Quand Eggsy joue avec le sachet de thé qu'il fait rebondir dans sa tasse et qu'un porte-document en cuir est projeté bruyamment sur la table, il comprend qu'Harry est rentré. Il est aussi assez intelligent pour comprendre qu'il n'est pas ravi de le voir encore ici.

« Je crois qu'on devait être débarrassé de toi dans la journée ? »

« On ? Dites plutôt je parce que Sophie avait l'air ravie que je répare la fuite de l'évier de la cuisine. », rétorque Eggsy en fronçant le nez.

« Sophie est sous ton charme, il ne lui en faut pas beaucoup pour recueillir tous les oisillons tombés du lit. »

La voix d'Harry Hart cogne les tympans d'Eggsy qui grimace, la tête rentrée dans les épaules.

« Je crois qu'on dit tombé du nid… ».

« … C'est pareil. », grommelle Harry, honteux d'un tel lapsus. « Bref, qu'est-ce qu'il se passe encore ? »

« Bah le mécanicien a pas le bon joint de culasse… Il le recevra qu'en début de semaine prochaine et comme j'ai un peu fait des travaux dans le manoir aujourd'hui, Sophie a proposé que je reste… », commence Eggsy, la voix un peu fébrile et le visage plissé, comme prêt à recevoir la gueulante de sa vie, mais c'est un soupir las qui lui répond.

« Bon, puisque ça a été décidé ainsi… On ne va pas te faire dormir dehors. Prends des restes dans le frigidaire et installe-toi dans la bibliothèque, Thomas a déjà dû préparer un feu. »

« Vous mangez avec moi ? »

« Seulement si on se met au chaud, dans des bons fauteuils et avec du bon scotch. »

« Deal. », sourit Eggsy.

Finalement, Harry ne déconnait pas. Ce ne sont que des restes, que le jeune homme a trouvés dans le frigidaire. Surtout du fromage et de la charcuterie. Même pas de pain, pour lier le tout. La vie de château, Eggsy en est sûr maintenant, c'est plus ce que c'était. Ils se sont installés dans la même bibliothèque où ils se sont dit bonne nuit la veille et Eggsy a rapproché le fauteuil dans lequel il s'est installé au plus près du feu. Ils ont mangé en silence parce qu'ils avaient plus envie d'occuper leurs bouches avec du jambon fumé qu'avec des mots que l'autre ne semble jamais apprécier. Ils ont oublié la bouteille d'eau dans les cuisines au sous-sol et Harry a déconseillé à Eggsy d'aller boire dans la salle de bain d'à côté, à cause de l'état des tuyaux. Encouragés par la soif et la gêne ambiante, ils descendent la bouteille de scotch à une vitesse remarquable.

« Vous avez pas d'enfants ? », demande soudain Eggsy pour briser ce silence inutile.

« Non. Je n'ai jamais eu l'occasion d'en avoir. »

« Mais si vous avez pas d'héritier, qui va récupérer la baraque ? »

« Je pense que de lointains cousins n'hésiteront pas à se manifester en temps et en heure. »

« Pas de frère et sœur ? Pas de neveux ou nièce ? »

« Non. Personne. Juste moi. »

« Pas de potes ? Je suis sûr que vous avez des potes. J'ai vu des photos dans la maison. », dit Eggsy en se levant soudainement.

Il s'essuie les mains sur son jean, lèche ses lèvres et fait un tour sur lui-même avant de se diriger vers le fond de la pièce, près d'une étagère où il inspecte quelques cadres.

« Là ! C'est vous non ? Si, si, c'est vous. C'est qui la blonde ? Elle est pas mal. »

« C'est une amie de mon ancien travail. On essaie de croiser de temps en temps. »

Harry se lève et va se mettre à côté de lui, récupérant le cadre puis le reposant lorsque le souvenir a fui.

« Si elle est toujours aussi bonne, appelez-la direct hein. Ou filez-moi son numéro. Et lui c'est qui ? », s'empresse de demander le jeune homme en attrapant une autre photo où il reconnait Harry, assis à côté d'un homme sur le pont d'un bateau.

« C'est Peter, un ami d'Oxford. On attendait pour une compétition d'aviron. On a gagné la course cette fois-ci. »

« Oxford... », répète Eggsy en hochant la tête avant de reposer le cadre et d'en chercher d'autre des yeux. « Et vous faisiez quoi, comme job avant, alors ? »

« Si je te le dis, je serai dans l'obligation de te tuer. »

Eggsy s'arrête, se retourne, et sourit. Pas un sourire énorme qui étire ses joues et creuse des fossettes mais un sourire discret. Intrigué. Harry sourit à son tour, amusé, et traverse la pièce pour aller chercher une photo encadrée au-dessus d'un petit meuble en bois foncé, qu'il pointe de son doigt.

« Ici. J'étais en Italie, à Rome. J'y ai passé un an pendant mes études. La vie italienne est totalement dépaysante. »

« Vous avez fait des études de quoi ? », l'interroge Eggsy en s'approchant, les mains dans les poches, les yeux malgré tout plus concentrés sur son hôte que sur la vue du Colisée qu'il ne trouve pas d'un intérêt extraordinaire.

« Du droit. J'ai également un Master en littérature anglaise. D'où la passion pour les livres. »

« C'est pas une passion, c'est une drogue. Sophie m'a dit que parfois vous ne faisiez que lire de toute la journée ? Mais vous bossez pas du tout en fait ? »

« Non, je vis de mes rentes comme tout bon aristocrate. Mais tu as parlé combien de temps à Sophie et qu'est-ce qu'elle t'a dit ? », sourit le plus âge en se tournant enfin vers Eggsy.

