A ou le Souvenir d'Enfance
Albus D/ Lucy W/la famille Dumbledore
Tout Public
Général/Family


Disclaimer : JK Rowling, merci comme d'habitude. J'espère ne pas trop détruire ce cher Albus... cet OS étant purement expérimental =)

Voilà, hum, Albus vu d'un point de vue non habituel, je crois. J'ai essayé de coller, mais ça vraiment été dur... ce personnage est tellement incroyable et complexe... on sait de plus si peu de choses sur lui... enfin voilà. Second OS des Toiles.

C'était pour un concours sur le forum Dissendium (dont l'admin est Missma) dont les règles étaient simples : un OS de plus 500 mots, sans maximum; Rita Skeeter devait être mise en scène, peu importe comment; le personnage choisi parmi Albus Dumbledore, Sirius, Fred et George, Harry, Hermione, Drago et Dobby devait recevoir et donner un cadeau, et le tout devait répondre au sujet "racontez le Noël d'un personnage d'HP". J'espère avoir rempli tous les critères ;)

Bonne lecture !



Les Toiles



A ou le Souvenir d'Enfance



- Monsieur, j'en ai longtemps parlé avec oncle Harry, mais je n'arrive pas à savoir ce qui est vrai de ce qui est faux dans la biographie de Rita Skeeter. Elle dit ici : "La réponse, semble-t-il, c'est qu'il veillait à maintenir sa sœur séquestrée. Car bien que sa première geôlière"... euh blablablabla ... "Son existence même continuait de n'être connue, en dehors de la famille, que de quelques personnes, qui, comme Doge, alias Haleine de Chien, croyaient volontiers à l'histoire de la "santé fragile"".

- Cette femme a toujours eu le don de tout transformer tout en racontant la vérité... et apparemment avait une rancœur envers ce bon vieux Doge...

- Alors elle dit vrai, monsieur ?

- Je t'ai déjà raconté comment Ariana s'était faite attaquer... et bien oui. Nous la... comment dit-elle ? Ah, oui "séquestrions". Mais entre Ste Mangouste et notre maison, je crois que n'importe qui aurait vite fait son choix, non ? Et je t'ai dis de m'appeler Albus, Lucy.

- Dites-moi, Albus, n'avez-vous pas un souvenir ? Un souvenir lointain, quasi-oublié ? Un souvenir dont personne n'aurait connaissance, sinon vous ?

- J'en ai. Beaucoup. Et je n'ai plus de Pensine, donc plus rien pour alléger mes pensées et avoir les idées claires...

- Vous me raconteriez l'un de ces souvenirs ?

- Je ne sais pas trop, Lucy...

- S'il vous plaît...

- Promets-moi qu'il restera secret, alors, demanda la toile.

- Promis ! Fit immédiatement Lucy, enjouée.

- Bon... d'accord... c'était en 1898(1), un soir d'hiver, un soir de neige, un soir de froid...

...

L'hiver recouvrait Godric's Hollow d'un tapis de moire et de joyaux. Albus Dumbledore, à cette époque encore à l'aube de sa dix-septième année, fixait d'un œil triste ce paysage sublime, trop pur, trop aveuglant. Il lui semblait que cette blancheur éclatante l'appelait, avec la force d'une sirène, à la toucher, à la compresser, à tout simplement la sentir contre sa peau. Cette traîtresse. Froide et impitoyable, meurtrière et assassine.

Albus aimait la neige autant qu'il la détestait. D'un certain côté, il trouvait qu'elle lui ressemblait de sa splendeur inhumaine, capable de provoquer l'émerveillement; d'un autre, elle était au moins aussi éloignée, aussi trompeuse que lui et que sa brillante intelligence l'étaient en réalité. Car qui aurait pu sonder les réelles intentions du futur plus grand sorcier de son époque ? Albus était jeune, mais il savait pertinemment que ses résultats, les murmures sur son passage, son traitement de faveur n'étaient pas accessibles à n'importe qui. Tout ce qu'il était capable de faire n'était du niveau d'aucun de ses professeurs, et cela faisait bien longtemps que Barius Touflon, le professeur de Sortilèges de Poudlard, avait renoncé à lui apprendre quoi que ce soit de plus.

Cela faisait bien longtemps que la plupart de ses professeurs avaient cessé de lui apprendre quoi que ce soit tout court, en réalité. Il était un autodidacte et était de toute façon bien meilleur qu'eux. À cette pensée, Albus poussa un soupir désabusé, teintant la fenêtre d'un petit cercle de buée.

