2. La Veine
Le lendemain matin, je me réveillai tôt pour aller chasser, profitant des vacances pour passer le plus de temps possible avec ma mère avant la rentrée l'année prochaine. J'allais passer la dernière année du Stade 1 de mon diplôme de docteur. La quatrième et dernière année consistait à faire ses études dans un autre district que celui dont nous étions originaires.
Au terme de cette année d'étude, nous passions un test dans notre domaine et obtenions un diplôme. À partir de là, nous pouvions devenir apprenti et continuer nos études ou bien trouver directement un travail. Mais la dernière option n'était pas envisageable pour moi. Il fallait que j'étudie encore au moins trois ans pour être complètement apte à exercer.
C'était une année pour laisser les jeunes étudiants voyager à travers les autres districts souvent méconnus, dans l'optique qu'ils y restent ensuite. Mais je ne voulais pas m'installer ailleurs que dans le Douze. J'y avais ma famille, ma forêt. De plus, le District Douze connaissait très peu de docteurs. Nous étions une petite classe de cinq à suivre le cursus de médecine dans tout le district à cause de sa sévérité et sa sélectivité. Le District lui-même comptait deux docteurs, un à l'ouest et un à l'est, pour une population d'à peu près mille habitants.
Ma mère ne me reparla pas d'hier et je ne lui posai pas de question sachant qu'elle viendrait m'en parler quand elle le jugerait nécessaire. Cela avait toujours marché comme ça entre nous.
Il commençait à faire réellement froid et la pluie d'hier s'était solidifiée pendant la nuit créant des plaques de verglas. Mais ma mère et moi étions toujours plus agiles que mon père et mon frère. Pendant que ma mère allait vendre la viande au boucher, je rentrai à la maison déposer mes affaires de chasse. Je n'aimais pas vraiment me balader en ville avec mon arc. Les gens me regardaient trop souvent. Puis je m'apprêtai pour ressortir pour aller au marché de la Veine pour faire du troque.
Grand-mère et tante Annie étaient sorties, sûrement en train de rendre visite à une connaissance mais Derek était resté à la maison et se trouvait un peu trop seul à son goût.
- Laisse-moi t'accompagner au moins, insista-t-il. Une jeune fille ne devrait pas sortir toute seule à cette heure-ci.
- Si ça te fait plaisir, soupirai-je.
Derek remonta rapidement se changer. Je mis patiemment mes bottes en attendant. Il avait eu un temps où j'avais vraiment un faible pour ce garçon. J'avais douze ans et lui vingt ans. Évidemment il était obligatoire que j'ai eu un faible pour Derek. Dans les livres d'Histoire, Finnick Odair était bien évidemment illustré comme héro de guerre. Son fils était son portrait craché excepté pour ses cheveux, Derek était brun comme sa mère.
- Prêt ! me dit Derek en me rejoignant emmitouflé dans des couches de pulls et une grosse échappe grise avec des moufles.
Je souris à l'image. C'était difficile de me rappeler que c'était un adulte de vingt-cinq ans et pas un adolescent.
- Te moque pas, reine de glace, dit-il quand nous sortîmes de la chaleur de la maison.
- Je pourrais être offensée ! fis-je en ayant l'air outrée.
Je mis mes gants et marchai accompagnée de Derek qui posait ses pieds avec précaution au sol pour avoir failli glisser plusieurs fois. Au final, il se décida de se tenir à mon bras libre. Il avait l'air de venir d'une autre planète à côté du marché de la Veine, avec son visage bronzé, ses vêtements excessivement chauds et son nez rouge.
- Et ce n'est que le début de l'hiver, lui dit Helga, la femme qui tenait un stand d'ampoules de toutes sortes. C'est bien pire encore en janvier et en février.
Derek murmura quelque chose comme "fichu District Douze". Je riais et tapotais amicalement le bras de Derek qui ne me quittait pas parce que je le gardais au chaud. Helga rit aussi de son rire gras et fort.
- Faudra t'y faire joli garçon.
Je continuai à suivre ma liste. Derek s'ennuyait et décida de faire un tour tout seul, même si cela impliquait la possibilité de glisser et de tomber, ainsi que celle de se les geler. Nous décidâmes de nous retrouver au bout d'une heure et demie à la place principale pour rejoindre mon père à la boutique.
J'étais en train de marchander un lapin contre une figurine d'un soldat en plomb que je me voyais bien offrir à Ollie pour son anniversaire en janvier. Il avait toujours été fasciné par l'histoire de la République de Panem et surtout celle d'avant, qui se trouvait dans de vieux livres dont l'encre de pauvre qualité laissait lire un mot sur deux.
