Disclaimer: "Les Mémoires de Vanitas" appartient à Mochizuki Jun

Genre: Vampire/Humain Relationship, Friendship, Romance

Personnages de l'OS: Noé, Vanitas. Mentions de la Famille De Sade (Louis, Dominique et leur Grand-père)

Paring: Vanoé?

Rating: Pour tous


Pluie


Noé déteste la pluie. Surtout quand elle est froide et battante, fouettant la peau et le sol, arrachant les feuilles et noyant la nature.

Il ne la supporte pas. Il la tolère mais préfère rester abriter. Il aurait aimé oublier cette crainte parfois, cette douleur ancrée dans son cœur, son âme et sa mémoire. Il n'aime pas la pluie.

Surtout pendant la nuit. Quand elle est plus froide, quand on ne voit rien et qu'elle fouette encore plus les visage, qu'elle est accompagnée d'un tonnerre bruyant et d'éclair aveuglant.

Il n'aime pas la pluie, comme si elle renforçait sa solitude, comme si elle se moquait de cette solitude, accompagnant chaque moment tragique de sa vie.

Comme une malédiction.


Quand il était jeune, il profitait que Dominique ait peur de l'orage et se réfugie auprès de Louis pour faire de même, afin de rejoindre sa source de réconfort, la personne qu'il aimait tant.

Qu'il n'osait pas déranger à certains moments, le voyant de plus en plus souvent afficher un regard froid et sombre, comme si il était atteint d'une douloureuse blessure.

Même si, quand l'adolescente n'était pas là, il s'y rendait également, bien plus timidement cependant. Il lui arrivait de rester longtemps devant la porte de son ami, jusqu'à ce que celui-ci sente sa présence ou, par habitude, ouvre la porte pour le faire entrer.

Le brun avait généralement un sourire à la fois doux et moqueur et sa main était chaude et rassurante, ses yeux brillaient d'affection, comme quelque chose qui n'existait qu'entre eux deux. Ce sourire réchauffait le cœur du petit archiviste, illuminant ses nuits douloureuses et chassant sa tristesse inexplicable d'un passé oublié.

Et puis Louis était mort.

Brutalement. Violemment. Presque dans ses bras. Personne n'avait pu le sauver. Il avait été tué par son propre grand-père. Noé se souvenait de l'odeur du sang. Un sang qu'il avait déjà goûté. Plusieurs fois. Mais qui l'avait cette fois éclaboussé, des vêtements au cheveux. Il se rappelait de la boule dans sa gorge, des larmes qui brûlaient ses yeux sans couler, de ce sanglot qui ne voulait pas sortir, des tremblements le parcourant des pieds à la tête, le goût âcre persistant sur sa langue.

Il se rappelait du vide dans son cœur.

Il se rappelait de la douleur brûlante dans son cou.

Puis l'humidité sur ses joues, les gouttes partant de ses yeux creusant des sillons dans le sang collant à son visage.

Il se souvenait de sa voix brisée. De ses paroles dites dans un sanglot. Et de l"ombre de son maître au dessus de lui. Des pleurs de Dominique derrière lui. Et dans son esprit tournait les mêmes mots, comme des coups de pieux dans son cœur.

Louis est mort.

Louis est mort.

Louis est mort et je n'ai rien pu faire.

Louis est mort et je n'ai même pas pu exaucer son souhait.

Pardon Pardon Pardon.

Je suis désolé Louis, je suis...

Quelque chose en lui s'était brisé dans cette chapelle détruite, alors que les nuages obscurcissaient le ciel et la lune. Et que des gouttes commençaient à s'écraser sur la sol, sur la pierre et dans la mare de sang.

Pourquoi suis-je en vie quand il est mort?


Aujourd'hui Noé hait encore plus la pluie. Surtout la nuit, dans l'obscurité. Surtout quand il fait froid. Elle semble représenter tout ce qu'il déteste: une peur enfouie, des souvenirs douloureux d'un bonheur qui n'est plus (qu'il a perdu trois fois).

