Chapitre 2: Toujours pas ensemble

Un vent froid fouetta Annabeth violement tandis que ses cheveux s'envolaient dans tous les sens, lui cachant la vue. La sensation au niveau de son ventre ne s'était toujours pas estompée mais au contraire, intensifiée. Il ne fallait pas être Einstein pour deviner qu'elle était en chute libre.

Et bien sûr, la fille d'Athéna battait des bras inutilement jusqu'au moment où elle rencontra enfin une surface dure. Pour tout vous dire, elle aurait encore préféré continuer à tomber que de rencontrer le sol...tout cela lui rappelait beaucoup trop son séjour au Tartare, et la peur la prit au cou. Ses yeux s'assombrir subitement.

Elle avait froid, elle avait mal, elle voulait que Percy soit là. Elle ne voulait pas revivre ça.

Une grimace s'installa sur les traits de son visage alors qu'elle se roulait par terre afin de contenir la douleur.

Il ne fallait pas qu'elle repense à cet endroit, il ne fallait surtout pas...sinon elle allait replonger. Annabeth prit sur elle et se contrôla tant bien que mal pour ne pas voir des images atroces défiler dans son esprit.

Elle ouvrit grand ses yeux assombris par la douleur et la peur, haletante, et se redressa légèrement pour voir ce qui l'entourait. Un instant, elle se permit de soupirer de soulagement. Elle n'était pas de retour dans le monde des Enfers.

Annabeth essaya de se relever mais en s'appuyant sur son bras gauche, une vague de douleur la submergea et elle se retint d'hurler tant elle avait mal.

Les larmes commencèrent à ruisseler le long de ses joues, cependant la fille d'Athéna ne rechigna pas. Ce n'était qu'une blessure de plus à encaisser. Elle s'aida alors de son bras intact pour se relever et tituba légèrement à cause de son ancienne fracture à la cheville, tandis qu'elle étouffa un juron.

Ses yeux gris calculateurs scannèrent l'endroit où elle se trouvait, mais Annabeth ne voyait pas à plus de trois mètres devant elle tellement le brouillard était opaque. Elle plissa les yeux pour mieux voir, ce qui n'y changea rien. Seulement alors, elle aperçu une forme allongée parterre qui ressemblait étrangement à un corps humain.

La fille d'Athéna s'avança clopin clopan vers cet inconnu et plus elle se rapprochait, plus elle se disait connaitre cette personne. Un faible mouvement au niveau de sa poitrine l'informait qu'elle était toujours en vie alors que le reste de son corps était aussi immobile qu'un mort.

Une fois arrivée vers la personne allongée, le souffle d'Annabeth se coupa durant une seconde. Piper ? Mais qu'est-ce qu'elle faisait là ?

Annabeth se laissa tomber à côté d'elle et la repoussa aussi délicatement qu'elle le pouvait sur le dos tandis que d'une voix déraillée, elle lui dit:

-Piper...Piper ? Est-ce que tu m'entends ? Si tu m'entends serre moi la main. Je t'en supplie ne m'abandonne pas toi non plus...

Un souffle rauque s'échappa de la bouche de son amie et la blonde se détendit un peu. Les yeux kaléidoscope de Piper se firent voir à travers ses battements de paupières et sa respiration se fit plus régulière. Devant ce miracle, Annabeth se jeta dans les bras de sa meilleure amie.

-Oh mes dieux, tu es vivante !

Légèrement bousculée par cette étreinte, la fille d'Aphrodite resta quelques instants interdite, trop abasourdie pour répondre quoi que ce soit. Finalement, elle passa une main dans le dos d'Annabeth et la serra aussi fort que son corps endolori le lui permit.

-Je suis là...ne t'inquiètes pas.

Au son de sa voix, Annabeth se calma, se demandant si Piper n'avait pas involontairement mis un peu de son enjôlement dans sa voix.

Les deux jeunes femmes s'écartèrent l'une de l'autre pour finalement se regarder droit dans les yeux. Entre elles, elles ne souciaient pas de laisser la peur briller dans leurs yeux même si la fille d'Athéna n'en montrait pas toute sa grandeur.

-Où sommes nous ? demanda Piper.

-Je n'en sais strictement rien, ici, on ne voit pas à plus de deux pas.

Annabeth souffla. Elle en avait assez de tous ces évènements étranges, elle voulait juste vivre une vie normale, comme une adolescente normale. Mais elle n'en fit rien et tendit la main à Piper afin qu'elle puisse se relever sans trop de difficulté.

Soudain, derrière elles, un cri étouffé se fit entendre. Les deux filles se retournèrent et virent une femme de la quarantaine bien en chair, un air outré sur le visage. Ses traits étaient rudes et fatigués tandis que ses cheveux étaient rassemblés en chignon serré qui la rendait encore plus sévère. La bonne femme s'avança vers elles et les prit par le bras d'un geste brusque.

-Non mais vous n'avez pas honte ! Imaginez un peu si quelqu'un d'autre que moi vous avez trouvez, vous auriez de sacrés problèmes ! Où va le monde ?!

Annabeth essaya tant bien que mal de se dégager de la poigne ferme de cette femme mais elle était en bien trop mauvais état pour se libérer tandis que son cerveau tentait de comprendre où voulait en venir celle qui était entrain de l'enlever. Mais de quoi elle parlait ?

Elle les emmena, Piper et elle, jusqu'à une maison qui avait l'air d'être à l'écart des autres.

