Dans cette histoire, je partirais du principe qu'il n'existe AUCUN LIEN entre les Miyano et les Akai/Sera. Qu'ils soient cousins/cousines, Ai ou Akemi adopté, ou la reine d'Angleterre, je trouverais toujours que cette décision scénaristique est juste un cancer de l'arc Rum...


Chapitre 2 - Lancer de clés


Courbé comme s'il saluait quelqu'un d'important et de mieux placé que lui, je voyais bien qu'il était très impliqué dans son travail. Cette tâche qu'on lui avait confiée la veille, malgré ma réprobation à ce sujet.

Il ne faisait que rendre la salutation à un ami que j'avais déjà rencontré il y a bien longtemps maintenant. Au même titre que notre nouveau garde du corps, ce garçon plus jeune d'apparence procédait aux mêmes tâches que son collègue. C'est avec un étui de guitare sur le dos qu'il parvenait à dissimuler ce qui devait l'être. L'entendre jouer de la basse le soir avant de m'endormir me faisait oublier la répugnante vie sous le régime de l'Organisation.

Scotch. Il s'agissait vraisemblablement de son nom de code. Un choix personnel qu'il avait lui-même demandé pour une raison que personne ne connaissait, et dont la réponse n'avait jamais été apportée à qui que ce soit.

Dai. Il devait certainement lui parler de la matinée qu'on avait passée. Que pouvait-il lui dire d'autre que mon incompétence à la tâche qu'on m'avait confiée, et que je n'avais pas su suivre avec sérieux.

Il n'y avait jamais eu aucun doute à ce sujet pour ma part. Sherry était bien meilleure dans tous les cas de figure. Scientifiquement parlant, c'était l'une des plus incroyables dans son domaine, sur le terrain comme à l'intérieur. Mais si ce n'était que ça. Je ne pouvais pas lui en vouloir d'avoir eu l'enseignement des plus grands membres de ce syndicat noir.

J'étais plus spécialisé sur des missions externes, comme l'infiltration ou l'élimination, bien que je n'étais pas souvent à la hauteur. Que penser d'une femme incapable de représenter correctement le nom qu'elle portait si fièrement ? Les Miyano. Cette famille qui, depuis des temps anciens, travaillait d'arrache-pied au sein de ces hommes l'aura maléfique.

Ma petite sœur... il m'était impossible et impensable de lui reprocher quoi que ce soit. Et ce type, Rye comme mon père l'avait annoncé, était un poids supplémentaire sur mes épaules déjà bien lourdes.

Si silencieux. Si discret. Il se contentait de répondre avec des signes de têtes ou de bras. Rarement, la parole suivait ses actes et gestes, il se faisait comprendre sans prononcer la moindre phrase. C'était ce qui était impressionnant chez lui... ou au contraire fortement agaçant.

Les rumeurs disaient que Gin ne le supportait pas. Eh bien, il n'était plus tout seul. Comment réussir à se lier d'amitié avec une personne qui, vide de toute expression et dialogue, ne se sentait visiblement pas obligée d'elle-même tenter de former des liens ?

- C'est la quatrième fois que tu replaces cette mèche derrière ton oreille, souligna Shiho en agitant un trousseau de clés devant mon visage. Si tu veux, je peux régler le problème d'un coup de ciseau bien placé.

Quelle andouille. Toujours le mot pour placer une vanne.

À voir ses yeux, ce ne devait pas l'être. Un défaut me disait ma figure paternelle. Combien de fois me répétait-il qu'il valait mieux que je me coupe les cheveux tout comme le faisait ma petite sœur ?

Elle détourna le regard de ma personne pour se concentrer sur Rye, arrivant bredouille mais dans les poches dans un silence glaçant. Un calme imperturbable poussa Shiho à grimacer.

C'était tout à fait étrange. Plus je regardais son visage et celui de ma sœur, plus quelque chose semblait attirer mon attention. Il y avait comme une connexion, ou bien une lointaine ressemblance...

Ce n'était sans doute rien.

- J'allais proposer à ma grande sœur de nous raccompagner en voiture, mais tu as été engagé pour nous assister et veiller à notre sécurité, donc ce sera ta tâche, lui dit-elle en lançant les clés à sa hauteur. J'espère que t'es pas aussi mauvais en conduite que tu l'es en discussion.

Moroboshi ne bougea pas d'un poil. Lorsque Sherry passa a coté de lui, son œil cerné se tourna rapidement pour suivre sa marche jusqu'au véhicule.

Nous allions quitter les lieux incessamment sous peu. Nos travaux ici étaient, de toute évidence, terminés. Bien que je n'avais que très brièvement aidé aux recherches, et senti inutile comme d'habitude, les résultats semblaient convaincants. Mais je ne savais pas vraiment ce que nous cherchions en vérité. Et le langage incompréhensible de la parfaite chimiste de ma sœur n'aidait pas à comprendre.

Scotch grimpa à bord d'un véhicule lui aussi, avec à son bord, plusieurs hommes de main des laboratoires. Un coup de klaxon plus tard, et Dai ouvrit la portière de notre moyen de transport. Je venais de m'installais quand il prit pour la première fois la parole devant moi...

