Chapitre 2 : Mais quelle merde …
Groove 21. C'était là que s'étaient donnés rendez-vous tous les commandants. Le port de ce groove était sûr et bien entretenu. Pas de doute sur qui contrôlait la zone. Pendant que le navire s'amarrait à la jetée, un homme en costard hors de prix les attendait avec un sourire un peu surjoué. Emiliae fut la première à descendre du navire et à le voir par la même occasion. Soudainement, elle sauta par-dessus la balustrade et se précipita droit sur lui avec un sourire ravageur.
- Yves Saint Jacques ! Comme je suis heureuse de te revoir ! Tu m'as manqué mon vieux !
Soudain, elle esquiva deux balles tirées par des snipers avec des gestes fluides. Amusée, elle contemplait encore une fois, le visage outré de cet impitoyable homme d'affaire avec qui elle traitait depuis des années. Il essayait encore et toujours de la tuer, le pauvre. En vain. Mais on ne met pas fin à une équipe qui gagne ! Alors que le dénommé Yves rageait silencieusement, Emiliae l'enlaça par derrière tout en lui murmurant joyeusement :
- Encore raté ! Décidément mon pauvre, faudrait commencer à changer de disque. Tu deviens si prévisible ces temps-ci. (Elle lui fit une claque réconfortante dans le dos) Allez ... Ça va passer... Ce n'est qu'une petite déprime dans ta vie. Je suis certaine que tu retrouveras très vite l'inspiration.
- Tss ... Enfoirée ! Pourquoi ... Pourquoi est-ce que tu ne me tues pas ? Après toutes ces tentatives ratées ...
- Mais parce que je t'aime bien sûr ! répondit-elle spontanément. Cette passion que tu as pour moi, pour ma capture. Et cette détermination qui te fait échouer à chaque fois ... Ta vie est d'un comique. Et ce qui est surprenant, c'est qu'en dix ans, tu n'as pas changé d'un poil. Tu restes d'une faiblesse affligeante. Termina-t-elle froidement.
Il tomba à terre, vaincu alors que les autres membres de la Commedia riaient grassement dans son dos.
- Mais bon ... Parfois, ça me rassure. Avoua-t-elle alors.
- Hein ?
- Ben oui voyons ! Réfléchis ... Peu importe le changement que le monde provoque, il y aura toujours des choses qui ne changeront jamais. Ha ha ha !
Yves Saint Jacques était dévasté. Jamais il ne connut plus grande humiliation que celle-là.
- Franz, allons-y. On a suffisamment trainé. Ils doivent tous nous attendre maintenant. Fit-elle plus sérieusement.
- On ?! Mais tout ça c'est de ta faute si ...
- A la prochaine fois, l'ami ! Toi ... Tu peux tenter de me tuer quand tu veux ...
Elle se retourna vers Cassandre et fit :
- Je te confie le navire.
- Évidemment.
A terre et baignant dans ses larmes, il se jura qu'un jour il la tuerait pour de bon. Mais quand ?
…
La réunion la plus importante de l'année se passait dans un des bars du groove 13, le Bleu nuit. Il s'agissait du bar de prédilection de leur empereur et plaçait ce dernier sous sa protection, genre drapeau et compagnie... Du coup, il était vraiment archi facile de le repérer avec sa façade d'un bleu électrique, ses battants d'un blanc immaculé et le fait qu'il soit bien plus chic que le reste des bars moisis des environs.
Leur empereur aimait le luxe et avait des manières bien dépassées. En fait, tout le monde savait que son ère était finie, à part lui. Beaucoup ont essayé de le buter, mais personne n'avait réussi, c'est dire. De un, à cause de ses commandants tous plus puissants les uns que les autre, et de deux, parce qu'il avait mangé un fruit qui lui permettait entre autre d'annuler toute attaque d'un possesseur de fruit du démon : Le Reverse no mi.
Et cela faisait au moins dix ans qu'ils survivaient malgré tout dans ce bas monde. Lorsque Carl Snow, ex marine et médecin de renom était parvenu à devenir empereur, pas mal de pirates ont cru à une farce. Mais ils ont vite déchanté lorsqu'ils se retrouvèrent face à la crème de ses commandants. Tous des démons à leur manière... Des démons aux ordres d'un ange.
- Grouilles toi le cul Emiliae ! On est en retard !
- Je me suis cassé un talon ! Impossible de marcher plus vite voyons !
- T'as qu'à te casser l'autre, ça équilibrera.
