Le jour où vous décidez de le faire est votre jour de chance.
- Proverbe japonais
Lorsqu'il se réveilla, la première pensée de Drago fut que quelqu'un l'avait métamorphosé en escargot. Sa joue était engluée à une surface froide et rugueuse, et quelque chose de collant l'empêchait d'ouvrir les yeux. Ces pensées absurdes furent rapidement remplacées par un mal de tête et Drago siffla en levant la tête, se soulevant sur son coude gauche. Une douleur aiguë traversa sa tempe et il ferma les yeux pour se protéger de la lumière vive qui l'agressait. Cependant, quand il rouvrit les yeux et que sa vue s'éclaircit, il s'aperçut qu'elle n'était pas vive du tout. Il faisait sombre et froid, et bien que Drago n'ait pas la moindre idée d'où se trouvait, il était clair qu'il n'était pas confortablement allongé dans son lit bien chaud. A la place, il était étalé sur le ventre, sur des brindilles et des feuilles en décomposition.
Il regarda autour de lui et souhaita n'en avoir rien fait. Apparemment, il était coincé dans l'un de ces cauchemars où il était perdu au milieu de nulle part et ses membres refusaient de le porter, alors même qu'il savait que le danger approchait.
Une rafale de vent envoya quelques flocons de neige dans son visage et il fit la grimace. Il s'essuya la joue, en ôtant en même temps une brindille qui s'était collée à sa peau. Le bout de ses doigts effleura sa tempe et il grimaça de douleur. Son souffle fit de la vapeur devant lui quand il sursauta à la vue du sang sur ses doigts. Agacé, il se retourna sur le dos. Son bras droit qui avait été coincé sous lui le lançait maintenant que le sang se remettait à circuler.
Des branches épaisses dansaient loin au-dessus de sa tête. Elles étaient nues et semblaient menaçantes. Elles laissaient entrevoir de petits coins d'un ciel d'hiver gris et n'étaient pas assez couvrantes pour empêcher la neige de passer. Ses mains étaient gelées et engourdies, mais il pouvait sentir les doigts de sa main droite serrés autour de quelque chose d'épais et solide. Dans un effort suprême, il se redressa en position assise. Sa tête tomba en avant comme la douleur à l'arrière de son crâne lui faisait monter les larmes aux yeux. Il écarta les cheveux humides qui lui tombaient dans les yeux et prit quelques secondes pour accommoder sa vision sur le bâton cassé qu'il serrait avec force. Sauf que ce n'était pas un bâton. C'était sa baguette.
Son esprit s'éclaircit en un instant. Il n'était pas en train d'avoir un cauchemar ce n'était pas un rêve. On pouvait prendre un rêve pour la réalité, mais prendre la réalité pour un rêve était impossible. Peut-être que s'il avait été ivre il aurait pu espérer que ceci était un rêve, mais il ne s'était jamais senti plus sobre. Le froid qui régnait était trop cru, la douleur dans son corps trop réelle. Il était au milieu de la forêt, à moitié gelé, blessé, et sans arme. C'étaient des faits, même si cela ne rimait absolument à rien. La dernière chose qu'il se rappelait était être couché dans son lit, pensant à l'excursion du lendemain dans la Forêt Interdite. Et maintenant voilà soudain qu'il y était. Comment était-ce possible ?
Il baissa les yeux sur sa cape d'hiver bordée de fourrure, son épaisse écharpe verte et ses bottes chaudes. La théorie d'un éventuel enlèvement s'effondra avant qu'il n'ait eu le temps de la formuler complètement. Un certain laps de temps manquait dans ses souvenirs il ne pouvait se rappeler s'être habillé. Il s'aperçut qu'il n'avait pas de gants, ce qui était bizarre parce que personne avec toute sa raison ne se risquerait dehors sans gants par ce temps. Cependant, il les trouva rapidement dans sa poche. Secouant la tête avec incrédulité, il y fourra sa baguette brisée et en sortit ses gants.
Une plume bleu vif tomba lentement jusqu'au sol. Apparemment elle avait été accrochée à son gant. Avec la respiration qui s'accélérait, Drago remit la main dans sa poche et y trouva davantage de plumes bleues.
Il les contempla, sûr d'avoir perdu l'esprit. Est-ce qu'on était demain ? Est-ce qu'ils étaient déjà partis pour leur excursion ? Mais dans ce cas, où étaient les autres ? Et pourquoi est-ce qu'il ne se rappelait de rien ?
Il leva les yeux vers le ciel gris. Il faisait sombre, mais il faisait toujours sombre dans la Forêt Interdite, et les jours d'hiver étaient courts. Il ne pouvait pas dire quelle heure il était, mais ce n'était définitivement pas midi, et ce n'était pas la nuit non plus. Il semblait que le soleil était toujours dans le ciel, caché derrière de lourds nuages gris. Sans trop d'espoir, Drago vérifia à nouveau ses poches pour voir s'il avait pris sa montre avec lui, mais il était sûr que ce n'était pas le cas. Il avait prévu de ne pas la prendre il se rappelait y avoir réfléchi la veille. Sa montre gousset était en or et trop précieuse pour prendre le risque de la perdre dans cette satanée forêt. Il avait compté sur sa baguette pour avoir l'heure. Cependant, maintenant qu'elle était cassée, ce n'était évidemment plus possible.
Il tenta de se lever mais ses jambes pesaient des tonnes et il grogna de frustration. Le son était trop fort dans la forêt silencieuse, et Drago parcourut rapidement les alentours du regard, craignant d'avoir étourdiment attiré quelque créature dangereuse. Rien ne bougeait autour de lui, à l'exception de quelques branches nues et d'une poignée de flocons de neige qui voltigeaient. Drago poussa un soupir de soulagement. Son regard s'arrêta sur quelque chose de sombre un peu plus loin, mais on aurait juste dit une souche d'arbre, à moitié enterrée dans la neige. Les arbres n'étaient pas aussi serrés à cet endroit-là et la neige recouvrait le sol et la forme sombre et gelée. Drago allait détourner le regard quand un éclair de couleur retint son attention. Il regarda mieux la forme sombre et la bande de tissu multicolore qui dépassait de la neige. Le motif semblait étrangement familier.
Il réalisa enfin et le choc le frappa en même temps qu'une rafale de vent. Hors d'haleine, il sauta sur ses pieds, oubliant aussitôt sa mauvaise circulation. Ce n'était pas une souche. Il savait exactement ce qu'était le tissu multicolore il s'en était moqué des millions de fois auparavant. C'était l'une de ces stupides écharpes que Granger tricotait à la vitesse d'une maniaque.
Luttant contre l'étourdissement, il se précipita en avant et marcha sur quelque chose qui se cassa sous sa botte, mais il n'y prêta pas attention. Il accomplit la distance en quatre grandes enjambées. L'air froid qu'il inhala dans sa hâte lui faisait mal aux poumons sa poitrine semblait trop petite pour contenir son cœur qui battait frénétiquement. Ses genoux cédèrent au moment où il aperçut des mèches de cheveux noirs qui ressortaient avec des angles bizarres, à moitié cachées par la neige. Les doigts tremblants, il épousseta la neige pour révéler le corps gelé d'Harry Potter, allongé face contre terre. Il l'agrippa par les avant-bras et le retourna sans douceur car il paniquait. Potter n'émit pas un bruit. Il était pâle comme la mort, et alors que Drago enlevait la neige de sa joue, il remarqua un filet de sang congelé au coin de ses lèvres bleues et gercées. Ses lunettes n'étaient nulle part aux environs. Il y avait trois bleus légers sur sa mâchoire, comme si quelqu'un lui avait donné des coups de poing, et ses yeux verts étaient fermés il semblait dormir. Drago espérait qu'il dormait. Il n'aimait pas le filet de sang sur sa lèvre, surtout que celle-ci ne semblait pas coupée.
Il enleva un gant et posa sa main sur la joue de Potter.
Il était glacé.
L'air semblait manquer soudainement. Drago ne parvenait pas à respirer correctement.
« Potter ? chuchota-t-il. »
Sa gorge se serra douloureusement. Il essaya de parler plus fort mais sa voix refusait de lui obéir :
« Potter ! »
La seconde d'après, il le secouait violemment, en maudissant son nom et en criant :
« Réveille-toi ! »
Même après avoir réalisé qu'il se conduisait comme un taré, il ne parvint pas à arrêter de hurler et de secouer les épaules de Potter.
« Tu n'es pas mort ! cria-t-il. Pour l'amour de dieu, Potter, tu n'es pas mort ! Réveille-toi ! »
Potter ne bougea pas, n'émit pas le moindre son.
