Panier à linge dans les bras, une jeune femme descendait tranquillement les escaliers menant à sa buanderie pour faire sa lessive quotidienne. Elle entra dans la pièce, alluma la lumière et se dirigea vers la machine à laver où elle déposa le linge sale présent dans son panier. Tendrement, elle posa la main sur son ventre tout rond de ses sept mois de grossesse que cachait son ample pull marron. Pull qui s'accordait avec ses yeux noisettes emplis de bonheur. Après un petit moment à rêvasser sur cet être qui grandissait en elle, elle ouvrit le sèche linge pour en sortir les vêtements que son mari avait de nouveau "oublié" de retirer. Pestant contre son paresseux de mari, elle commença à plier le linge avant qu'une légère douleur au ventre la fasse grimacer. Elle porta la main à son ventre mais la douleur disparut aussi vite qu'elle était apparue. Perplexe, elle continua néanmoins sa tâche jusqu'à ce qu'elle fit tomber une chaussette. Ce qu'elle découvrit alors en s'abaissant lui provoqua un intense sentiment de panique. Elle contempla livide la tâche de sang qui maculait son jean blanc.

-Blaise, hurla t-elle.

Terrorisée, elle éclata en sanglot.

OOOO

Devant le miroir de sa salle de bain, un jeune homme noir aux yeux bleus finissait de se préparer. Heureux, il souriait en pensant à sa femme et à la future mère de son enfant qui devait maintenant s'être rendu compte qu'il n'avait pas débarrassé le sèche-linge comme elle le lui avait demandé. Il prit le pot de gel dans l'armoire et commença à se coiffer avant d'entendre un hurlement qui lui glaça le sang:

-Blaise.

Le futur père se précipita vers la buanderie; lieu où le cri avait retenti. Le cœur battant à tout rompre, il entra dans la pièce et vit sa femme bien-aimée prostrée sur le sol, gémissante, une tâche de sang sur le pantalon. Il s'approcha d'elle et la prit doucement dans ses bras alors qu'elle murmurait dans une lituanie sans fin:

-Ne me prenez pas mon bébé, je vous en supplie, ne me prenez pas mon bébé...

-Essaye de te calmer ma chérie. Respire calmement. Je vais t'emmener à l'hospital d'accord?

Elle ne répondit pas alors Blaise la porta dans ses bras et sortit précipitamment de la buanderie. Angoissé, il déposa sa femme dans la voiture et retourna dans la maison cherchait ses clefs. Clefs qu'il trouva en un temps record. Il claqua la porte d'entrée, entra dans sa voiture et démarra en trompe. Malgré sa propre peur il tenta de rassurer au mieux sa femme en lui murmurant tout un tas de sorte de choses sans queue ni tête mais qui semblait au fur et à mesure la calmer. Même si elle pleurait toujours autant, elle cessa ses supplications et sembla revenir à elle.

-C'est bien Pansy. Je suis là, je ne te lâche pas... Tout ira bien.

-On est bientôt arrivé? sanglota t-elle.

-Dans cinq minutes ma puce, répondit-il la gorge nouée.

Quatre minutes et vingt secondes plus tard il se gara devant l'hospital et entra dans la salle d'attente, Pansy dans les bras.

-Au secours! Venez m'aider.

Trois infirmiers se précipitèrent vers eux, munis d'un brancard.

-Posez-la. Voilà doucement.

-Elle est enceinte. Emmenez-la au service maternité, dit un infirmier à ses collègues.

-Très bien, on y va.

Blaise voulut les suivre mais un infirmier l'arrêta.

-Il faut passer au secrétariat pour la faire enregistrer et lui constituer un dossier.

-Mais...

-Vous pourrez la voir tout de suite après. Pour l'instant nous la montons au troisième étage et on appelle le médecin.

-D'accord mais faîtes bien attention à elle s'îl-vous-plait.

-Bien sûr, ne vous en faîtes pas.

Réticent, Blaise laissa sa femme au personnel soignant et se dirigea vers l'accueil.

-C'est pourquoi?demanda la secrétaire.

-Ma femme vient d' être admisse. Elle...enfin...

-Dans quel service?interrogea t-elle.

-Maternité.

-Très bien. Je vais vous demander quelques informations et ensuite je vous relâche. Nom, prénom, date de naissance. Ensuite il me faudrait la carte vitale et la carte mutuelle, si vous en avez une, de votre femme.

-Zabini Pansy. Née le 20 janvier 1986. Et tenez voilà ses papiers.

-Merci. Je lui crée un dossier et le médecin le complétera avec des questions plus poussées sur l'état de santé de votre compagne et du bébé. Avez-vous le carnet de grossesse de votre femme?

-Bien sûr, c'est même la première chose à laquelle j'ai pensé en partant après avoir vu l'état de ma femme, dit-il sarcastique.

-D'accord, répondit la secrétaire, stoïque. Vous pouvez y aller.

Blaise s'en voulut d'être aussi sec mais il n'avait qu'une hâte c'était de voir sa femme et cette femme l'en empêchait.

