Salut à toutes et à tous ! Merci beaucoup pour vos commentaires qui m'aident à améliorer mon écriture. J'espère que vous trouverez cette suite intéressante !

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Athorn était allongé quand il revint à lui. Etrangement, il se sentait bien. Il se trouvait sur un lit moelleux, sensation qu'il avait oublié. La pièce dans laquelle il restaurait ses forces, emplie de sérénité, possédait une odeur de menthe. Le chant d'un oiseau juste au dessus de sa tête lui indiqua que celle-ci devait se reposer sous le rebord d'une quelconque fenêtre. Les cheveux d'Athorn avaient été lavés, son visage nettoyé, sa barbe rasée. Mais il ne sentait pas de bandage sur sa jambe, ce qui intrigua le marchand. Il ouvrit doucement les yeux… La lumière qui régnait dans la chambre fut telle qu'Athorn lâcha un cri de surprise. Il comprit ensuite qu'il n'était plus habitué aux lueurs du jour. Mais comment cela pouvait-il être possible ? Ses pensées furent interrompues par un mot inconnu :

_ Gar'ean !

Le jeune homme sentit qu'il n'était pas seul dans ce petit endroit de paix. La vue du marchand retrouva peu à peu sa netteté. Il se redressa difficilement et s'adossa contre son oreiller, ses membres engourdis le faisant légèrement souffrir. Deux elfes se tenaient devant lui, souriants et l'air accueillant. L'un deux, vêtu d'une longue cape de soie bleu foncé, s'avança et engagea une discussion qui allait sans aucun doute durer un temps certain :

_ Bienvenue à vous, Athorn. Puisse les circonstances être favorables à notre première rencontre. Je suis Elrond, seigneur de ces lieux. A Fondcombe, vous êtes en sécurité. Vous aviez été attaqué par des orques lorsque mes congénères vous ont trouvé. Mystérieusement, la vermine gisait déjà morte à notre arrivée, les cadavres flambant sur un bûcher.

Athorn, après un court moment de réflexion, répondit :

_ Heu… Merci de m'avoir sauvé, mais… Que faisaient des orques sur vos terres et…

_ Assez ! Respectez les convenances et présentez-vous !

L'autre elfe avait perdu son sourire et lançait des éclairs en direction du jeune homme. Elrond lui fit signe de se calmer, mais Athorn jugea plus prudent de se nommer :

_ Hem… Excusez cette impolitesse de ma part. Je m'appelle Athorn, je suis commerçant. Je vends… Je vendais des artefacts magiques de toute sorte avant d'être agressé par des brigands.

Les yeux d'Elrond brillèrent. L'elfe avait visiblement une idée en tête.

_ Vous êtes tout pardonné. Commerçant, dites-vous ? Les enchantements et les charmes ne vous sont donc pas inconnus. Bien. Je puis vous dire ceci, écoutez bien : votre esprit, pendant deux ans, a été séparé de votre corps. Les blessures physiques n'ont aucun secret pour les elfes, si bien que les vôtres furent guéries avec rapidité. Mais une force inconnue vous a maintenu inconscient tout ce temps, empêchant l'âme de s'unir à la chair. Votre réveil est un signe, de sombres événements se préparent… Quelque chose – ou quelqu'un – répand le mal en Terre du Milieu. Désormais, seuls les oiseaux de cette cité chantent après l'heure de la rosée. Les arbres, une fois leur manteau vermeil perdu, ne connaissent plus le renouveau qu'apporte le printemps. Durant la saison des récoltes où généralement les gens cherchent l'ombre protectrice du soleil, les lacs gèlent progressivement, exposés à un froid surnaturel. Le cycle de la nature est perturbé, et un seul artefact peut nous aider à rétablir l'équilibre : la Première Rosée.

Athorn déglutit avec difficulté. Il aurait donc dormi pendant deux ans ? Cela expliquait le fait que sa blessure eut disparue… Il songea alors à ses amis qu'il avait laissé sans nouvelles et qui, sûrement, avaient dû brûler un linceul vide à sa mémoire. Il pensa à sa femme, Soria, avec qui il s'était marié deux semaines avant le drame… Et enfin à lui. Lui, qui devait rattraper deux années de retard au cours desquelles beaucoup d'événements avaient dû se produire en dehors des faits rapportés par Elrond… C'est ainsi qu'une question jaillit naturellement de ses lèvres :

_ Pourquoi me dévoiler tout cela ? Je veux dire, que puis-je donc y faire ? Je ne suis qu'un marchand, et qui plus est un homme victime de sorcellerie selon vos dires…

Elrond, tout gardien solennel de la Terre du Milieu qu'il était, ne put réprimer une esquisse de sourire en répondant :

_ A l'image d'un vieil ami à moi, j'ai choisi le dernier membre de la compagnie qui ira chercher la relique qui peut nous sauver. Vous irez chercher la Première Rosée, Athorn. Et quoiqu'il résulte de cette expédition, cela n'en sera que bon pour vous.

_ En somme, je n'ai pas le droit de refuser ?

_ Prenez.

L'elfe tendit un parchemin à Athorn que celui-ci s'empressa de déplier. Il put y lire ces mots :

Lorsque d'un songe l'enchaîné s'échappera

Avec lui renaîtra l'incompris corbeau renié.

Déjà régents seront alors peste et choléra

Qu'un Roi par lui-même accepté pourra tuer.

La compagnie aux dangers cent fois exposée

Au terme de sa quête viendra à un choix

Décidant de la victoire chèrement emportée

Ou de la mort de l'équipe qui se fourvoie.

L'Ombre alors dévoilera un ultime instant

Celui par qui l'eau devint poison si mortel.

L'être félon qui par un contrat infidèle

Frappa maintes fois pour l'or et le haut rang.

Athorn ne comprenait rien à ce charabia. Un Roi, une ombre ? Tout cela n'avait aucun sens pour lui. Mais, et il s'en maudit, sa curiosité était piquée. Où devait-il aller, il n'en savait rien. Il ne comprenait pas non plus le rôle qu'il devait jouer dans la future compagnie, n'ayant pas de talent particulier et risquant d'être une gêne pour les autres. Mais il se dit qu'une proposition d'aventure n'apparaîtrait pas deux fois dans sa vie jusqu'ici banale. Elrond dit :

_ Le destin vous a sûrement choisi, Athorn. Et l'on ne peut fuir son destin, celui-ci finissant toujours par vous rattraper.

Athorn le regarda d'un air triste mais souriant et répondit :

_ Seigneur Elrond, le destin et moi, ça fait deux malheureusement… Mais qui sait, peut-être est-ce une opportunité pour moi de me réconcilier avec lui.