parcelle du désir qu'Edward lui inspirait.
Il sembla comprendre le message, car doucement, sa chaise se rapprocha de celle de Bella. Ils ne parlèrent guère tout deux durant le repas, s'envoyant fréquemment des œillades brûlantes ou bien des rapides coups d'œil en coin. La table à laquelle ils siégeaient n'aurait pas été aussi animée que cela n'aurait strictement rien changé. Ils semblaient enfermés dans leur bulle de désir, l'attraction qui les liait étant plus forte qu'aucun des deux ne l'avait soupçonné. Edward posa une main sur la cuisse de Bella, qui la recouvrit de la sienne, entrelaçant leurs doigts. Il jeta un regard ardent à la jeune femme qui se trouvait à sa gauche. Elle allait le tuer si ce petit manège continuait. Jamais il n'avait autant désiré une femme, ô grand jamais. Tout en elle l'envoûtait, que ça soit son odeur ou bien son corps souple et mince. Dès qu'ils pourraient quitter la soirée sans pour autant se faire remarquer, il l'entrainerait dans sa suite où il lui fera l'amour avec passion jusqu'à ce que les premières lueurs de l'aube percent la sublime nuit étoilée. Bella songeait soudainement à sa mission. Edward Cullen était ici pour affaires et elle devait simplement dupliquer les documents qu'il conservait dans une mallette bien sagement entreposée à son hôtel. Il suffisait simplement qu'ils se rendent à sa suite pour terminer la soirée, et le tour sera joué.
« Partons d'ici. », susurra soudainement Edward à l'oreille de Bella quelques heures plus tard.
Bella ne répondit pas, mais acquiesça. Elle savait parfaitement ce qu'il allait se passer entre eux, et à vrai dire, ce n'était pas parce qu'elle était en mission qu'elle ne pouvait pas s'octroyer un peu de bon temps. Coucher avec Edward sera une excellente distraction, en convint-elle avec satisfaction. De plus, elle pénètrerait par la même occasion dans sa suite. Elle pourrait, de ce fait, repérer aisément l'objet de ses préoccupations sans éveiller le moindre soupçon de son futur partenaire. Finalement, sa mission s'avérait être un véritable jeu d'enfant, et la jeune femme éprouva un soupçon de déception. Bella était de ces fortes têtes qui se galvanisaient du risque. Les situations périlleuses étaient les plus savoureuses, dans son optique. Bien qu'elle ne doutait pas d'être comblée sexuellement durant la nuit, l'inaction l'irritait prodigieusement. Mais elle camoufla rapidement ses émotions, et posa un regard empli de désir sur sa cible.
Edward salua rapidement ses associés puis aida Bella à se lever. Posant sa main chaude au creux de ses reins, il la dirigea parmi les tables dressées, jusqu'à la sortie. L'impatience et l'excitation le rendait fiévreux, ses mouvements devenant plus suggestifs à chaque pas. Elle eut un sourire en coin. Se rapprochant imperceptiblement de l'homme à ses côtés, elle se mit à balancer ses hanches sensuellement. Autant mettre tous les atouts de son côté, n'est-il pas ? Il se tendit légèrement avant d'arborer un air narquois. Sa main descendit jusqu'à la croupe de Bella, qui haussa légèrement un sourcil, feignant l'innocence et la surprise la plus totale. Il eut un grand éclat de rire qui la stupéfia. Edward Cullen n'était pas un homme qui se laissait prendre par un rire tonitruant. Connu comme rigide et froid, le comportement qu'il avait adopté durant la soirée différait totalement de l'image habituelle qu'il renvoyait. Elle se demanda pensivement quels pouvaient bien être les motifs de ce brusque volte face, mais haussant les épaules, elle écarta ces interrogations de son esprit.
« Tu es une personne surprenante, Bella. », déclara-t-il en déposant un léger baiser sous sa clavicule. « Je n'avais encore jamais rencontré quelqu'un dans ton genre. »
« Toute chose a un commencement, n'est-ce pas ? », demanda-t-elle tandis qu'il l'observait avec amusement.
Le voiturier s'empressa d'effectuer son travail lorsqu'il vit arriver le couple. A peine une minute plus tard, tous deux se glissaient dans l'habitacle confortable. Une forte odeur de cuir régnait dans le véhicule, mais cela ne les dérangeait, ni l'un, ni l'autre. Ils étaient bien trop préoccupés par leur envie mutuelle, faisant abstraction de tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre de leur désir ardent. Ils gagnèrent rapidement l'hôtel où Edward résidait durant son court séjour. Elle réprima un sourire. Un véritable jeu d'enfant. Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'ascenseur, ils se jetèrent l'un sur l'autre, s'embrassant à en perdre haleine. Leurs corps s'imbriquaient parfaitement, comme s'ils étaient destinés à se compléter. Une fois entrés dans la suite, leurs vêtements s'éparpillèrent rapidement sur le sol, retraçant leur avancée dans la suite. Toute la nuit durant, ils laissèrent libre cours à la passion que l'autre suscitait en eux, comme s'ils n'étaient jamais rassasiés l'un de l'autre. L'aube vint progressivement envahir le ciel, se substituant à la nuit sombre, parsemée d'étoiles scintillantes. Edward avait fini par s'assoupir, exténué par leurs ébats fougueux. En revanche, Bella, elle, feignait le sommeil. C'était le moment ou jamais de dupliquer les documents.
