— I —

Hong Kong

6 juin

Jour 1

Il faisait un temps magnifique, le soleil se levait tranquillement, les oiseaux chantaient et une brise légère soufflait de temps en temps, faisant chanter les arbres de la résidence impériale de Bai Long.

Et John Watson chantait son amour à Chiara. Sa petite princesse comme il aimait l'appeler dans l'intimité. La petite n'avait pas encore six mois, mais elle charmait déjà tout le monde. Elle était d'une intelligence redoutable. Aucun doute là-dessus au vue de son regard bleu-gris. Le même que celui de Sherlock.

— Tu sais que tu es une chanceuse, toi? dit-il en jouant avec la main dodue de sa fille.

— Tu sais que tu es adorable? dit une voix grave.

John se retourna et vit Sherlock s'approcher de sa famille un grand sourire aux lèvres. Il prit Chiara dans ses bras avant de jouer avec.

— Sherlock! Ce n'est encore qu'un nourrisson!

— Elle va avoir six mois! Et elle comprend tout... trop bien d'ailleurs, répondit Sherlock la tenant par ses bras, perplexe.

Sherlock avait raison. Bai Long s'était pris d'amour pour cette petite chose si fragile mais déjà si vive. Le Dragon Blanc et l'A Alpha prenaient un plaisir fou à lui apprendre tout de ce qui l'entourait même si elle ne parlait pas encore. Mais selon son Alpha, Chiara pouvait communiquer sans problème avec les yeux. Devant la déconfiture de John, il lui avait raconté son enfance avec Mycroft, et comment lui-même communiquait avec son frère alors qu'il n'avait que l'âge de Chiara.

Mais dans quelle situation je me suis mis encore! John observa les deux amours de sa vie qui semblaient s'être engagés dans une conversation silencieuse.

Chiara zozotait, tandis que Sherlock hochait tantôt de la tête, tantôt plissait des yeux. Après une bonne dizaine de minutes, John décida de les laisser en tête à tête. La poupée blonde se tourna vers lui avant de commencer à pleurer.

— John! Tu vois bien qu'elle était en train de t'analyser! lui cria Sherlock en dansant sur place dans une tentative vaine de calmer leur petite génie.

— Comment peux-tu savoir à quoi elle pense? Elle ne parle même pas! Alors analyser...

— Mais ne vois-tu donc pas? Chiara t'analyse! Il suffit de voir son regard... Et ses déductions sont très intelligentes. Tu es vraiment la fille de ton papa, hein? Et Sherlock recommença à jouer avec sa fille.

John leva un sourcil désemparé. Il haussa des épaules et décida de rester sur son banc. Puisque ni Sherlock, ni Chiara ne désiraient le voir partir, il n'avait d'autres choix que de rester assis et observer ces deux génies parler en silence entre eux. Six mois et déjà en train de tout analyser! Il n'osa pas imaginer ce que sa fille deviendrait à l'âge de Sherlock. Au moins, elle a mes cheveux et la forme de mon visage. Mais ses yeux, sa bouche et ses boucles... Et puis, elle est déjà si grande pour son âge!

Et surtout, elle possédait une intelligence à faire peur les Holmes eux-mêmes.

Normal pour Chiara Azalea Meredith Holmes-Watson.

*xXx*

Stockholm

6 juin

Jour 1

Chemise voile en organza rose déboutonnée, veste cintrée bleu nuit fermée, pantalon cigarette blanc immaculé longueur cheville, escarpins vernis noirs, rouge à lèvres violet foncé, cheveux bruns soyeux lâchés, elle faisait honneur au royaume de Suède dont elle était l'invitée. Tout venait de chez Acne, mis à part le maquillage bien entendu.

Ses cheveux avaient horriblement poussé, tombant au niveau de son bas du dos. Elle avait perdu du poids, ce qui se voyait au niveau de ses formes. Grâce à l'aide de Sherlock, sa fortune n'avait pas pâti. Au contraire, le détective génie avait pris un malin plaisir à racheter la banque pour laquelle son ex-ami Sebastian Walks travaillait.