« Bordel, vous avez vraiment la bonne vie vous... Alors que moi je me casse le cul à bosser toute la semaine... Bref. », conclut Eggsy en haussant les épaules. « On a passé une bonne partie de la journée ensemble. Elle est tellement cool qu'elle a réussi à me convaincre que, quelque part, vous aussi vous êtes cool. Et avouez que c'était pas gagné... »

« C'est vrai. Celles et ceux que je côtoie me connaissent depuis des siècles et savent comment me prendre. Mais tu es persévérant. »

« J'ai pas vraiment le choix... », répond Eggsy, un peu absent, avant de demander soudain. « Et vu que vous avez voyagé, vous êtes déjà allé en Grèce ? »

« Oui. C'était un des plus beaux voyages de ma vie."

Harry regarde ses étagères, se dirige vers Utopia de Thomas More, l'ouvre, en sort une photo vieillie d'avoir été trop regardée.

« Tiens, regarde. J'étais avec mon groupe d'amis de l'époque. Nous avions loué un voilier et avions navigué dans les Cyclades pendant deux mois. On était inséparables. »

Eggsy attrape la photo et se recule d'un pas pour se rapprocher d'une source de lumière. Il plisse les yeux, ne se rend compte qu'à l'instant de tout l'alcool qu'il a bu ce soir puisque sa vision n'est pas idéale. Il rapproche un peu plus la photo de son nez, regarde les cinq amis sur une plage, une femme aux courbes généreuses qui tient sur sa tête un chapeau de paille orné d'un ruban bleu, et les quatre hommes. Deux qui semblent plus âgés, avec un verre à la main qu'ils tendent vers le photographe, et enfin Harry, dont le bras droit entoure les épaules d'un homme grand et fin à ses côtés. Il demande d'une voix qu'il voudrait plus forte.

« Vous étiez son amant ? »

« Tu parles d'Andrew ? Non, Seigneur, non. De plus, il était déjà marié à l'époque. On se connaissait depuis enfant. Mais d'où te vient cette idée ? »

« J'ai dit à Sophie que ça manquait d'une présence féminine ici et elle m'a dit que ça risquait pas d'arriver. », répond Eggsy en relevant enfin son regard perçant vers son aîné. « … Vous êtes gay, alors ? »

Harry marque une pause.

« Oui. Je ne vois pas en quoi ça te regarde, mais oui. »

« Mais vous êtes pas sorti avec lui ? Rapport à l'époque, ça devait pas être facile d'avoir une relation avec un mec… »

« Je viens de te dire qu'Andrew était un ami. Rien de plus. Et je ne vois vraiment pas en quoi ça te regarde. »


Harry fronce les sourcils, inquiet du revirement de situation avant de mettre cela sur le compte de l'alcool. Il récupère la photo que lui rend le jeune homme. Ses yeux sont de suite attirés par l'homme brun à la mâchoire carrée qui a un immense sourire. Harry se rappelle de tout et, comme à chaque fois qu'il se replonge dans les souvenirs de cette époque bénie, il oublie le reste. Il ne voit donc pas Eggsy enfiler son pull et relacer ses chaussures pour partir. Lorsqu'une main touche mollement son épaule, il se retourne vers Eggsy qui carre les épaules et serre la main de son hôte. La poignée est forte, maladroite, Eggsy essayant de faire passer cela pour un geste viril.

« Je m'en fous que vous soyez gay hein, c'est pas moi qui vais vous juger... »

« C'est gentil, Eggsy. »

Le plus jeune homme fait un dernier signe de la tête, lâche un bonne nuit et sort de la pièce étouffante d'un pas rapide. Harry le regarde fuir, se demandant ce qui a bien pu se passer. La situation lui a totalement échappé, il en a dévoilé plus qu'il ne voulait. Mais, cela lui a fait un bien fou. Il va se coucher à la suite de son invité, la tête pleine des souvenirs qu'il a évoqués.

Lorsqu'il se lève le lendemain, son esprit n'est toujours pas débarrassé de cette impression persistante qu'Eggsy a ouvert en lui une porte d'où s'échappe une envie de bien faire avec le jeune homme. Il le trouve une nouvelle fois devant la porte d'entrée en train de refixer la chambranle. Il lui fait un petit signe de la main et rejoint la cuisine où Sophie a déjà fait le café. Il remplit deux tasses et monte la sienne à Eggsy. Pendant que ce dernier raccroche la porte au reste de la maison, Harry lui fait la conversation, lui passant de temps en temps un outil. Il a tiré une chaise dehors et profite du soleil pendant qu'Eggsy répare sa bêtise de l'avant-veille.

Et c'en est ainsi toute la journée. Il en apprend peu sur Eggsy (26 ans. Une petite sœur. Célibataire.) mais lui se livre encore. Il lui parle de ses amis, de ses années d'étudiant, répondant aux questions insistantes d'Eggsy qui enchaîne les petits travaux afin de faciliter leur vie à Aigas House. Et lorsque le froid et la nuit tombent, ils rentrent se faire à manger, transis de froid mais contents d'eux. Pour différentes raisons.