Ses longs cheveux auburn, attachés dans sa nuque, encadraient un visage fin mis en relief par un nez aquilin surmonté de lunettes en demi-lune. Ses yeux glace brillaient d'arrogance et fierté. Car Albus Dumbledore était fier, indubitablement - et pouvait se permettre de l'être. Physiquement, il était grand, à la stature fine et osseuse. Sa peau claire ne tolérait pas d'être tendre et s'étirait impitoyablement, sans pour autant figurer un squelette. Son torse à moitié découvert par sa robe de chambre laissait apercevoir un fin délié de muscles. Albus Dumbledore n'était pas beau, mais il dégageait un charisme qui ne laissait jamais de marbre. Rarement, il effrayait, parfois, il intriguait, et souvent, il fascinait.

Comme cette neige qu'il observait depuis ce qui lui semblait être des heures.

...

- Al', tu viens ? L'appela Abelforth(2) à travers la porte. Maman a besoin d'aide.

Le garçon referma l'épais livre de Runes qu'il était en train de lire dans une explosion de poussière, puis se leva de son fauteuil confortable et descendit la volée de marches qui menaient au rez-de-chaussée. Régnait dans la maison le calme trompeur, mais habituel des dernières années. Ariana, ses cheveux blond auréolant son visage blafard, était allongée dans un coin, sur un lit, et dormait paisiblement. Lorsqu'il n'y avait pas d'invités, Kendra Dumbledore la laissait avec eux, plutôt que de l'enfermer dans la cave, malgré la peur constante de la voir faire un trop-plein de magie. Albus n'ignorait pas que sa mère comptait sur lui si jamais débordement il y avait, afin qu'il canalise l'énergie et la fasse disparaître. Il n'avait jamais eu à gérer de cas comme celui-là et au fond de lui, priait Merlin que cette responsabilité de ne lui incombe jamais. Il n'était pas Abelforth, capable de la calmer lorsque leur mère même échouait, capable de la comprendre avec une sensibilité inexplicable chez un garçon aussi bestial. Albus aimait sa sœur, mais il ne voulait pas en être le gardien. Jamais il ne pourrait un jour tenir le rôle de sa mère qui sacrifiait ses jours, chacune de ses heures à s'occuper d'une jeune fille qui ne connaîtrait jamais une vie saine et normale, ni même celui de son frère, celui du plus proche confident. Il voulait s'envoler, il voulait l'indépendance. Et elle viendrait bientôt, au début de l'été. Lorsqu'il aurait enfin ses A.S.P.I.C. en poche.

Abelforth le tira de ses pensées en l'attrapant par le bras et en l'entraînant vers une pièce dont émanait une douce odeur de gigot.

- On a besoin d'un peu de magie, chuchota-t-il, le mot étant interdit dans le salon, en présence d'Ariana.

Albus acquiesça, un peu ailleurs.

- C'est ton dernier Noël avant la fin de Poudlard, hein ? Souffla-t-il, essayant de faire la conversation.

- Hum hum, approuva Albus sans tenir compte de la tentative de son frère.

Albus poussa la porte en bois de frêne de la cuisine et inspira la douce saveur de la viande rôtie.

- Miam, ne put-il s'empêcher de saliver.

Kendra se tourna vers lui, le visage sévère mais amusé. De sa main droite, sa baguette s'occupait d'éplucher les pommes de terre.

- Allez, viens m'aider. Abelforth, retourne t'occuper de ta sœur, s'il te plaît, demanda aimablement Kendra, tranchant avec tous les préjugés que les habitants de Godric's Hollow avaient d'elle. Donne lui la potion de sommeil, je ne voudrais pas prendre de risques ce soir qu'elle perde le contrôle de sa magie.

Kendra Dumbledore était considérée comme une femme souvent sèche et hautaine mais les gens avait d'elle une idée fausse parce qu'ils s'approchaient toujours trop près d'Ariana, et donc du secret des Dumbledore, qu'elle défendait cœur et âme. Elle se montrait face à eux comme une femme tyrannique, cruellement manique et sévère.

En réalité, son physique reflétait son caractère. Ses cheveux noirs de jais tombaient sur ses épaules, indomptables, ses yeux sombres cachaient ce qu'elle pouvait ressentir et ses pommettes hautes donnaient une intense gravité à son visage. Son nez droit, fièrement, trônait au milieu de son visage, sans honte, sans hésitations. Quand à sa peau, elle reflétait son exotisme.

