Disclaimer : L'univers entier de HP appartient à J.K. Rowling. Je n'y ai fait qu'ajouter quelques OC, dont le personnage principal.

Rating : T - Le contenu et certaines scènes, au fil des chapitres, risquent de devenir plus noirs et plus violents.


Chapitre 2

« Le parfum des chrysanthèmes me poursuit sans relâche, plus seulement en rêve mais aussi à travers ses yeux de glace. »


Ce fut un torrent de pluie triste et glacée qui accueillit les élèves en cette rentrée 1978.

Ces derniers atteignirent rapidement le château, prêts à recevoir les premières années dans les normes. Installés autour des quatre tables respectives des maisons Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle et Serpentard, ceux de deuxième à la septième année discutaient presque en hurlant afin de se faire entendre, s'adonnaient à des accolades amicales ou encore jetaient des coups d'œil furtifs en direction de la porte de la Grande Salle, un membre de leur famille devant probablement faire leur entrée dans l'école cette année-là.

« Vickie, ton frère ne devait pas rentrer à Poudlard cette année ? »

La voix d'Anastasiya sortit Victoire de sa rêverie.

« Frère, Poudlard… » marmonna Victoire en réfléchissant, comme lointaine, avant de papillonner des yeux et de reprendre ses esprits. « Ah, oui ! Effectivement. »

La russe se retourna et fixa la chose – ou la personne ? – que regardait son amie dans une espèce de transe, et aperçut un groupe composé de quatre garçons sur la table des Gryffondor. Un brun à lunettes, les cheveux en bataille et l'air quelque peu arrogant, était de dos, ne laissant entrevoir que son profil, tout comme son ami plus petit et trapu à ses côtés. En face se tenait le nouveau préfet-en-chef, et elle renifla de dédain en l'apercevant. Enfin, son regard glissa vers le dernier, dont les cheveux, mi-longs et noirs, contrastaient étonnamment avec ses yeux d'un magnifique gris acier. Elle fronça les sourcils. Lequel des deux derniers était-elle en train de regarder ? Lupin, en l'imaginant roder dans les couloirs avec ironie ? Ou Black, qui ressemblait énormément à son petit-frère, lui-même chez les Serpentards avec elles ?

Lorsqu'elle eut fini de détailler le « quatuor des attardés » comme elle les surnommait, elle se rendit compte qu'un petit groupe d'enfants âgés de onze ans attendait patiemment au milieu de la Grande Salle tandis que Minerva McGonagall, le professeur de Métamorphoses et directrice de la maison Gryffondor, leur expliquait le principe de la répartition. C'est alors qu'un vieux chapeau rapiécé pris la relève sous les yeux étonnés des petits nouveaux, entamant sa joyeuse ritournelle, avant que ne vint le moment que tous attendaient impatiemment ; le jugement du Choixpeau magique. Les premières années défilèrent au fil des noms, et lorsque vint le tour de son frère, Victoire releva la tête et lui adressa un sourire encourageant.

« Edouard Duchesne », appela la directrice en jetant une œillade au garçon blond qui s'avançait, droit et fier. Victoire le contempla il était un peu plus grand que les autres, et sa stature révélait la pureté de son sang malgré son jeune âge. Il n'hésita pas à s'asseoir, sonda sa sœur de ses yeux bleu clair et le contact fut rompu par le Choixpeau posé sur sa tête, trop grand, retombant sur ses paupières. Victoire sentit une main se poser sur son épaule, et s'aperçut qu'elle appartenait à Ruby. Un signe ferme, réconfortant, que la jeune fille accentua par un sourire. Sourire qui s'effaça très rapidement. Victoire tourna la tête à la hâte vers son frère. L'air lui manqua soudainement. Elle n'avait pas entendu le verdict du Choixpeau, mais les applaudissements de Gryffondor ne lui laissèrent pas l'ombre d'un doute. Les Serpentards autour d'elle la fixaient quant à eux, l'air à la fois mauvais et moqueur, et elle s'attarda sur l'un d'entre eux, dont le rictus était nettement moins visible que ses confrères. Ses yeux gris la pénétrèrent de la même façon qu'ils l'avaient fait à la gare, railleurs et énigmatiques, et elle serra le poing. Ses ongles s'enfoncèrent dans la paume de sa main, à sang, mais elle ne ressentait rien. La douleur n'était rien par rapport à celle que son frère subirait lorsqu'ils rentreraient, pour les vacances de Noël.

