Chapitre 2 : Premier sang
Le barbare avait finit par rejoindre ses deux nouveaux compagnons, déjà en selle, à côté desquels se trouvait un immense loup à la fourrure sombre comme les nuits sans lune du Cratère, dont les crocs dépassaient de sa massive mâchoire, accompagné de filets continus de salives bouillantes. Le guerrier se dirigea vers la monture et sauta dessus en prenant appuie d'une main sur la croupe de l'animal. Puis, il rangea l'une de ses haches sur l'un des sacs accompagnant le matériel de monte, et l'autre dans son dos, et conclut son action en hochant la tête en direction du démon, instauré par l'Intriguant comme chef de groupe par défaut, afin de lui faire comprendre qu'il était prêt à partir.
Chacun talonna son destrier et le trio quitta l'entrée du domaine à vitesse de croisière. Domaine qui disparu d'ailleurs du paysage de la région lorsque le guerrier à la rapière se retourna une dernière fois, alors qu'il aurait encore dû être à portée de vue. Phénomène qui n'intrigua point la combattant et le mage, semblant familier à ce genre de phénomènes étranges.
Cependant la direction restait inconnue de deux des membres de l'escouade, c'est pourquoi Enoch se tourna vers le nordique afin de l'interroger.
« - Et donc, quelle destination aviez vous prévue dans l'immédiat ?
- A Estonie, la principale planque du chevalier Vlad s'y trouve. Une grotte perdue dans un coin de foret entourant la ville, minutieusement aménagé pour lui servir de laboratoire pour ses recherches personnelles et décalées par rapport aux objectifs directs de la guilde des intendants à l'époque.
- J'aurais plutôt penser à Le Vieille Tour personnellement, intervint celui avec la rapière.
- Quand vous êtes recherché, votre premier reflexe est il vraiment de se cacher là où tout le monde pense que vous seriez ?
- Non, vous avez raison. Mais je partageais juste mon idée sur la question…
- Et bien, la prochaine fois, réfléchissez y avant de sortir une opinion stupide.
- Je ne vous permet pas, vous êtes un homme de main, ce n'est pas pour votre intellect que vous êtes parmi nous !
- Et vous non plus. Vous n'êtes qu'un guide pour nous mener au portail. Et pour l'instant, c'est ma part de boulot, contentez vous de me suivre et je ferais de même quand ce sera votre tour. Compris ? »
L'intéressé resta muet suite à la remarque, étrangement pertinente de la part d'un individu si axé sur la force physique. Ce dernier continuait à fixer la route de son regard uniformément blanc et vide, pendant que le seigneur infernal suivait l'échange, un tantinet amusé. Puis plus un mots ne fut prononcé durant le reste du chemin. Estonie était à quelques jours de marches, et donc à une journée grand maximum, grâce aux montures puissantes dont ils disposaient.
Le groupe fit donc une rapide escale afin de se rassasier à mi-chemin, débattant sur les possibles dangers de la quêtes, la possible récompense que pourrait offrir l'Intriguant à chacun d'eux, et la façon dont ils convaincraient le chevalier Vlad de les aider à transformer la sortie du Néant en une entrée utilisable. Enoch proposait simplement de ne pas vraiment lui offrir le choix, le nom de leurs employeurs devant suffire à lui faire changer d'avis en cas de refus, alors que le jeune homme expliqua que son ancien partenaire devrait voir en eux un groupe fiable par leurs anciennes collaborations, se vantant des milles et une prouesses qu'il avait effectué en son nom, et ainsi donc, il lui devrait bien ca. Le colosse fut le dernier à prendre la parole pour donner son avis sur la situation. Selon lui, l'intérêt que portait le fugitif pour la dimension inconnue était supérieure à toutes autres motivations, ainsi donc, le simple fait d'évoquer la possibilité qu'il puisse éventuellement être le premier à « ouvrir » un portail, même si c'était pour aller chercher le paladin, le ferait accepter sans aucune once d'hésitation.
Une sorte d'admiration mêlée de surprise naquit dans le regard des deux auditeurs suite à la déduction de Guarreth. Mais qui était cet homme pour pouvoir aussi bien mêler un corps forgé dans les flammes des forts nains, un mental semblant impénétrable ainsi qu'une réflexion si juste et intense, le tout dissimulé sous un faciès comparable à un masque de bois immuable, qu'importe la situation ?
Une fois le repas de fortune terminé, le trio reprit la direction indiquée plus tôt dans la journée. Ils traversèrent différents types de paysages sur la route, des plaines aux herbes desséchées, dont émergeaient des rocs pointus et des ruines abandonnées depuis fort longtemps, des forets sombres et obscures dont le claquement des sabots rompaient le silence mortuaire y régnant, ou encore des succession de collines aux herbes hautes, fouettant le cuir des montures dans leurs courses folles.