Eggsy prend le sachet avec le jambon, le pain que Sophie a ramené tandis qu'Harry cherche dans sa cave un vin pour les accompagner. Le jeune homme s'approche de la porte en contrebas, jette un œil à la pièce froide et un peu humide et regarde la centaine de bouteilles couvertes de poussières. Le potentiel de l'endroit est fou et si Eggsy avait l'argent pour, il embaucherait une équipe pour retaper cette demeure. Il convaincrait Harry. Il se dit qu'il trouverait les mots. Il y croit.

La journée a été pleine de surprises. Après la porte, il s'est occupé du monte-charge quand il a entendu Sophie se plaindre de son dos en portant leur déjeuner. Puis il a fixé plusieurs lattes du parquet du petit salon. Harry ne l'a pas quitté, l'a un peu aidé et s'est même beaucoup confié.

Harry a jeté son dévolu sur une bouteille qu'il montre à Eggsy qui hoche la tête sans reconnaître l'appellation et tous deux remontent jusqu'à la bibliothèque en parlant de la cave et des vins d'exception qu'Harry garde sans vraiment savoir s'il vivra un jour un événement à la hauteur de leur préciosité, selon ses mots. Dans la bibliothèque, il fait bon et enfin Eggsy respire en détendant son dos. Il se pose à même le sol près de la cheminée, étale un torchon qu'il a récupéré à la cuisine et y pose leur pique-nique improvisé. Ses mains frottent énergiquement ses avant-bras et ses épaules s'alourdissent. Harry y a laissé tomber un plaid. Eggsy sourit.

« Merci. »

Harry leur sert deux verres qu'ils finissent plus vite que leurs sandwichs. Eggsy espère ne pas montrer à son hôte qu'il cherche son courage au fond de son verre. Le plus important, c'est qu'il le trouve. Le reste importe peu.

« Pas trop éreinté ? On a fait énormément aujourd'hui. »

« Non… c'est mon métier vous savez. », répond Eggsy en détournant le regard qu'il replonge dans son vin.

« Rien n'empêche que tu pourrais être fatigué. Tu travailles en indépendant ou dans une entreprise ? »

La question fait sourire Eggsy qui joue avec sa mâchoire. Il pose son verre vide, met ses mains derrière lui et tourne la tête vers son aîné.

« J'ai pas vraiment envie de parler de ça. On a des choses plus intéressantes à se dire, je pense. »

« On parle déjà beaucoup de moi. J'aimerais en savoir un peu plus sur toi. Question d'équité. », rit Harry en remplissant leurs verres.

« … Pourquoi ? », demande le jeune homme.

C'est honnête. La question vient du cœur. Eggsy préférerait que ce ne soit pas le cas. Harry repose la bouteille, appuie son coude sur son genoux et plante son regard dans celui du plus jeune qui en ressent le contrecoup jusqu'à ses poumons qui s'arrêtent de fonctionner un instant.

« Parce que tu m'intrigues, Eggsy. Beaucoup plus que je ne le voudrais. »

« Le sois pas trop, je voudrais pas te décevoir. J'suis qu'un mec de Londres et qui préfère sa moto à la moitié de sa famille. », s'amuse le jeune homme. La meilleure des défenses.

« Ça me suffit ».

Et Harry se penche et ses lèvres se posent sur celles d'Eggsy. Il ferme les yeux et veut reculer sa tête, vraiment, mais sa bouche répond à celle d'Harry et les voilà qui s'embrassent. Ça brûle Eggsy de l'intérieur, lui donne envie de disparaître et de se réfugier dans les bras d'Harry à la fois. Ça lui donne envie de plus et de moins. D'agir, pour sûr.

« Attends… », murmure-t-il avant même que sa bouche ne quitte celle d'Harry. « Est-ce qu'on fait une connerie ? »

Harry remonte ses mains jusqu'à son visage qu'il caresse, embrasse la commissure de ses lèvres, ses joues, descend jusqu'à son cou et inspire son odeur à lui en donner des frissons. Il dépose des baisers chauds sur sa lèvre inférieure, entrouverte et répond tout aussi bas.

« Est-ce que tu en as envie ? »

Et c'est ça ce qu'il fallait à Eggsy, qu'on lui pose une simple question car la réponse est évidente. Il hoche la tête, encore et encore et les mains d'Harry autour de son visage se resserrent et leurs lèvres se retrouvent avec force. Eggsy gémit dans la bouche qui couvre les mots qu'il ne peut pas dire tout haut et frissonne quand il sent les mains d'Harry se glisser contre la peau de son ventre.

Bien sûr qu'il en a envie. Tout serait tellement plus simple, s'il n'en avait pas envie.

Serré contre le corps d'Harry, Eggsy le laisse le porter à travers la pièce qu'ils quittent en même temps que la chaleur du feu. Ils avancent dans la pénombre du couloir qui grince, entre les portraits d'un autre siècle, d'un autre monde. Les mains d'Harry tiennent fermement les fesses d'Eggsy. Qu'Eggsy ouvre ses yeux ou non, ça ne change rien. L'obscurité est la plus fidèle alliée pour ce qu'ils s'apprêtent à faire.

Dans la chambre, la fenêtre a été laissée ouverte. Une erreur de Sophie, sans doute. Ils ne le remarquent pas. Harry pose son amant sur le lit, lui ôte son t-shirt vivement, écrase ses lèvres contre le torse nu et tend une main en arrière, vers la lampe de sa table de chevet.

« Non. Laisse éteint. », murmure Eggsy et contre son téton droit, il sent le sourire d'Harry.