Drago grinça des dents et se força à se calmer paniquer ne l'aiderait pas. Potter ne pouvait pas être mort. C'était ridicule. Il fallait qu'il trouve son pouls pour prouver qu'il battait toujours. Il défit rapidement l'écharpe de Potter et pressa ses doigts à différents endroits sur son cou, avant de remonter ses manches et de tâter ses poignets avec son pouce. Mais les doigts de Drago étaient engourdis et la peau de Potter était si froide que Drago ne pouvait rien sentir. Il se pencha et mit sa joue, puis son oreille, juste en-dessous du nez de Potter. Il lui sembla pouvoir sentir la chaleur d'un souffle mais il n'en était pas sûr. La respiration de Potter ne faisait pas de la buée devant lui comme celle de Drago.
Enlevant son autre gant, Drago attrapa la cape épaisse de Potter et en défit quelques boutons, écartant le tissu afin de pouvoir presser son oreille contre sa poitrine. Le froid lui fit faire une grimace. Il écouta, mais n'entendit rien. Le sang se précipita à ses oreilles et le son de son propre cœur qui battait frénétiquement fit disparaître tout le reste Drago ferma les yeux et se força à se calmer et à se concentrer. Après un temps abominablement long, il l'entendit enfin. C'était lent, pas très fort et en désaccord avec le rythme du cœur de Drago mais il l'entendait. Le cœur de Potter battait toujours. Il était vivant.
Il garda son oreille pressée contre la poitrine de Potter un moment encore pour profiter du son réconfortant. Lorsqu'il releva finalement la tête et regarda Potter, sa vision était trouble. Il lui fallut cligner des yeux plusieurs fois de suite pour l'éclaircir. Il concentra son regard sur le sang et les bleus sur la peau de Potter.
Qu'est-ce qui s'était passé ici bon sang ? Est-ce que quelqu'un les avait attaqués ? Et que devait-il faire ? Crier à l'aide ? Partir en chercher ?
Une idée le frappa soudain et il se mit rapidement à fouiller les poches de Potter. Il le déplaça même un petit peu afin de pouvoir regarder le sol sous lui. Insatisfait, il regarda autour d'eux, dispersant la neige et inspectant le sol, mais ce qu'il cherchait n'était nulle part en vue. S'ils avaient été attaqués et que Potter avait été désarmé, sa baguette avait dû être projetée quelque part. Il était improbable que Drago la trouve. Il se leva et commença à fouiller méthodiquement, poussant les branches et les brindilles de côté, déplaçant la neige et la terre, et ramassant par moments de simples bâtons.
« Accio baguette d'Harry Potter ! Accio baguette d'Harry Potter ! cria-t-il. »
Un grognement distant fut sa seule réponse. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale. Il referma la bouche et écouta attentivement. Un hibou hulula et passa au-dessus de leurs têtes, mais le reste de la forêt était à nouveau silencieux.
Il souffla dans ses mains. Il réalisa qu'il ne devait sous aucun prétexte ne serait-ce qu'envisager appeler à l'aide. La forêt était dangereuse, et ce n'étaient pas les sourires mielleux de Slughorn qui allaient changer ça.
Tremblant un peu sur ses pieds, Drago revint vers Potter, mais il marcha à nouveau sur quelque chose, la chose qu'il avait déjà écrasée avec sa botte un peu plus tôt. Cette fois il se baissa pour voir ce que c'était. Il grimaça en avisant les lunettes de Potter, cassées. Il les ramassa et les glissa dans sa poche presque sans y penser.
Il fallait qu'il réfléchisse. Potter était toujours allongé tranquillement à quelques pas de là, et Drago ne pouvait pas compter sur son aide. Ils étaient désarmés et visiblement perdus. Il ne pouvait pas appeler à l'aide. Il ne pouvait pas porter Potter – il pouvait à peine supporter son propre poids. Sa meilleure option était d'essayer d'atteindre le château par lui-même et d'y trouver de l'aide. Mais il ne savait même pas dans quelle direction se trouvait le nord, pas sans sa baguette, et il ne pouvait pas laisser Potter comme ça ici.
Si ?
Une image apparut dans son esprit, une image qu'il avait évoquée la veille avant de s'endormir, même si cela ne semblait avoir eu lieu que quelques minutes auparavant. Est-ce qu'il n'avait pas pensé à ce scénario ? N'avait-il pas imaginé Potter recouvert par la neige, appelant à l'aide ? N'avait-il pas jubilé en décidant qu'il le laisserait dans la forêt pour que ce crétin y meure de froid ? Et maintenant, quelque chose d'étrangement similaire était en train d'arriver. Bien sûr, la veille, il s'était diverti en imaginant ces choses, mais il n'était pas sérieux. Il avait été de mauvaise humeur et les pensées idiotes l'avaient amusé. Ce n'était plus drôle.
Il jouait avec les lunettes cassées dans sa poche. Pourquoi les lunettes de Potter se trouvaient-elles près de Drago et non de lui ? Comment était-ce arrivé ? Plus important encore, comment tout cela était-il arrivé ? Ils avaient certainement été attaqués. A l'évidence, ce n'était pas par des loups-garous ou de quelconques prédateurs. Potter n'avait pas été mordu en fait, Drago n'avait remarqué aucune blessure. Soit on lui avait jeté un sort, soit il était simplement inconscient et gelé. Par ailleurs, une créature dépourvue d'intelligence ne lui aurait pas pris sa baguette.
Ça ne pouvait pas être des centaures non plus. Ça ne les gênerait pas d'attaquer Drago, mais ils ne s'en prendraient pas à Potter. Ca n'aurait eu aucun logique ils appréciaient Potter. Ça pouvait être un élève il y avait plein d'élèves dans la Maison de Drago qui détestaient Potter. Mais quel Serpentard aurait été suffisamment abruti pour croire qu'il pouvait assassiner le Vainqueur de Celui-Dont-On-Ne-Devait-Pas-Prononcer-Le-Nom et s'en sortir ? Même Nott n'aurait pas été aussi stupide. Ça pouvait être un ancien Mangemort, mais dans ce cas, pourquoi Potter était-il toujours en vie ?
Il serra si fort les lunettes dans sa poche que le verre entailla sa paume il pouvait sentir le sang chaud couler sur sa peau. Il n'y prêta pas attention. Le sang qui avait attiré son regard tachait une pierre près de son pied. Il fixa la pierre ensanglantée sur laquelle sa tête avait été posée tandis qu'une pensée horrible le prenait.
Ça aurait pu être lui.
Et si Potter et lui s'étaient battus, ce qui était un scénario plausible, et que Drago l'avait désarmé et avait jeté sa baguette au loin ? Il pouvait s'imaginer faire quelque chose comme ça, ça lui ressemblait. Dans sa tête, il pouvait voir le visage furieux de Potter se jetant sur lui, comme le Gryffondor téméraire qu'il était. Ils se battaient. Drago faisait voler ses lunettes et Potter lui cognait la tête contre une pierre. A moitié inconscient, Drago parvenait à se débarrasser de lui et à se lever pour lui jeter un sort – un sort si puissant qu'il avait fait voler Potter à plusieurs mètres de là. Et puis ses blessures avaient finalement eu raison de lui, il avait basculé et avait brisé sa baguette en tombant sur sa main droite. Ou peut-être qu'il avait juste trébuché et que sa tête avait heurté la pierre le choc pouvait lui avoir fait perdre la mémoire. Quoi qu'il en soit, la façon dont Drago avait récolté ses blessures ne comptait pas. Ce qui était important, c'est que Drago avait toujours sa baguette en main, et que Potter non. Personne n'avait désarmé Drago. Ce qui était important, c'est que Drago avait pensé à faire ça. Même en blaguant, il y avait pensé, et il avait même proféré des menaces contre Potter la veille devant témoins. Si quelqu'un les trouvait, ou si Drago atteignait miraculeusement Poudlard, tout le monde penserait que c'était lui qui avait attaqué Potter. Et il ne pourrait même pas se défendre, parce que pour ce qu'il en savait, ça pouvait aussi bien être la vérité. Si Potter mourait dans les bois, Drago était fichu. S'il survivait, alors il pourrait peut-être leur dire ce qui s'était passé. Drago ne savait pas si cela était une bonne chose ou non.
Il se mordit la lèvre inférieure et leva la main droite pour inspecter à contrecœur ses phalanges. Elles étaient sensibles et rougies. Comme si… Drago ferma les yeux. Comme s'il avait mis un coup de poing à quelqu'un.
Putain. Drago se passa les doigts dans les cheveux. Il en attrapa une poignée et tira, se faisant mal. A quoi est-ce qu'il pensait pour attaquer Potter comme ça ?
Piteux, il revint vers Potter d'un pas chancelant et se laissa à nouveau tomber à genoux. Potter était dans l'exacte position dans laquelle il l'avait laissé. C'était douloureux de le regarder.