« Edouard ! »

Le jeune garçon, qui discutait dans le couloir avec un autre Gryffondor de son âge, se retourna vers son interlocutrice. Ce que fit également son nouvel ami.

« Un Weasley… murmura Victoire en voyant le visage couvert de tâches de rousseurs du garçon. Il ne manquait plus que ça.

- Qu'est-ce que tu veux ? Râla Edouard, ayant entendu la remarque méprisante de sa sœur.

- Il faut que l'on parle, jeune imprudent !

- Arrête de te donner en spectacle, tout le monde nous regarde… aïe ! »

Elle venait de planter ses ongles dans le bras de son frère en l'empoignant, et le tirait déjà dans un coin isolé. Le garçon se laissa entraîner, visiblement honteux et boudeur.

« Ce n'est pas de ma faute ! S'enquit-il avant même qu'elle n'eut le temps d'ouvrir la bouche.

- Ah, railla-t-elle, c'est tout ce que tu trouves à dire pour ta défense ? Crois-tu que Père acceptera ce genre d'excuses ?

- Je me fiche bien de ce qu'il peut penser ! Je n'ai pas choisi d'aller à Gryffondor !

- Tu pouvais refuser ! Explosa la jeune fille, je suis passée par là avant toi ! Le Choixpeau t'aurait écouté !

- Qu'est-ce que tu en sais ? Il t'a envoyé chez les lâches. »

Les paroles de son frère lui firent l'effet d'un coup dans le ventre. Un coup de poignard, vif, acéré. Où avait-il appris une chose pareille ? Etait-ce ce crétin de Weasley qui lui avait déjà mis cela en tête ? Elle n'en croyait pas ses oreilles.

Son frère. Son petit-frère, qui était le seul membre de sa famille qui représentait un infime espoir pour elle. Il la traitait de lâche. Il l'accusait d'être dans la maison adulée et vantée par leur père, ainsi que par tous les sang-purs de Grande-Bretagne.

« Est-ce vraiment ainsi que tu me vois, Edouard ?

- Pourquoi le Choixpeau t'y aurait envoyé, sinon ? »

Un deuxième coup de poignard s'abattit sur elle. Elle ferma les yeux et inspira profondément, tentant de garder son calme. Que devait-elle faire ? Lui dire la vérité, au risque qu'il s'en serve pour alléger la punition qui l'attendait au manoir familial ? Ou le laisser la traiter comme un être méprisable ?

« Etais-tu là le jour de ma répartition, insolent ? Je ne pense pas. Etais-tu dans ma tête à ce moment-là, lorsque le Choixpeau cherchait où me placer ? Je ne crois pas non plus. Es-tu réellement fier d'être dans une maison regroupant des sang-de-bourbes et des traîtres à leur sang ? Comptes-tu dire à ton père que la maison dans laquelle il a étudié ne regroupe que des sorciers infâmes !? Comptes-tu dire à ton propre père qu'il est un lâche !? »

Elle avait crié ces derniers mots, la voix tremblante, le regard planté dans celui de son frère. Celui-ci blêmit, et grimaça. Il entendit l'appel du préfet, fit quelques pas en arrière avant de lui tourner le dos, se hâtant à la suite des autres afin de rejoindre les dortoirs. Le préfet la regardait. Il la détaillait, ce qu'elle fit également lorsqu'elle remarqua son insistance. Il était grand, et arborait les couleurs de sa maison avec fierté. Son insigne luisait à la lumière, s'accordant avec l'or de sa cravate. Sa mâchoire était serrée, sa bouche finement dessinée, et figée en une expression sereine. Ses yeux de miel la sondaient, et elle maintint son regard, refusant de perdre dans ce duel purement physique et visuel. Elle lui était supérieure. Préfet ou non, ce sang-mêlé lui devait le respect.

Et il finit par détourner les yeux un instant, perturbé, avant de s'en aller.

Qu'est-ce que Lexy pouvait bien lui trouver, à ce type ?