Ses lèvres se referment sur sa peau, ses dents aussi, à peine. Avec douceur ou délectation, Eggsy ne sait pas bien. Il ferme les yeux et s'allonge, lève son bassin lorsqu'il sent Harry tirer sur son jean et son boxer et frissonne. Il attrape Harry par le col de sa chemise, le force à revenir s'allonger sur son corps. Harry est chaud, il l'étouffe. Eggsy enfouit son visage dans son cou, sent contre son front la barbe naissante d'Harry griffer sa peau. Mais c'est lui qui a envie de s'excuser.

Harry se déshabille à son tour et tire sur les draps du lit pour qu'ils s'y glissent et sursaute presque.

« Eggsy, ça fait longtemps que… je… Je n'ai rien pour qu'on se protège. », dit-il en mordant son cou.

« Hein ? », halète le plus jeune en se serrant plus fort contre lui.

« …Merde. », grommelle Harry en se redressant pour tenter de le regarder malgré la pénombre. « Est-ce que tu as un préservatif ? »

Eggsy sourit, repousse Harry et sort du lit. Il frissonne à vue d'œil, remarque enfin la fenêtre ouverte qu'il va fermer. De là où il est, il voit sa moto. Il ferme les rideaux en plus. Sans la faible lumière de l'extérieur, il tâtonne le sol pour retrouver son jean.

« Tu veux que j'allume ? », propose Harry.

« Non, c'est bon. », répond Eggsy en mettant la main sur la poche arrière d'où il sort son portefeuille et une capote.

Quand il grimpe sur le lit, il lui met dans la main et l'embrasse comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des années. Il sent le sourire d'Harry contre ses lèvres. Eggsy ne sait pas ce qu'il a fait pour mériter un homme pareil. Et comme il n'a pas la réponse, il se glisse sous les draps, colle son corps contre celui de son amant et embrasse la peau de son cou, de son torse, bien décidé à oublier la moto, les kilomètres et à ne penser qu'à maintenant et qu'à Harry Hart.


Harry récupère le préservatif et le laisse de côté, préférant s'occuper de son jeune amant. Eggsy est partout, ses mains s'accrochent à lui désespérément, cherchant à ce que chaque centimètre de sa peau fusionne avec son corps à lui. Cela fait longtemps qu'Harry n'a pas eu ce genre de contact intime mais les gestes reviennent avec un naturel étonnant. Harry n'a pas à réfléchir, il agit d'instinct comme s'il avait attendu ce moment, cet homme, toute sa vie.

L'obscurité est enivrante, il doit apprendre à l'aveugle ce corps qui l'a appelé toute la journée. Tous ses autres sens sont en alerte. Il écoute et s'enivre des soupirs qui se transforment rapidement en gémissements désinhibés. Il goute l'épiderme frissonnant, appréciant le goût salé et envoutant qui imprègne ses papilles. Il caresse chaque courbe, chaque recoin de ces muscles parfaitement dessinés cherchant à les connaître par cœur. Eggsy sent le bois et le musc, une odeur animale dont Harry veut se rappeler toute sa vie.

Sa bouche retrouve la mâchoire carrée. Il y dépose une litanie de baisers, arrive dans son cou et mord la peau, laissant sa marque. Pour cette nuit, Eggsy est à lui. Il se redresse quelques secondes, décroche la main d'Eggsy de sa hanche et vient déposer de nouveaux baisers sur son poignet. Le plus jeune rejette la tête en arrière, haletant, son autre main trouvant le barreau du lit comme on s'accroche à un canot de sauvetage.

Harry descend le long du bras, passe sur le torse où il embrasse à nouveau chaque volute. Les mains d'Eggsy reviennent sur lui, griffant son dos nu. Il a la tête rejetée en arrière. Il respire fort, les yeux clos, la bouche entrouverte alors que sa langue dépasse d'entre ses dents et lèche ses propres lèvres.

Si Harry avait été un artiste, c'est ce tableau-là d'Eggsy qu'il aurait peint et affiché à côté du sien. Alors Harry fait de sa langue un pinceau et dessine sur le corps de son amant des centaines de couleurs dont les murmures d'Eggsy sont les critiques les plus encourageantes.

Il descend, joue avec le nombril puis attrape les flancs d'Eggsy pour le bloquer contre le matelas et s'acharne à lui faire perdre la tête. Le membre dressé est contre sa joue et il titille la peau délicate sans jamais se laisser tenter par le sexe. Il fait tout pour l'éviter, taquinant comme il a été taquiné dans la journée. Douce vengeance.

Eggsy se laisse faire, il semble totalement perdu et Harry en profite. Il sait la chance qu'il a. Malgré les années qui les séparent, leurs corps se répondent, s'aimantent. L'union n'est pas que physique et ça, Harry en prend conscience quand Eggsy le supplie de le prendre, en laissant échapper un soupir de frustration qui lui tord les tripes.

Harry récupère le préservatif et se redresse. Malgré le manque de lumière, il sent ses yeux azurs le détailler. Tandis qu'il ouvre l'emballage, le plus jeune se relève et embrasse à son tour Harry qui grogne. Il en oublie sa tâche, se concentrant sur la sensation des lèvres d'Eggsy sur ses abdominaux. L'emballage est enfin ouvert.