Kendra Dumbledore cultivait le secret comme se cultive une plante. Elle l'arrosait, l'observait grandir, et craignait chaque jour qu'il vienne à se flétrir. C'était une femme forte, sûre, capable de mener son petit monde à la baguette. Née-moldue pure souche, elle préférait cacher ses origines depuis l'agression d'Ariana, comme si elle avait ce jour tragique essayé d'effacer au mieux tout liens avec ceux qui avait détruit la vie de sa fille - et par prolongement, la sienne. Kendra donnait chaque seconde de sa vie à protéger sa progéniture, mais ne parvenait pourtant pas à lier de solide liens avec ses enfants. Tout était toujours incommensurablement tendu, aussi bien entre Albus et elle qu'avec Abelforth ou Ariana. Avec Albus, c'était de l'incompréhension mutuelle. Avec Abelforth, c'était un malaise, un constant malaise et une certaine rancœur : elle avait du mal à accepter qu'il soit plus proche d'Ariana qu'elle. Quand à Ariana, elle était trop instable pour que l'on cherche à comprendre ce que cachait son esprit.

- D'accord, acquiescèrent les frères avant d'échanger un regard vaguement complice.

Albus s'éloignait, étoile montante et aveuglante; Abelforth le sentait au fond de lui. Tandis qu'il stagnait, illettré, son frère s'envolait haut dans les sphères de la communauté sorcière, avec toutes ses correspondances et ses talents déjà reconnus. Abelforth était jaloux. Indéniablement. Jaloux de ce frère à l'intelligence quasiment inhumaine, tandis que lui était laissé pour compte, loin derrière, ignoré. Microbe sans importance. Alors il s'occupait d'Ariana, la seule qui l'appréciait pour lui, qui le connaissait réellement et la seule qui lui accordait plus de crédit qu'à Albus Dumbledore. Il était son préféré, et cela leur suffisait à tous les deux. Les autres, leurs avis erronés, finalement, il n'en avait que faire. Ils vénéraient son frère ? Et bien soit. Ils ne le connaissaient pas vraiment alors. Pourtant, un drôle de sentiment le haranguait sans cesse, comme un vague pressentiment que tout cela n'était pas si simple que cela semblait être, et qu'Albus allait finir par faire un faux pas. Faisant taire ses angoisses étranges, l'adolescent retourna auprès de sa sœur, souriant et rêveur. Définitivement bizarre.

- Tu t'occupes de la vaisselle pendant que je surveille la viande ? Demanda Kendra.

Albus hocha la tête et sortit sa baguette magique de son peignoir, ulcéré en son fort intérieur. Son don, ses talents, sa magie, son habileté ultime ne servirait-elle donc qu'à cela ? Laver des assiettes et des couverts en argent ? Lui, le futur et reconnu Albus Dumbledore, utilisait son génie pour nettoyer des ustensiles de cuisine ? Son ami Doge se serait étouffé d'indignation.

- Elphias arrive à quelle heure ? Demanda soudain Albus.

- Vers vingt heures, fit Kendra.

- Oh.

- Tu vas partir avec lui à la fin de l'année ? S'enquit-elle brusquement.

- Je pense, oui, révéla Albus.

Ces instants entre mère et fils se faisaient de plus en plus rares, tant Albus s'isolait dans sa chambre, à passer des heures à répondre à des lettres qu'il recevait tout le jour, où à lire des livres dont le contenu n'aurait fait sens à aucun des membres de sa famille. L'intelligence d'Albus les effrayait tous. Surtout Abelforth, Ariana ne pouvant vraiment s'en inquiéter, n'ayant conscience de pas grand chose.

- Pourtant, c'est un garçon un peu naïf, murmura Kendra, d'un ton lourd de sous-entendu.

- Il est gentil, rétorqua Albus froidement.

- C'est vrai, concéda sa mère.

Une discussion sans trop de sens. Quelques mots échangés un peu par obligation. Voilà ce qu'étaient devenus les discussions entre mère et fils.

- Ariana va passer Noël à la cave, alors ? Interrogea Albus.

- Oui. Je lui donnerai ses cadeaux demain.

- Pourquoi ? Grommela le garçon. Elle ne sait même pas que c'est Noël.

Un long silence perdura et Albus devina que sa mère tentait de réunir des arguments visant à contrer son attaque. Mais elle n'en trouverait pas, il le savait.

- J'ai fini, annonça-t-il en en secouant sa baguette d'un geste distrait.

- Alors retourne dans le salon avec ton frère et ta sœur, ordonna, glaciale, Kendra.

Albus ne prit même pas la peine de répondre et sortit rapidement. Cette comédie commençait à lui peser. Il voulait s'échapper d'ici. Partir loin. Loin d'Ariana et son état qui se dégradait de jour en jour. Loin d'Abelforth et de la bêtise de son ignorance. Loin de sa mère qui se sacrifiait pour ce qu'il trouvait être une cause perdue.