Victoire retourna d'un pas lent à son dortoir, fusillant sur son passage chaque élève qui daignait la dévisager. Ce n'était que son premier soir au château, et un certain nombre de choses l'excédaient déjà. Ce fichu Léon elle-ne-savait-qui, qui risquait de foutre en l'air d'un moment à l'autre sa couverture concernant Beauxbâtons, et sa réputation de surcroît. Ce regard d'acier qui ne cessait déjà de la sonder et de l'exaspérer par la même occasion. Edouard, son imbécile de frère, qui n'avait pas été fichu de choisir la bonne maison. Lupin, qui croyait visiblement pouvoir la provoquer sans conséquence. Et à ce moment-même, ces sales cafards qui la toisaient à son passage dans les couloirs. Ce qui la faisait sourire, malgré tout, c'était la crainte. Cette crainte jouissive qu'elle pouvait lire dans les yeux des plus jeunes qui la croisaient, et parfois même sur le visage d'étudiants de son année tels que d'inutiles Poufsouffles dénués de courage, ou du moins qui n'en avaient pas suffisamment pour l'approcher, et encore moins lui adresser la parole. Elle, Victoire Duchesne, s'était forgée une réputation de parfaite – ou presque ? – héritière sang-pur auprès de ses camarades, et en profitait pleinement. Si seulement son père avait pu la voir, rien qu'une fois… et lui murmurer à quel point il était fier d'elle.

« Continue de rêver, ma chère… », souffla-t-elle en poussant la porte du dortoir devant lequel elle était arrivée. Ses amies s'y trouvaient déjà, tout comme un immense capharnaüm qui régnait au milieu de la pièce. Vêtements, livres, et objets en tous genres – et surtout inutiles – avaient été négligemment jetés à terre, allant jusqu'à empiéter sur son propre lit.

« Par Merlin, Ruby ! Qu'as-tu fait de la chambre ?

- Mais Vickie, pourquoi me hurles-tu directement dessus avant de savoir qui est le responsable de ce désordre ?

- Peut-être parce qu'elle vit dans ce dortoir depuis maintenant quatre ans, et que chaque année c'est la même rengaine ? Lança Anastasiya, assise en tailleur sur son lit qui avait été épargné. Sans vouloir être vulgaire, cette chambre ressemble un tant soit peu à un bardel.

- On dit un « bordel », Nastia, ricana la voix de Lexy de la salle de bain.

- Je suis désolée, mais je n'ai pas l'habitude d'employer ce genre de comparaison, en Russie.

- Mais ça n'a rien d'un bordel ! S'exclama Ruby, indignée. Je suis seulement en train de trier mes affaires…

- Trie vite dans ce cas, trancha Victoire, je ne sais même pas où poser les pieds dans ton bric-à-brac.

- Même ton chat se perd dans ton linge. »

La dernière remarque d'Anastasiya reporta l'attention des jeunes filles sur la boule de poils en question, un chartreux d'un gris foncé et soyeux, qui se débattait avec le sweat qu'il avait eu le malheur d'aller explorer.

« Douglas ! Arrête, tu vas le déchirer ! »

Ruby se jeta dans le mont de vêtements à la poursuite de son chat, à moitié coincé dans le pull et qui tentait de fuir tant bien que mal les foudres de sa maîtresse. Ce fut Lexy, qui sortait de la salle de bain, une serviette sur la tête, qui attrapa l'animal.

« Tu lui fais peur, s'indigna-t-elle tout en délivrant l'animal de sa prison de tissus.

- C'est celle qui a un chiffon sur la tête qui ose dire ça ? Répliqua sa jumelle, vexée.

- Pour ta part, le chiffon, tu le porteras comme les elfes de maison. Douglas a littéralement saccagé ton sweat.

- Saloperie…

- Comment veux-tu que je ne devienne pas vulgaire, avec des fréquentations pareilles ? Murmura Anastasiya à Victoire, qui afficha un demi-rictus. C'est si peu distingué.

- Oh ça y est, je les ai retrouvés ! »

Les deux amies, coupées par l'exclamation de Ruby, pivotèrent vers elle. La blonde, assise au beau milieu de la chambre, près de sa malle, tenait contre elle une série de paquets soigneusement emballés. Son expression attristée par la perte de son pull s'était volatilisée pour laisser place à un sourire franc et empli de joie.

« Qu'est-ce que c'est ? S'enquit Anastasiya qui ne comprenait pas la scène.

- Ruby et moi, nous vous avons ramené quelques petits cadeaux de Grèce… commença Lexy en se saisissant d'un premier paquet. Mais sa valise était tellement chargée qu'elle ne les retrouvait visiblement pas.

- Des cadeaux ? Répéta Victoire, interloquée. Mais… ce n'est pas Noël.