La nuit s'installa lentement au fur et à mesure de l'avancée du groupe, qui s'approchait à grand pas de sa destination. Cependant, la nuit était si couverte par de lourds nuages sombres que le plus jeune dut se résoudre à allumer une lanterne sur la selle de son cheval pour pouvoir se diriger efficacement, alors que ses deux compagnons ne semblaient pas dérangé par l'absence totale de luminosité, à l'image de la disparition du manoir en début de journée.
Ils finirent donc par aboutir sur la grotte recherchée, couverte de mousse et de lierres, semblant donc absente toute présence humaine ou même d'une quelconque source de lumières pouvant trahir un signe de vie de la part du chevalier.
L'escouade mit pied à terre et s'y engouffra, le barbare en tête suivit de l'homme à la fine lame puis du mage.
L'entrée se réduisait en un couloir dont la paroi rocheuse était humide, comme l'ensemble du lieu, signe d'une source d'eau permettant la survie d'un probable habitant. Le corridor finit par déboucher sur un grand espace non éclairé, semblant verdoyant à première vue, et dont le plafond élevé était couvert de stalactites du long desquels coulaient à rythme irrégulier des petites gouttes, dont l'impact avec le sol résonnait dans l'enceinte du lieu, tel un métronome déséquilibré et bien trop ancien. Sur les parois se dessinait des brasiers éteints.
Enoch claqua simplement des doigts et chacun d'eux se mirent à flamber, berçant le lieu d'une vague de chaleur orangée se reflétant sur le roc omniprésent.
Au même moment, un bruit sourd et grinçant se fit entendre dans leurs dos. Une lourde grille en fer était apparue et leurs bloquait toutes possibilités de retraites, le tout accordé à un orchestre de cordes se tendant et de bruits de pas en hauteurs. En effet, sur les excavations élevées de l'intérieur de la grotte se dressait un bon nombre d'arbalétriers en armure de cuir bouillie sombre, et dont le visage était recouvert de capuches en lin pourpre, bordées de fourrures noires, pointant leurs armes sur les trois intrus, pendant qu'une quarantaine de combattants au sol, à l'accoutrement similaire à celui précédemment décrit, sortit de nul part, avançait calmement, mais de façon tout de même offensive, vers nos anti-héros.
Une personne se distinguait de l'ensemble de l'armada par son armure cloutée noire et son épée dégageant une aura violette, telle une brume enveloppant la lame. Il fit un simple signe de tête et les carreaux fusèrent, tels une nuée ardente.
Enoch réagit rapidement, et tapa le sol avec sa canne, entrainant la combustion spontanée du bois constituant la charpente des projectiles, faisant instantanément chuter les pointes au sol, ricochant dans un fracas métallique sur les rochets couvrant l'intégralité du lieu.
Le chef des bandits reprit donc l'initiative de l'offensive et tendit son arme vers le petit groupe. Soudain, un pique intangible en jaillit et fila sur le démon. Ce dernier esquiva promptement, mais l'opposant effectua la même action à répétition, sans quasiment aucun intervalles entre chaque dars magiques, rendant la situation de plus en plus complexe à gérer pour le père du pyromane. Si complexe que l'un deux se dirigea quasiment vers son cœur alors qu'il était en train d'en esquiver un autre. L'issue allait être fatale sans aucun doute, vue la violence que provoquait l'impact sur les façade rocailleuse. Fatale. Pas tant que ca au final.
En effet, là où aurait du s'enfoncer le flux obscur se tenait désormais une hache. Et pas une simple hache, celle ci était à double tranchant et contenait un œil en son centre. Le Barabe là maintenait ainsi, stoïque, offrant une étrange armure à Enoch. Car en effet, le pique n'avait pas détruit l'acier comme il aurait dû le faire, mais avait imprégné l'orbite ouverte.
Guarreth n'offrit pour commentaire du sauvetage qu'il venait d'effectuer qu'un simple grommèlement sourd, parfaitement coordonné avec le râle d'énervement du commandant adverse, suivit d'un léger sifflement, ordonnant à ses troupes d'attaquer.
La silhouette de l'homme à la rapière fonça face à la horde, et l'acier de sa lame fila entre les pièces d'armures des ennemis, faisant jaillir des effluves de sang dans tout les sens, traçant une ligne rouge derrière le passage de jeune homme.