- Mais t'es malade ou tu le fais exprès ? Ces godasses sont des Pedro Luis ! C'est une édition limitée qui vaut 100 mille béryls. C'est celle avec semelle et talon en granit marin intégré. De quoi faire la peau à tous ces idiots de loggia à la noix.
- Oui oui ... Ah ! Voilà le bar ! fit alors Franz qui se croyait sauvé. Enfin ! Nous y sommes !
- Dis ... T'es sur de ne pas en faire un peu trop ... ce n'est pas le saint Graal tout de même. Ce n'est qu'un foutu bar de pouilleux à la peinture écaillée ... Et encore je suis gentille.
Ils pénétrèrent dans l'édifice d'un pas décidé. Eux aussi, ils faisaient partis de ces monstres qui répondaient au nom de " commandants de Carl Snow ". Emiliae Soprano, la Diva, à la prime de 300 millions de béryls et Franz Paganini, le prince des violonistes dont la tête était mise à prix 220 millions de béryls. Ils avaient peut-être l'air idiot comme ça, mais nul doute que même le plus vaillant des marines aurait tendance à pisser dans son froc si jamais il se retrouvait face à l'un de ces deux guignols. Car c'était ce qu'ils étaient. Ils amusaient la galerie. Mais gare à ceux qui osaient les sous-estimer, c'est moi qui vous le dis.
Lorsqu'ils entrèrent, pas mal de monde se retourna. Ils semblaient être les derniers à arriver. Si Emiliae jubilait en son for intérieur, Franz se prit sa tête entre les mains, limite en piquant sa crise. Avec elle, il était toujours à cran. Ce monde ne semblait pas fait pour lui ...
- Allons, du calme Franz. Tu ne voudrais pas nous claquer entre les doigts tout de même ?
Le ton employé par cet homme le figea. Il se mit alors à respirer lentement pour éviter qu'une crise ne finisse un jour par le tuer. Emiliae fronça les sourcils. Comment osait-il donner des ordres à Franz ? Il était à elle et elle en faisait ce qu'elle voulait. Le dit fauteur de trouble s'avança vers Emiliae et tenta de lui baiser la main.
- Non mais pour qui tu te prends ?! Explosa-t-elle alors qu'elle allait lui donner un coup de pied bien sentit à l'entrejambe.
Ce dernier esquiva facilement, non sans oublier de lisser sa frange au passage.
- Roméo. Fit alors calmement leur empereur. Un jour, Emiliae finira vraiment par te tuer.
Cette remarque le fit rire aux éclats. Pour lui, c'était la chose la plus stupide de l'année... Qu'est-ce qu'une femme comme elle pourrait bien lui faire ? Silencieusement, cette dernière rageait. Son regard brulant criait au monde entier qu'un jour, elle finirait bien par avoir sa tête. Roméo D Carpe, dit le chevalier à la robe pourprée, dont la prime dépassait déjà les 400 millions. Pour le coup, le gouvernement mondial avait eu du flair. Ce mec était un vrai taré. A ce stade là, ce n'était plus un assassin, mais une bête. Un chien fou qu'il vaudrait mieux piquer avant qu'il ne morde son maitre. Mais c'était actuellement le membre le plus puissant de l'équipage. Même sans fruit du démon, il les étalait tous ... C'était dire.
- Roméo-dono, vous êtes inconvenant. Vous devriez ...
- Mais de quoi j'me mêle au juste, mister samouraï ? Je suis le plus fort ici. J'ai tous les droits. Et puis vu ce qu'il t'est arrivé à Waterseven tu ferrais mieux de te la fermer !
Il évita de justesse un coup porté en traitre par un joli bout de femme. Enfin, bout de femme ... C'était tout de même un gros morceau d'environ trois mètres de haut ...
- Comment oses-tu parler ainsi à mon Kimi d'amour ?! Déchet humain !
- Oh ... Et voilà qu'elle s'en mêle la folle géante ... Fit alors le beau Roméo. Restes à ta place veux-tu, t'es pas mon genre.
- Et tu crois que j'en ai quoi que ce soit à foutre? Seul Kimimaro m'importe, le reste de l'humanité peut bien crever ! Et toi le premier !
Le samourai en question était nul autre que Fujimura Kimimaro , le rejeton de l'actuel Seigneur de Wano, un colosse délicat mordu de politesse en tout genre. C'était un demi géant assez silencieux sur lequel aurait jeté son dévolu la belle Kanzaki au sable d'or.
- Pourrions-nous abréger cette réunion pour la moins stérile ? Pénétrer en ce lieu impie ne semble pas plaire à Shambala.