- Et alors ? A-t-on réellement besoin d'une raison comme une fête, pour offrir un présent à ses amies ? »

Victoire regarda Anastasiya, tout aussi déconcertée, puis les deux jumelles qui souriaient. Jamais personne ne lui avait fait de présent en dehors des fêtes, excepté ses parents qui lui offraient essentiellement des robes et d'autres choses qu'elle jugeait superficielles.

Non, elle n'avait décidément pas le souvenir qu'un jour, en dehors de sa copine Marie à Beauxbâtons et de Black, quand elle était enfant, quiconque lui ait fait un cadeau juste par plaisir d'offrir. Elle en eut les larmes aux yeux, touchée, et elle détourna la tête un instant afin de les ravaler discrètement. Puis elle leur offrit un sourire qu'elle aurait aimé plus grand et joyeux, mais qui ne fit que ressembler à l'un de ses innombrables rictus qu'elle servait en public.

« Alors ? Vous nous les donnez quand, ces cadeaux ? Demanda-t-elle d'un ton provocateur, refusant de jouer la carte de l'attendrissement complet.

- Une minute, votre altesse ! Ils arrivent.

- Ouvrez les plus petits en premiers, déclara Ruby en leur tendant quelques paquets. On vous a acheté les mêmes, pour ne pas faire de jalouse…

- Tu nous as prises pour ta sœur et toi-même ? Demanda Anastasiya en haussant le sourcil.

- Ferme-la et ouvre. »

Victoire saisit lentement le morceau de ruban qui ornait l'un des paquets entre les doigts, et tira dessus avec délicatesse, contrairement à son amie qui déchira le sien d'une traite d'un coup de baguette magique. Vint ensuite le tour de l'emballage, qu'elle ne voulait pas abîmer bien que ce ne fut qu'un morceau de papier.

« Vickie, ma chérie, ta baguette magique… ce n'est pas pour les elfes. Tu iras beaucoup plus vite avec un sort. »

Victoire s'arrêta net dans son entreprise. Oui, elle pouvait ouvrir son cadeau d'un coup de baguette, comme à Noël au manoir, comme à son anniversaire devant sa famille. Elle n'était pas idiote, elle y avait bien évidemment pensé. Mais, et si pour une fois, elle avait souhaité faire l'expérience du papier se déchirant au contact de ses doigts, de la sensation du ruban qui se détend ? Elle termina de déchirer le papier, et pouffa devant le paquet de chocolats moldus qu'elle tenait dans les mains.

« Ce ne sont pas des friandises sorcières ?

- Non, Nastia. Nous nous sommes doutées que vous n'en auriez jamais goûté de votre vie. Alors on s'est dit… enfin voilà. C'est cent pour cent moldu.

- Et cent pour cent délicieux.

- Merci, souffla Victoire sans cesser de fixer les friandises.

- Ouvrez les autres ! »

Sous le regard perçant d'Anastasiya, Victoire déglutit et se saisit de sa baguette. Elle lança tour à tour un sort aux autres paquets, qui dévoilèrent d'autres sucreries toutes aussi moldues que les chocolats. Si son père apprenait cela… pensa Victoire, à demi-amusée. Il l'obligerait probablement à vomir jusqu'à ne plus rien avoir dans le ventre.

« Et maintenant, voici les véritables cadeaux, termina Lexy. Je pense que ça devrait vous plaire… »

De sa baguette magique, la jeune fille fit léviter les paquets, jusqu'à ce qu'ils atterrissent sur leurs genoux.

Anastasiya déballa le sien la première, répétant le même geste avec son bâton de bois. Elle afficha un sourire franc à la vue du cadeau, qui était un nécessaire à balais. La jeune russe étant l'un des batteurs de l'équipe de Quidditch de Serpentard elle aimait passer du temps à bichonner son Comète. Il était donc évident que ce cadeau était parfait pour elle. Ce fut au tour de Victoire d'ouvrir ce dernier présent, visiblement plus personnel. Elle ignorait totalement le contenu du paquet qui se dressait devant elle, informe. Ce ne pouvait pas être un vêtement. Ni un livre. Un bijou ? Beaucoup trop gros. Elle touchait l'objet à travers le papier cadeau, imaginant tout et n'importe quoi, ce qui déclencha l'hilarité de ses trois amies.

« Par Merlin, ouvre ! »

Sans attendre une seconde de plus, elle déchira le papier de ses deux mains, et un étrange cahier accompagné d'une plume miniature firent apparition sous les débris.

« Un cahier ? demanda Anastasiya dans l'incompréhension.