Mais Eggsy lui vole la capote, place le bout de latex sur le sommet du membre de son aîné et le déroule à l'aide de ses lèvres. Harry sursaute, poussant un peu plus son membre dans la bouche d'Eggsy qui l'avale en entier. Il grogne, griffe les cheveux courts sur la nuque du jeune homme qui gonfle ses joues afin d'en prendre encore plus. Harry recule son amant. Il colle leur front l'un contre l'autre, leur respiration à l'unisson. Ses doigts caressent les lèvres rougies, mordues. Eggsy sort sa langue et lèche, humidifiant comme il peut.

Dans un dernier long baiser, Harry s'allonge sur Eggsy, passe ses jambes autour de sa taille, laisse glisser une de ses mains sur le sexe tandis que l'autre trouve l'entrée étroite et chaude. Harry le prépare, aspirant les soupirs de douleurs qui tentent de sortir de la bouche qu'il n'a toujours pas quittée.

Et lorsqu'Eggsy peut enfin l'accueillir et qu'il s'enfonce en lui dans un long râle, le silence a déserté la maison. Pour de bon.


Eggsy ouvre un œil. L'autre. Il a mal fermé les rideaux la nuit dernière. Il fait assez jour dans la chambre pour voir le lit, la forme de leurs jambes couvertes par les draps qui portent encore leur chaleur. Il se redresse sur un coude, se tourne et regarde Harry, la tête enfoncée dans son oreille couleur crème. Il semble sourire. Harry Hart sourit en dormant. C'est peut-être grâce à ce qu'ils ont fait la veille. Un étrange sentiment de fierté envahit Eggsy à cette idée.

Il se glisse hors du lit avec une discrétion exemplaire. Il retrouve boxer, jean et tee-shirt qui sent la sciure. Il y a du bruit derrière lui. Il se retourne, mais Harry dort encore.

Mais qu'il est beau ce con.

Eggsy inspire profondément. Il attrape son sweat qu'il enfile, met son téléphone dans la poche ventrale et récupère ses écouteurs. Il met ses chaussures, tourne sur lui-même en vérifiant qu'il n'a rien oublié, s'apprête à poser sa main sur la clenche pour sortir et n'y arrive pas. Il fait demi-tour et se penche pour embrasser Harry sur les lèvres.

« Je pensais que tu allais partir sans me dire au revoir. », grogne Harry de sa voix rauque, un sourire béat aux lèvres.

« Je vais courir. », murmure Eggsy en glissant sa main dans les cheveux courts.

« Il va te falloir plus d'un baiser pour affronter cette épreuve. »

Eggsy rit, il passe sa main sur le visage d'Harry et quitte enfin la chambre. C'est étrange comme ce manoir, malgré le toit pas si stable et les tableaux de toute une dynastie qui les regardent, ne fait pas peur. Eggsy voudrait que ce soit le cas, ça serait plus facile de le quitter. Même la décoration qu'il considère moche car vieille n'est pas suffocante. Ils ne pourraient même pas tourner un film d'horreur ici, ça ne serait pas crédible. Merde, il pourrait même y tourner un épisode de Downton Abbey et ça, ça plairait trop à sa mère.

Il ralentit dans les marches en pensant à elle. Il faut qu'il les appelle. Qu'il s'excuse pour ce retard. Qu'il lui explique. Ou qu'il essaye, du moins. Il ouvre la porte d'entrée et la claque derrière lui. Il remonte sa capuche sur sa tête lorsqu'il sent la fraicheur du matin mordre ses oreilles dans lesquelles il glisse ses écouteurs. La musique à son maximum, il se met à courir.

Sous ses pieds, le gravier grince. Il suit le chemin à sa droite et retrouve la terre molle, humide. Il s'enfonce dans le bois qui borde la propriété. Une inspiration, deux expirations par à-coup. Il serre son poing droit pour s'éviter un point de côté. Il a l'habitude il faut dire.

Les musiques s'enchaînent, il presse le bouton du son qu'il veut plus fort alors que le bruit n'est pas assez pour couvrir toutes ces choses qui lui bouffent la tête.


Harry Hart chantonne. C'est la constatation étonnante que fait Sophie quand elle entre dans la bibliothèque avec le thé du lord. Elle prend le temps de l'observer évoluer dans la pièce, dos à elle, avant de toussoter légèrement pour marquer sa présence. Harry se retourne et lui sourit. La vieille gouvernante est encore plus surprise. Elle lui tend sa tasse et regarde autour d'elle, les sourcils froncés.

« Où se trouve notre jeune invité ? Vous avez trouvé le moyen de le contrarier et de le faire partir, c'est ça ? »

Harry se cache derrière son thé dont il boit une gorgée.

« Il est allé courir. »

« Il a dû partir bien tôt alors. Je ne l'ai pas vu dans le canapé quand j'ai pris mon service. »

Harry a la décence de rougir face au regard inquisiteur de sa gouvernante qui le connait depuis trop longtemps pour ne pas voir qu'il cache quelque chose.

« Sir Harry, deux solutions s'offrent à vous. Soit vous me dites tout, soit je serais dans l'obligation de vous tirer les vers du nez et vous savez combien vous détestez ça. »

Sophie a les mains sur les hanches et un air sévère. Elle ne voudrait pas se méprendre : elle a appris à apprécier Eggsy, a bien vu les regards qu'ils se jetaient l'un l'autre la veille et aimerait que son patron ne gâche pas tout. Ce dernier pose sa tasse sur le manteau de la cheminé, croise les bras sur son torse et regarde le sol comme si c'était la plus fascinante des choses. Il a l'air d'un adolescent qui a fait une bêtise.