- Tss ... Toi et tes Dieux païens ... N'importe quel abruti saurait que le seul et unique dieu en ce monde, c'est la science. S'exclama Kanzaki tandis qu'elle esquivait vaillamment un coup porté par Roméo.
- Kanzaki Maoi ... Il me semble que nous ayons déjà débattu de ce sujet pour le moins épineux. Cessez donc de proclamer ces dires d' hérétiques et retournez dans la lumière de notre glorieux Shambala !
Shambala par ci, Shambala par là ... Et l'empereur qui ne bougeait pas. Emiliae s'impatientait. Tous des crétins finis ma parole ! Et dire qu'après dix ans ils en étaient encore à se disputer vainement pour des broutilles. Pas étonnant qu'Emiliae rechignait à venir à cette réunion. Entre ce cinglé de Roméo, cet illuminé de Mo qui se disait être la huitième réincarnation d'un hypothétique Dieu répondant au nom de Shambala et cette exaspérante Kanzaki qui ne rêvait que de son Kimimaro ... Bonjour l'ambiance !
Mais en parlant d'ambiance ... Il en manquait deux. Oui, il manquait encore deux commandants. Et les plus jeunes du groupe. Où étaient-elles passées ?
- Au fait, où sont Choii et Paule ? Demanda alors Emiliae en balayant la pièce du regard, en espérant les trouver.
Elle sut immédiatement que quelque chose clochait. Ça ne faisait pas un pli. Tous avaient arrêtés de se chamailler. Un silence particulièrement oppressant se faufila parmi eux et ça ne présageait rien de bon. Kimimaro regardait dans le vide avec une expression fermée. Elle se repassa mentalement les paroles de Roméo. Après ce qui est arrivé à Waterseven…
- Qu'est ce qui s'est passé à Waterseven ?
Encore une fois, personne ne répondit. Exaspérée, elle fonça sur Kimimaro et le força à la regarder droit dans les yeux sans ménagement.
- Si tu ne me réponds pas tout de suite, je te jure que tu vas morfler. Susurra-t-elle d'une voix glaciale.
- Je… Je … !
Ce fut l'empereur qui répondit :
- Paule a été emmenée à Impel Down. Ils n'ont rien pu faire.
Emiliae poussa un tel cri de rage que les passants à l'extérieur se retournèrent surpris. Mais à l'intérieur, la surprise était telle qu'ils furent tous figés lorsqu'Emiliae commença à tabasser Kimimaro et que ce dernier ne faisait rien pour se défendre.
- Emiliae arrêtes ! Tu vois bien qu'il est déjà complètement anéanti …
- Je m'en moque ! hurla-t-elle alors en se débattant. Même sa mort ne comblerait pas ce que j'ai perdu ! La mort serait bien trop douce pour lui ! Il doit souffrir !
C'est alors que ce dernier tomba à terre et se mit à chouiner comme un gros bébé. Sa voix était brisée et ses larmes se mélangeaient avec sa morve sur son visage déformé par les pleurs.
- Elle … Elle avait promis qu'après tout ça on ferait la fête autour d'un bon saké bien chaud. Elle l'avait promis ! Ouinnnnnnnn !
- Fermes là, espèce de dégoutant ! hurla elle en lui donnant un coup de pied.
- Emiliae ! fit alors Franz outré.
- Oh non, ne t'y mets pas ! On en a bavé à Alabasta pour sauver ma nièce Pédrille. Ça a été un bain de sang mais on y a survécu. Et maintenant ça ?! NON ! J'en ai ma claque !
Elle le souleva du sol et exigea de savoir où était Choii.
- Elle … Elle n'est plus commandante … Snif …Snif
- QUOI ?!
- Carl Snow l'a rétrogradé. Elle se terre dans un des bars du groove 23, mais j'ai aucune idée duquel …
- Tss ! Viens Franz, on s'en va !
- Quoi ? Mais et la réunion ?
- M'en fous ! Si c'est comme ça je vais la retrouver toute seule. Tu n'as qu'à rester. Mais s'il lui arrive des bricoles sérieuses, faudra t'en prendre qu'à toi-même !
...
Pendant ce temps , à la base de la marine .
- Vice-amiral Garp ! Ça y est, nous avons la liste de tous les commandants de Carl Snow !
Fatigué, il prit cette dernière de même que les renseignements qui leur étaient mis à disposition. A un certain moment, il haussa les sourcils de stupeur avant de dire :
- Carl Snow n'est peut-être pas un empereur très respecté, mais en tout cas... il sait s'entourer. Je n'en reviens pas !
à suivre...
