Premier chapitre : Retour à New York
La veille vers 11h du matin.
Au commissariat du 12ème, l'agitation habituelle régnait: des bureaux surchargés de dossiers attendaient que quelqu'un daigne remplir la paperasse, des sonneries de téléphone résonnaient dans tous les coins et des policiers aux traits tirés, parlaient à toute vitesse et buvant des litres de café devant des tableaux blancs plus ou moins remplis de photos et d'annotations.
Le capitaine sortit de son bureau et interpella de loin un de ses lieutenants:
- Jones! Le juge Markway a rappelé au sujet de votre demande de mandat. Ne le faites pas attendre, il a sa partie de golf dans moins d'une heure!
- Mais c'est l'heure de la pause déjeuner! Protesta ledit Jones.
- Eh bien vous prendrez votre pause en revenant, rétorqua froidement le capitaine.
- Mais... répliqua le détective avant de s'arrêter devant le regard meurtrier de son capitaine. Bien Chef.
- Et lorsque vous aurez votre mandat, vous vous dépêcherez d'aller perquisitionner chez le suspect, inutile de vous rappeler qu'il ne doit pas avoir le temps de détruire des preuves, termina le capitaine en retournant dans son bureau.
- Aucun risque, il est loin de penser qu'on le suspecte.
- Ne le prenez pas pour un idiot, s'il est coupable, il cherchera à détruire les preuves de sa culpabilité, il n'y a donc pas de temps à perdre.
- Bien chef, marmonna Jones.
Jones soupira et se tourna vers le seul bureau des locaux, qui ne croulait pas sous les dossiers pour interpeler la personne qui se trouvait derrière.
- Hey Castle! Je vais chercher le mandat chez Markway, tu m'accompagnes?
- Non, merci, Jones, j'ai un rendez-vous, mais tu le salueras de ma part.
- Tu connais le juge Markway? S'étonna Jones en constatant que ce nouveau lieutenant avait décidément beaucoup de relations.
- Ça t'en bouche un coin, n'est-ce pas? Sourit Castle.
- Un peu. Si tu m'accompagnes, je te paie le déjeuner sur le chemin du retour.
- On fera ça une prochaine fois, car comme je viens de te le dire : j'ai rendez-vous pour déjeuner.
- Rendez-vous? Quelqu'un que je connais? Blêmit aussitôt Jones.
- Pas que je sache, s'amusa Castle. Tu t'en souviendrais, je pense.
- C'est sérieux?
- Très sérieux!
- Tu plaisantes?
- Pas du tout ! Allez, à plus tard Jones!
- C'est ça! … Oh ! Euh… Ne tarde pas de trop, ça serait bien que tu viennes perquisitionner avec moi!
- Pourquoi ?
- Bah… Tu vois des choses que moi je ne vois pas… Tu sais, ces trucs qui paraissent sans importance…
- Je serai de retour dans une heure, ça te va?
- Ouais... À dans une heure, alors.
Castle sourit, enfila sa veste et quitta le poste de police. Jones attrapa les clés de sa voiture en bougonnant et se dirigea à son tour vers l'ascenseur.
Manhattan, ses buildings, ses taxis jaunes, son agitation permanente. Il lui semblait que chacune de ces rues était liée à un souvenir. C'était sans doute vrai.
C'était donc avec nostalgie, qu'il y revenait et continuerait à y revenir encore et encore malgré tout. Avec le temps, il avait pensé que la douleur se serait atténuée, mais il n'y avait rien à faire, elle était toujours aussi vive. Il ne s'en remettrait jamais totalement, il le savait. Chaque retour était une épreuve pour lui et ça le serait toujours.
Il tourna la tête et jeta un œil au garçonnet, qui regardait un livre à ses côtés. S'il continuait à aller de l'avant, c'était pour lui uniquement.
- Qu'est-ce que tu fais? Demanda-t-il soudain, brisant le silence qui régnait dans l'habitacle.
- Bah ça se voit, non ? Je lis.
- Tu ne sais pas lire.
- Si je sais!
- Qu'est-ce que c'est encore que cette nouvelle invention? Tu es encore à l'école maternelle.
- J'ai compris comment faisait la maîtresse, maintenant je sais.
- Tu as...? … Ok, qu'est ce qui est écrit là?
- « Le prince combattait vaillamment les dragons. »
- ...
- Tu vois, je sais lire.
- Dis plutôt que tu connais ce livre par cœur.
- Pourquoi tu ne veux pas me croire?
- Le mois dernier, tu as appris par cœur les dialogues d'un film de Kungfu pour me faire croire que tu savais parler chinois, rappela l'adulte.
- Et le propriétaire du restaurant chinois a dit que j'avais bien parlé chinois!
- Tu lui as dit "Ne pense pas. Ressens. C'est comme un doigt qui pointe la Lune. Ne te concentre pas sur le doigt ou tu vas manquer cette beauté céleste."! Tu devais commander deux portions riz cantonnais et des aiguillettes de poulet braisées!
