Chapitre deux : Something
Emmeline Vance et Marlène Mckinnon étaient invitées à la petite fête de Lily. J'étais tellement contente de les revoir que j'avais enfilé le vieux pull déchiré que je portais tout le temps à Poudlard – avec le nom d'un célèbre groupe Moldu que ma mère adorait – et m'étais arrangé les cheveux pour ne pas ressembler à une goule effrayante. Déjà que ma peau laissait franchement à désirer.
Nous fêtions aujourd'hui l'heureuse nouvelle, Lily et Alice attendaient toutes les deux un enfant. J'avais eu l'idée de cette petite fête alors que je lisais la Gazette des Sorciers, qui annonçait encore des disparitions inquiétantes au sein du Ministère de la magie. Beaucoup de gens se volatilisaient, sans laisser de traces, et nous ne savions pas s'ils étaient morts ou en cavale. Même au sein de l'Ordre, nous n'étions pas épargnés.
Ce soir, Alice était resplendissante, et son sourire me redonnait du baume au cœur. Frank la tenait fermement dans ses bras, murmurant quelque chose à son oreille tout en passant les mains sur son ventre légèrement rebondi. Malgré toute ma volonté de ne pas y penser, je me voyais à la place d'Alice, je sentais le souffle de Sirius dans ma nuque et ses mains sur mon ventre. J'aurais tellement voulu que ce soit possible.
« Sirius ne va pas venir ? »
Marlène me fixait, un peu troublée par mon teint horriblement pâle.
« Je ne l'ai pas revu depuis une semaine. »
Malgré son air désolé, j'étais agacée. Marlène tournait autour de Sirius depuis si longtemps que j'avais cessé de faire le compte des années. Même si elle était l'une de mes amies, je gardais les idées claires. Si Marlène me demandait où était Sirius, ce n'était pas parce qu'elle était préoccupée de mon bien-être, mais plutôt parce qu'elle voulait absolument le voir ce soir. Je ne m'attardai pas auprès d'elle, préférant me restaurer au buffet que Lily avait préparé cet après-midi.
Je voyais tous ces visages familiers rire, je goûtais à ce vin des elfes, je m'enivrais de la vie éphémère qui m'était donnée, je faisais comme si tout allait bien, comme si je me moquais de la mort. Mais personne ne savait combien j'avais mal à l'intérieur. Je souriais à Lily, posait ma main sur son ventre en m'exclamant que c'était la plus belle chose qui aurait pu leur arriver. J'enlaçais Alice pour la féliciter, je riais avec Frank, acceptait un autre verre de vin d'une Marlene un peu éméchée. Je ne pouvais faire autrement. Chaque jour devenait de plus en plus froid. Et chaque jour, je sentais la vie me quitter.
« Mary, tiens. » Emmeline me tendit une petite part de gâteau à la crème. J'en engloutis rapidement une grosse bouchée pour oublier tout les regrets qui m'irradiaient. « Tout va bien Mary ? » J'avais la bouche pleine de gâteau, les yeux brillants, mais je m'efforçais de sourire à Emmeline. Un sourire sincère et presque suppliant. Ne me parle pas de ça. Elle me prit alors doucement dans ses bras et chuchota à mon oreille. « Il aurait dû être là. »
Je me crispai aussitôt.
« Sirius est libre de faire ce qu'il veut. »
Emmeline parut réellement agacée. Elle m'attrapa le bras et me tira dans un coin de la pièce, loin des autres convives. « Tu ne vois pas ce qu'il se passe ? » Je fronçai les sourcils. Je n'étais pas certaine d'avoir envie d'entendre ce qu'elle avait à dire sur Sirius et moi. « Que crois-tu qu'il fasse tous ces soirs ? » Je me figeai inconsciemment. Emmeline n'avait pas tort, que faisait Sirius lorsqu'il n'était pas près de moi ? L'Ordre était très discret ces temps, les membres se cachaient, nous étions tous sur des charbons ardents. Mais que faisait donc Sirius ? Il n'était pas avec James et Remus vu qu'ils mangeaient pratiquement tous les jours avec Lily et moi. J'eus soudainement très mal à la poitrine, comme si je ne parvenais plus à respirer. Mon regard brisé affola Emmeline. Elle m'ordonna de m'asseoir et s'accroupit en face de moi, guettant la moindre de mes réactions. « Je suis désolée, mais il faut que tu saches que je l'ai vu hier. Avec une autre fille. » Ces mots m'arrachèrent le cœur. Littéralement. Je l'avais pourtant bien cherché. Je ne pouvais décemment pas lui en vouloir.