Ses mouvements étaient précis, rapides et prompts, entremêlés de fentes, d'arabesques, de sauts et de tours sur lui même, une danse macabre exceptionnelle dont chaque pas marquait une nouvelle mort et chaque blessure était plus profonde que le précédente, décimant à lui seul plus de la moitié du groupe, juste avant d'être stoppé instantanément par un coup de manche derrière le crâne de la part du chef opposant.
La dizaine d'hommes qui restait derrière lui, et miraculeusement rescapée de la percée précédente, fusa de nouveau sur les deux aventuriers restants, pendant qu'une trentaine débarqua dans leurs dos, sans aucun doute les arbalétriers perchés plus tôt précédemment, sous le regard, que l'on pouvait deviner sous sa capuche, inquisiteur de celui à l'armure cloutée.
Deux actions se déroulèrent simultanément. Enoch se chargea de l'équipe provenant de l'arrière, en mettant sa bras gauche vers l'avant, et faisant tourner sa canne avec son bras gauche et le ramenant brusquement en devant, frappant du pommeau à la tête de dragon un attaquant sous le menton, le projetant sur plusieurs mètres, jusqu'à ce qu'il heurte une paroi dans un long craquement d'os. Puis, il avança au centre du groupe et s'occupa d'une partie avec la même stratégie, gardant une main derrière le dos et restant planté à un endroit, réduisant au fur et à mesure le diamètre du cercle formé autours de lui, et acheva les derniers résistants en frappant le sol avec le pied du « bâton », édifiant une muraille enflammée sur les corps des assaillants, dévorant leurs chairs et leurs âmes, au point qu'il ne resta que des la poudre et de la fumée comme signe de leurs existences en ce monde.
Guarreth, lui se chargea des survivants de la précédente offensive en utilisant sa seconde hache, celle sur laquelle était sculpté un œil clos, qui par un mécanisme étrange et inexplicable s'ouvrit à son tour pour libérer des projectiles. Mais pas n'importe lesquels. Exactement ceux qu'avait envoyé le chef adverse, mais en plus épais. Les piques se plantèrent dans des jugulaires, artères et autres points vitaux de façon quasi instinctives, comme contrôlés par le nordique, si bien qu'il ne resta de vivant en face de lui que le dirigeant de l'escouade et l'homme à la rapière, évanouie entre les multiples cadavres. Après cela, l'orbite de l'arme se referma instantanément.
Le démon vint se replacer à côté de son associé, puis tout deux avancèrent sur l'ultime survivant. Le barbare le mit hors d'état de nuire en lui administrant un violant coup dans le plexus solaire, le privant de respiration pendant quelques instants, cela malgré l'armure, puis l'attrapa par le bras et l'envoya valser dans un coin de la grotte.
Il le rejoint rapidement, au sol et tentant de haper un maximum d'air possible, afin de l'interroger sur la raison de leurs présences en ce lieu, assisté d'Enoch, qui prit la parole en premier.
« - Bien. Le jeu est clôt, seriez vous apte à répondre à nos menus questionnement ? »
L'interrogé le fixa d'un regard noir, mais face à l'impossibilité de s'échapper, ou même de se taire, au vue de la détermination de ses deux interlocuteurs, finit de reprendre son souffle puis se conclut par offrir des explications.
« - Et bien… Nous défendions l'endroit… simplement… En établissant une stratégie… Rien de plus.
- Pourtant, c'est ici qu'aurait dût, ou pût se trouver un certains chevalier Vlad, voyez vous.
- Et à votre avis, pour qui surveillions nous ce lieu ?
- Pour lui ?
- Exact maître Pyromancien. Et cela parce qu'il était à la fois trop faible pour assurer sa survie complète par lui même, et parce qu'il était méfiant… Trop de gens voulaient disposer de son savoir. Puis un jour… Une bande d'assassin est arrivée…
- Vous voulez dire… qu'ils l'ont tué ? s'inquiéta le colosse.
-Non… même pas… attaqué… Ils sont sortis de l'ombre, l'ont endormi avec un seul et unique doigt… puis ont disparu comme ils étaient arrivés.
- Donc j'ose supputer que vous n'avez aucune idée de l'endroit où il pourrait être ?
- Aucun… A moins que… Il stoppa sa phrase pour sortir de la doublure de son armure un petit objet en or. Un cercle dans lequel se trouvait un bouclier brisé en deux, et le donna au démon qui le contempla avant de répondre.
- Qu'est ce donc ?
- Quand ils l'ont saisit, il a tout de même cherché à se débattre, il a arraché cela à la cuirasse de l'un deux et nous l'a lancé, avant de s'évaporer sous nos yeux.
- Bien… Guarreth, une idée ?