« Harry ? »

La voix douce de sa gouvernante lui fait lever les yeux et il sourit. Elle ne l'a jamais jugé et ne commencera pas aujourd'hui. Il soupire.

« Il n'a pas dormi dans le salon. Il était avec moi. »

« Je vois. »

L'air ravi de Sophie fait grogner Harry.

« Je ne vais rien vous raconter, Sophie. Je laisse Eggsy s'en charger vu qu'il semble s'être, lui aussi, entiché de vous. »

La gouvernante explose de rire devant l'air embarrassé de celui qu'elle aime comme le fils qu'elle n'a jamais pu avoir.

« Il a l'air de bien vous convenir, à bien y réfléchir…»

« Cela ne fait que… »

« Je ne veux pas de cette excuse », coupe sévèrement. « Laissez de côté votre nature taciturne et essayez de faire en sorte de continuer sur cette bonne voie. »

« Ça ne dépend pas que de moi. », murmure Harry.

L'œil de Sophie brille. Elle pose une main sur la joue mal rasée, la tapote et s'en va, refermant délicatement la porte derrière elle. Quand elle arrive au bout du couloir, Chet Baker résonne dans toute la maison. Elle est rassurée.


Eggsy rêve d'une douche, d'une bonne bière et de s'allonger une vingtaine de minutes. Le chemin en voiture jusqu'à Aigas House l'a bercé. C'est une chance qu'il soit tombé sur Thomas au village. Il a couru si longtemps qu'il n'aurait pas eu la force de revenir à pieds de toute façon. Comme deux mecs qu'ils sont, ils n'ont échangé que des banalités sur le temps et la bière qu'Eggsy a achetée à la supérette et qu'il garde dans le sac plastique sur ses genoux.

Lorsqu'ils arrivent au manoir, ça sent la soupe jusque dans l'entrée. Eggsy descend aux cuisines où Harry et Sophie sont en train de parler. La gouvernante est penchée au-dessus d'une casserole qu'elle regarde comme si elle se demandait ce qu'elle y avait mis et Harry est attablé face à une dizaine de feuilles qu'il lit avec ennui. Eggsy les salue, adresse un clin d'œil à Harry à défaut de pouvoir l'embrasser et pose les sacs plastiques sur la table.

« Thomas m'a demandé de vous donner ça. », dit-il à Sophie qui le remercie d'un sourire chaleureux.

Elle s'approche et commence à ranger les courses. Eggsy se tourne vers Harry.

« Comment ça va ? »

« Bien, merci. Mais je commençais à m'inquiéter. Tu t'es perdu dans les bois ? », demande son hôte avec un grand sourire moqueur.

« J'ai couru jusqu'au village. Heureusement que j'ai croisé Thomas en rentrant. », rétorque Eggsy en espérant réussir à contenir l'envie de se serrer contre Harry.

Le footing n'a servi à rien, finalement.

« Je pense qu'une bonne douche bien chaude te fera le plus grand bien. Ça détendra tes muscles engourdis. », murmure Harry en se penchant sur la table.

« Je n'ai pas mis ça sur la liste. », grommelle Sophie.

Eggsy se retourne et la voit fouiller le dernier sac plastique, dont elle sort des Snickers, des bières et une boîte de capotes.

« Ah ouais, c'est à moi ça. », se défend le plus jeune en récupérant ses affaires.

La gouvernante, dont les sourcils se haussent de façon dramatique, hoche une fois la tête et retourne s'occuper de sa soupe. Ça arrange tout le monde. Eggsy adresse un sourire désolé à Harry en resserrant le sac plastique contre son torse.

« Bref… Je vais prendre une douche et je pensais aller jeter un œil à la verrière du jardin d'hiver, Thomas m'a dit que personne y mettait les pieds de peur que ça s'effondre…»

« Parfait, c'est une partie de la maison restée trop longtemps oubliée. Même si je me doute que tu vas estimer des travaux à des dizaines de milliers de livres… Je vais m'habiller et t'accompagner. »

Harry se lève en faisant racler sa chaise et lui adresse un clin d'œil discret à son tour. Eggsy laisse sur la table le sac plastique avec les affaires dont il n'a pas besoin pour l'instant. Les Snickers et la bière ne quittent pas la cuisine.


Harry finit de mettre la table dans la salle à manger, celle où ils pourront s'asseoir l'un en face de l'autre sans avoir à crier pour se parler. Il a congédié Sophie plus tôt qu'habituellement et a lui-même préparé le repas pendant qu'Eggsy finissait de consolider ce qu'il a fabriqué dans l'après-midi. Le propriétaire ne lui a été d'aucune aide et, après s'être fait légèrement réprimandé pour la cinquième fois car il le déconcentrait avec ses baisers, Harry avait commencé à mettre en place leur soirée.

Il est resté aux fourneaux, a mijoté ses spécialités les moins gastronomiques pour ne pas effrayer son invité et a dressé une table digne de la maison où ils se trouvent. C'est au moment où il finit de plier les serviettes qu'Eggsy entre dans la pièce. L'air surpris et ravi que lui offre le jeune homme rassure immédiatement Harry sur son initiative.

Il s'approche, entoure la taille fine de ses bras et l'embrasse comme il a envie de le faire chaque minute qui passe. Lorsqu'ils s'écartent, ils sont légèrement haletants. Les mains de son amant s'accrochent à sa chemise blanche. Harry resserre leur étreinte.