Personne ne voudrait rester avec un cadavre.
Je m'en voulais atrocement. Je me haïssais. Emmeline prit mes mains dans les siennes, croyant me réconforter avec ce simple geste. Seulement, rien n'aurait pu taire ma peine, même pas l'antidote de la saloperie de poison qui me rongeait de l'intérieur.
« Sirius fait ce qu'il veut. »
L'amertume trempait ma voix chevrotante.
« Il n'a pas le droit de t'abandonner maintenant ! »
Emmeline me fixait avec un regard noir. Personne ne savait combien j'avais mal à l'intérieur. Mais surtout, personne ne pouvait comprendre la peine que ressentait Sirius, ni les contraintes que ma maladie engendrait sur nous. Il blâmait Sirius, parce qu'il n'était pas là, mais ils ne pensaient jamais à lui, à ce qu'il pouvait vivre en me voyant dépérir à petit feu sous ses yeux.
« Merci d'être là pour moi Emmeline », lui répondis-je doucement, un petit sourire reconnaissant aux lèvres.
Les traits de son visage s'affaissèrent. Elle avait soudainement l'air plus vielle, plus fatiguée. Quelques secondes passèrent, et nous restâmes silencieuses, comme si nous prions pour que la nuit nous fasse oublier l'horreur de ce monde.
Alors que je ne m'y attendais absolument pas, un bras m'agrippa le bassin et me remit sur pieds, me comprimant contre un torse chaud et moelleux. Emmeline rigolait à côté de moi, tandis que j'écarquillai les yeux, dévisageant Gatus qui me faisait tournoyer dans les airs. Je ne l'avais pas revu depuis des mois. Il était devenu joueur de Quidditch dans un club professionnel à l'étranger. Il aurait dû être à des lieux d'ici, et non chez Lily et James à me prendre dans ses bras comme si me voir le comblait de bonheur.
« Mais qu'est-ce que tu fais là ? », réussis-je à articuler.
« Je l'ai invité, je pensais que ça te ferait plaisir de le voir », intervint Lily avec une lueur malicieuse dans les yeux.
Je me retournai face à Gatus. Il souriait tellement que j'avais envie de rire. Un rire euphorique et sincère. C'était inespéré, je n'aurais jamais pensé le revoir avant de mourir. Remus était derrière lui, mains dans les poches. Lui aussi était en train de me sourire. Ils venaient certainement d'arriver, la porte d'entrée était encore ouverte.
« Remus est venu me chercher », expliqua Gatus en me relâchant.
Manque de chance, je chancelai et m'effondrai au sol en me cognant la tête contre le mur. Mes jambes en cotons m'avaient encore joué un mauvais tour. Gatus fut choqué et il s'agenouilla vivement près de moi, suivi par Remus et Emmeline. Il passa une main sur mon visage, caressant mes cheveux et ma mâchoire, telle une chose fragile et précieuse qu'il avait failli casser.
« Ce n'est rien, je tombe tout le temps », plaisantais-je.
Ma réplique jeta un froid sur mes amis. Ils me fixaient tous avec ces yeux peinés, ceux que je détestais voir sur leurs visages. Soudain, James se fraya un chemin jusqu'à moi et repoussa la main de Gatus qui caressait encore doucement mon visage.
« Ne la touche pas. »
Gatus se releva, et d'un coup de tête fugace, avisa la foule d'invités qui s'était pressée autour de nous. Même les parents de James s'étaient approchés.
« Black n'est pas là ? »
« Tu l'as fait tomber », s'énerva James. « Lily t'a peut-être invité, mais ça ne veut pas forcément dire que tu es la bienvenue ici. »
« James, arrête. »
Il se retourna vers moi, prêt à répliquer, mais Lily le pria de se taire d'un regard sévère.
« Tu continues à défendre Black alors qu'il n'est même pas là pour soutenir Mary. Il clamait pourtant qu'il ne la laisserait jamais tomber. Pas comme moi, disait-il. Alors où il est, hein ? Potter, où est Black ? »
« Gatus, tu devrais t'en aller », dis-je faiblement, alors que tout le monde le dévisageait d'un air grave.
