Disclaimer : Tout appartient à Tolkien et à Peter Jackson (je préfère suivre la version du film), sauf quelques (nombreux) OCs. Il y a un clin d'œil à Madame Bovary, si parmi vous se trouvent des petits malins qui repèrent les moindres détails cachés. Il y en a un autre, pas subtil du tout, sur Le Roi Lion 2. Ceux qui me connaissent savent que j'adore jouer à glisser des références dans mes écrits.
Le rating a été élevé dès le deuxième chapitre, mais vous verrez pourquoi. Je ne préciserai pas plus que ça pour éviter les spoilers, mais vous êtes prévenus. Encore une fois, chacun a sa sensibilité, je ne suis pas là pour que vous soyez d'accord avec moi, sachant que mes propres opinions seront mêlées à d'autres que je n'adopte pas. Tout ce que je vous demande, c'est de respecter mon travail et de ne pas me juger à travers les actes et pensées de personnages fictifs. Dans ce chapitre, il y aura en plus de ça des allusions plus que suggestives (est-ce grammaticalement correct ?) à des rapports intimes, pour parler pudiquement. Et n'oubliez pas, l'alcool est à consommer avec Modération, votre meilleur ami !
Chapitre II
2005, Troisième Age
-Buvons à la santé de notre nouvelle consœur, déclara Olafur en levant sa chope de bière.
-A Zira, s'écrièrent les compagnons du Nain en l'imitant.
La principale concernée eut un sourire gêné, bien que ses immenses yeux bleus fussent pleins de fierté. Ses quatre compagnons la félicitèrent tour à tour, la considérant officiellement comme l'une des leurs.
Dans le village de Bree, l'auberge du Lion d'Or se caractérisait par son ambiance chaleureuse, ses bruits incessants de rires, chansons et discussions, sa clientèle nombreuse et fidèle, et surtout, sa bière de qualité. Tous ceux qui s'y rendaient discutaient pendant des heures, et parfois, une ou deux bagarres ponctuaient les soirées remplies du propriétaire. Ce soir-là, cinq personnages formant un groupe atypique s'étaient réunis autour d'une table : deux Nains, un Homme, un Orc et une Elfe. Tous faisaient partie d'un vaste réseau de chasseurs de primes, mercenaires et assassins en tous genres, et la jeune Elfe venait de terminer sa première mission avec succès. Cette jolie blonde au regard félin n'était autre que Mîrsila. Sa mère et son «oncle» Arnaras avaient enfin accepté de la laisser les rejoindre, accord qu'elle avait attendu pendant des siècles. Parmi ses quatre coéquipiers de la soirée, seul l'Orc l'avait vue grandir et aidée à s'entraîner. L'arrivée de ce dernier à l'auberge avait failli faire perdre sa clientèle au pauvre aubergiste qui tremblait à chaque fois qu'il passait près de leur table. Cet Orc était Lughorn, celui qui avait tant effrayé la jeune Elfe lorsqu'elle était enfant. C'était également lui qui était à l'origine de son étrange surnom. L'Orc avait en effet une façon particulière de prononcer certains sons selon les phonèmes qui les entouraient, ce qui le menait à appeler la jeune Elfe «Mîrzila» le Nain Herin, maintenant décédé, avait proposé à partir de là le surnom «Zila». Trouvant l'idée intéressante mais les sonorités encore imparfaites, mais aussi pour se moquer du roulement des «r» de son coéquipier, Lughorn avait alors modifié sa proposition en «Zira», diminutif qui avait plu à l'Elfe encore enfant.
Olafur et l'autre Nain, Snori, après plusieurs bières, entonnèrent des chansons de chez eux qui feraient rougir d'innocentes oreilles, pendant que Lughorn s'endormait sur la table et que Zira et l'humain, Einar, écoutaient en souriant. Eux-mêmes avaient l'esprit embrumé, et Zira laissa même sa tête se reposer sur l'épaule de son coéquipier, recruté un an avant elle par Arnaras. Lorsqu'il passa son bras autour de ses épaules, l'Elfe releva la tête et plongea son regard envoûtant dans le sien. Elle n'était pas exceptionnellement jolie par rapport aux autres Elfes, sa mère en premier, qui elle avait été admirée et courtisée par beaucoup avant son mariage catastrophique. Mais pour un humain, une Elfe, même banale selon les critères de son peuple, paraissait d'une beauté surnaturelle. Mais la plupart étaient des beautés froides, lointaines, comme les étoiles. Presque intouchables. Zira, en revanche, avait cet air mutin qui cachait un piège dangereux. Elle n'en avait jusque là jamais usé comme elle le faisait en ce moment avec le jeune homme face à elle qui sentit sa gorge s'assécher. Lorsqu'elle posa ses lèvres sur les siennes, il eut l'impression que son cœur explosait.