- On se voit plus tard, Scotch.

Venait-il de prononcer, à haute voix mais sans aucune émotion ou sentiment, plus de trois mots sans hésitation ?

Cette voix. Il dégageait quelque chose, c'est vrai, mais je continuais à croire qu'il n'était pas si impressionnant, talentueux, et charismatique comme on avait pu nous le décrire. Je continuais à croire qu'il n'était pas aussi essentiel pour l'Organisation, ni aussi doué sur le terrain qu'on nous le prétendait. Et je continuais à croire que moi et ma sœur n'avions pas besoin d'un garde du corps collé à nos basques jour et nuit !

Le ciel allait me donner tort à tous les coups. Sa conduite était exemplaire. Bonne vitesse, maitrise de son véhicule jusqu'au petit dérapage parfait dans un virage serré... cela ne m'impressionnait pas.

Je n'étais plus un enfant.

[==]

Le soir venu, moi et Shiho avons quitté la table en catimini.

Elle devait avoir du travail. Hier soir devait être une exception. Pour débouler dans ma chambre avec sa colère habituelle. Mais bien sûr justifié puisqu'elle concernait le nouvel homme en noir le plus apte à exercer les fonctions demandées.

Père m'avait expliqué que, malgré son invitation à nous joindre à table, il avait refusé. Apparemment, la voiture de Scotch avait eu un accrochage difficile, et un accident a malheureusement emporté les scientifiques à bord dans un voyage sans retour vers un autre monde. La mort était passée par là et avait épargné miraculeusement le conducteur.

Ce journal sur la table. Fallait-il que je le continue ? N'était-ce pas un livre destiné aux enfants qui se devaient de se libérer à l'écrit ? Que penserait Shiho si elle savait que j'en possédais un ?

Soupir. Je dois m'y mettre...

Aujourd'hui, j'ai prouvé encore une fois mon incapacité à servir l'Organisation. Je déteste cette vie. Je la hais... du plus profond de mon âme. J'attends que quelqu'un me sorte de là, qu'une main bercée de la lumière extérieure me prenne par le bras et me ramène à la raison. Moi et ma sœur, qui le mérite tout autant.

Je ne veux plus servir le mal. J'y suis contrainte... papa aussi est mitigé, mais son engagement auprès de celui qui supervisait l'interne du syndicat est impossible à rompre.

Et ce gars, Rye, je n'arrive pas à le comprendre. Ni même à l'apprécier. Il me tape sur les nerfs !

Un jour, j'espère, je serais capable de faire quelque chose de ma vie.

J'ai fini.

Pile quand je refermais le livre tout en le cachant dans le tiroir de mon bureau, la porte s'ouvrit dans un bruit assourdissant. Pas de doute, il s'agissait bien d'Amuro, ce jeune homme bien différent de Rye.

Bourbon de son nom de code, il avait été depuis bien longtemps un ami proche de ma famille. En particulier de ma mère. Je ne sais pas encore ce qui les rapprochait à ce point, mais il est un des rares confidents que j'ai. Une personne de confiance. Sans lui, je n'aurais pas pu parler ouvertement de sujets fâcheux, et il n'était pas quelqu'un de sombre et noir d'esprit comme les autres. Gin. Vodka. Et pire, celui qui me terrorisait... celui qui nous hantait...

Rum.

- Je ne le supporte pas. Cette décision, c'est n'importe quoi, c'est moi qui aurais dû lui porter secours, pourquoi ont-ils envoyé ce type là-bas ! cracha-t-il en tournant en rond dans la pièce.

Je refermai la porte avec un petit sourire amusé.

- Eh bien peut-être parce que si les autorités ou services de secours venaient sur place, quelqu'un de plus calme et qui n'est pas impulsif à tout va pourrait plus facilement les berner, tentai-je en le suppliant de se calmer avec un regard d'ourson.

Ce long soupir qui s'échappa de ses lèvres me confirma qu'il était plus lassé et déçu qu'en colère, finalement.

- Je ne suis pas impulsif. Et je suis très calme !

- Oui, quand tu dors, ironisai-je. Vois le bon côté des choses, tu profites de la chaleur des bâtiments. Dehors il fait un froid glacial à en tuer un homme.

- Alors si le froid devait tuer quelqu'un j'espère que ce type y passera, déclara-t-il en s'allongeant sur mon lit. Enfin non. Rah, sérieusement, suis-je le seul à avoir du mal avec lui ? Il est peut-être sympathique, et Scotch l'apprécie beaucoup, mais... son silence et sa froideur me gênent.

Je ne pus répondre sans être soudainement interrompu par Shiho, entrant sans toquer muni d'un plateau une fois encore bien garni. Un verre de lait et des cookies. Sa petite habitude, transmise par maman, était vraiment adorable.

Amuro grimaçait encore dans son coin quand elle proposa à ce dernier de gouter sa préparation faite maison. Je refermai une nouvelle fois la porte, rappelant à voix basse qu'elle pouvait pivoter dans les deux sens, mais nul n'entendit mon soupir à peine audible. Sherry but d'une traite son propre verre avant de me jeter un regard que je n'arrivais pas à traduire.