Il fut très surpris, mais comme je m'y attendais, il n'insista pas. Avant de sortir, il remercia Lily pour l'invitation, la félicita pour son futur bébé, et disparut dans la nuit. Ce monde était fou. Il dérapait dans tous les sens. Et je me laissais entraîner par sa folie sans me débattre.
Remus m'aida à me remettre debout, m'enlaça brièvement, puis s'éloigna en compagnie de James dont les yeux me fusillaient toujours. Lily soupirait en secouant la tête, mais elle m'emmena tout de même vers le canapé. Elle avait espéré que Gatus me remonterait le moral, qu'il m'aiderait à penser à autre chose. C'était une bonne idée. Si seulement James n'avait pas tout gâché. Une fois recouverte d'une bonne couche de couverture, je m'endormis rapidement. J'avais si froid.
Un peu avant minuit, une curieuse odeur m'extirpa de mes songes. Je la reconnaissais. C'était l'haleine alcoolisée de Sirius. Je l'avais déjà sentie par le passé, j'y avais même goûté avec ardeur, mais ce soir, elle ne me donnait qu'une seule envie. Vomir.
« Sirius, laisse-là. »
J'entendais la voix lointaine de Lily. Lentement, j'ouvris les yeux et croisai le regard anthracite de Sirius. Il s'était baissé à la hauteur de mon visage assoupi, et m'avait vraisemblablement regardé dormir. Lorsqu'il vit que j'étais réveillé, il se redressa brusquement et partit à l'autre bout de la pièce. Son rire résonna jusqu'à mes oreilles tandis qu'il racontait une blague à Remus et James. Il était complètement soûl. J'avais peur de savoir avec qui il avait passé la soirée. Sa chemise noire était un peu déboutonnée, comme si des doigts de fée s'étaient glissés sous le tissu pour la défaire, montrant à tout le monde cette partie de peau tatouée que je trouvais terriblement attirante.
Sirius resta indifférent à ma présence durant le restant de la soirée. J'étais blessée, mais je n'en montrais rien, probablement parce que j'étais très têtue. A deux heures du matin, lorsque Lily décida qu'il était enfin temps d'ouvrir les quelques présents qu'avaient apportés certains de nos amis, tout le monde se rapprocha de la table. Je m'étais assise près d'elle et Alice, les regardant ouvrir leurs paquets multicolores, pour la plupart enchantés avec des sortilèges qui projetaient de petites étincelles frémissantes.
Rapidement, mon cadeau arriva entre les mains de Lily.
« C'est de ma part et celle de Sirius. »
Cette phrase sonnait bizzarement à mes oreilles. J'avais peur que Sirius le prenne mal, après tout nous n'avions pas choisi ce cadeau ensemble. Il était de l'autre côté de la table, debout entre James et Marlène. J'éprouvai soudainement une pointe de jalousie à le voir si près de Marlène, la fille qui avait toujours eu un faible pour son charme légendaire et qui cherchait désespérément à mettre le grapin sur lui, même si j'étais l'une de ses amies et qu'elle devrait me briser le coeur pour y parvenir.
Lily avait déchiqueté l'emballage du cadeau et détaillait maintenant le petit ensemble que j'avais acheté pour son bébé. Elle l'aimait, c'était sûr. Son regard luisait d'émerveillement et quand elle releva la tête pour me remercier, je vis une larme couler le long de sa joue.
« Merci Mary, c'est vraiment très beau. » James tapa l'épaule de Sirius, et malgré ma peur irrationnelle, j'osai enfin le regarder. Il souriait tristement à son meilleur ami.
J'avais offert une petite peluche à Alice, qui l'avait adorée, et une fois les emballages disparus, je m'approchai de Lily et fixai son ventre tandis qu'elle me racontait son premier rendez-vous chez le médicomage. Je l'écoutais avec un pincement au cœur.
Tout à coup, comme si j'avais senti que quelqu'un me scrutait, je relevai les yeux et plongeai immédiatement dans ceux de Sirius. J'y lus toute la peine qu'il ressentait à me voir si heureuse pour mes amies. Parce qu'il savait que j'aurais aimé être à leurs places et parce qu'il savait pertinemment qu'il ne pourrait jamais m'offrir ce bonheur. Tout était échoué d'avance. Nous n'avions aucun avenir ensemble.
Bonsoir ! Cette histoire n'est pas toute rose, mais j'espère que vous prenez quand même du plaisir à la lire... merci bcp à Gilgalad Swiftblade pour sa review :) A dans une semaine pour la suite, avec la première apparition des Serpentard ! Bye !