Une fois le pas de la porte franchi, la bonne femme les relâcha aussi brusquement qu'elle les avait prises et claqua la porte. Estomaquées, les deux demi-déesses restèrent sans voix devant se spectacle. Leurs jambes tremblaient sous l'effort que marcher leur avait demandé. Elles eurent à peine le temps d'échanger un regard que leur hôte revint, deux robes longues des années 1900 à la main et, arrivée à leur niveau, elle les leur donna.

-Tenez, mettez moi ça.

Annabeth, quelque peu réveillée osa prendre la parole.

-Pour-Pourquoi ?

Le regard de la femme en face d'elle s'alluma.

-Penses-tu vraiment que ce soit une bonne idée de te promener dans un pantalon aussi court qu'une culotte, qui plus est réservé aux hommes, dans la rue ?

La fille d'Athéna baissa les yeux sur ses jambes, ainsi que Piper. A la dernière minute, elle ravala une phrase cinglante sur l'émancipation des femmes.

Piper demanda, perplexe, tout en faisant une natte avec ses cheveux acajous:

- Excusez-moi mais en quelle année sommes-nous ?

Leur hôte fronça légèrement les sourcils.

- En 1914 ma p'tiote.

Pour Annabeth, ce fut un véritable choc. Comment avaient-elles pu remonter le temps ? C'était tout sauf possible ! En son fort intérieur, Annabeth était entrain d'hurler, tandis que pendant ce temps, Piper semblait encaisser la nouvelle.

Bientôt, si tous ces évènements continuaient à déferler sur Annabeth, elle allait vraiment commencer à s'écrouler. A force d'accumuler les mauvaises choses, elle allait devenir folle à lier, et ça, elle ne le voulait pas. Un comble pour une fille d'Athéna que de perdre sa tête.

Avant de tomber sur elle-même, elle prit une chaise de bois quelque peu décomposée et s'assit. Autant sa tête arrivait à suivre plus ou moins ce qui se passait, autant son corps l'avait lâché depuis longtemps.

Elle soupira et mit sa tête entre ses mains. Mais comment allaient-elles retourner dans leur époque ?

- Excusez-moi mais où sommes-nous exactement ?

Une fois de plus, cela lui fit gagner un regard étrange de la part de la quinquagénaire.

-Tu as du te prendre un sacré coup sur la tête pour avoir oublié toutes ces choses ma pauvre fille. Nous sommes en Angleterre.

D'un même mouvement, Piper et Annabeth se pincèrent les lèvres jusqu'à ce qui n'en reste plus qu'une fine ligne.

Alors la fille d'Aphrodite fit son plus beau sourire et demanda trop gentiment pour être crédible:

- Pouvons-nous être seules pour nous changer, s'il vous plait ?

-Très bien, mais ne tardez pas trop...et puis...appelez moi Julia.

Les deux filles hochèrent la tête tandis que Julia sortait de la pièce. Une fois la porte fermée, Piper se tourna vers Annabeth, une détresse plus que flagrante peinte sur son visage.

-Annabeth ! Mais qu'est-ce qu'on va faire ? Comment est-ce qu'on va pouvoir retourner chez nous... Je ne sais même pas comment j'ai atterri ici.

Annabeth ne dit rien, passant sous silence l'explosion du bungalow d'Hécate. D'un geste nerveux, elle jouait avec une mèche de ses cheveux blonds et bouclés.

- On va tout d'abord chercher les autres...

-Les autres ?

Piper semblait au bord de la crise. Annabeth la comprenait. Elle se retrouvait presque seule, dans une époque qui n'était pas la leur, sans repères, sans avenir. Durant leur quête sur l'Argo II, au moins elle était entourée de tous ces amis mais là...

-Si tu es arrivées ici, c'est que d'autres on du venir avec nous.

Puis la voix d'Annabeth se fit de plus en plus éteinte:

-...je suis sûre que Percy est venu avec nous. Il était là quand ça s'est produit...

-Si c'est toi qui le dis, alors je te crois.

La confiance qu'avait Piper en elle lui redonna un peu de courage.

-Allez, enfilons ces horribles choses avant que Julia ne se doute de quelque chose.

-Ne sommes nous pas déjà entrain de comploter quelque chose, demanda Piper taquine pour essayer de détendre l'atmosphère.

Un sourire se dessina sur la bouche de la fille d'Athéna, tout espoir n'était pas perdu.

Elle agrippa alors ses mains aux pans de ses vêtements et se changea au plus vite. Au moins, avec ces espèces de sac à patates, on ne verrait pas son corps trop frêle. Le seul problème, c'est qu'Annabeth détestait les robes, elle se sentait beaucoup trop mal alaise dedans, trop réduite dans ses mouvements. Mais elle n'avait pas vraiment le choix, elle devait à tout prix être discrète durant son séjour en arrière afin de ne pas interférer dans le temps.

Sa seule conviction, c'était que Percy était là, lui aussi ; seul dans ce beau merdier. Lui et Annabeth s'étaient disputés de nombreuses fois ces derniers temps mais ce qui s'était passé durant le combat avait ébranlé la fille d'Athéna. L'aimait-il encore ? Elle n'en savait rien. Mais la voix de la raison lui disait que oui, il l'aimait toujours et encore, comme elle qui ne pouvait plus se voiler la face depuis longtemps, comprenant qu'elle n'était rien sans lui. Elle l'aimait comme une folle. Et d'une voix plus qu'assurée, elle dit...non, elle affirma:

-C'est parti, allons retrouver tous nos amis perdu.

Piper lui donna un sourire entendu et les deux amies sortirent de la pièce humide et délabrée, dépourvue de meubles hormis d'une table et de deux chaises.