Chapitre 1
6 mois plus tard….
-OK, on reprend les gars.
Bill soupira profondément. Cela faisait environ dix fois qu'ils la reprenaient. Il fallait que le stupide gars qui s'occupe du petit concert l'oblige à souffrir encore.
-Bill, qu'est-ce qui se passe? lui demanda Gustav.
-Tu es certain que tu veux la faire ce soir? continua Georg.
-C'est sûr qu'il veut la faire. C'est la chanson de son amoureuse inconnue.
Bill lança un regard mécontent à Tom.
-Ça va aller. C'est simplement que c'est la première fois qu'on va la jouer en public. Ça me fait peur un peu. Je sais bien que tout le monde l'apprécie, mais elle me fait mal à chaque fois que je la chante. J'ai juste peur de bloquer sur scène.
-On comprend, mais tu vas voir. C'est souvent dans les chansons qui nous touchent le plus que l'on performe le mieux. Tu vas pouvoir montrer à tout le monde ce qu'elle te fait. On ne le sait jamais… elle va peut-être être là, non?
Gustav lui lança un sourire encourageant et Bill y répondit avec joie.
-Très bien, alors reprenons.
-… salade, fromage, sauce… Bon, je crois qu'on a tout.
-Ouais, on a assez de choses pour la super fête de ce soir.
-Je n'en reviens pas. Même si c'est pour l'anniversaire de Karine, on dirait que je ne peux pas croire qu'on va avoir Tokio Hotel dans une salle juste pour nous. C'est vraiment cool!
Myriam se mit à sauter dans le rayon des produits congelés. Sophie se mit à rire.
-J'avoue qu'ils font de la bonne musique. J'ai bien hâte de voir ça ce soir.
-Heureusement, il n'y aura pas de groupie extrémiste, on ne va être qu'avec des personnes qu'on connaît. On va pouvoir les entendre comme il faut et les voir comme il faut… et leur parler, oh mon Dieu!
-Myriam, tu commences à me faire penser à ces groupies, arrêtes immédiatement!
-Oups, merci de m'avoir avertie!
-Ça me fait plaisir.
Elles se remirent à rire et si dirigèrent vers la caisse pour payer. Depuis six mois, Sophie était venue s'installer en France avec son amie Karine. Elles avaient alors rencontrés Myriam dans un autobus. Celle-ci était assise sur un banc, à l'arrière, et portait un t-shirt à l'effigie de Tokio Hotel, ce fameux groupe allemand dont Karine lui cassait les oreilles. Heureusement pour elle, Sophie devait avouer qu'elle adorait la musique et, en particuliers, la voix du chanteur qui venait la chercher au plus profond d'elle. Elle se retenait toutefois de le dire aux filles. Elle préférait garder ce sentiment à l'intérieur d'elle. Toujours est-il que depuis cette rencontre dans l'autobus, elles ne s'étaient plus lâchées d'une semelle.
-Ça fait 50,98$, dit la caissière.
Les yeux de Sophie s'arrondirent devant la facture… bon, ça allait peut-être coûter assez cher, mais ça en valait la peine, juste pour faire plaisir à Karine.
-Très bien, tout est prêt?
-Oui, il ne reste qu'à attendre Karine.
Le local était assez grand. Il devait y avoir au moins cinquante personnes. Elle n'avait pas encore vu le groupe qui se trouvait dans une pièce tout près. Ils devaient rester là pour lui faire une surprise. Oui, ils avaient accepté de faire un petit spectacle intime. Bien sûr, ça lui a coûté très cher, mais heureusement, elle avait de bons amis et un bon travail pour l'aider. Elle devait admettre, par contre, qu'elle s'était carrément mit dans la dette pour ce grand soir, mais encore une fois, ça en valait la peine.
-Oh, la voilà! Attention tout le monde, préparez-vous!
Karine entra dans le local, excitée par ce que sa mère voulait lui montrer et ne fut pas surprise lorsqu'elle vit cinquante personnes se lever en même temps en criant :
« -SURPRISE!!
-Oh, mon Dieu! Je ne m'y en attendais pas du tout.
-Même pas un peu? lui demanda Sophie en se rapprochant d'un air moqueur.
-Enfin, oui… beaucoup. J'ai vu tes invitations l'autre jour.
Sophie ouvrit une nouvelle fois de grands yeux avant d'éclater de rire.
-C'est pas grave. L'important, c'est que tu sois là… et que je n'aie pas gâché ta deuxième surprise.
-Ma deuxième surprise?
-Oui, viens! s'écria Myriam en lui prenant la main et en l'emmenant au centre de la pièce.
Sophie les laissa aller, ne voulant pas trop s'approcher de la foule. Ça avait beau être ses amis, elle n'appréciait pas vraiment ce genre de fête. Depuis ce qui lui était arrivé, il y a six mois, elle préférait éviter tout ce qui a trait aux garçons et à la fête ensemble. À l'autre bout de la pièce, on entendit un gros hurlement. Karine venait de voir son groupe préféré devant elle. Ce cri la fit sourire. Elle était très heureuse que son cadeau lui plaise.