- Vous connaissiez mon goût pour l'écriture… ?

- Oh, pas que. Je t'ai déjà surprise en train d'écrire quelques petits parchemins, expliqua Ruby. Tu aimes beaucoup lire aussi, alors je me suis dit que ta petite tête devait être un véritable monde à lui tout seul. Je suppose que tu dois avoir une imagination très développée.

- Peut-être, mais je ne comprends p…

- Ce n'est pas un simple cahier, ajouta Lexy avec un clin d'œil. C'est un livre à souhaits.

- Un quoi ? Dirent Victoire et Anastasiya dans une seule et même voix.

- Un livre à souhaits, répéta Lexy. Je vous en explique le principe les pages de ce cahier sont magiques. Tu dois écrire avec cette plume une pensée, un souhait, pourquoi pas un appel au secours… Par exemple, certaines personnes se trouvent dans une immense solitude, et ne parviennent pas à appeler qui que ce soit à l'aide, tout simplement par peur ou par timidité. Et ce cahier va leur permettre de se libérer, d'étaler les mots qui refusent de sortir, mais à l'écrit… Une fois la réflexion ou le vœu écrit, il suffit de souffler dessus et la feuille prend feu.

- C'est plus un cahier de l'espoir, non ? Demanda Anastasiya. La feuille prend feu, et l'appel à l'aide disparaît avec elle.

- Pas tout à fait… elle disparaît en un brasier pour ne pas laisser de trace. Mais apparemment, cela fonctionne vraiment. Même si le vœu ne se réalise pas, cela permet au moins à la personne qui l'a écrit de se sentir mieux…

- M'ouais, trancha Anastasiya. Victoire s'en servira juste pour souhaiter des Optimal en Potions. »

Lexy regarda Victoire, et elle lui offrit un sourire triste que la blonde fût seule à apercevoir. Comment devait-elle prendre cette réaction ? Et lui avait-elle offert ce cahier par pur hasard, ou pour une raison qui venait appuyer ce sourire qui ressemblait plus à une grimace ? Une boule naquit au creux de son ventre, alors qu'elle se rendait compte que finalement, ses amies n'étaient peut-être pas aussi dupes qu'elles en avaient l'air concernant sa vie, et pourquoi pas de ses mensonges… Elle devait se méfier. Et ne plus rien laisser passer.

C'est en sursaut et le cœur battant à tout rompre que Victoire se réveilla, ne parvenant pas à calmer sa respiration qui se faisait courte et saccadée. Encore ce cauchemar. Le même que celui qu'elle avait décrit à Anastasiya dans sa lettre à la fin des vacances. Qu'est ce qui n'allait pas, dans sa tête, pour rêver une nouvelle fois d'une chose aussi abominable ? Ruby avait raison, elle avait décidément une imagination débordante. Elle dirait même, effrayante. Elle se leva du lit dans lequel elle s'était relevée en position assise, et prit garde à ne pas faire trop de bruit lorsque ses pieds foulèrent le plancher de la chambre. Elle passa son peignoir de soie couleur émeraude, se chaussa d'une paire de souliers noirs qu'elle ne prit pas la peine de lacer. Elle sortit sans bruit de la chambre puis de la salle commune. Il faisait nuit noire, et sa montre affichait minuit et demi. Elle n'avait dormi qu'une heure, et cela avait été suffisant pour lui montrer d'horribles images qu'elle aurait aimé oublier en l'espace d'une seconde. Serrant son nouveau cahier – ou plutôt, livre à souhaits – contre sa poitrine, elle se mit en route vers la tour d'astronomie, qui était son refuge favoris lorsqu'elle avait besoin de réfléchir, ou au contraire de se vider l'esprit. Ou tout simplement besoin de se retrouver seule.