- Oui, mais je l'ai dit en chinois!
- ... Tu as raison, je te crois.
- Merci, dit le garçonnet en retournant à sa lecture. En plus, elle explique drôlement bien la maîtresse !
- Mais tu ne devrais pas lire en voiture. Tu vas avoir mal au cœur.
- Non, on est en ligne droite.
- Comment peux-tu réussir à lire en voiture? Moi ça me donne envie de vomir à chaque fois, même en ligne droite!
- C'est comme ça, c'est tout. Ah! C'est mon passage préféré!
- Ça fait combien de fois que tu lis ce bouquin?
- Beaucoup! Mais c'est de ta faute, aussi! Tu ne veux pas que je lise les Harry Potter.
- D'abord, je ne savais pas que tu savais lire. Et puis, c'est un peu compliqué pour un enfant de ton âge.
- Mais j'ai déjà cinq ans! Je ne suis plus un bébé, tu sais!
- Tu les liras, mais quand tu seras un peu plus âgé.
- Ça sera quand ça?
- Quand tu auras dix ans.
- Non sept!
- Je t'ai déjà expliqué que ça n'était pas une histoire pour les petits enfants, c'est trop compliqué.
- Dis plutôt qu'ils t'ont fichu la trouille quand tu les as lus.
- N'exagérons rien, mais il y a des passages un peu trop durs pour un petit garçon de sept ans.
- Huit ans alors?
- On verra à ce moment-là.
- Pfff… Tu me passes ton téléphone?
- Tu veux appeler qui?
- Personne, je veux juste mettre à jour ton agenda pour quand j'aurai huit ans. Comme ça tu n'oublieras pas ta promesse.
- Quand tu auras huit ans, j'aurais changé de téléphone depuis longtemps !
- C'est pour ça que j'enregistre ton agenda dans le cloud.
- Tu es sûr que tu es un gamin de cinq ans ?
- Et toi, tu es sûr que tu es un adulte de…
- Ne dis pas la suite si tu tiens à ton argent de poche !
- Je me tais, mais j'avance la date de l'agenda d'une année.
- Grrrrr. Tu es un requin en affaires, on croirait entendre ta mère.
- Ah! On est arrivé! S'écria le petit garçon alors que le taxi s'arrêtait.
Il rangea soigneusement son livre dans son sac à dos et ouvrit la portière.
- NE TE PRECIPITE PAS ! C'est dangereux !
- Tu crois qu'elle est déjà là ?
- Je ne pense pas, on a plus d'une demi-heure d'avance.
- Une demi-heure !? C'est super long ! Qu'est-ce qu'on va faire en attendant ?
- Boire un soda, suggéra l'adulte.
- Mouais… Et si tu m'offrais plutôt une BD dans le super magasin que tu connais ?
- Comicadia ?
- Ouais ! Allez, on y va ? Demanda l'enfant les yeux brillants d'excitation.
- … Pourquoi pas. Allez, viens c'est par là.
Après avoir dévalisé les rayons de chez Comicadia, ils revinrent sur leurs pas et s'installèrent à la terrasse du restaurant où ils avaient rendez-vous. La journée était magnifique, autant profiter du soleil.
- Alors, commença l'adulte en prenant la carte posée sur la table, de quoi as-tu envie ?
- De faire pipi.
- Je parlais des boissons !
- Je sais, mais moi je parle au nom de mon pantalon ! Je peux aller aux toilettes ?
- Oui, je t'accompagne.
- Je suis assez grand pour y aller tout seul ! Il ne faudrait pas qu'on rate notre rendez-vous !
- Elle nous attendra, ne t'en fais pas.
- Laisse-moi y aller tout seul, s'il te plait.
- Mais…
- S'te pléééééééééééé !
- … D'accord… soupira le père. Mais sois sage! Et ne quitte pas le bâtiment! Ne parle pas...
- ... Aux inconnus, je sais! Et oui, j'ai suffisamment de friandises dans mon sac à dos pour ne pas en accepter de la part de quelqu'un. Tu n'as pas à t'inquiéter.
- On est à New York ici, pas chez nous, alors il est normal que je m'inquiète. Alors va directement aux toilettes et reviens tout aussi directement !
- Bien reçu!
- Pas d'expédition dans la jungle des tables et des chaises du restaurant, ni de rencontre avec les autochtones de cette contrée bizarre ! Précisa l'adulte.
- Je serai sage, promis ! répondit l'enfant en éclatant de rire avant de se diriger vers l'entrée du restaurant en sautillant.
Après un court trajet en voiture, le lieutenant Castle, fraîchement promu arriva à son lieu de rendez-vous. Il était déjà installé à une table en terrasse, le regard perdu dans ses pensées. Castle s'approcha de lui et lu les titres des quelques livres neufs posés sur la table près de lui.
- Storm season? Ça fait pas un peu trop narcissique d'acheter ses propres bouquins?