« Je suis désolé, dit doucement Drago. »
Il leva la main et gifla Potter. Le choc de l'impact lui fit tourner la tête. Il fit un petit bruit, mais ses lèvres restèrent serrées et il ne se réveilla pas.
« Putain ! grogna Drago. »
Il ne s'était jamais senti aussi impuissant de toute sa vie. Peu importait qu'il ait fait ça ou non – il n'avait pas le choix. Il fallait qu'il essaye de trouver de l'aide, quelles que soient les conséquences. Il se leva et contempla les vêtements de Potter. Ils étaient trempés par la neige. Il fallait au moins qu'il rapproche Potter des arbres, là où la neige était plus rare et le sol plus sec.
Il soupira et se pencha, attrapant Potter par les épaules.
Déplacer Potter était plus facile à dire qu'à faire. Il l'attrapa par les bras, puis les jambes, luttant pour le tirer vers l'arbre le plus proche. Ses branches étaient suffisamment épaisses pour protéger Potter de la neige. Ses vêtements mouillés et le fait qu'il soit inconscient le rendaient encore plus lourd et les membres engourdis de Drago étaient faibles. Quand il arriva enfin à installer Potter contre l'arbre, il se sentait complètement épuisé, mais il avait au moins un peu plus chaud. Cela dit, il faisait toujours terriblement froid.
Il regarda les lèvres bleues de Potter. Même s'il n'était pas gravement blessé, ce dont Drago doutait, il serait mort de froid d'ici que l'équipe de sauvetage arrive. Si seulement Drago avait pu jeter un Sortilège Réchauffant sur lui. A contrecœur, Drago sortit sa baguette brisée et essaya de jeter le sort. Tout ce qu'il parvint à produire fut quelques étincelles et un peu de fumée. Il remit sa baguette dans sa poche et donna un coup de pied à l'arbre. Il se fit mal aux orteils et grimaça. Pourquoi avait-il fallu qu'il tombe si maladroitement et casse sa baguette ? C'était bien sa chance.
Drago cligna des yeux et retint sa respiration.
Chance.
Bien sûr. Il aurait dû y penser plus tôt. C'était ce dont il avait besoin – un petit peu de chance De celle qu'on trouvait en bouteille.
Rendu extatique par son idée, Drago défit rapidement l'attache de sa cape et glissa la main sous le col de sa chemise. Il ferma les yeux de soulagement en sortant le petit pendentif d'argent. C'était un minuscule dragon, le bijou le plus kitsch que Drago ait jamais porté. Pansy s'était impitoyablement fichu de lui à cause de ça, mais elle n'aurait pas réagi comme ça si elle avait su ce que c'était. Drago tira sur la chaîne et le fermoir céda, laissant tomber le dragon dans la paume de sa main. Il le contempla avec attendrissement pendant quelques secondes, avant de caresser doucement ses ailes. Après quelques caresses, le dragon s'étira et bailla, puis il étendit ses ailes d'argent et rugit. Dans un éclair de lumière verte, il se transforma en une minuscule bouteille emplie d'une potion dorée scintillante.
Cette potion était le futur de Drago.
Durant l'été, sa mère lui avait mis le dragon dans la main tandis que son père lui avait expliqué comment tricher à ses ASPICs en utilisant du Felix Felicis.
« Prends trois gouttes avant chaque épreuve, avait dit son père. Ni plus, ni moins. Si tu en prends moins, ça ne marchera pas. Si tu en prends plus, ça pourrait être détecté. »
Trois gouttes, ce n'était pas beaucoup, mais suffisant pour s'assurer qu'on ne lui poserait pas une question à laquelle il ne pourrait pas répondre. C'était le petit coup de pouce qui lui permettrait d'obtenir un score parfait, quelque chose qui impressionnerait suffisamment les officiels du Ministère pour leur faire oublier de qui il était le fils. Drago renifla en décapsulant la bouteille. Son futur. Il importait peu maintenant. Tout ce qu'il pouvait espérait désormais était de ne pas moisir à Azkaban jusqu'à la fin de ses jours après être devenu le meurtrier qu'il avait toujours été censé être.
Il prit une grande inspiration et inclina la bouteille, laissant son contenu se déverser dans sa bouche. Il ferma les yeux, attendant d'être envahi par un sentiment de confiance, juste comme le promettait la description de la potion.
Rien ne se passa.
Les minutes s'écoulèrent et, se sentant de plus en plus froid et désespéré, Drago ouvrit les yeux et jeta un regard mauvais à la petite bouteille. Il balança son bras et l'envoya s'écraser contre un arbre proche. Elle se brisa en même temps que le dernier espoir de Drago. Qui savait où ses parents avaient trouvé la potion et combien ils avaient payé pour elle. Il lui faudrait les informer qu'ils s'étaient fait méchamment rouler.
Anéanti, il s'agenouilla à côté de Potter et contempla son visage pâle. Comment Drago aurait-il pu le laisser mourir ici ? Mais il n'y avait rien, absolument rien qu'il puisse faire.
Tu pourrais pincer le nez de Potter.
Drago cligna des yeux. C'était bien de lui que venait cette pensée, même s'il ne voyait pas pourquoi il aurait pensé un truc aussi idiot. Sauf que, pour une raison ou une autre, cela ne semblait plus aussi idiot que cela l'avait été au départ en fait ça semblait une bonne idée. Une idée géniale, pour tout dire.
Il se pencha en souriant et pinça le nez de Potter entre son pouce et son index. Plusieurs secondes s'écoulèrent et la confiance de Drago commença à vaciller. Et s'il était en train de l'étouffer ?
Mais alors, un miracle se produisit – Potter eut un hoquet, prit une grande inspiration, et se mit à tousser. Il toussa du sang, mais Drago était bien trop soulagé de voir ses cils battre pour s'inquiéter de ça.
« Potter ! dit-il en relâchant son nez. Potter, réveille-toi ! »
Potter gémit, et ses yeux s'ouvrirent et se refermèrent lentement. Drago sauta sur ses pieds et, avec une force qu'il ne pensait pas posséder, il tira le torse de Potter, le rapprochant de l'arbre jusqu'à ce que Potter puisse appuyer sa tête contre le tronc et s'asseoir. Potter protesta, grimaçant et geignant de douleur. Drago réalisait qu'il n'était pas censé trop bouger Potter mais il ne pouvait juste pas le laisser se rendormir. Le sommeil associé au froid était le meilleur chemin vers une mort rapide.
Drago se courba et attrapa le visage de Potter entre ses paumes, scrutant son visage.
« Potter, il faut que tu te réveilles et te lèves. Il faut qu'on y aille. »
Drago grinça des dents, furieux contre lui pour sa stupide déclaration. Qu'est-ce qu'il racontait ? Aller où ? Il ne savait même dans quelle direction ils étaient supposés aller.
Le vent du nord apportera la neige.
Drago fronça les sourcils. Il avait entendu ça auparavant l'avait lu, en fait. La veille, dans la Gazette du Sorcier. Ca faisait partie des prévisions météo pour ce samedi.
Drago tourna vivement la tête sur sa gauche. Des flocons de neige lui volèrent directement dans le visage.
Gauche. Le nord était à gauche. Son regard tomba sur deux grands arbres qui formaient une arche avec leurs branches. C'était leur chemin.
« Malefoy ? chuchota Potter. »
Drago se tourna vers lui à nouveau. Il tenait toujours son visage entre ses mains.
« Oui ! dit Drago en souriant un peu. Tu me reconnais. C'est bien. C'est merveilleux. Ça veut dire que tu n'as pas de commotion cérébrale. »
Il fit la moue.
« Ce qui serait nettement moins dangereux qu'une hémorragie interne, mais on verra ça plus tard. »
Les yeux verts de Potter avaient l'air éteints.
« Mmm… blessé, marmonna-t-il, à peine capable de bouger ses lèvres.
— Oui, tu es blessé. C'est pour ça qu'on doit y aller et chercher de l'aide.
— Non. »
Potter ferma les yeux et Drago le gifla presque à nouveau, mais il les rouvrit suffisamment rapidement.
« Non, toi. Ta tête… saigne. »
Drago le scruta du regard.
« D'accord. On a tous les deux besoin d'aide. C'est pour qu'il faut que tu te lèves. »
Ses dents grincèrent sous l'effort comme il essayait de le hisser vers lui.
« Lève-toi, Potter ! siffla-t-il comme celui-ci refuser de bouger.
— Je peux pas… gémit Potter, en fermant fort les yeux. Ça fait mal. Vas-y, toi.
— Idiot ! »
Furieux, Drago le gifla à nouveau. Les yeux verts s'ouvrirent aussitôt sous la surprise.