Loin de cette maison trop pleine de souvenirs. Trop pleine d'entraves et qui lui donnait mauvaise conscience.

...

Trois coups retentirent à la porte.

- Albus ! Ce doit être Elphias !

Le garçon redescendit les escaliers pour la seconde fois en quelques heures et posa la main sur la poignée après avoir convulsivement vérifié qu'Ariana n'était plus là, mais bel et bien soigneusement cachée dans la cave.

Il entrouvrit alors la porte.

- Bonjour, Albus, le salua une voix qui n'était pas celle d'Elphias.

- Mme Tourdesac, euh... entrez, improvisa malhabilement Albus.

- Maman, c'est Bathilda, prévint-il dans l'imitation parfaite du fils parfait.

- Oh ? J'arrive ! S'exclama-t-elle de la cuisine.

- Elle arrive, répéta Albus, très mal à l'aise.

Il n'avait trop apprécié cette femme. Il admirait son talent pour l'Histoire de la Magie, mais la trouvait trop maligne et trop fouineuse à son goût. Un jour elle découvrirait le secret honteux des Dumbledore et Albus considérait que ce serait sa fin.

- Je peux entrer ? S'enquit Bathilda, un rictus accroché aux lèvres.

- Euh, oui, oui, bredouilla Albus, réalisant qu'il avait oublié de s'effacer pour la laisser pénétrer leur demeure.

Bathilda passa le seuil et posa le regard sur le salon. Le parquet poli brillait sur le sol, les mur lambrissés conviait une atmosphère chaleureuse et intime, complètement à l'opposée de la réalité. Au centre de la pièce se tenait un immense sapin d'un vert bien soutenu, couvert de décorations mieux ciselées les unes que les autres. Au sommet trônait une étoile tournoyante et rayonnante tout bonnement sublime. Derrière l'arbre se tenait un canapé rouge grenat, donc la texture velours promettait un confort absolu.

- Votre maison est toujours aussi jolie le jour de Noël, complimenta-t-elle par pure politesse.

- Merci, dit Kendra qui venait de sortir de son antre. Que faites-vous là ? Asséna-t-elle, dissimulant très mal son mécontentement.

- Je venais vous souhaiter un joyeux Noël et vous donner ceci, rétorqua Bathilda sans prendre la mouche et se vexer le moins du monde.

Elle sortit de son sac quatre paquets et les fit léviter jusqu'à la table basse.

- Il y en a un pour Ariana, indiqua-t-elle, faussement innocente.

- Merci, s'étrangla Kendra.

- Mais de rien. Ça aura été un plaisir. J'aurais aimé lui remettre en main propre, mais je vois qu'elle n'est toujours pas prête à recevoir de visite... j'espère que son état de santé va s'améliorer quelque peu, siffla-t-elle avec bonhomie, pourtant aussi venimeuse qu'un serpent. Albus, j'espère que tu ne l'as pas déjà, sans quoi tu peux toujours venir me voir pour aller l'échanger. Oh, et mon neveu viendra cet été, je l'ai appris hier, vous pourrez peut-être faire connaissance... il a le même âge que toi, annonça-t-elle.

La tension qui régnait dans la pièce était quasiment palpable.

- Bon, et bien, je vous laisse...

L'entrevue aurait pu se terminer là, mais la porte de la cave s'ouvrit soudainement sur Abelforth.

- Ariana voudrait un peu d...

Il se figea. Tous se figèrent. Quant à Bathilda, son besoin de croustillants ragots venait d'être satisfait.

- Au revoir, Bathilda, merci d'être passée, la congédia Kendra, plus glaciale encore que les grêlons qui s'abattaient au dehors.

La voisine dut comprendre qu'ajouter quelque chose ne serait bon pour personne et serait franchir la limite dont elle s'était déjà bien trop approchée. Elle n'insista pas et passa le seuil de la maison, laissant derrière elle une famille meurtrie par un secret qu'aucune famille n'aurait dû avoir à porter.

...

Abelforth cogna du poing contre le mur.

- Merde, grogna-t-il, moitié pour la douleur, moitié pour son erreur.

- Quelle sale fouineuse, vitupéra Kendra.

- Oui, et bien si nous n'avions rien à cacher, elle serait une voisine comme les autres, balança Albus comme une bombe à retardement.

Les deux paires d'yeux pivotèrent jusqu'à lui, outrées.

- Albus, monte dans ta chambre, maintenant ça suffit, asséna Kendra.

Mortifié, honteux d'être traité comme un gosse, énervé aussi, Albus grimpa les escaliers quatre à quatre et résista à l'ultime déshonneur de claquer sa porte, ce qui aurait le summum de la gaminerie.