Elle se tenait assise, droite, les deux mains sur ses genoux fermés. Dans quelques instants, les portes de la royauté suédoise lui seraient ouvertes. Cela sonnait la fin de toutes les négociations entreprises entre elle et le royaume d'Ikea. Si la Princesse Victoria de Suède était favorable à ses idées, ils auraient un nouveau allié personnel. Et ils n'en avaient jamais assez.

Elle referma les yeux, inspirant un bon coup.

— Mademoiselle Keller? Vous êtes attendue dans l'anti-chambre, annonça une voix discrète.

Tirant sur sa veste et replaçant ses cheveux derrière elle, Kalyn se dirigea à pas décidés vers l'anti-chambre. Son décolleté plongeant et sa chemise transparente ne laissaient transparaitre qu'un bustier sur-mesure en laine blanche. La discrétion était de mise.

Cette même voix annonça sa venue.

Kalyn Keller entra enfin dans l'antre de la famille royale Suédoise.

— Soyez la bienvenue ma chère, et veuillez refermer cette porte je vous en prie, dit une élégante voix féminine en anglais.

La Princesse Victoria lui indiqua un siège en face d'elle, et Kalyn s'y compila se remémorant les cours de maintiens qu'elle avait reçus lors de sa formation.

— Nous voilà enfin seules et face à face. Je vous imaginais plus âgée, mais vous êtes vraiment jeune. Quel âge avez-vous, si ce n'est pas indiscret?

— Trente-cinq ans cette année, votre Altesse.

— Bien. Vous avez l'âge de mon cousin. Mais j'aurais souhaité le voir plus mature. Tandis que vous vous préoccupiez de notre position vis-à-vis du Protocole de Londres et de nos recherches scientifiques, lui s'amuse comme un fou en Suisse avec ses amis milliardaires.

La Princesse l'invita ensuite à boire une tasse de café.

— Nous sommes de la même génération. Mon pays a abrogé la loi salique qui ne permettait pas aux femmes Alphas de régner sur le royaume. Avant cela, seuls les Alphas mâles y avaient droit. Aujourd'hui, n'importe quelle dynamique et sexe peuvent prétendre au trône. Mon père connait bien Bai Long. C'est après avoir entretenu à maintes reprises avec lui qu'il a décidé de suivre sa voie. Les autres pays d'Europe du Nord nous ont suivi facilement. Mais dites-moi, vous avez déjà notre soutien. Que voulez-vous de plus? demanda la jeune Princesse en sirotant son café.

Le regard de Kalyn Keller en dit long sur la situation actuelle en Asie.

— Vous n'êtes plus chez vous en Asie, n'est-ce pas? son Altesse se fit pensive.

— Nous avons été infiltrés par le Circus.

— Vous désirez utiliser la Suède comme territoire ami, n'est-ce pas?

Kalyn acquiesça de la tête. La Princesse Victoria, tout comme elle, étaient des femmes Alphas très directes. Tourner autour du pot ne servait à rien.

Victoria réfléchit longuement, jouant avec sa tasse. Kalyn ne put s'empêcher de reconnaitre le Roi de Suède dans les manières de sa fille.

— C'est une décision difficile. Nous avons toujours été plutôt neutres, du moins, aux yeux de l'opinion publique. Les liens d'amitiés que nous entretenons avec l'Asie, et plus particulièrement avec Hong Kong ne relèvent que de notre sphère privée. Mon père est un grand admirateur de la politique de Bai Long, ainsi que de sa personne. Malheureusement, nous sommes européens et membres de l'Union Européenne. Le Protocole de Londres est européen avant tout. Si nous décidons de prêter officiellement main-forte à l'idéologie représentée par Bai Long, nous nous attirerons les foudres de l'Europe, de l'Occident en général, et surtout, le Circus ne nous épargnera pas.

Kalyn Keller acquiesça de la tête. L'entretien n'allait pas être facile.

— Dans ce cas là, j'ai tout mon temps, dit-elle en s'inclinant vers la Princesse.

Cette dernière l'imita.

*xXx*

Londres

6 juin

Jour 1

Anna Ulanov tremblait. Elle était couverte de sang. La poupée translucide s'était muée en poupée venue des enfers.

Paul Dimmock s'approcha d'elle et lui tendit un verre de lait chaud. C'était la boisson favorite de la jeune B Oméga. Seuls ses amis intimes connaissaient son habitude.

Albert aussi...