« Tu veux mourir ? demanda Drago. Parce que tu vas mourir si tu te lèves pas, putain !
— Malefoy, vas-y. »
Potter toussa à nouveau. Une petite bulle rouge se forma au coin de sa bouche avant d'exploser.
« Tu es vraiment un idiot, grogna Drago. »
Non, c'est un Sauveur.
Drago fixa les yeux verts maintenant troublés. Bien sûr. C'était Potter . Il sauvait les autres, pas lui-même. Si Drago voulait qu'il bouge, il allait falloir qu'il lui fournisse une meilleure raison.
Il se mordit la lèvre, réfléchissant à toute vitesse.
« Potter, dit-il fermement après un moment. J'ai besoin que tu m'écoutes. »
Il releva sa manche gauche et révéla l'affreuse Marque sur son avant-bras. Il leva le bras et le regard de Potter s'y posa de façon incertaine. Il releva les yeux vers Drago sans comprendre.
« J'étais un Mangemort, Potter, et en tant que Mangemort, il y a des choses je sais. Et je sais de façon certaine qu'il y des loups-garous dans la forêt. »
Potter fronça les sourcils.
« Non, Potter, c'est vrai. Il y a en une meute qui se cache ici. Leur chef est un ami de la famille, mentit Drago. Je n'ai rien dit avant parce que je pensais qu'ils n'oseraient pas s'approcher de Poudlard, mais pendant que tu étais inconscient, je les ai entendus.
— C'pas la pleine lune. »
Potter, malgré son état misérable, arrivait toujours à lever le menton avec défi.
« Potter, ils sont sauvages ! Ca ne change rien ! Tu te rappelles de Greyback ? s'écria Drago.
Une lueur inquiète passa dans les yeux de Potter.
« Il y a des étudiants dans cette forêt. Granger et Weasley ne sont pas loin. Potter, il faut qu'on les prévienne. Il faut qu'on les… sauve. »
Drago éclata presque de rire. C'était ridicule. Ça ne marcherait jamais. Pourtant, les yeux de Potter s'agrandirent.
« Ron et Hermione ? »
Ses yeux se firent plus vifs et il se mit à regarder autour frénétiquement, comme s'il espérait tomber sur la mocheté ébouriffée et sa fidèle patate rousse. Drago se sentit presque coupable de lui causer de l'inquiétude, mais pour la première fois depuis qu'il avait ouvert les yeux, Potter avait l'air lucide.
« Ils ne peuvent pas… hoqueta-t-il. Les Aurors sont après eux.
— Et je te dis qu'on ne les a pas encore capturés. Père avait quelques uns d'entre eux à dîner l'autre jour. »
Drago grimaça. Peut-être qu'il allait trop loin. Heureusement, Potter était en train d'avoir une autre quinte de toux et peut-être qu'il ne l'avait pas entendu.
« Allez viens, Potter. Il faut qu'on fasse quelque chose. On ne peut pas laisser tes amis mourir. »
Drago l'attrapa par le bras, essayant de le tirer vers le haut à nouveau, et cette fois Potter l'aida. Drago se figea quand Potter enroula ses bras autour de son cou, mais il retrouva rapidement ses esprits et l'aida à se tenir debout. Ils se tinrent ainsi un moment, enlacés malgré eux tandis que Potter haletait et toussait dans son oreille. Drago avait l'impression d'étreindre un bloc de glace, mais il enfouit néanmoins son nez dans les cheveux mouillés par la neige de Potter et adressa une prière de gratitude au quelconque dieu qui autorisait Potter à survivre.
Plus que tout, Drago voulait lui demander s'il se rappelait ce qui s'était passé, mais il n'osait pas. Si c'était Drago qui avait fait ça, il préférait retarder autant que possible le moment où cela deviendrait une certitude.
« Oh bon sang, gémit Potter. »
Il recula légèrement, se tenant le ventre.
« Pas le temps pour ça Potter. On a des gens à sauver, dit Drago. »
Il enroula fermement son bras gauche autour de la taille de Potter.
« Tiens, prends mon bras. »
A contrecœur Harry lâcha son ventre et attrapa le poignet gauche de Drago, s'appuyant lourdement dessus. Son bras droit était toujours passé autour de la nuque de Drago. Celui-ci soupira intérieurement. Il semblait qu'il lui faudrait bien porter Potter, après tout. Potter serra la mâchoire et effectua quelques pas décidés en avant, forçant Drago à le suivre.
« Allons-y, dit-il fermement. »
C'était dur de ne pas trébucher sous le poids de Potter. Leur position bizarre et la douleur dans la tête de Drago n'aidaient pas. Il serra les dents. Si Potter pouvait marcher malgré ses blessures et le froid, alors lui aussi.
Lentement mais sûrement, ils commencèrent à progresser à travers la forêt. Drago ne pouvait qu'espérer qu'ils atteindraient Poudlard à temps.
center*/center
Potter se tenait le ventre.
« Il faut que je me repose.
— Encore un tout petit peu, exigea Drago. »
Cela faisait longtemps qu'ils marchaient, mais ils n'avaient pas beaucoup progressé. Pour la plus grande part, Drago avait dû traîner Potter, ôter les branches de leur passage, et garder un œil sur le terrain inégal. Potter trébuchait à la moindre brindille, au moindre caillou ou tas de neige.
Il faisait de plus en plus sombre mais Drago aperçut un éclair de lumière non loin devant. Il décida que la lumière était la destination qu'ils désiraient atteindre. C'était un but comme un autre.
« Tu dis tout le temps ça, pleurnicha Potter.
— Et je mens tout le temps. Mais là je dis la vérité. »
Potter semblait encore plus lourd qu'avant, si cela était possible.
« Allez, Potter. Je te mets une autre baffe sinon. Tu sais que je le ferai.
— Alaud, grommela Potter »
Drago soupçonnait qu'il avait essayé de le traiter de salaud mais laissa passer l'insulte. Si Potter avait envie de l'insulter, Drago ne pouvait que l'y encourager. Aussi longtemps que Potter restait éveillé, il pouvait bien dire tout ce qu'il voulait. Avec l'aide du Felix Felicis, ils atteindraient Poudlard à temps. Peut-être que la potion aiderait même Drago à échapper à l'accusation de tentative de meurtre – si c'était réellement lui qui avait attaqué Potter. Toutefois, Drago doutait que la potion soit si puissante que cela. Il n'en avait avalé qu'une minuscule gorgée.
« Hourrah, grogna Drago alors qu'ils atteignaient une petite clairière. »
C'était de là que provenait la lumière. L'absence d'une frondaison épaisse donnait l'impression qu'il faisait plus clair. Pas de quoi s'emballer. Ce n'était pas la fin de la forêt.
Une vague de désespoir infini le balaya. Peut-être que la potion avait déjà fini d'agir.
« Maintenant ? demanda Potter. »
Drago soupira et le conduisit vers un arbre.
« Vas-y, assieds-toi. »
Mais Potter ne pouvait pas s'asseoir tout seul, et Drago dut le guider précautionneusement.
« Eeeeet on lâche, s'énerva Drago. »
Potter s'était assis mais ses bras étaient toujours fermement enroulés autour du cou de Drago, le forçant à se courber en avant. Potter baissa les mains et laissa sa tête aller contre l'arbre. Il respirait fort, et son visage était plus pâle que jamais. Ses yeux se fermèrent.
Drago se mit à genoux devant lui, vaguement irrité d'avoir été forcé de s'agenouiller devant Potter de nombreuses fois en cette journée. Il lui donna une légère tape sur la joue.
« Hé, Potter, qu'est-ce qu'on a dit ? On garde les yeux ouverts et on se concentre sur la plus belle chose alentour, s'il te plaît. »
Potter ouvrit les yeux et parvint même à produire un petit sourire.
« Il me faudrait un miroir, dans ce cas.
— C'est mignon. »
Drago secoua la tête.
« Allez, tu te rappelles les loups-garous ? On peut pas perdre du temps ici.
— Tu as menti. Il n'y a pas de loups-garous. »
Drago se mordit la lèvre et essaya de penser à un moyen de convaincre Potter qu'il disait la vérité. Il arrivait à court d'arguments. L'idée était complètement idiote à la base. Le fait que Potter l'ait cru au départ était la preuve de son état pitoyable.
Potter referma les yeux.
« Tu n'en sais rien, Potter. Peut-être… »
Drago enfonça ses dents profondément dans sa lèvre inférieure avant de la relâcher pour parler.
« Peut-être que c'est les loups-garous qui nous ont attaqués ? Tu crois que c'est possible ? »
Les paupières de Potter battirent et une minuscule ride se forma entre ses yeux.