« Je vais inaugurer le monte-charge nouvellement réparé grâce à tes bons soins et chercher le diner. Installe-toi. »

Il s'écarte et s'éloigne, sentant le regard d'Eggsy le suivre jusque dans l'escalier de service. Lorsqu'il remonte avec un chariot à repas des années 1930, remplis de mets dont l'odeur est enivrante, Eggsy est déjà attablé et attend impatiemment. Harry se poste à ses côtés et dépose une assiette contenant un feuilleté et de la salade. Il fait de même pour lui et s'assoit juste en face.

Le repas est délicieux, la conversation est animée. Lorsqu'ils en arrivent au dessert, ils ont épuisé les sujets les plus banals. Harry prend une bouchée de son fondant au chocolat, qu'il accompagne de glace à la vanille.

« Je ne savais pas ce qui te ferait plaisir. Et comme tout le monde aime le chocolat… »

« C'est parfait. »

Eggsy retourne à son assiette, les yeux regardant sa petite cuillère en argent et évitant Harry qui s'apprête à lui demander ce qu'il a lorsque le jeune homme redresse la tête.

« Harry ? Pourquoi t'es seul ? J'veux dire... Sophie m'a raconté que ça faisait plus de dix ans que t'avais pas amené quelqu'un ici. T'as vraiment personne ? »

Harry pousse un long soupir et se laisse aller dans sa chaise. Il croise les mains devant lui.

« Ça fait longtemps que je n'ai plus envie de m'engager dans une relation avec quelqu'un. Et toi, Eggsy ? Pourquoi personne ne t'attend à Londres ? »

« T'es beau gosse, t'es riche, t'as une putain de baraque... Enfin, qui pourrait être mieux si tu t'en occupais mais bon. Tu dois avoir tellement de meufs à tes pieds. Mecs. », se corrige Eggsy en lui adressant un sourire avant de reporter son attention sur son assiette. « Je cherche pas de relation... stable. »

C'est au tour d'Harry de se sentir légèrement mal à l'aise.

« Personne ne s'intéresse à un vieux grincheux, aussi séduisant soit-il. » Sa main passe sur son front. « Puis-je te demander pourquoi tu ne veux pas te stabiliser ? »

« Quand tu te comportes comme un vieux con comme le premier jour où je suis arrivé, je te confirme t'es tout sauf excitant. Heureusement que j'ai persévéré..."

Eggsy repousse son assiette et pose ses coudes sur la table. Il soupire. Les traits de son visage semblent moins soucieux, éclairé par la lumière des bougies et Harry ne l'a jamais trouvé aussi beau qu'en cet instant.

« À cause de... Mon style de vie est pas en adéquation avec une vie de couple. », son sourire est doux, montrant clairement que si les choses étaient différentes, il essaierait. « Excuse-moi, Harry. »

Le gentleman a un petit rire gêné.

« Tu n'imagines pas à quel point je te comprends. Mais, ne t'excuse pas. Je ne te demande pas de rester. Tu as ta vie, ta famille. Je ne forcerai jamais personne à rester ici. »

« Et si j'étais pas censé aller plus loin qu'ici ? Imagine que ma moto redémarre plus jamais. Tu dirais quoi ? »

Harry se lève. Il prend la main d'Eggsy, le relève et l'embrasse, mordillant délicatement ses lèvres. Le plus jeune passe ses bras autour de son cou et se resserre contre lui. Harry se détache et murmure, à quelques centimètres de sa bouche.

« Si c'était possible, Eggsy, je ferais en sorte d'être la personne qui compte pour toi puis je te ferais l'amour dans chaque pièce de cette maison. »

Eggsy comble le mince espace entre eux et l'embrasse à en perdre la raison. Il écarte les pans de la chemise, arrachant les boutons de nacre. Harry grogne, prend le visage de son amant en coupe et le pousse contre la table, s'acharnant à lui faire pousser des soupirs de plaisir.

Les caresses sur son torse qui n'évitent pas ses cicatrices, stigmates de sa vie passée, affolent Harry. Sa chemise tombe. Voulant les mettre à égalité, il s'écarte et retire le t-shirt de son amant qui reprend de suite leur étreinte passionnée. Ils se touchent, enflammant leur sens, sachant que tout peut s'arrêter d'un coup. Alors, Harry donne et prend. Il profite de ce qu'il a, en cet instant, de ce jeune homme qui, malgré lui et malgré eux, a tout changé.


Eggsy embrasse, mord, suce. Il ne veut pas être à demain. Il sent la tranche de la table contre ses reins. Il n'a jamais ressenti ça pour personne et veut le montrer puisqu'il ne peut pas le dire.

Il pousse Harry, l'obligeant à arrêter leur baiser. Ses yeux dans le regard si pénétrant du plus âgé, il défait sa boucle de ceinture, descend la fermeture éclair de son jean, récupère le préservatif qu'il a glissé dans sa poche arrière avant de venir diner et baisse l'ensemble, se mettant complètement nu. Il envoie loin ses baskets tandis qu'Harry se dévoile lui aussi.

Eggsy admire le torse toujours musclé, strié de fines lignes blanches qui racontent toutes une histoire différente qu'il aimerait connaître. Il s'approche, ouvrant l'emballage et, tout en reprenant la bouche d'Harry, déroule la capote sur le sexe dur qui se contracte sous son toucher.