Elle monta les marches d'escalier une à une de son éternelle tiédeur, et, une fois au sommet, elle s'approcha du rebord et s'y accouda, laissant ses yeux bleus se perdre dans l'encre de la nuit. Les étoiles, bien que peu nombreuses cette nuit-là, illuminaient ce sombre tableau nocturne, et elle se perdit comme à son habitude dans ses songes. Songes qui se transformèrent rapidement en cauchemar lorsqu'elle repensa au rêve de sa mort, et à la terrifiante marque verte dans le ciel qui la surplombait. Elle imaginait cette marque au-dessus d'elle à ce moment précis, ce qui la fit frissonner d'effroi et lâcher un gémissement faible qui se transforma rapidement en sanglot. Une première larme roula le long de sa joue, rapidement suivie par d'autres, que ses yeux ne parvenaient plus à refouler. Pleurer, pensa-t-elle, quel acte veule et dérisoire… Elle avait essayé d'être forte. Elle essayait toujours. Mais le poids qu'elle portait sur les épaules était devenu trop lourd pour elle. Ce poids que tous les enfants de sa condition connaissaient, bien qu'à diverses échelles. Certains s'y complaisaient, et suivaient cette vie toute tracée sans même réfléchir. D'autres, comme l'aîné Black, refoulaient cet avenir sordide et quittaient le sol noble pour vivre tels qu'ils l'entendaient. Victoire, elle, désirait faire honneur à sa famille. Elle désirait que sa famille fût fière d'elle, une fois, rien qu'une seule et unique fois, mais tout ceci devenait beaucoup trop difficile. La seule personne à qui elle pouvait parler de ce genre de soucis était Anastasiya. Sa meilleure amie. Son amie qui s'éloignait peu à peu, sans qu'elle ne sache expliquer la raison. Elle le sentait, depuis ces vacances d'été où seules quelques lettres avaient pu les maintenir en contact l'une avec l'autre. Quelque chose l'alertait, lui hurlait de faire attention à son amie, de s'accrocher à elle avant qu'il ne soit trop tard. Sans qu'elle ne puisse savoir pourquoi.

Pourquoi ? Là était une question intéressante sur un grand nombre de points. Pourquoi avait-elle l'impression de couler, au fil des années ? Elle avait cette sensation de se noyer dans cette mer houleuse qu'est la vie, de mourir à petit feu au plus profond d'elle-même. Lexy avait peut-être raison, dans le fond. Elle avait besoin d'aide. Seulement, elle n'était clairement pas capable de se confier à qui que ce soit. Elle était condamnée à vivre dans le silence, dans la perfidie du secret, avec un masque qui commençait à s'accrocher à sa peau, ne la laissant être que l'ombre d'elle-même dans cette jungle qu'était la société sorcière. Elle devait y retrouver sa place, et vite... Sauf que cela, elle seule en était capable.

D'un revers de la main, elle essuya ses dernières larmes, et, reniflant, elle caressa la couverture aux arabesques dorées de son livre à souhaits. N'hésitant plus, elle l'ouvrit avec délicatesse et l'odeur du parchemin parvint jusqu'à ses narines, qu'elle huma dans un sourire d'apaisement. Elle se saisit de la petite plume, dorée elle aussi, et traça lentement une première lettre de son écriture fine et liée. Ayant testé la qualité du papier et de l'encre qui s'écoulait magiquement de la plume, Victoire se mordit la lèvre, se concentrant, et entreprit d'écrire pour la première fois dans son cahier.

Une fois terminé, elle en arracha la page et contempla son œuvre, et, dans un élan d'espoir, elle s'apprêta à souffler dessus.

« Oh Vic, qu'est-ce que tu fais ici à une heure pareille ? »

Le roulement de « -r » significatif stoppa Victoire, qui se contenta d'observer la page qu'elle tenait dans la main.

« Je me doutais que je te trouverai ici, lorsque j'ai vu ton lit vide. Tu as de la chance que je sois ton amie. Sans quoi, je t'aurais collé quinze points en moins, Serpentard ou non. Allez, maintenant dépêche-toi de rentrer, le couvre-feu est dépassé depuis longtemps. »

C'est dans un soupire que Victoire se retourna vers Anatasiya qui l'attendait de pied ferme près de la porte. Alors que son amie faisait demi-tour et entreprenait la descente des escaliers, Victoire s'arrêta devant la porte, la feuille toujours dans la main. Elle la jeta dans la poubelle située à l'entrée, avant de suivre son amie dans les escaliers.

Dans la pénombre, la silhouette d'un jeune homme se détacha de l'obscurité et s'approcha à son tour de la porte, n'ayant perdu aucune miette du spectacle auquel il venait s'assister. Dégainant sa baguette magique, c'est d'un « accio » à peine prononcé qu'il récupéra le mystérieux papier que Victoire Duchesne venait de jeter devant ses yeux. Il le défroissa, et ce qu'il y lut le pétrifia de stupéfaction. Il le relut plusieurs fois, et, dans la même discrétion que celle dont il avait preuve jusqu'alors, il l'enfouit au fond de sa poche et se faufila dans l'ombre de la nuit.


A suivre...