« No, pas… »
Il toussa.
« Pas les loups-garous. »
Drago attendit qu'il dise autre chose, mais Potter se contenta de le fixer. Il était dur de dire si le regard de Potter était accusateur ou simplement flou.
« J'froid, chuchota-t-il.
— Je sais, soupira Drago. S'il te plaît, tiens bon encore un peu… »
Un oiseau poussa un cri perçant. Drago se tourna à temps pour voir un petit oiseau bleu tomber au sol. Il ne bougeait plus. Drago cligna des yeux et fixa la masse de plumes bleues avec incrédulité. Il eut un rire un peu déséquilibré.
« Oh, Potter, j'y crois pas, dit-il tout en riant. Je crois qu'on vient juste de gagner le concours de Slughorn. »
Potter ne répondit pas. Le rire de Drago mourut abruptement, et il reporta son regard sur Potter.
« Oh, non, certainement pas ! laissa-t-il échapper. »
Il se mit à secouer Potter qui était tombé endormi pendant que Drago ne regardait pas. Il le secoua, lui cria dessus, le gifla, et lui pinça même le nez à nouveau, mais Potter n'eut aucune réaction, et Drago relâcha rapidement son nez, de peur de l'assassiner pour de bon si ce n'était déjà fait. Ses lèvres étaient légèrement entrouvertes et il était possible qu'il ait respiré par la bouche. Du moins c'est ce que pensait Drago. Il envisagea d'écouter son cœur à nouveau, mais il avait trop peur de ce qu'il découvrirait. Il fallait qu'il soit vivant. L'autre possibilité n'était pas acceptable.
Prenant la tête de Potter dans sa main, Drago pressa son front contre celui, gelé, de Potter.
« S'il te plaît, Potter, ne sois pas mort. »
Il contempla les longs cils sombres de Potter. Ils refusaient de bouger. Comme Drago reculait, la tête de Potter tomba en avant.
Drago avait envie de pleurer, mais ses yeux restaient obstinément secs. Pourquoi cette satanée potion ne marchait-elle pas ? Pourquoi les avait-elle conduits ici ? C'était juste un autre endroit désert et silencieux.
Les Jobarbilles crient avant de mourir.
Drago arracha son regard de Potter et se concentra sur le petit oiseau. Il était toujours là personne n'avait réclamé sa proie.
Les Jobarbilles avaient une mémoire exceptionnelle et au moment de leur mort ils répétaient chacun des sons qu'ils avaient jamais entendus. Apparemment, ce Jobarbille-là était sourd, ou bien la mort l'avait saisi trop rapidement. Drago scanna rapidement les alentours du regard, mais il ne vit ni n'entendit rien. En fait, en y pensant, la clairière était étrangement silencieuse. Il ne pouvait même plus entendre ou sentir le vent. Drago se leva, faisant attention de ne pas regarder vers Potter – il ne pouvait supporter la vue de son corps immobile. Il se dépêcha de rejoindre l'oiseau mort, incertain de ce à quoi il s'attendait. L'oiseau reposait sur un tapis de feuilles décomposées. Il avait l'air en parfaite santé, mais il était définitivement mort. Drago le fixa du regard.
« Pourquoi tu es mort, putain ? demanda-t-il à l'oiseau mort avant de regarder autour de lui à nouveau. »
L'air semblait peser des tonnes. Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond dans cette clairière, mais quoi que ce fût, les arbres ne semblaient pas disposés à partager leur secret.
Drago se pencha et ramassa quelques cailloux et des brindilles qu'il envoya voler dans toutes les directions à travers la clairière. Ils atterrirent de l'autre côté sans encombre. La mâchoire serrée, Drago fit quelques pas en avant.
Il n'arriva rien.
Témérairement, il avança jusqu'au centre de la clairière, mais il ne fut ni arrêté ni attaqué.
« Et bien, c'était productif. »
Il soupira. Son regard tomba sur la forme sombre de Potter mais il détourna aussitôt les yeux.
Il neige.
Drago fronça les sourcils. Non, il ne neigeait pas. Pourtant, ça avait été le cas une seconde auparavant. Une poignée de flocons tourbillonnèrent autour de Potter, alors même qu'il était sous un arbre, mais il n'y avait rien devant Drago alors que rien ne le protégeait au-dessus de lui. Renversant la tête en arrière, il regarda le ciel gris. Loin au-dessus de sa tête, d'épais flocons de neige dansaient dans le vent comme des milliers de tête d'épingles lumineuses éparpillées dans le ciel gris et morne. Aucun d'eux ne l'atteignit. Peut-être qu'ils fondaient avant d'atteindre le sol, mais ce n'était pas le cas près de Potter.
Drago avait toujours un petit caillou dans la main. Il le lança haut en l'air. Il monta sans effort dans le ciel, et puis redescendit et disparut. Drago cligna des yeux, sans savoir s'il en avait juste perdu la trace, ou s'il s'était réellement évaporé. Il lui sembla qu'il pouvait voir un peu de poussière tomber en poudre juste là où la pierre aurait dû atterrir.
Perplexe, Drago fit à nouveau le tour de la clairière du regard.
Le truc étrange le frappa aussitôt. Il aurait dû le voir tout de suite mais tandis qu'ils cheminaient à travers les bois, il s'était accoutumé à trouver des zones enneigées et des zones où le sol était sec. Cela dépendait de l'épaisseur des arbres. C'était pour ça qu'il n'avait pas remarqué tout de suite – il n'y avait pas de neige dans la clairière. Sur plusieurs mètres dans chaque direction, jusqu'à la lisière elle-même où les arbres devenaient denses, le sol était parfaitement sec. Ce qui voulait dire que quelque chose protégeait ce petit carré de terrain. Il devait y avoir un genre de barrière magique au-dessus de lui. Une barrière qui tuait les oiseaux et faisait disparaître les pierres et la neige. Drago se tenait juste dessous mais n'en était pas affecté, tout comme les pierres et les brindilles qu'il avait jetées de l'autre côté la clairière n'était protégée que de dessus. Mais pourquoi quelqu'un voudrait-il protéger une clairière au milieu de nulle part. Et plus important, comment cela était-il possible ?
Drago leva à nouveau la tête la vue des flocons tourbillonnants au-dessus de lui lui donna l'impression de se tenir dans la Grande Salle. Si ceci avait été une maison, il serait en train de regarder le plafond, et il savait deux ou trois choses sur les Sortilèges qu'on utilisait sur les plafonds. Le Dissimilis était le plus important. L'enchantement était concentré sur le plafond et descendait vers les murs pour englober l'espace entre les deux dans une enceinte magique. Il avait longtemps soupçonné que le Dissimilis faisait partie des sortilèges utilisés dans la Salle sur Demande. C'était un sort qu'on utilisait pour la décoration intérieure il permettait de créer deux pièces différentes qui occupaient le même espace, leur accessibilité dépendant des différentes entrées utilisées. Toutefois, c'était son usage moins légal qui était le plus intéressant. Le sortilège était souvent utilisé pour cacher une pièce à l'intérieur d'une pièce.
Son père avait une pièce comme ça. Si on passait par la porte, on arrivait dans le bureau de son père si, au contraire, on se concentrait sur le portrait d'Emeric le Hargneux suspendu près de la porte, et qu'on lui adressait des gestes menaçant, Emeric se jetait en avant en agitant sa baguette, et ce faisant révélait une poignée de porte cachée derrière son dos. Si on pénétrait dans la pièce en passant par le portrait, on atterrissait dans l'autre bureau de son père, celui qui contenait tout un tas de potions illégales et d'objets ensorcelés. Le sortilège était très utile et efficace, mais Drago n'avait jamais entendu dire qu'on pouvait s'en servir en extérieur. Il fallait un plafond pour le jeter, mais peut-être le plafond n'était-il nécessaire que pour protéger les gens de ses effets létaux.
C'était un sort puissant. Drago ne pouvait imaginer pourquoi quelqu'un s'amuserait à le jeter au milieu d'une forêt. Qui sait ce qui était caché à l'intérieur ? Cela pouvait être quelque chose de dangereux, quelque chose qu'il vaudrait mieux ne pas trouver. D'un autre côté, Drago n'avait pas grand-chose à perdre et puis, apparemment, c'était son jour de chance. La potion l'avait amené ici, pas vrai ? Elle avait dû faire cela pour une raison. Drago comptait sur sa chance pour l'aider à trouver l'entrée.