Discrètement, elle quitta le torse de sa cible sur lequel elle était à moitié couchée, et s'extirpa de la couche sans un bruit. Elle attrapa la chemise immaculée, jonchée sur le sol, et la revêtit. Se dirigeant vers le vestibule de la suite, elle farfouilla rapidement dans son sac à main. Jasper l'avait bardé de divers gadgets pour sa mission enfantine, mais seul un objet précis l'intéressait ; un stylo en argent. La mallette se trouvait, par une heureuse chance, dans le séjour. Les documents furent aisés à trouver parmi les liasses de papiers. Bella se rendit ensuite aux toilettes. Allumant la lumière, elle rabaissa le couvercle sur la cuvette. S'agenouillant, elle déposa les papiers sur la surface blanchâtre puis se concentra quelques secondes sur le stylo qu'elle tenait entre les doigts. Dévissant le bouchon, un minuscule optique apparut devant ses yeux. Plantant l'étrange appareil photo dont l'avait pourvu son collègue devant les documents, elle effectua de multiples clichés, désireuse de ne pas oublier une parcelle des documents. Jasper l'avait informé que le stylo était également équipé d'une micro mémoire qui était cependant assez vaste pour contenir les divers fichiers photos. Remettant ses affaires en ordre, elle tira la chasse d'eau afin de couvrir ses arrières. Inutile d'éveiller les soupçons d'Edward alors que la mission touchait à sa fin. Rangeant ses précieuses données dans son sac à main, elle replaça le dossier dans la mallette pour enfin regagner la chambre à coucher. Déboutonnant la chemise, elle la laissa tomber au sol et se nicha à nouveau dans les bras de son amant.
« Tu m'as manqué. », murmura-t-il d'une voix ensommeillée. « Où étais-tu ? », s'enquit-il, ouvrant à peine les paupières.
« Une envie pressante. », sourit faussement Bella avant de déposer un léger baiser sur son torse.
« Ah, les femmes ! », rit-il doucement avant de l'enfermer dans une étreinte emplie de tendresse.
Ils sombrèrent tous deux dans un sommeil réparateur quelques minutes plus tard. Edward s'éveilla pourtant quelques heures plus tard, ses forces lui étant revenues. Bella se trouvait encore entre ses bras, sa respiration lente et régulière se répercutant sur les pectoraux de son amant. Il se surpris à l'observer dormir. Un élan de tendresse le traversa à leur vision. Ils auraient presque pu passer pour un couple de ce qu'il y a de plus banal. Secouant soudainement la tête pour ôter toutes ces idées stupides de son esprit, il se tortilla doucement afin de déposer sa maîtresse sur l'oreille. Il était l'heure pour lui de quitter la ville, songea-t-il après un rapide coup d'œil à la pendule. Ramassant ses affaires, il se dirigea vers la salle bain, faisant une rapide toilette. L'odeur de son after-shave se répandit dans la suite lorsqu'il fut enfin prêt. Il ramassa sa précieuse mallette abandonnée dans le séjour et sortit une de ses cartes de visites. Il y nota au dos son numéro personnel et y ajouta une note. Edward ne put cependant pas résister à l'envie de poser ses lèvres sur les siennes une dernière fois. Penché au-dessus d'elle, il l'embrassa rapidement tandis qu'elle laissa échapper un soupir de satisfaction. Il sourit avant de quitter la suite sans plus un bruit.
Lorsque les paupières de Bella s'ouvrirent, elle sut qu'il était parti. Curieusement, cette constatation lui procura un léger pincement au cœur. Elle aura voulu qu'il soit là à son réveil, malgré le fait que la veille, il fut sa cible. Elle ne tarda guère à trouver la carte qu'il avait déposé sur la table. « Appelle-moi. », lut-elle silencieusement. Rangeant le papier cartonné dans son sac à main, elle prit une rapide collation avant de se préparer à son tour. Alors qu'elle s'apprêtait à quitter la suite, son téléphone sonna. Elle reconnut instantanément le correspondant et décrocha avec un sourire.
« Bonjour Rosalie. », salua-t-elle son amie avant de fermer définitivement la porte.
« Bella. », répondit une voix harmonieuse. « Comment ça s'est passé ? », s'enquit-elle tout en sachant pertinemment que tout allait bien.
« A merveille. J'ai les données. Jasper pourra s'en occuper à mon retour. Mon avion est prévu dans … », hésita la jeune femme avant de farfouiller dans son sac à la recherche de son billet d'avion. « Dans deux heures. Je devrais être là en début d'après-midi. »
« Très bien. On se voit à ton retour alors. », acquiesça Rose avant de raccrocher.
Oui. Dans quelques heures, Bella serait de nouveau parmi les siens à Los Angeles.