Pendant ces six mois de rétablissement, Karine l'avait aidé, l'avait supporté et Sophie lui devait bien ça. Elle ne se rappelait pas grand-chose de ce malheureux incident. Elle se souvenait d'Anthony qui marchait avec elle, d'Anthony qui la poussait contre un arbre, d'Anthony la touchant, d'Anthony la menaçant de son couteau si elle bougeait une fois de plus, de quelqu'un venu de nulle part qui frappait Anthony puis après, deux yeux bruns scrutant les siens puis, plus rien… Elle aurait bien voulu savoir qui était la personne qui l'avait sauvé, mais personne ne connaissait son nom. Seul le médecin lui avait fait une petite description. Ses parents auraient bien voulu qu'elle porte plainte contre lui, mais elle n'a jamais voulu. La peur étant trop grande, elle préféra changer de pays. Ah, elle devait arrêter de penser à ça. C'était la fête à Karine, après tout. Elle ne devait pas tout gâcher.
-Sophie! Sophie, t'es un amour!
Karine arriva en courant et lui sauta dans les bras. La brunette sourit en la serrant à son tour et Myriam suivit le mouvement. Elles étaient les trois filles les plus heureuses du monde.
-Sophie, viens avec moi.
-Non, pas en avant. Tu sais que je n'aime pas trop m'approcher de la foule.
-Mais je vais être avec toi… on va être avec toi, Myriam et moi. Tu dois rester avec moi pendant la soirée. Tu dois les voir!!
Sophie soupira une nouvelle fois et la laissa la tirer en avant.
Ils en étaient à leur deuxième chanson. Tous ces gens dansaient devant eux, au son de leur musique. C'étaient un sentiment de pur bonheur. Malheureusement, le temps était venu de chanter cette maudite chanson. La chanson numéro un dans les tops français, allemand, canadien, états-uniens, chinois, nommez-le tous… mais personne ne pouvait comprendre comment elle pouvait lui faire mal.
Les premières notes débutèrent, déclenchant des cris de joie de la part des personnes dans la salle. Chaque note lui rappelait qu'il se rapprochait de plus en plus des premières paroles. Chaque note le rendait de plus en plus nerveux. Enfin, la note annonçant le début des paroles arriva et il entama sa chanson, la gorge serrée, le cœur brisé, les mains tremblantes.
Encore cette chaleur à l'intérieur d'elle. Encore cette voix qui vibrait à l'intérieur d'elle. Cette même voix qui la transportait loin de ses soucis, mais qui la rendait aussi proche d'eux. Ces sentiments contradictoires qu'elle avait à chaque fois qu'elle l'entendait… Pourtant, elle sentait quelque chose de spécial, ce soir. Une sorte de détresse dans sa voix. La même détresse qui vient la chercher, parfois, sans même qu'elle sache pourquoi. Une soudaine envie de pleurer l'envahit. Pourquoi sa voix la touchait-elle autant? Elle détailla le chanteur. Il était grand, très mince, ses cheveux étaient coiffés de façon à défier complètement les lois de la gravité, il avait des yeux noirs à cause de son maquillage et il portait quelques bijoux.
En le regardant, elle eut l'impression de l'avoir déjà vu quelque part, mais elle ne se souvenait pas du tout où. Cette même envie de pleurer l'envahissant toujours, elle continua de l'admirer. Il n'était pas du tout son genre, mais il avait un je-ne-sais-quoi qui le rendait attirant. Sophie ne savait pas si c'était son physique, ses mains, ses manies sur scènes ou sa façon d'entrer autant dans ses chansons qui l'attiraient. En le voyant comme ça, chantant de sa voix douce, rauque (on aurait dit qu'il avait la gorge nouée d'émotion), ses yeux fermés alors qu'il tenait entre ses longs doigts le micro, elle ne pouvait qu'oublier tout ce qui se trouvait autour d'elle.
En même temps qu'il disait ces paroles, son regard croisa le sien. Tout s'expliqua, alors dans sa tête. La même silhouette, la même voix… il y eut un flash dans sa tête. Un genre de souvenir qui lui revint lorsqu'elle vit la couleur des yeux du chanteur. La même pair de yeux bruns que dans son souvenir. Il sembla, lui aussi, figé sur place mais ne laissa rien paraître. Il ne fit que terminer les dernières paroles en la regardant, alors que la musique s'arrêtait.
Tout le monde, dans la salle, sembla remarquer que quelque chose s'était passé. Anthony la plaquant contre un arbre, Anthony lui tenant les poignets, Anthony glissant sa main sous sa camisole, une silhouette frappant Anthony, une pair de yeux bruns, un cellulaire qui se retrouve projeté à l'autre bout, encore une pair de yeux bruns, sa tête frappant l'arbre derrière elle, la même pair de yeux bruns, une voix rauque qui lui demande si elle va bien, une dernière fois la pair de yeux bruns… Les larmes qui la submergeaient choisirent ce moment pour couler. Elle partit à courir, ne regardant pas où ses pas la menait. Arrivée au pied d'un grand arbre, dans la cours, elle souffla un coup.