-Suis-moi, chuchota-t-elle avant de se lever.
Einar obéit, personne ne les remarqua. Il se rendit compte qu'elle l'attirait dans la chambre commune qu'ils avaient réservée avec leurs compagnons. Ceux-ci ne les rejoindraient pas avant un bon moment. Si au moins l'un des deux avait eu l'esprit clair, ils ne se seraient pas trouvés là. Mais ils étaient allés au-delà de leurs limites, et ne pouvaient vraiment réfléchir à ce qu'ils faisaient. Lorsqu'ils ne furent plus couverts que par les draps blancs, leurs baisers et leurs caresses, ils s'abandonnèrent totalement à cette nouvelle ivresse.
Les Elfes n'avaient normalement pas de rapports intimes avant le mariage, et encore moins avec quelqu'un d'autre que leur conjoint. Même se marier une deuxième fois semblait impossible. Mais les Elfes n'étaient pas totalement parfaits, ni identiques, et certains faisaient exception, même s'ils étaient extrêmement rares. Zira avait compris depuis longtemps comment avait évolué la relation entre sa mère, Alquariel, et Arnaras. Amis proches durant leur jeunesse, ils s'étaient séparés lorsqu'Alquariel s'était mariée, Arnaras quittant Vertbois pour s'installer dans sa demeure solitaire, accumulant les fréquentations douteuses et jetant les bases de sa sanglante organisation. Lorsqu'ils s'étaient retrouvés, de nouveaux sentiments s'étaient développés entre eux. Zira avait un jour demandé à sa mère de l'aider à comprendre cette situation, si peu conforme à la norme elfique. Alquariel lui avait répondu que cet amour était vrai et la rendait heureuse, alors que son mariage avec Calben ne lui avait apporté que le dépérissement et l'infamie, et que tout ce qu'elle pouvait en tirer de bon était la naissance de son seul enfant. Il avait fallu plusieurs semaines à Zira pour accepter ces révélations, calmer sa colère et oublier sa rancœur. Calben n'avait pas été un père modèle, mais il lui avait appris beaucoup, et lui avait inculqué une éducation dont elle était fière, même si paradoxalement il ne se souciait pas plus que ça de son bonheur. C'était du moins l'impression qu'en avait eu sa fille, puisque tout ça se dissipait dans son esprit. Le fait que la jeune Elfe se donne à un Homme, juste pour un soir, et en plus pour la première fois, aurait été un triple scandale dans le contexte d'une vie ordinaire. Mais ce n'était rien comparé à l'existence qu'elle s'était choisie.
Le lendemain matin, Zira se réveilla la première. En s'asseyant, elle eut l'impression que quelque chose n'allait pas. Sur les six lits disponibles dans la chambre, deux étaient inoccupés. Un seul, ça lui aurait paru normal, ils n'étaient que cinq à avoir réservé la pièce. En promenant son regard dans la chambre à peine illuminée par les premiers rayons de la Soleil, elle nota Lughorn, Olafur et Snori chacun dans un lit, puis sentit un souffle léger et régulier effleurer son dos. Baissant le regard sur sa gauche, elle vit Einar qui dormait encore paisiblement, et apparemment aussi nu qu'elle, bien que recouvert jusqu'à la taille par les draps. Le doute n'était plus permis, mais elle se déplaça quand même de quelques centimètres, et vit une discrète trace de sang. L'Elfe tenta de calmer ses tremblements en s'habillant silencieusement pour ne réveiller personne. Avait-elle donc bu à ce point la veille au soir ? Alors qu'elle ne portait que sous-vêtements et chemisier, elle s'arrêta un instant et passa sa main dans sa chevelure blonde, tentant de se remémorer le plus précisément possible l'évènement en question. Quelques bribes lui revinrent, et elle se souvint que ça n'avait pas été si terrible que ça, voire même que les choses s'étaient bien déroulées pour une première fois. Mais elle était vraiment déçue que ça se soit passé de cette manière, dans ce contexte précis, et causé par quelques pintes de trop. En bref, elle s'en voulait un peu.
Zira termina de s'habiller et prit sa décision. Après avoir trouvé un vieux mouchoir en tissu dans ses affaires, elle utilisa un morceau de bois calciné de la cheminée pour y inscrire un mot à l'intention de ses compagnons et sortit de l'auberge. Elle erra un moment avant de trouver un apothicaire. S'assurant que sa capuche couvre parfaitement ses oreilles pointues et une partie de son visage, elle entra dans la boutique sombre. Une vieille dame se trouvait derrière le comptoir, plaçant des bocaux sur les étagères. En entendant les pas sur le plancher grinçant, elle se retourna et afficha un sourire faux à la première cliente de la journée.