Il ne pouvait y avoir qu'une seule entrée et, puisque celui qui avait jeté le sortilège avait été assez fou pour le faire au milieu d'une forêt, il fallait au moins qu'il se soit assuré qu'aucune créature ou être magique ne tomberait dessus par accident. Drago n'avait pas la moindre idée de comment cela était possible. Même s'il fallait utiliser un angle spécial pour entrer, un jour où l'autre quelqu'un passerait à travers les protections et trouverait ce qu'il y avait à cacher – on ne pouvait simplement pas avoir de contrôle là-dessus. Ce n'était pas un bon moyen de cacher quelque chose, mais le Dissimilis était très difficile à lancer, et celui qui l'avait fait devait être quelqu'un d'intelligent.
L'entrée ne pouvait fonctionner comme elle le faisait pour la Salle sur Demande. Si tout ce qu'il fallait faire pour rentrer dans la pièce était de chercher quelque chose de précis, c'était trop facile. Drago doutait que la pièce existait simplement pour servir d'abri aux voyageurs fatigués. Cela voulait dire que la dissimulation dépendait d'une porte à la forme inhabituelle, tout comme pour le bureau de son père. Sauf que les portraits étaient à moitié conscients et que leur magie propre en faisait de parfaits gardiens pour un passage secret. Il n'y avait rien dans cette clairière qui puisse être utilisé pour créer une entrée de ce type.
Peut-être que le type qui avait fait ça n'était pas aussi intelligent que Drago le pensait, ou qu'il – ou elle – avait espéré que personne ne tomberait sur l'entrée par hasard. Peu convaincu, Drago fit le tour de la clairière du regard, espérant qu'il remarquerait quelque chose d'étrange. Il marcha jusqu'au bord de la clairière, là où le sol était couvert de neige, et essaya de rentrer dans la clairière en venant de différents endroits. Rien de spécial ne se passa.
Après un moment, il décida qu'il ne faisait que perdre son temps. Il laissa presque tomber, mais alors son regard se posa sur un énorme chêne. Le tronc en était très large, et il était entouré de deux buissons épineux. Quiconque pénétrait dans la clairière ne pouvait y arriver par là. Se sentant complètement idiot, Drago marcha jusqu'à l'arbre et se retourna, appuyant fermement son dos contre l'écorce rugueuse. Il se positionna lentement pour être vraiment au milieu de l'arbre et ferma les yeux. Il était sûr d'une chose : personne ne penserait jamais à entrer dans la clairière de cette manière, sauf peut-être un élève de Poudlard taré et drogué au Felix Felicis. Drago se concentra et fit deux pas en avant. Et puis il prit une grande inspiration et rouvrit les yeux.
Il se trouvait toujours dans la clairière.
Il poussa un juron et frappa le sol de sa botte. Il était sûr que l'arbre immense marquait l'entrée, parce que rien d'autre ne pouvait tenir ce rôle. Mais bien sûr, ce n'était pas aussi simple. Il fallait probablement une baguette pour entrer, de toute façon.
Drago fixa du regard les arbres silencieux. Il était temps d'abandonner. Aucune idée de génie ne lui venait. On était obligé de rentrer dans la clairière soit par au-dessus en volant, ce qui était mortel, soit en venant de la forêt à travers les arbres.
Son cerveau s'arrêta de tourner d'un coup.
A travers les arbres.
Son regard revint aussitôt sur l'énorme chêne. Et si l'entrée marchait juste comme le passage qui conduisait au quai 9 3/4? Une barrière solide, qui passait inaperçue, et pour la franchir, il fallait juste croire qu'elle vous laisserait passer et que vous ne vous écraseriez pas le crâne contre elle. Et si le gros arbre ne marquait pas l'entrée mais était l'entrée ?
Ça valait la peine d'essayer.
Drago marcha jusqu'à l'arbre et le contempla avec un peu d'appréhension. Il se rappelait ce que sa mère lui avait dit la première fois qu'il avait dû traverser la barrière pour atteindre la Plateforme.
« Concentre-toi et sois très sûr de toi. N'hésite pas. »
Il avait été certain qu'il finirait avec une grosse bosse, mais il avait fait confiance à sa mère.
Il prit une grande inspiration et se concentra sur l'idée d'atteindre l'autre côté. Il fit deux pas rapides en avant. Il ferma les yeux au moment où son visage arriva au niveau du tronc, mais il fit courageusement un autre pas.
Il n'y eut pas de douleur. Il ne se cogna pas la tête.
Ses yeux se rouvrirent aussitôt et la joie le fit presque éclater de rire. En dépit de toute logique, ça avait marché. C'était comme s'il avait pénétré dans un autre monde. Tout baignait dans une vive lumière et l'air lui-même semblait plus chaud l'hiver ne touchait pas cet endroit magiquement protégé. Drago se mordit la lèvre et avança dans un passage court avant de passer sous une arche qui brillait. Il se retrouva dans un espace circulaire entouré d'une barrière magique. La forêt était toujours visible les protections étaient dorées de l'intérieur, mais il pouvait toujours voir dehors à travers le voile de magie. De l'autre côté de la clairière, la forme sombre de Potter semblait baigner dans l'or. De façon perturbante, on aurait dit que Potter n'avait pas de pieds. Ils avaient dû passer la barrière et Drago ne pouvait pas les voir car Potter ne faisait pas partie de l'enchantement.
En plein milieu de la clairière il y avait une cabane d'aspect quelconque. Elle était en bois et semblait petite et déserte. Drago sourit néanmoins largement en se précipitant vers la porte. Il ne se donna pas la peine de frapper et il lui vint à l'esprit que la porte aurait pu être fermée à clé seulement après l'avoir déjà ouverte. Avec une magie aussi puissante pour la protéger, la cabane n'avait pas vraiment besoin d'être fermée.
Il faisait sombre à l'intérieur, mais la lumière se diffusa par la porte ouverte et Drago vérifia rapidement l'intérieur. Il remarqua diverses étagères, armoires, placards, et un heureux manque d'occupants. Son regard tomba avec bonheur sur une grande cheminée. Il n'y avait pas de feu, mais un panier plein de bûches était placé juste à côté.
Pour la première fois depuis qu'il avait bu la potion, Drago ressentit de l'espoir, comme si jusqu'à maintenant il avait été trop désespéré pour permettre à la potion de fonctionner correctement.
« Tu ferais mieux de ne pas être mort, Potter, marmonna-t-il tandis qu'il faisait demi-tour et se précipitait à l'extérieur. »
center*/center
Stupidement, Drago pensait que traîner Potter jusqu'à la cabane serait son plus gros problème, mais il se sentait bien plus fort maintenant qu'il avait trouvé un endroit où ils pourraient se protéger du froid. Dans son état d'euphorie, ce ne fut pas dur de tirer Potter à travers la clairière et jusqu'à l'arbre. Bien sûr, ce n'était probablement pas très bon de remuer autant Potter, mais Drago n'avait pas le choix. Potter était en train de geler, et si le sortilège ne le tuait pas, l'hypothermie s'en chargerait. Si Potter était dans un endroit chaud, peut-être que Drago pourrait le laisser là et continuer tout seul. L'idée n'était pas plaisante pour plus d'une raison, mais il n'en avait pas de plus intelligente.
Il essaya de faire aussi attention qu'il le pouvait avec Potter, mais manœuvrer son corps à travers l'arbre et le passage étroit n'était pas facile. Toutefois, les vrais problèmes de Drago commencèrent une fois que Potter fut en sécurité sur le sol de la cabane.
D'abord, la cabane n'avait pas de fenêtre, et Drago devait laisser la porte ouverte pour y voir quelque chose. Il faisait plus tiède derrière la barrière magique, mais ça restait froid. Potter ne se réchaufferait jamais assez si Drago laissait l'air froid rentrer à l'intérieur. Il lui semblait que tous ses problèmes seraient rapidement résolus s'il allumait un feu – il aurait à la fois de la lumière et de la chaleur. Cependant, c'est là que son second problème commençait. Il avait une cheminée, il avait des bûches, mais il n'avait rien pour démarrer le feu. Il fouilla la cabane, sans être sûr de ce qu'il cherchait, mais il espérait qu'il aurait de la chance et trouverait quelque chose qui l'aiderait à démarrer un feu. Il ne trouva rien de la sorte mais il trouva plein d'autres choses : des chaudrons, des couteaux, des plantes, des morceaux divers de créatures magiques, et des tas d'autres choses dans ce genre. La cabane était pleine d'ingrédients pour potions, même si Drago n'avait pas trouvé une seule potion en elle-même. Il haussa les épaules et arriva à la conclusion qu'il était dans une espèce de réserve.