- J'ai un contact expert en symbole de ce genre… Il pourra sans doute nous aider à trouver une réponse sur la question.
- Et où se trouve cet érudit ?
- Ce n'est pas vraiment un érudit… mais il réside dans la cité de Lasdakr… A la taverne d'Elven. En partant maintenant, on peut ésperer y arriver avant demain midi.
- Excellent… puis il se retourna vers l'interrogé. Je vous pris d'accepter nos excuses les plus sincères en raison de la gène et des pertes humaines occasionnés. Sur ceux, mes camarades et moi avons à faire. En vous souhaitant une bonne journée surtout ! »
Puis il se redressa et pointa la tête de dragon sur l'inconnu. Soudain une sorte de filament magique se créa relia le pommeau et la personne. Au fur et à mesure, le « cordon » semblait remonter vers la canne, tandis que les yeux de l'interrogé se vidait de toutes lueurs de vie. Quand le phénomène se stoppa, il eut un ultime spasme, et sa tête chuta lourdement entre ses jambes, si bien que la position aurait pu rappeler celle d'un ivrogne voulant évacuer ses remontés dans un pot de chambre, et c'étant endormi à côté. Le démon, quand à lui fit signe au colosse de lui donner une gemme, demande à laquelle il accéda, semblant comprendre là où il voulait en venir, puis il fit transférer l'âme de la personne dans la gemme, avant de la rendre à celui qui en était responsable.
Une fois cela accomplit, il s'approchèrent du troisième membre de l'équipe, toujours inconscient, que le nordique réveilla d'une magistrale baffe sur la joue.
«- Hein ? Quoi ? Les allemands ont débarqués ? hurla t-il en sursaut, suite à son réveil brutal.
- Il parle de quoi ? Chuchota Guarreth.
- Aucune idée… sans aucun doute des monstres du Néant… lui répondît Enoch à voix basse, avant d'expliquer la situation à l'homme à la rapière. Nous avons décimé la troupe de brigands, qui n'étaient pas des brigands, mais des hommes de main du chevalier, qui c'est d'ailleurs fait enlever par une organisation inconnue… Dont nous avons un symbole et nous nous apprêtions à partir à la rencontre d'un indic connaissant bien le sujet, afin d'obtenir plus d'informations sur cette caste et retrouver pour de bon ce cher Vlad… puis nous vous avions vu au sol, et après un long débat, nous avions convenu que la moindre des choses serait quand même de vous réveiller et ne pas vous laisser croupir ici pendant un certains temps.
- Ah ! Si ce n'est que ca ! De toute façon, je suis essentiel à la survie de ce groupe !
- Si essentiel, que la prochaine fois… pensez à nous prévenir avant de foncer dans le tas, tel un taureau en rut.
- Excusez moi, cher ami, mais il me semble avoir mis à mort la majorité de l'effectif seul, pendant que vous vous contentiez d'observer, monsieur gros bras et vous !
- Je n'ai pas dit que le talent et la stupidité était deux choses incompatibles.
- Mmmm… Qu'attendons nous pour partir plutôt ?
- Et bien… Vous, concrètement. Reprit Guarreth, insensible à la précédente raillerie au sujet de son physique.
- Ah… Et bien, je suis disposé à quitter ce lieu… Et prenez l'épée du chef… C'est celle de Vlad. Je pense qu'il sera ravis de l'avoir quand nous lui apporterons !
- Incroyable ! S'émerveilla le mage. Vous voyez, quand vous le voulez, vous savez être utile ! »
Ils récupérèrent donc l'arme en question, puis émergèrent de la caverne, devant laquelle avaient attendu les montures, bien sagement. Alors qu'ils se préparèrent à se mettre en selle, afin de prendre la direction du Nord, pour aller à la rencontre de la connaissance du Barbare, dont les informations ne seraient on ne peut plus précieuses, pour la réussite de l'objectif, Enoch proposa de téléporter le groupe, il était déjà passé dans la région à plusieurs occasion, dont l'auberge en question, ainsi donc l'option du voyage rapide ne serait un danger pour aucun d'entre eux si tout se passait bien.
Le jour ne c'était pas encore levé, bien que les premiers sifflements d'oiseaux commencèrent à se faire entendre autours d'eux, mais il n'était pas encore trop tard pour rendre cette journée productive.
Le mage monta sur son destrier, puis vint se placer entre ses deux compagnons et les saisit chacun par le bras, prononça quelques bribes d'un monologue satanique, puis ses yeux virèrent au noir, et dans un tourbillon semblable à un ouragan de souffre, disparurent de la foret, ne laissant qu'une odeur de mort sur leurs passages.
Les démons sont en route… Ils arrivent.