Une fille que je n'avais jamais vue attira mon regard. Elle était à ce même stand en train de regarder à des boîtes à bijoux. Elle ne m'avait pas vue au départ. Elle devait être un peu plus jeune que moi. Brune, plutôt petite, elle portait les mêmes gants duveteux que Madge et je lui reconnus le même sourire quand elle vit un objet qui lui plut.
- Nan, ne sois pas ridicule Iris, me dit Fabian le garçon qui tenait le stand. Je te le cède pour deux écureuils et un baiser.
La fille que je regardai leva les yeux et remarqua alors ma présence. Je détournais les yeux et revint à mon affaire avec Fabian.
- Deux écureuils alors, dis-je en sortant deux bêtes pour ranger le lapin. Et tu peux toujours rêver pour le baiser.
Il rit mais accepta le deal.
- Que faut-il que je fasse pour obtenir tes bonnes grâces ? demanda-t-il en touchant dramatiquement son cœur. Tu es en train de me tuer à petit feu...
- Certainement pas me courir après avec une branche de gui, répliquais-je. C'était une très mauvaise idée.
- J'imagine que je vais devoir redoubler d'efforts et de créativité pour conquérir ton cœur alors, dit-il avec un soupir exagéré.
- C'est ça, ris-je. Aller, salut Fab !
- Salut Iris !
Je tournai le dos à la fille et continuai mes achats sans tenir compte d'elle. Du moins, j'essayai. Je pouvais sentir ses yeux me suivre et bientôt ses pas derrière moi. Pourquoi me suivait-elle ? Elle devait savoir qui j'étais. Ses parents étaient amis avec ma mère. Elle a dû entendre parler de moi. Pourquoi ma mère craignait-t-elle que je parle à son père ? Qu'est-ce qu'il avait fait de si terrible pour presque faire plonger ma mère dans un épisode ?
- Eh, fit la petite voix derrière moi.
- Qu'est-ce que tu veux ? fis-je en le retournant pour faire face à la fille.
Elle était plus proche que ce je m'y attendais. Son front pouvait toucher mon menton et elle me regardait, effrayée que je lui parle ainsi. Je regrettai de m'être emporter. Visiblement elle était inoffensive.
- Tu as fait tomber ça, me dit-elle en me tendant mon couteau de poche encore dans son étui.
Je soupirai et le pris pour le remettre dans ma ceinture en sécurité. Si elle ne l'avait pas ramasser, je m'en serais certainement voulu toute ma vie pour avoir perdu ce cadeau d'Haymitch.
- Merci, répondis-je plus doucement.
- De rien, dit-elle sa voix douce et curieuse comme ses grands yeux bruns qui me regardaient intensément.
Je me retournai pour m'échapper mais elle continua à me suivre. Pire, elle décida de m'adresser la parole.
- Tu es une chasseuse, affirma-t-elle.
- Oui, répondis-je simplement.
- Tu chasses avec un arc et des flèches ? demanda-t-elle.
Définitivement, elle savait qui j'étais. Et cela ne me plaisait pas du tout. Voyant que je ne me répondais pas, elle continua.
- Mes grands frères aussi chassent, avec ma grande sœur et mon père, dit-elle en se mettant à mon niveau. Elle a voulu y aller aujourd'hui mais mon père ne voulait pas. On n'est pas dans le registre du district.
Je ne lui répondis toujours pas dans l'espoir qu'elle abandonne et qu'elle finisse par s'en aller, mais elle continua la discussion qu'elle avait commencée avec elle-même.
- Je m'appelle Vivianne, dit-elle. Vivianne Hawthorne. Mon père est Gale Hawthorne.
Elle fit une pause quelques secondes pour voir si je réagissais mais je faisais très attention à rester de marbre.
- On vient d'arriver du Deux pour voir ma famille et mes parents espéraient voir tes parents.
Elle n'avait même pas fait l'effort de me demander mon identité. L'évidence m'agaçait, avais-je vraiment le nom Mellark écrit sur le front ?
- Qu'est que tu veux ? redemandai-je.
Une pointe de remord naquis en moi quand je me rendis compte de l'innocence même peinte sur son visage. Elle avait l'air vraiment inoffensive dans son manteau duveteux rose pâle et la manière dont je lui avais parlé était tout sauf polie.
- Je voulais juste... commença-t-elle.
- Vivi ! appela la voix d'un garçon à gauche.