La première fois sa véritable famille, celle qui avait disparue et dont il ne se rappelait plus. Quand il cherchait dans sa mémoire, il ne voyait rien que le noir, n'entendait rien que le silence.

Comme si quelque chose avait été effacé.

Il ne savait pas comment il s'était retrouvé seul dans le monde des humains, loin des siens, abandonné dans le froid.

La solitude sous la pluie glaciale. Deux personnes qui penchaient sur lui. Et puis de l'amour, de la tendresse et du bonheur. Cela n'avait pas duré. Et puis la disparition des deux vieux humains qui avaient pris soin de lui, comme des grands-parents.

La douleur, l'incompréhension.

La peur quand les vampires s'étaient emparé de lui.

L'avidité dans leur yeux quand le mot "archiviste" avait été prononcé.

Ces nuits de solitude quand il était trimbalé ici et là, attendant d'être vendu. Les regards avides sur lui. Les doigts pointés sur lui. Les cris. Et puis son professeur qui se mettait à sa hauteur, qui le ramenait chez lui, qui le faisait rencontrer ses petits-enfants.

Des années de bonheur. Un bonheur qu'il aurait voulu être éternel.

Et puis la mort de Louis. Sa vie qui s'était craquelée, brisée. Il était seul, abandonné. Et son cœur était vide. La perte de Louis avait été brutale, violente, rapide. Il n'avait même pas eu le temps de réagir, de réaliser que...

Que...

Il avait commencé à pleuvoir quand ils étaient revenus au château, Dominique, son grand-père et lui. Comme si la pluie était associé à sa souffrance et à tous ces drames.

Comme si elle lavait le sang derrière lui, comme si elle se moquait de lui.

Et il la détestait.


Il ne sait plus pourquoi la pluie provoque chez lui une telle angoisse, un nœud dans son ventre, une telle sensation de vide dans son cœur. Des images terriblement flous ou terriblement réalistes hantaient sa mémoire. Sans la vie avec Louis et Dominique, il aurait été beaucoup plus angoissé comme personne.

Beaucoup plus triste et solitaire.

Il n'en sait rien et la raison s'est perdu dans les méandres de sa mémoire floue, un passé trop lointain pour que l'avoir gardé, ou alors trop traumatisant et refoulé.

Est-ce un événement horrible? Trop atroce pour sa mémoire d'enfant?

Avait-il reçu un coup à la tête et avait-il été abandonné par quelqu'un? Oui mais par qui?

Il avait cherché dans ses souvenirs, avant le couple de ses «grand-parents». Il n'arrivait pas à se rappeler d'une maison, ou de visages...il avait oublié ses parents, sa famille, son clan.

Sa mémoire était vide quand il avait été trouvé sous la pluie par le vieux couple. Il se rappelait de ses vêtements trempés, gorgés d'eau. De ses cheveux blancs dégoulinant sur sa peau sombre, mêlés aux larmes qui ne voulaient par s'arrêter. Il se rappelait qu'il grelottait. Il se rappelait de la chaleur de la main du vieil homme et de l'odeur du manteau dans lequel il avait été emmitouflé.

Avant? Rien.

Et la pluie avait été associée, depuis, à tous les drames qui avait marqué son existence. Il en avait peur quand il était un enfant. Devenu adulte, il la hait. C'est pour ça qu'il ne dort pas ce soir, assis sur la rambarde de la fenêtre, regardant l'eau tomber. Réveillé de ses mauvais songes et mélancolique, il n'arrive pas à se rendormir.

Louis mort.

Les tombes du vieux couple.

Le froid de l'eau qui trempait ses vêtements quand que il errait sur ses petites jambes, tout seul.

«Tu ne dors pas?» fit une voix derrière lui, curieuse, presque compatissante.

Il se retourne vers Vanitas, qui referme son livre. Les yeux bleus de l'humain le fixe, avec une étrange douceur.

«Non.» il s'humecte les lèvres «La pluie me rappelle de mauvais souvenirs, je dors mal dans ce cas...»