OOO

Dans la salle d'examen, Pansy commença à se détendre. Elle savait qu'elle allait bientôt être prise en main et depuis la buanderie aucune douleur ne s'était manifestée. De plus, les saignements s'étaient stoppés. Les deux mains sur son ventre elle restait tout de même sur ses gardes. Elle essayait de faire le vide dans sa tête mais l'incessante agitation provenant du couloir la déconcentrait. De plus, elle avait besoin de sentir la chaleur rassurante de son époux. Pour s'occuper l'esprit, elle se mit à observer la pièce où on l'avait amené: un lavabo se trouvait à gauche de la porte tandis qu'à droite il y avait du matériel médicale (gants en latex, compresses, désinfectant...)posé sur un chariot et un échographe avait été abandonné dans le coin de la pièce. Des affiches de femme enceinte, de fœtus et de bébé étaient fixées sur les mûrs blancs de la salle. Il y avait même une maquette de fœtus dans un utérus posée sur une armoire qui vraisemblablement contenait aussi du matériel médicale. Pansy était en train de regarder l'affiche représentant les différents stades de la grossesse quand son mari entra dans la pièce. Il la détailla puis souffla de soulagement quand il constata qu'elle était plus calme que dans la voiture. Avec un sourire crispé, elle lui tendit la main qu'il s'empressa de serrer dans la sienne. Un infirmier entra au moment où il posait sa main sur le ventre de sa femme.

-Désolé de vous dérangez mais je vais devoir prendre votre tension et votre température.

-Allez-y.

-Tendez-moi votre bras... Merci.

Il lui passa le brassard du tensiomètre autour du bras et commença à prendre sa tension. Il nota le résultat sur une fiche avant de prendre sa température.

-Alors?demanda Blaise, un poil angoissé.

-La tension est un peu basse mais la température est bonne. Je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant. Avez vous des antécédents particuliers chirurgicaux ou médicaux :

-Non rien de tout ça. Juste les végétations dans l'enfance.

-Des allergies ?

-Au pollen.

-Merci. Le médecin ne va pas tarder à venir vous voir.

-C'est tout ce que vous faîtes? Ma femme saigne et vous vous prenez seulement sa température et sa tension, s'énerva Blaise.

-Écoutez, le médecin finit sa consultation. Il passera ensuite vous voir et vous aurez plus d'informations une fois qu'il vous aura ausculter. Pour l'instant, je ne peux rien vous dire sans examen approfondi que je ne suis pas en mesure de réaliser. Seul un médecin le peut.

-Dans combien de temps ce médecin va arriver?

-Dix minutes tout au plus, ne vous en faîtes pas. En plus, c'est le meilleur. Tout ira bien.

-Merci, soupira Pansy.

OOO

Comme l'infirmier l'avait prédit, le médecin pénétra dans la chambre huit minutes plus tard.

-Bonjour, je suis le docteur Potter. Veuillez pardonner mon retard mais aujourd'hui nous avons été largement débordé, dit-il avec un petit sourire.

Il prit le dossier présent sur le chariot et la consulta quelques instants sous les yeux angoissés des futurs parents.

-Je suppose que vous n'avez pas votre carnet de grossesse Mme Zabini.

-Non, on est parti en urgence.

-C'est compréhensible. Sans le carnet je vais devoir vous posez quelques questions pour savoir où en est votre grossesse.

-D'accord.

-De combien de semaines êtes-vous enceinte?

-32 semaines.

-C'est votre première grossesse?

-Oui.

Tout en posant ses questions, le médecin mit des gants et approcha l'échographe de la patiente. Pansy regardait nerveusement cette machine. Bien sûr, ce n'était pas sa première échographie mais là c'était pour savoir quel problème avait son enfant. Le docteur, percevant son malaise, posa sa main sur la sienne et parla d'une voix étonnement douce:

-Détendez-vous, c'est mieux pour votre bébé.

Suivant le conseil du médecin, Pansy se détendit.

-Y a t-il eu un problème détecté lors des précédentes échographies?

-Non, répondit Blaise qui ne l'avait pas quitté des yeux.

-Est-ce qu'il y a eu d'autres symptômes autre que la perte de sang?

-Une légère douleur à l'estomac mais elle a disparu si vite que je n'y ait pas prêté attention. J'aurais dû tout de suite appeler mon gynécologue...culpabilisa t-elle.

-Ce n'est pas de ta faute, la coupa Blaise. Tu n'aurais pas pu savoir ce qui allait se passer ensuite.

-Mais si...

-Votre mari a raison Mme, l'interrompit le docteur. Vous n'auriez rien pu prévoir. Et puis comme cela est votre première grossesse, tout vous est encore nouveau. Comment auriez-vous pu distinguer une douleur d'une contraction ou d'un coup du bébé? D'ailleurs pouvez-vous me décrire la douleur?

-Légère et éphémère.

-Où se situait-elle?