La chose la plus étrange qu'il avait remarquée était une espèce de truc en métal, fixé au mur sud. Drago n'avait jamais rien vu de tel, mais en y regardant de plus près, il s'aperçut qu'il y avait une couverture et ce qui semblait être un matelas coincé entre le métal et le mur de bois. Séparer le métal du mur avait l'air impossible mais Drago avait besoin de cette couverture. Il tira et secoua, poussa force jurons, et finalement le métal céda et tomba. Drago sauta en arrière, se résignant déjà à se faire méchamment écraser les orteils, mais la chose en métal ne toucha jamais ses pieds. L'instrument s'arrêta avant de tomber totalement, et resta suspendu au-dessus du sol. Drago resta à le fixer pour une minute avant d'éclater de rire. C'était un lit. Oui, c'était ça, bien sûr. Pourquoi autrement y aurait-il un matelas et une couverture ? Mais Drago n'avait jamais vu un lit en métal fixé à un mur. En y réfléchissant, il réalisa que c'était probablement fait pour gagner de la place. Ça puait l'invention moldue, mais Drago était trop heureux d'avoir trouvé une couverture qui avait l'air bien chaude pour perdre du temps à avoir pitié de ces idiots de Moldus.
Il se dépêcha de retourner au côté de Potter. Son plan était de traîner Potter jusqu'au lit et ensuite de fermer la porte. Ce n'était pas une solution idéale, mais c'était la seule à laquelle il pouvait penser.
Potter avait une mine atroce. Ses lèvres étaient bleues et son visage blanc comme un linge. Drago toucha son front, mais retira bien vite sa main. La peau de Potter était si froide que son estomac en faisait des bonds. Il n'avait pas cherché pour des signes de vie depuis que Potter s'était effondré en arrivant à la clairière. Pour ce que Drago en savait, Potter pouvait bien être mort depuis un moment maintenant. Il avait l'air mort : étendu sur le sol, les yeux fermés et tout son corps rigide.
Drago repoussa ces pensées déprimantes. Il ne pouvait pas se permettre de penser comme ça. Potter ne pouvait pas mourir maintenant, pas alors que Drago leur avait trouvé un abri. Décidant avec entêtement que Potter était vivant, Drago ne vérifia pas son pouls mais l'attrapa par les épaules afin de le tirer vers le lit. Au moment où il toucha la cape de Potter, il réalisa que son plan ne pouvait pas marcher. Les vêtements de Potter étaient mouillés et gelés à la différence de Drago, Potter avait passé un long moment allongé dans la neige. Drago devrait lui ôter ses vêtements, mais alors tout ce qui garderait Potter au chaud serait une misérable couverture, et peut-être la cape bordée de fourrure de Drago, qui était bien plus sèche que celle de Potter. Ça ne serait pas assez. Il fallait que Drago allume un feu. Si seulement il avait pu faire fonctionner sa baguette, il aurait pu réchauffer Potter. Mais une baguette cassée ne pouvait pas produire de feu.
Les baguettes cassées peuvent ricocher
Une sensation de déjà-vu bizarre le frappa. Il avait déjà eu des pensées similaires plus tôt dans la journée. Il avait même essayé de jeter un Sortilège Chauffant mais avait échoué lamentablement. Tout ce qu'il avait réussi à sortir c'était de la fumée. Et des étincelles. Des putains d'étincelles.
Il plongea la main dans sa poche et en sortit sa baguette brisée. Il se rappelait qu'en deuxième année il avait eu la chance d'échapper au maléfice de Crache-Limaces que Ron Weasley lui avait jeté. Est-ce que Weasley n'avait pas cassé sa baguette et l'avait réparée avec du Spellotape1 ? Ca n'avait pas marché comme il le fallait, mais ça n'avait pas d'importance – tout ce dont Drago avait besoin était quelques étincelles.
Il se précipita vers un petit bureau dans un coin et en ouvrit le tiroir du haut. Une réserve à potions qui se respectait ne pouvait pas ne pas contenir de Spellotape. Effectivement, Drago en trouva au milieu de parchemins à l'air onéreux. Il prit les parchemins et en jeta quelques uns dans la cheminée. Puis il essaya – en s'y prenant très mal – de réparer sa baguette avec le Spellotape.
Quand il fut d'avis qu'il avait produit assez d'efforts sur sa baguette, il attrapa un morceau de parchemin d'une main, et sa baguette de l'autre.
Essayer de faire prendre un feu dans une cabane en bois avec une baguette en bois n'était pas la meilleure des idées mais Drago serra la mâchoire, agita sa baguette et s'écria :
« Incendio ! »
De la fumée et des étincelles volèrent partout. Le parchemin prit feu et Drago le jeta aussitôt dans la cheminée. Souriant victorieusement, il manqua presque s'apercevoir que sa baguette et sa manche avaient pris feu elles aussi. Il lâcha promptement sa baguette et la piétina tandis qu'il agitait vivement son bras. Heureusement, sa cape était trop humide pour prendre vraiment feu. Sa baguette, par contre, était complètement ruinée – le Spellotape et le bois étaient devenus noirs seul le crin de licorne avait l'air intact.
Drago contempla la cheminée avec appréhension. Si le feu ne prenait pas, c'était fini – il était clair qu'il ne pouvait plus utiliser sa baguette elle était trop abîmée pour cela. Le parchemin se consuma et Drago utilisa le reste du stock de papier qu'il avait trouvé dans le tiroir dans la cheminée. Le feu rugit avant de diminuer rapidement l'espace d'une minute, il donna l'impression qu'il allait mourir complètement, mais ensuite un craquement discret parvint aux oreilles de Drago, et l'une des bûches prit lentement feu.
Drago ferma brièvement les yeux et prit une grande inspiration. Ses poumons lui faisaient mal il avait oublié de respirer.
Le feu s'embrasa et il se précipita avec joie pour fermer la porte. Peut-être était-ce simplement son imagination, mais il lui semblait qu'il faisait déjà un peu plus chaud. Son regard tomba sur les lèvres bleuies de Potter et, pour la énième fois ce jour-là, il s'agenouilla devant lui.
Il caressa les boutons de sa cape et en tira la conclusion – ou imagina – que la poitrine de Potter se soulevait et redescendait de façon presque imperceptible.
« Et bien Potter, on dirait que je suis coincé dans le petit fantasme de Miss Primepervers, grommela Drago en commençant à retirer ses vêtements. »
Ce n'était pas une tâche facile. Lorsqu'il eut fini de lui enlever sa cape, ses bottes, ses chaussettes et son pantalon, Drago transpirait carrément. Sa chemise et son caleçon étaient soit mouillé, soit très froid, et Drago débattit un moment avec lui-même avant de décider d'enlever ça aussi. La vue de la poitrine nue de Potter lui apporta une joie immense – sans sa cape et sa chemise le protégeant, il pouvait voir clairement que Potter respirait toujours.
Avant de lui retirer complètement sa chemise, Drago le traîna jusqu'au matelas qu'il avait au préalable ôté du lit et placé juste devant la cheminée.
La peau de Potter était glaciale et Drago évitait de la toucher autant que possible chaque minuscule contact le faisait frissonner. Lorsqu'il lui enleva son caleçon, il fit de son mieux pour ne pas regarder mais ses yeux le trahirent et lui laissèrent entrevoir une touffe de poils sombres et épais, le sexe flasque de Potter et ses bourses bien rondes. Ses doigts effleurèrent la peau douce des cuisses de Potter tandis qu'il devait reconnaître avec mauvaise humeur qu'il n'y avait rien dont Potter dût avoir honte, même dans son état d'hypothermie. La seconde suivante, Drago envisagea de se mettre des baffes pour penser à la taille des parties de Potter en un moment pareil.
Il se sentit beaucoup mieux une fois que la tentation du corps nu de Potter fut sagement cachée sous la couverture.
Un vrai lit doit avoir un oreiller.
Drago fronça les sourcils et ôta rapidement sa cape. Il la plia afin que la fourrure soit sur l'extérieur et l'endroit mouillé enroulé à l'intérieur. Il leva doucement la tête de Potter avant de la laisser reposer délicatement contre la fourrure.
Il fit un pas en arrière et admira son œuvre. Le feu projetait sur la peau de Potter une lumière dorée qui lui donnait l'air un peu moins pâle. Il semblait possible qu'il soit suffisamment au chaud entre la fourrure et la couverture. Drago sourit. C'était nettement plus facile de le regarder en train de dormir maintenant.
Cependant, la joie de Drago s'évanouit bien trop rapidement. Il ne faisait que se leurrer. Potter était à peine en vie. Il avait craché du sang et s'était tenu le ventre ce qui voulait dire qu'il y avait un problème avec ses poumons ou d'autres organes. Il avait une hémorragie interne et avait failli mourir de froid, et en plus de ça, il avait été obligé de marcher dans cet état, et Drago l'avait remué, secoué, et traîné son corps blessé dans tous les sens. C'était un miracle qu'il soit toujours en vie.