Le garçon était difficile à situer dans une tranche d'âge il était grand mais n'avait pas encore le visage d'un homme, ses cheveux en bataille lui donnait l'air d'être incroyablement jeune mais sa voix était déjà grave. Il courut vers elle et ce qui me frappa le plus, c'était qu'il ressemblait trait pour trait à Gale Hawthorne.
- Wendy je l'ai trouvée ! dit-il par-dessus son épaule. Bon sang Vivi, qu'est-ce qui t'as pris de t'enfuir comme ça ?
- Tu sais que Charlie va nous égorger si on revient pas à l'heure, dit une fille blonde en les rejoignant.
- Je voulais juste lui parler, dit-elle en me montrant du regard.
Les deux frère et sœur notèrent alors ma présence, trop occupés à s'inquiéter de leur petite sœur chérie. Tous les deux semblèrent me reconnaître tout de suite et la fille qui devait avoir mon âge se mit entre son frère, sa sœur et moi comme si je pouvais les attaquer à tout moment.
- Elle m'a suivie, dis-je pour ma défense. Je n'ai rien demandé moi.
- Ça va Wendy, dit Vivianne en prenant sa manche de manteau. Elle est gentille.
On aurait dit qu'elle parlait de moi comme d'une sorte d'animal sauvage. En même temps, je lui avais aboyé dessus. Elle était vraiment trop gentille.
- Éloigne-toi de notre sœur, dit la fille en couvrant le garçon plus grand qu'elle et la fille derrière elle.
Je ris. C'était vraiment ridicule. Comme si j'allais quoi ? Leur sauter à la gorge peut-être ? Je savais que mes cheveux étaient en bazar, surtout après la chasse, mais quand même, je n'avais pas l'air d'un grizzli !
- Pourquoi tu l'as suivie ? demanda le garçon qui retenait Vivianne par l'épaule.
- Je t'ai dit que je voulais juste la voir et lui parler, répondit Vivianne avec sa petite voix avec laquelle semblait être si jeune.
- Tu sais que tu n'as pas le droit Vivianne, coupa sa sœur sèchement.
- Pourquoi elle n'aurait pas le droit ? demandai-je piquée parce qu'elle lui criait dessus pour rien. Elle a le droit de venir me parler si elle le veut.
- Non elle n'a pas le droit, répondit la blonde le menton haut même si elle faisait ma taille. Ne lui reparle pas non plus.
- Sinon quoi ? répliquai-je en m'avançant.
Elle ouvrit la bouche pour répliquer mais une ombre assombrit sa figure et je savais que quelqu'un se tenait derrière moi. Les pas lourds me firent deviner l'identité de cette personne.
- Y a-t-il un problème ? fit la voix chaude d'Haymitch dont la main se renferma sur mon épaule.
- Non monsieur, répondit Vivianne en se dégageant de l'emprise de son grand frère.
- Iris ? interpella Haymitch.
Je regardais toujours la fille. Ses yeux bruns comme ceux de Vivianne me fixaient avec dédain, colère. Je ne savais pas ce que j'avais pu faire pour mériter tout ça. Je n'avais vraiment rien fait à sa petite sœur ! Haymitch serra mon épaule un peu plus fort et je grimaçai.
- Tout va bien Haymitch, dis-je en me détournant de la fille. Ils m'ont juste reconnue.
- Elle n'aime pas beaucoup la célébrité, ajouta le vieil homme avec un demi-sourire.
- Oui, navrés, continua Vivianne en prenant le bras de sa sœur qui ne me quittait pas des yeux. Allons-nous-en.
Finalement ils partirent dans l'autre direction, la fille se retournant sur le chemin pour me regarder comme pour vérifier que je ne les suivais pas.
- Qui sont les Hawthorne ? demandai-je à mon parrain qui les regardait partir.
- Les neveux de Rory et Vick Hawthorne, répondit-il.
- J'avais compris ça, répliquai-je. Mais leur père, Gale Hawthorne ? Qui-est ce ?
Haymitch quitta son regard des petits points représentant les trois enfants pour me regarder. Ses yeux gris étaient de la même couleur que ceux de ma mère. Quand j'étais plus jeune, je croyais qu'il était mon grand-père.
- Ça, ce n'est pas à moi de te le dire chérie, dit-il avec une sorte de sourire triste mais sincère.
Beta : Le fantastique travail de Calire 92
Disclamer : Ceci est une histoire originale se basant sur le travail de Suzanne Collins
J'ai toujours pensé que Gale et Madge allaient avoir une grande famille, du type meute de loups...
J'espère que ce chapitre vous a plu et à bientôt !