On avait dû la tirer de force de la scène de la fusillade. La famille d'Albert avait été prise en charge par une équipe de psychologues d'élite. Mais personne ne faisait attention à la jeune journaliste qui s'était trouvée sur les lieux au mauvais moment. Seuls ses confrères s'étaient précipités sur elle pour l'interviewer. Sans l'intervention musclée de Paul, Anna n'aurait jamais pu avoir une minute à elle.

L'A Bêta lui caressa l'épaule affectueusement. Sa petite soeur comme il l'aimait l'appeler désormais n'était plus qu'une poupée de cire. Il lui remit ses cheveux blonds platine en place et tenta de lui faire avaler le reste de la tasse. Mais rien n'y faisait, Anna avait quitté le monde des vivants.

— Je suis désolé, dit-il finalement.

Anna se tourna lentement vers lui. Elle lui caressa l'épaule en retour et baissa le regard. Elle tremblait toujours d'effroi.

Soudain, une sonnerie de téléphone retentit. Dimmock décrocha après une seconde d'hésitation. Puis il se retourna de nouveau vers la jeune femme.

— Anna, nous devons y aller. Quelqu'un souhaite s'entretenir en privé avec nous, dit-il en la secouant.

— Qui? souffla-t-elle.

— Une personne qui a formé, nommé, soutenu, et tenté de sauver comme elle le pouvait Albert.

Anna releva son regard.

— Elisabeth, sa Majesté la Reine, lâcha enfin Dimmock, sérieux.

Même la Reine n'a pas pu te protéger, Albert...

La B Oméga se releva lentement. Il lui fallait aller de l'avant.

— Tu n'as pas besoin de te changer. La Reine désire nous voir immédiatement.

Paul Dimmock l'implora de son regard pour qu'elle se prit en main.

*xXx*

Londres

6 juin

Jour 1

Elle raccrocha et s'affala dans son fauteuil. Meredith l'avait rejointe en urgence après que la nouvelle se fut propagée.

Son apprenti était mort.

Elizabeth plaça la tête dans les mains, se décoiffant au passage. Son amie Meredith Holmes lui tendit une tasse de son thé favori. Cette dernière laissait transparaitre ses sentiments de manière plus violente. Elle pleurait en silence tandis qu'Elizabeth songeait déjà au futur.

— Ils partent tous, mais je reste... murmura la Reine.

Elle regarda par la fenêtre de son palais. Loin du peuple, loin des tumultes de l'opinion public, elle était en sécurité, et pouvait tout ignorer.

Mais tout cela lui était impossible. Elle incarnait le Royaume-Uni. Et Albert avait toujours été son porte-parole dissimulé.

Meredith sanglotait toujours silencieusement, entre deux gorgées de thé pour paraitre digne.

Bai Long, qu'aurais-tu fais à ma place?

Elle se vit enfin à la place de son ami. Ce dernier avait vu mourir successivement sa fille unique, son gendre, son disciple adoré William Rothschild, les refus de Daiyu, et maintenant, son autre disciple venait d'être assassiné sous les yeux du monde entier.

Le message avait été clair pour eux: ne pas toucher le Circus dans son propre territoire.

Depuis le départ de Mycroft Holmes et de Kalyn Keller des services secrets du pays, le Circus était seul maître à bord au Royaume-Uni. Et maintenant, Arthur Winston venait juste d'être nommé d'office comme Premier Ministre, une fois son unique adversaire éliminé.

La gouvernance allait être délicate.

Elizabeth pria pour que le peuple puisse se rendre compte de la situation véritable qui les attendait. Il lui fallait garder le soutien du peuple, sans quoi Arthur Winston aurait carte blanche. Ce n'était pas envisageable. Jamais elle ne pourrait se plier à leurs positions extrêmes. Elle devait garder sa couronne, son influence, et surtout son pouvoir.

Et pour cela, elle avait besoin des talents d'Anna Ulanov.


Voilà enfin le premier chapitre qui introduit la troisième partie! Désolée pour l'attente, je viens juste de reprendre les cours! :P

Je vous félicite et vous remercie de tout mon coeur pour m'avoir suivie jusque-là. J'espère que vous connaissez l'implication: cette partie pourrait également la Partie II en longueur, désolée! Mais aussi en amours, en ahem..., et en blablas inutiles.