-Je savais que je te trouverais ici.
Elle voulu crier, mais il l'en empêcha en mettant sa main devant sa bouche. Il la tira alors à l'arrière d'une petite cabane où il lâcha enfin sa bouche.
-An… Anthony!
Sophie tremblait de tous ses membres. Comment avait-il pu la retrouver? Peu importe pour l'instant. Si elle décidait de s'enfuir, il la retiendrait par le bras, si elle choisissait, plutôt, de crier, il la menacerait peut-être une nouvelle fois de son couteau, comme la dernière fois. Elle devait donc attendre, espérant une nouvelle fois que quelqu'un viendrait la secourir.
-Tu te souviens de moi?
Aucune réponse.
-Oh, on joue l'indifférente! Voyons voir… si je fais ça, vas-tu t'en souvenir?
Il glissa une main sous son t-shirt. Sophie ferma les yeux en tremblant.
-Tu sembles t'en souvenir. Maintenant, tu vas m'écouter. Demain soir, toi et moi, on se retrouve ici, à 10h00 du soir. Tu ferais mieux d'être là, parce que la situation commence sérieusement à m'agacer. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour rien. Tu as comprit?
Elle hocha positivement de la tête, le regard terrifié. Ils entendirent alors un bruit venant de la porte de la salle louer.
-Très bien, heureux qu'on ait trouvé un point d'entente. À demain, alors, ma grosse salope (désolée du langage, ça me tentait ). Je t'interdis de dire ce qui vient de se passer à quiconque, sinon…
Il glissa son couteau le long de sa gorge, la coupant un peu, avant de quitter par derrière, ne voulant pas se faire repérer. Sophie se laissa glisser le long du mur, en sanglots, les mains en sang.
Bill regarda la porte par laquelle Sophie avait quittée. Il n'avait pas rêvé. C'était bien elle, la fille à qui il a sauvé la vie. Ce souvenir le submergea et une larme coula le long de sa joue. Il l'avait enfin retrouvé, bien qu'il sache qu'elle devait être ravagée par ce moment qu'elle avait préféré fuir.
Pourtant, en regardant la porte, il savait qu'il ne voulait pas partir sans lui parler au moins une fois. Il quitta la petite scène pour se diriger vers le jardin, prêt à l'aborder. Il ne s'était pourtant pas préparer à la retrouver comme ça. Elle était recroquevillée sur elle-même, les épaules secouées de sanglots et les mains en sang.
-Oh, merde!!
-Désolé de se contretemps, nous espérons que vous avez aimé et on vous revient dès que le petit problème sera réglé.
Georg et Gustav descendirent de la scène à leur tour. Ils allèrent parler à leur manager le temps que Bill ne revienne. Pendant ce temps, Tom regardait la porte par laquelle les deux jeunes personnes avaient passé, quelques minutes auparavant. Ne regardant pas ce qu'il faisait, il fini par se frapper contre quelqu'un.
-Aïe!
-Oh, pardon!
Tom et Karine se retournèrent et se mirent à rire en même temps.
-J'espère que je ne t'ai pas fait mal.
-Je risque d'avoir le pied enflé, mais à part ça, tout va bien.
-Je le masserai, s'il le faut!
Les yeux dans les yeux, ils rirent encore, bien que Karine sembla un peu intimidée. Elle était quand même devant Tom Kaulitz. Elle se rappela tout de même que son amie était sortit dans la cours. Elle aimait bien être aux côtés de son idole, mais la réaction de son amie l'inquiétait. Pourquoi était-elle partit aussi rapidement?
-Je me demande qu'est-ce qu'elle a. Je sais bien qu'elle n'aime plus les fêtes depuis ce qui est arrivé l'autre fois, mais que s'est-il passé pour qu'elle s'enfuie d'un coup?
-Que lui est-il arrivé l'autre jour?
-Disons qu'il y a qu'elle n'aime pas beaucoup en parler, mais tout ce que je peux dire, c'est qu'un garçon lui a fait mal et un autre l'a sauvé… elle n'a jamais su c'était qui.
-Attend un instant… c'était il y a six mois, non?
-Oui, je crois.
-Est-ce que ça s'est passé ici?
-… euh, non. En Allemagne… pourquoi?
Elle revit, alors, la réaction de Bill et les paroles de leur chanson lui revinrent en tête!
-Non! C'était Bill?
Tom hocha la tête positivement.
-Je ne peux pas croire. C'est pour ça qu'elle a réagit comme ça en l'entendant chanter! Tout s'ex…
-Oh, mon Dieu! SOPHIE!
Myriam couru vers la porte. C'est à ce moment que Karine remarqua ce qui se passait. Bill venait d'entrer en tenant Sophie par les épaules. Elle avait les mains et le visage en sang.
-SOPHIE! S'écria-t-elle en courant vers elle.
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