-Bonjour, que puis-je pour vous ?
-Auriez-vous de quoi réguler les cycles ? Le mien est étrangement en retard depuis un ou deux jours…
La vendeuse devait être habituée à de tels sous-entendus, car elle perdit son sourire.
-Ah, je vois. Attendez-moi, je reviens dans un instant.
Elle s'éclipsa à l'arrière de la boutique, et l'Elfe pianota nerveusement sur le comptoir avant de la voir revenir avec un flacon bouché rempli d'un liquide à la couleur peu appétissante.
-Voici une infusion d'armoise. Vous en constaterez les effets quelques heures après l'ingestion. Ma pauvre petite… Notre situation, à nous qui sommes des femmes, n'est guère facile. Soyez prudente, et nous pourrons chacune compter sur la discrétion de l'autre.
Zira remercia la vendeuse du bout des lèvres et paya l'infusion avant de reprendre le chemin de l'auberge. Elle avait déjà entendu parler de l'armoise. Une humaine, membre de la confrérie quelques années plus tôt, lui avait confié en prendre pour provoquer les saignements menstruels plus tôt que prévu et éviter d'en être embêtée pendant des missions importantes. La jeune Elfe décida d'attendre d'être de retour chez Arnaras avant de prendre l'infusion, afin de protéger son secret. Comme elle n'était pas sûre que les évènements de la nuit n'aboutissent à ce qu'elle craignait, il n'y avait aucune raison d'inquiéter qui que ce soit.
Les mois, les années, les décennies, puis les siècles se succédèrent. Comme tout Elfe se mêlant aux autres peuples, Zira enterra un à un tous ses compagnons, que ce soit suite à une mission ayant mal tourné ou par l'œuvre de la nature. D'autres s'engageaient, avant de mourir à leur tour, tôt ou tard. Même si la confrérie s'étendait sur toute la Terre du Milieu, principalement au Nord et à l'Est, peu d'Elfes en faisaient partie, et le seul que Zira connaissait ne faisait pas partie de ses fréquentations régulières, si l'on pouvait employer cet adjectif. C'est lorsqu'elle partit en mission avec lui que la jeune Elfe apprit à mieux le connaître : il s'appelait Silivren, et venait de la Lothlorien. En 2020, ils devaient tous deux sauver la fille d'un courtisan de Vertbois, qui avait été capturée et dont les ravisseurs exigeaient une forte rançon. La victime de l'enlèvement étant maintenant saine et sauve en leur compagnie, il leur fallait atteindre le royaume de Thranduil. La route était longue, mais avec une jeune Elfe incapable de se débrouiller seule dans les terres sauvages, Zira crut perdre patience. Silivren, en revanche, semblait apprécier la jeune Meril.
Meril était une Elfe de fine stature, à la peau extrêmement pâle, presque transparente, et aux cheveux roux retombant en boucles souples dans son dos. Ses vêtements clairs et ses grands yeux émeraude finissaient de lui donner l'ai d'une poupée fragile, pouvant à tout instant être brisée par un souffle de vent plus fort que les autres. Son rire cristallin résonnait chaque fois que Silivren ponctuait ses paroles par un jeu de mot idiot, et un soupir se faisait entendre à chaque vers mièvre et remâché qu'il dédiait à la nature, aux arbres, aux oiseaux, aux fleurs et aux feuilles mortes. Même si l'été commençait tout juste. Zira en avait marre. Les deux seules personnes de son peuple avec qui elle se trouvait depuis longtemps n'étaient que des caricatures insipides et des imbéciles heureux. Les Orcs et les Nains lui manquaient. Les Hommes, aussi. Un en particulier. Einar… Son premier amant était décédé sept ans plus tôt, le torse perforé de flèches, un bras arraché, et une jambe en lambeaux. Elle avait dû l'achever elle-même, refoulant ses larmes. Etait-ce un amour perdu ou un compagnon d'armes qu'elle pleurait ? Elle n'en savait rien. Au bout de plusieurs mois elle s'en était remise, et maintenant, son visage devenait de plus en plus flou, sa voix s'effaçait. Il avait partagé sa vie pendant huit ans, et épisodiquement, son lit. Maintenant, comme tout ce qui appartenait au passé, elle le condamnait à l'oubli.
OoOoOoOoO
-Zira, il faut que je te dise quelque chose, commença Silivren.