Les torses s'épousent, se complètent. Harry le serre contre lui, sa main dans les cheveux courts d'Eggsy qui sent la chevalière sur sa peau. Il frissonne de plaisir et les attire sur le sol où il oblige son amant à s'allonger. Le jeune homme s'installe sur lui, sa bouche jouant avec les tétons dressés. Harry ne retient plus ses gémissements et lui non plus. Il n'a pas envie. Pas ce soir. Cette soirée a un goût d'infini. Il voudrait qu'elle dure, que le temps s'arrête et les laisse tous les deux dans cet état de langueur tellement parfait.

Il grogne lorsque les doigts d'Harry l'écartent, le préparant à le recevoir. Il mord le cou d'Harry puis se redresse et s'empale sur le membre tendu. Son souffle se coupe, il rejette la tête en arrière. Harry le regarde avec un air d'admiration absolue. Eggsy ferme les yeux. Il ne veut pas voir, ne veut pas comprendre ce que ça pourrait signifier. Alors, il accélère ses va-et-vient, voulant satisfaire son amant, lui offrir tout ce qu'il peut.

Harry s'accroche à lui, ses pouces laissant une marque rouge sur la peau fine de ses hanches. Il l'accompagne mais le laisse diriger, le laisse mener cette danse si sensuelle qui les mène dans un monde où rien d'autre n'existe qu'eux deux. Et lorsqu'Eggsy jouit, suivit par Harry, et que son sperme s'étale sur leur torse, il se dit qu'il doit trouver une solution pour rester. Question de survie.

Quelle ironie.


Harry n'arrive pas à faire un choix. Est-ce qu'Eggsy est plus beau lorsqu'il travaille dans la demeure ? Ou est-ce lorsqu'il est éclairé par la lumière du feu de cheminée ? Ou bien est-ce quand il jouit ? Toujours est-il que présentement, alors qu'il dort nu, entre ses bras, Eggsy est d'une beauté exquise. Harry le laisse se reposer. Ils se sont réveillés vers 7h, ont vu le ciel couvert de nuages et ont décidé de rester sous les draps. Au moins, le jeune homme n'a pas parlé d'aller faire un footing et ça ravit son hôte qui ne comprend pas cette lubie commencée dans les années 2000.

Il embrasse l'épaule nue, sourit en voyant le corps d'Eggsy s'enfouir un peu plus sous la couverture et se lève. Il s'habille sommairement, enfile pour la première fois depuis des mois un jean et un pull, sans s'encombrer d'un tee-shirt, et descend préparer du café. Dans l'escalier en bois, il remarque par la fenêtre la camionnette du mécanicien qui se gare à côté de la moto immobile. Harry va l'accueillir.

« Bonjour Reggie. »

« Ah, salut Harry. J'ai fait un dépannage dans le coin alors je me suis dit que je pouvais amener la pièce pour la bécane. Ça m'a fait bizarre que le gamin, enfin, m'sieur Unwin, me dise qu'il séjournait à Aigas House, j'ai cru qu'il déconnait. C'est un neveu à toi ? »

« Pas exactement. », grimace Harry sans pouvoir en expliquer plus à cet homme qu'il connaît peu finalement. « C'est gentil de ta part. Eggsy ne savait pas quand tu pouvais le dépanner. »

« Ouais, c'est d'la merde c'est petites choses là. Et vu que la moto date pas d'hier, j'en ai pas trop en stock. »

Reggie ouvre les portes arrière de sa camionnette et en ouvre un coffre en métal dont il sort une petite boîte en carton. Harry, les mains dans les poches, le regarde faire.

« Comment va Lucy ? »

« Ça va. Elle organise des cours de tricots le samedi maintenant, tu sais. »

Harry sourit en hochant la tête. Reggie a posé la boîte sur la moto. Il l'ouvre, en sort une petite ampoule et s'approche du feu arrière droit.

« … Qu'est-ce que c'est ? », demande Harry.

« Bah, l'ampoule du clignotant. »

« Et tu peux aussi changer le joint de culasse ? »

« Hein ? Ah je sais pas, le gamin m'a juste appelé parce qu'il a grillé son clignotant et que les flics lui ont déjà foutu une contravention. »

C'est viscéral, comme un retour en arrière. Le dos d'Harry se tend et ses yeux s'arrêtent de cligner.

« Qu'est-ce qu'il t'a dit, exactement ? »

« Bah il m'a appelé, quoi, vendredi ? Ouais, vendredi soir. Il m'a demandé si j'avais des ampoules d'Harley Bobber, je lui ai dit qu'il fallait que j'en commande et voilà. Je viens d'en recevoir et je me suis dit que je passerais, ça serait aussi l'occasion de boire le café avec Thomas. »

« Tu n'es pas venu samedi ? »

« Ah non, samedi j'étais chez ma mère… », rit Reggie en finissant d'installer la nouvelle ampoule. « Et de ce que je peux voir, la bécane m'a pas l'air d'avoir besoin de plus. »

Le mécanicien ouvre la petite sacoche en cuir accrochée à la moto, fouille sommairement et en sort une clé. Il la montre à Harry, l'air de dire Ils les rangent toujours là, et enclenche le moteur qui résonne à leur en faire mal aux tripes. Du moins, c'est vrai pour Harry.

« Tu vois, elle fonctionne très bien cette bécane. »


Eggsy ouvre un œil. Il attend. Il ne respire pas et ne fait pas un geste. Mais tout est silencieux. Il a dû rêver. Alors il enfonce sa tête dans l'oreiller et se rendort.