Drago avait pensé à laisser Potter ici et partir chercher de l'aide, mais même s'il en trouvait, il n'y arriverait pas à temps. Potter ne ferait que mourir plus tôt parce qu'il n'y aurait personne pour entretenir le feu.
Un vrai lit doit avoir un oreiller.
La pensée perturba Drago. Potter n'avait pas besoin d'un oreiller la cape de Drago était suffisamment douce. Et puis, Drago ne pouvait pas en trouver un. Mais si on y réfléchissait, pourquoi ? Il avait trouvé un lit et une couverture, mais il n'y avait pas d'oreillers en vue. Ce qui pouvait vouloir dire que quiconque dormait ici était un énergumène qui avait quelque chose contre les oreillers. S'il n'y avait eu que ça, ça n'aurait pas vraiment dérangé Drago, mais ce n'était pas la seule étrangeté. Maintenant qu'il y pensait, il y avait plusieurs choses dans la cabane qui le troublaient grandement. Elle était emplie d'ingrédients pour potions, mais il n'y avait pas une seule potion – et Potter en aurait eu bien besoin. Il avait trouvé un lit mais il n'y avait pas d'oreillers. La cabane était protégée par des enchantements puissants destinés à sauver de l'espace, mais son propriétaire avait décidé d'économiser de l'espace en pliant un lit moldu bizarroïde contre le mur. Il y avait là tout un tas de contradictions bizarres. Et surtout, pourquoi se donner tant de mal pour cacher des ingrédients pour potions ? Bien sûr, certains d'entre eux avaient de la valeur, mais c'était quand même dément. Une cachette pour des potions, par contre… Ca, ça aurait valu la peine. Ce qui voulait dire qu'il y avait de grandes chances que Drago soit en train de louper quelque chose. S'il y avait des potions ici, elles étaient cachées. Mais où ?
Drago regarda le lit de métal. C'était la seule chose qui n'avait pas l'air à sa place. Si le lit n'était pas fait pour y dormir, alors il devait cacher quelque chose.
Drago s'en rapprocha et examina le lit et le mur avec attention. Il poussa vers la gauche et la droite, regarda au-dessus du lit et en-dessous, mais ne trouva rien. Il croisa les bras sur sa poitrine et regarda les barres métalliques d'un air sévère. Il se rappela que ça avait été dur de déplier le lit quand il avait essayé au début, ce qui voulait peut-être dire que le lit était normalement collé au mur et rarement utilisé. Drago fronça les sourcils et releva le lit contre le mur. Il fit quelques pas en arrière pour le regarder. Si le lit ne servait pas en tant que lit, et qu'il ne servait pas non plus à cacher une espèce de porte dans le mur, alors peut-être avait-il un autre propos.
Drago pencha la tête de côté. Relevé comme ça, avec ses barres métalliques et sans le matelas, on aurait presque dit une fenêtre. Peut-être que c'en était une. Peut-être que le lit en lui-même était un passage. Une autre barrière magique que Drago aurait à briser à la seule force de sa volonté. Ça avait déjà marché une fois ce jour-là.
Il avança lentement d'un pas et appuya son pied contre le lit, souhaitant qu'il passe à travers le métal et le mur. Et c'est ce qu'il fit.
En souriant, même s'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il trouverait de l'autre côté, Drago fit passer l'ensemble de son corps à travers le métal. Son sourire s'élargit quand il passa sans effort à travers la barrière et se retrouva dans une autre pièce. Elle avait à peu près la même taille que celle où il avait laissé Potter, mais cette pièce était éclairée – par la luminosité scintillante de centaines et de centaines de potions.
center*/center
Drago n'était pas un guérisseur il n'était pas intéressé par cette profession. Les Potions étaient bien plus simples. Quand vous faisiez une potion, soit elle était bonne, soit elle était mauvaise. Il était très facile de le vérifier et de voir si ça avait marché. Et si ce n'était pas le cas, il n'y avait qu'à réessayer jusqu'à ce que vous y arriviez. On aurait pu appeler ce processus frustrant, mais Drago préférait dire que c'était stimulant. Mais guérir, c'était une toute autre histoire. Si vous vous plantiez la première fois, vous n'aviez pas de seconde chance.
Mais arrivé là, ça n'avait plus vraiment d'importance. Il n'avait pas le temps d'expérimenter, de toute façon. Potter était quasi mort, et quoi que Drago fasse, il ne pouvait empirer son état. Il lui fallait cependant sélectionner les potions avec soin.
Il choisit une potion rouge sang qu'il savait être utilisée pour restaurer les tissus endommagés et reconstituer du sang. Toutes les potions de ce genre qui redéveloppaient une part du corps humain étaient très envahissantes, juste comme les sorts qui causaient le dommage. La première règle en guérison, et la seule dont Drago se rappelait, était : ne jamais soigner les effets du sort il fallait annuler le sort lui-même. C'était quelque chose que Drago ne pouvait pas faire, parce qu'il ne savait pas de quel sort Potter avait été frappé. Si c'était Drago l'attaquant, il avait de vagues idées de quels sorts il aurait pu utiliser, mais il n'avait aucune certitude.
Il s'inquièterait de ça plus tard. Il regarda les diverses potions et en trouva beaucoup qu'il reconnaissait et encore davantage dont il n'avait jamais entendu parler. Au final, il décida qu'il lui faudrait bien expérimenter après tout, au moins un peu. Le fait qu'il ait trouvé cette cabane et toutes ces potions signifiait que le Felix Felicis agissait toujours. Peut-être devait-il juste se laisser guider. Just au cas où, il passa quelques minutes à chercher pour une bouteille de chance liquide mais il n'en trouva pas. Il laissa tomber, réalisant qu'il perdait un temps précieux.
Il fut vite de retour dans l'autre pièce avec quatre flacons dans les mains. Le premier était une simple Solution d'Eveil qui allait forcer Potter à se réveiller temporairement. Donner cette potion à quelqu'un de blessé n'était pas recommandé, le corps de Potter en subirait un choc, mais Drago ne savait pas comment faire avaler les autres potions à Potter sans cela. La seconde était la potion rouge sang qui réparait les tissus. Elle lui ferait plus de mal que de bien. Dès qu'elle commençait à réparer les chairs endommagées, la plupart des sortilèges réagissaient violemment et doublaient leurs effets. C'était pourquoi Drago avait pris avec lui un petit flacon empli d'un liquide argenté. La fiole contenait des œufs d'Occamy fondus. En théorie, cela devrait distraire le sortilège de l'action de la potion reconstituante. Le quatrième flacon, celui avec une huile vert vif, était là pour s'assurer que Potter ne mourrait pas empoisonné par les œufs d'Occamy. C'était une solution alambiquée, et seulement temporaire, mais avec un peu de chance, ça marcherait. Le sortilège ne serait pas anéanti, il serait toujours là, latent, mais Potter devrait survivre jusqu'à ce qu'il soit entre les mains expertes de Madame Pomfresh.
Drago parvint à lui faire prendre les potions sans encombre. Potter gémit et ouvrit les yeux quand Drago laissa tomber deux gouttes de la Solution d'Eveil sur ses lèvres. Potter ne le reconnut pas, et ne dit rien, mais au moins il avala tout ce que Drago lui donna avant de retomber endormi. Drago resta agenouillé derrière lui encore un moment. La tête de Potter reposait sur son épaule et son dos était appuyé contre sa poitrine. Drago l'avait tenu assis pour qu'il ne s'étouffe pas en buvant. Potter était toujours affreusement froid et sa peau glaçait Drago jusqu'aux os, même à travers sa chemise, mais il ne voulait pas le lâcher. Il avait peur que quand il le ferait, Potter ferait une mauvaise réaction aux potions et mourrait. C'était une pensée irrationnelle, mais Drago ne parvenait pas à s'en débarrasser. Il se pencha en avant et ses lèvres effleurèrent les cheveux de Potter. Il resta ainsi un long moment, sans bouger.
Enervé par son comportement, Drago se retira et accompagna la tête de Potter sur la fourrure avant de se lever et de reculer hâtivement. Il lui fallut se pencher à nouveau, cependant, pour remonter la couverture jusqu'au menton de Potter.
Il le contempla un moment, mais rien ne se passait. Drago ne savait pas combien de temps il faudrait aux potions pour agir.
Mettant les flacons de côté, il ajouta de nouvelles bûches dans la cheminée et s'assit sur le sol, à côté des pieds de Potter. Se sentant misérable, il croisa les jambes, posa les yeux sur le visage de Potter, et attendit.
1 J'ai choisi de laisser ça en VO parce que la traduction française de ce mot formé d'un jeu de mot sur Sellotape (marque de ruban adhésif) et spell (sortilège) laisse vraiment à désirer : « Sorcier Collant »…