Ils étaient dans l'un de leurs repères, au sud des Monts Brumeux. Les deux Elfes aiguisaient leurs lames, discutant de temps en temps, entre deux longs silences. Au ton qu'avait pris son coéquipier, l'intéressée comprit que c'était grave. Celui-ci ne cessait de ramener une de ses mèches châtain derrière son oreille, et ses yeux verts étaient fuyants. Zira l'encouragea à continuer, et il se jeta à l'eau :
-Je quitte la confrérie.
-Quoi ? Mais pourquoi ?
-Tu te rappelles de Meril, l'Elfe que nous avons sauvée il y a onze ans ?
-Oui, je crois. Et ?
-Je l'ai revue quelques temps après, et nous avons noué une certaine relation, si tu vois ce que je veux dire…
-Et tu veux maintenant l'épouser, c'est ça ?
-Non seulement je l'aime à la folie, mais je ne dois pas fuir mes responsabilités. Si je ne perds pas de temps à la retrouver, son honneur sera sauf.
-Son honneur ? Il n'y a pas dans trente-six contextes qu'un homme parle ainsi d'une femme. Depuis combien de temps est-elle enceinte ?
-Environ deux semaines.
-Qui d'autre est au courant ?
-Personne, pas même sa famille. J'ai dit à Arnaras que je partais pour des raisons personnelles. Ne me regarde pas comme ça, je sais que nous n'avons pas une vie ordinaire, et que normalement nous la dédions entièrement à notre travail, que les enjeux sont énormes et que nous ne sommes pas seuls. Mais pour des Elfes, tu te rends compte de ce que ça signifie ?
-Et pour des mortels, alors ? Leur temps est limité, et pourtant, ils n'hésitent pas à s'engager, et à tenir leur parole !
-Ne me fais pas la morale ! J'en ai assez fait comme ça. Depuis deux siècles, j'assassine, je vole, je vagabonde d'une armée à une autre ayant besoin des compétences d'un mercenaire, je risque ma vie pour des récompenses. Mais jamais je n'ai vraiment écouté mon cœur. Jamais je n'ai pu croire en quelque chose d'autre que les richesses matérielles, quelque chose pour quoi ça vaut la peine que l'on se batte. Meril m'a ouvert les yeux, et j'ai l'impression de renaître. Peux-tu comprendre ça ? Peut-être pas, mais si un jour tu te retrouves dans une situation similaire, je t'invite à ne pas effacer cette conversation de ta mémoire comme tout le reste, mais à y réfléchir. Alors tu comprendras que tu m'as jugé trop vite.
-Tu me fais un discours sur l'importance de la famille, le retour à une vie simple ?
-Non. Certainement pas. Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'essaie pas de te faire croire que la vie doive se résumer à la procréation, ni de te persuader de renoncer à vivre vraiment, de renoncer aux possibilités et aux occasions qui se présentent. Mais tu tiens trop facilement des discours sur des situations que tu ne comprends pas.
-Alors il vaut mieux que tu partes, en effet. Tu ne sembles plus avoir ta place ici.
-Je te souhaite un jour de sortir de ce crime sempiternel que tu commets non seulement autour de toi, mais aussi sur ta propre vie. Adieu, Mîrsila.
OoOoOoOoO
La grossesse des Elfes durait un an. C'est donc quelques jours avant l'anniversaire de son mariage que Meril donna naissance à sa fille. Pour payer les nombreuses années passées en tant que mercenaire, Silivren s'était engagé dans l'armée de Thranduil. Le jour de l'accouchement de son épouse, il n'avait pas pu quitter son poste, ne pouvant la rejoindre qu'une fois son tour de garde terminé. Il trouva donc sa femme plusieurs heures après la naissance de leur enfant, tenant le paquet de langes gigotant entre ses bras graciles. Le nouveau-né avait déjà quelques cheveux clairs, aux reflets rougeoyants, et dormait à poings fermés.
-Elle a des yeux magnifiques, chuchota sa mère. D'un vert plus intense et plus profond qu'une forêt.
-Comment allons-nous l'appeler ?
-C'est une enfant des bois. J'avais pensé à Tauriel.
-Tauriel… Oui, c'est très bien.
Bon, je vous avoue que moi-même je me questionne sur l'utilité de ce chapitre, mais en même temps, je l'aime bien. Qui a dit que seul l'utile devait être retenu, et pas aussi le plaisir et les coups de cœur ?
Je sais que beaucoup de gens n'aiment pas Tauriel, c'est pourquoi ils peuvent se rassurer : elle n'apparaîtra que très peu dans l'histoire. Quatre ou cinq chapitres en tout, sur une vingtaine, et ce sera de très courts épisodes. Avant, c'était mon cas aussi, mais j'ai fini par apprécier ce personnage. Je ne me lancerai pas dans un débat sur le sujet, pouvant comprendre les objections.
Une petite review ?