-Dans le bas du ventre.

Le médecin acquiesça avant de déclarer:

-Le gel va être un peu froid.

-Ce n'est pas sa première éco, vous savez... Docteur, dit Blaise moqueur.

Il ne répondit pas au ton du mari et se contenta de poser le gel sur le ventre de sa patiente avant de placer la sonde sur le ventre de sa patiente. Il se concentra sur l'image tout en bougeant la sonde pour avoir un aperçu de l'utérus en entier. Pansy remarqua qu'il avait les sourcils froncés et, morte de peur, elle murmura:

-Comment va le bébé?

-Il va bien. Le problème ne provient pas de lui mais de votre utérus. Cependant il va me falloir d'autres tests plus poussés pour mieux cerner le problème.

Il se leva de la chaise sur laquelle il s'était installé pendant l'échographie, tendit un mouchoir à Pansy pour qu'elle s'essuie le ventre et prit le dossier pour le contempler. Il rangea ensuite l'échographe à sa place, c'est-à-dire dans le coin de la pièce. Durant tout le temps où le Dr Potter remplit le dossier, Blaise n'avait cessé de le dévisager. Il était indéniablement un beau spécimen, très beau spécimen même. Ses cheveux bruns en bataille lui donnaient un air sauvage genre je viens de prendre mon pied à l'instant et ses yeux verts émeraudes, magnifiques, pétillaient de bonté et de gentillesse. Malheureusement son corps était caché derrière une bouse blanche et une tunique bleue qui n'avait rien de bien seyant. Malgré tout la blouse et le stéthoscope autour du cou restait un atout de charme non négligeable.

-Pourquoi êtes-vous ici? C'est parce que vous manquez de personnel? demanda t-il sans avoir pu se retenir.

-Ici? Manque de personnel?

-Dans ce service, précisa t-il en voyant l'air décontenancé de son interlocuteur.

-Cela me parait logique que je sois ici à ausculter votre femme puisque je suis le sous directeur de ce service. Je m'occupe de toutes les grossesses dites à risque ou les grossesses qui présentent un problème.

-Vraiment?

-C'est ce qu'indique mon badge en tout cas.

-Pourquoi atterrir dans un tel service Dr? poursuivit Blaise, curieux.

-Ce n'est pas une punition vous savez, répondit-il amusé. C'est moi qui ait demandé à être ici. Je préfère m'occuper de bébé et contribuer à la naissance d'une nouvelle famille. Après cinq ans d'activité et une centaine d'accouchement, je trouve toujours ce moment magique: la joie des parents, après une grossesse difficile où ils ont cru perdre leur enfant, est toujours merveilleuse. On ne peut pas se passer de ce sentiment d'accomplissement que procure ce service quand vous arrivez à sauver la vie d'un nourrisson lors d'une grossesse à risque.

Pansy était impressionné par cette tirade, en faîte elle l'était par le médecin en entier. Il était vraiment sécurisant avec ce sourire chaleureux et ses yeux doux. Plus de doute possible, elle était entre d'excellente main. Ses pensées devaient être similaire avec celles de son mari puisqu'ils échangèrent un regard satisfait. La voix du médecin stoppa leur échange muet:

-Bien entendu vous pouvez demander un changement de docteur si vous voulez une femme ou quelqu'un d'autre. Il est extrêmement important pour vous d'avoir confiance et "d' apprécier" votre médecin. Après tout, il s'occupera de vous et de votre bébé.

-Pas besoin de changement pour moi, affirma Pansy qui avait pleinement confiance au Docteur Potter.

Blaise hocha la tête pour marquer son accord.

-Très bien. Je vais donc superviser la fin de votre grossesse ainsi que votre accouchement, dit-il avec un grand sourire. On va vous emmener dans une chambre et je repasserai après mes consultations pour faire des tests plus poussés que je ne suis pas en mesure de réaliser dans cette salle d'examen. Au moindre signe de douleur, d'inconfort ou de saignement appelez tout de suite une infirmière.

-D'accord. Est-ce une chambre individuelle?

-Non car tout est complet. Vous serez dans une chambre double.

-Ah, fit Pansy déçue.

-Ne vous en inquiétez pas, on met un panneau pour séparer la pièce en deux quand vous avez besoin d'intimité. Par ailleurs, je pense que dans votre cas cela est mieux d'être avec une autre femme dans la chambre.

-Pourquoi? interrogea Blaise,indigné.

-Parce que pour l'instant vous êtes présent pour divertir votre femme mais vous ne pouvez pas rester indéfiniment ici. Il vous faudra partir à la fin des visites et Pansy se retrouvera seule avec ses angoisses, ses peurs... Ces sentiments seront exacerbés dû à sa solitude, elle s'imaginera les pires scénarios. Dans une chambre double elle pourra parler avec quelqu'un qui la comprendra, vider son sac, évacuer la pression, se changer les idées...

-Vous n'avez pas tord, acquiesça Blaise.

-Cela m'arrive rarement, plaisanta t-il.