Difficile de lire dans le cœur et les pensées d'une petite sœur qui savait cacher correctement ses émotions. Ce qu'elle ressentait était difficile à savoir, tant elle était imprévisible.

- Si tu veux des nouvelles de ton ami guitariste, il va bien et a été emmené à l'hôpital le plus proche pour des soins. Pas de questions taboues visiblement, informa-t-elle en regardant Tooru.

- Je te remercie. T'es au courant de tout assez rapidement toi, comment tu fais ?

- Parce que je suis magicienne, répondit-elle avec un sourire narquois en quittant la pièce.

Elle me lança un dernier regard amusé avant de s'éclipser et disparaître dans le couloir ténébreux.

Pensait-elle que moi et Amuro avions des sentiments amoureux à l'égard de l'autre ? Certes, je ne connaissais pas les siens, mais je connaissais les miens. Je n'étais pas amoureuse. De personne.

Le regard avec lequel le blondinet me fusilla traduis son envie d'avoir une réponse sur ce don presque mystérieux. Shiho avait toujours su être la première au courant de tout, comme si elle était elle-même sur place à bien des endroits différents.

Mais il comprit bien vite que je n'en savais pas plus.

Je le saluai une dernière fois avant qu'il ne quitta à son tour ma chambre. Il ne restait plus que moi, mon journal et mes pensées. Et je ne suivis que mon unique envie de me laisser tomber sur le lit douillet qui était le mien.

Cette odeur. Les draps avaient été changés. Vanille. Ma préférée.

Une poignée de minutes eurent raison de moi tandis que je quittai ma vie quotidienne dans les griffes de ces salauds pour rejoindre celle de mes rêves les plus tendres, dans les bras de morphée...

[==]

Le petit matin ressemblait au précédent.

Je venais de terminer ma toilette et de m'habiller quand, à ma plus grande surprise, un plateau déjeuné était déjà prêt sur ma table basse. Ou bien Shiho avait enfin réussi à se lever tôt sans difficulté, ou bien papa avait décidé de me faire une agréable surprise.

Mhh. Une crêpe, plusieurs framboises, un peu de chantilly... un régal. Il ne ma fallu pas longtemps pour ne faire qu'une bouchée de cette assiette certes peu garnie, mais au contenu si appétissant.

Quelle heure était-il ? Dix heures ?

Je devais aller à Tokyo aujourd'hui. Il semblerait qu'une de nos affiliations avait des problèmes de stock. Les ravitailler était un job que personne ne prenait, habituellement, mais étant inutile aux scientifiques il fallait bien que je me rende un peu utile. Au moins, on ne pouvait pas me reprocher de ne rien faire pour eux, le sale travail était toujours un plus indéniable.

J'ouvris la porte en replaçant une nouvelle fois ma mèche de cheveux derrière l'oreille. Il était là.

- R-Rye ! m'exclamai-je. Ne me dis pas que tu es resté ici toute la nuit ?

Il hocha les épaules et répondit que très timidement d'un signe de tête. Maintenant, je comprenais d'où venait la cerne qui décorait le dessous de son œil droit, comme celui à l'opposé par ailleurs.

Je soupirai une nouvelle fois en résignant à obtenir une réponse orale.

- Tu n'es toujours pas décidé à parler, alors très bien, je ne te ferais pas la discussion si tu n'en veux pas !

Il me suivait. Je m'en doutais. C'était son job, mais que cela pouvait être casse pied.

Arrivé au Parking, il fallait croire que finalement, j'allais devoir faire avec. Cet homme ne mettrait pas fin à ses obligations pour mon plaisir, et ce même si je tentais mon numéro de supplice.

Je ressentais maintenant exactement ce que pouvait endurer une star. Suivi permanent des journalistes, fans ou gardes du corps. Un véritable fardeau. Mais pourquoi moi ? Shiho n'avait-elle pas besoin de lui ?

Bien sûr que non. Sherry était douée et essentielle dans les labos. Moi, non. Je n'étais qu'une brebis galeuse. L'inutile du groupe.

- Très bien, soupirai-je en me retournant vers lui. Attrape. Je vais devoir me taper ta présence, autant te rendre utile.

Les clés. Je lui avais envoyé les clés.

- Tu conduis mieux que moi...

Il ne broncha pas et se contenta d'attraper le trousseau d'un lever de bras. Ses yeux verts me regardaient de haut en bas, tandis qu'il se dirigea à présent vers la portière côté conducteur.

Ce n'était vraiment pas gagné pour arriver à le supporter.


Reviews :

Miroshi - Tu as un mis un o à la place du i, malheur. XD
Merci pour le compliment et ton petit commentaire. Et je soutiendrais ce couple « peu populaire » jusqu'au bout.

Ano-name - Merci ! J'espère que la suite (ici plus haut, et à venir) te plaira. :)

Postine - Ouip, j'ai décidé de commencer au tout début. Et de faire d'abord un lien tendu entre ces deux personnages était plutôt pas mal sur le brouillon. J'aime bien. Merci en tout cas ma Popo. =)