Comme si elle n'avait déjà pas assez de problèmes comme ça. Il a fallu que cette espèce de vieillard barbu et bruyant vienne l'énerver. Assez régulièrement. Non, pas le père Noël. Sadik, ou l'Empire Ottoman, prenait un malin plaisir à importuner toute l'Europe, en ce moment. Généralement, à son âge, on l'a faite, sa crise d'adolescence… Il avait déjà commencé à importuner les frères Italie (il s'en était abstenu par la suite après la raclée qu'il s'était prise), et comme il était revenu bredouille, il s'en était pris à Elisa. Cependant, la Hongrie était à l'époque relativement puissante et Elisa, malgré la force démentielle de Sadik, s'en sortait toujours avec toutes ses dents (très amochée tout de même). En tout cas, elle ne se laisserait pas faire.
Entre temps, elle avait aussi trouvé (au grand malheur de Gilbert) quelqu'un avec qui partager sa souffrance. En 1453, le jeune Herakles (on lui aurait donné douze ans) se trouva aux mains de Sadik (ayant perdu sa mère au passage…). Même si elle n'avait pas beaucoup d'occasions de le voir, puisque ses sorties du territoire de Sadik étaient plutôt rares, il allait parfois lui rendre visite. Ils parlaient alors de choses plus ou moins diverses, et Herakles, toujours sous le choc, évoquait beaucoup de sa mère.
Elisa pensait alors à ses parents. Les avait-elle jamais connus ? D'un côté, elle ne pouvait pas dire à Herakles d'arrêter, parce qu'après tout, la perte devait être rude pour lui. Mais de l'autre, elle aurait bien aimé, elle aussi, raconter des histoires fascinantes sur ses parents, être fière d'eux, et se sentir fière d'elle-même.
Elle ne saurait jamais ce que ça fait. Lorsqu'elle rentrait des batailles, elle traversait toutes ces pièces froides, grises et vides qui constituaient le château. Elle entrait dans sa petite chambre, humide, sombre et glaciale, sans pouvoir raconter à qui que ce soit –qu'elle portait dans son cœur- ses prouesses de la journée. Est-ce qu'elle était seule ? Non, bien sûr. Occasionnellement, elle irait voir le petit Toris1, elle parlerait à Herakles de tout et de rien, elle se battrait avec Prusse, puis ils iraient ensemble martyriser Autriche. Mais les amis de la gent masculine ne sont pas fait pour écouter vos récits épiques, ni pour vous complimenter, et encore moins pour vous serrer dans les bras. C'était le rôle des parents.
En 1541, ce bâtard de Sadik envahit le pays. Comment était-il devenu aussi fort ? Aussi rapidement ? Ça n'avait plus d'importance, maintenant, elle était devenue son territoire, et il n'y avait rien à faire. Elle devait donc visiter régulièrement le palais. Mettre des robes. Saleté de Sadik avec ses tenues pourries. Là, évidemment, Prusse ne serait pas dupe à propos de son sexe… Elle voyait régulièrement Herakles, maintenant, et puis ce petit garçon silencieux (qui en fait était plus âgé qu'elle) qui portait le nom exotique de Gupta.
A sa grande surprise, Sadik était un gros fan des enfants. Bien sûr, Herakles n'était plus vraiment un enfant et Gupta… Bon, voilà. Mais le vieux les choyait comme s'il était une sorte de nounou. Ça avait souvent le don de l'insupporter (mais à un point…) mais quelque fois, elle trouvait ça… chaleureux. Et ça la rendait heureuse. Il leur racontait les histoires de Nasreddine ou d'Aladdin pour s'endormir le soir, et lorsque lui, Herakles et Gupta allaient au hammam, elle venait les rejoindre pour manger des pâtisseries (même si elle prétendait qu'elle n'avait plus l'âge pour ces sottises). Il les emmenait au marché, il leur apprenait à cuisiner, à monter à cheval (ce qu'elle préférait par-dessus tout).
Ce qui l'agaçait, finalement, c'étaient plus ces banquets interminables, où il invitait des hommes plus ou moins raffinés, qui ne manquaient pas de commenter la tenue qu'elle était forcée de mettre à chaque fois, c'est-à-dire cet ensemble relativement transparent de voiles, qui la laissait plutôt… Dénudée. Herakles et Gupta subissaient cependant à peu près le même sort, si ce n'est que leur tenue était un peu plus masculine.
Pourtant, à chacun de leurs anniversaires, Sadik organisait des banquets énormes où ils finissaient par se gaver jusqu'à ce que mort s'en suive, ce qui trahissait un peu son air de n'en avoir rien à faire. Elisa aimait ça. Elle aimait ce genre d'attention, elle aimait cette convivialité, l'ambiance chaleureuse qui les entourait dans ces moments-là, quand Gupta articulait plus de deux phrases et que Herakles oublier pour un temps d'étriper Sadik.
Même s'ils étaient ennemis, le vieux avait été attentionné depuis qu'elle était devenue son territoire. Comme il devait avoir largement plus du double de son âge, elle se sentait assez confortable à cette idée. Sadik, avec sa barbe de trois jours, son air philanthrope par moments et malgré ses petits –gros- côtés agaçants, devenait-il une sorte de papa pour elle ? Elle ne le dirait jamais tout haut, bien sûr, mais c'est parfois ce qu'elle ressentait, et bien qu'elle fût réticente dès qu'il s'agissait de lui rendre visite, elle y allait souvent avec un petit sourire invisible.
Fin du deuxième chapitre ! C'est un peu épisodique et sûrement pas continu, comme histoire, mais ça me va comme ça. Après tout, c'est un peu ça, le style d'Hetalia, non ?
Revieeeeews SVP !
1 Lituanie