Pour tempérer sa fureur, l'adolescent vomit une flopée de juron et s'appuya à la fenêtre, bras tendu, paume écrasées contre le rebord. La tête d'abord basse, il remonta ensuite le menton pour se reperdre dans la contemplation du lac de poudreuse. Il lui fallait quelque chose pour se concentrer, canaliser sa colère, sans quoi il allait faire une bêtise. Albus était du genre à s'emporter parfois pour des raisons stupides, mais il savait admirablement se calmer. Sauf qu'il avait pour cela le besoin vital d'être seul. C'était comme ça, gravé en lettres de feu dans son caractère : solitude à côté d'égoïsme, et d'ambition. Oh oui, il était ambitieux, le savait, et parfois se haïssait pour cela. Mais il n'y pouvait rien, il ne pouvait s'en empêcher, de rêver de gloire, de grandeur, pour enfin redorer l'honneur de sa famille. Son blason si souillé par les mains de son père, la froideur de Kendra, le secret d'Ariana et l'illettrisme d'Abelforth... il n'y avait que lui ! Que lui pour glorifier sa famille de nouveau et récupérer un minimum d'estime de la part de l'univers, de la part de ses confrères !

Sauf qu'il se mentait et savait très bien qu'au fond, au plus profond, il faisait ça pour lui. Il voulait du pouvoir. Le pouvoir de faire qu'Ariana soit en bonne santé, qu'Abelforth soit intelligent, que sa mère n'ait jamais dû sacrifier sa vie sociale au profit de sa fille et que son père n'ait jamais eu à tuer ces abrutis de moldus. Il aurait voulu changer le cours du temps, vaincre la mort.

Il était Albus Dumbledore, après tout, qu'y avait-il d'impossible pour le meilleur espoir d'une génération entière ?

Albus expira bruyamment et attrapa sa baguette. Si fine, si puissante. D'un mouvement du poignet habile, il fit apparaître une lueur au milieu de la pièce. Son corps, un instant plus tôt raidi par la rage, venait de retrouver sa souplesse. Ses yeux, auparavant brûlant de colère, retrouvait leur tranquille aspect de glace. Un sourire ornait son visage.

La magie. Détenir un pouvoir si grand avec un si petit objet... Albus décrivit des arabesques dans les airs, traçant des arcs lumineux, d'un blanc limpide. Il fit cela un instant, faisant danser des volutes qui prenaient tour à tour la texture du feu, la transparence du verre, la vapeur de la fumée. Sur ses verres en demi lune se reflétait le spectacle des serpentins qui soudainement, d'un coup de baguette sec, se figèrent. Cristallisés. Avant d'exploser en un milliard de flocons qui vinrent recouvrir la chambre dans son entier d'un parterre de glace.

- Alb...

La voix d'Abelforth resta coincée dans sa gorge tandis qu'il découvrait le spectacle.

- Oui ? Insista tranquillement Albus, de nouveau aussi immuable qu'un chêne.

- Elphias est là.

Abelforth ferma la porte, comme aveuglé par tant de lumière.

...

- Albus ! S'exclama Elphias Doge en le voyant descendre les escaliers.

Albus aimait beaucoup Elphias. Ils avaient tant partagé par le passé que leur amitié n'était qu'une suite logique de leurs déboires d'enfants.

Elphias n'était plus atteint de Dragoncelle, mais il restait timide et fier d'être ami avec le fabuleux Albus Dumbledore. Il se sentait valorisé, presque reconnaissant, qu'un garçon comme lui ait fait de l'insignifiant malade l'un de ses meilleurs amis. Il sentait de plus qu'Albus avait une formidable influence sur lui, lui permettant de décupler son courage, sa volonté, et lui insufflait comme la capacité de croire en ses propres rêves.

Elphias en était persuadé, Albus Dumbledore était la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée.

- Tiens, j'ai rapporté des cadeaux, fit Elphias en lui tendant les paquets.

- Oh, merci, répondit poliment Albus. Va donc t'installer sur le canapé, j'arrive.

- Ariana n'est pas là ? Interrogea son ami.

- Euh... si, elle... elle dort. Elle était fatiguée, improvisa Albus.

- Oh, tu lui souhaiteras Joyeux Noël de ma part, alors ?

Elphias était gentil. Oui. Gentiment crédule et naïf. Mais gentil. Toujours. C'était dans ce genre d'instants qu'Albus se haïssait. Elphias ne connaissait de sa sœur que l'existence, et pourtant, il était plus agréable avec elle que lui ne l'avait jamais été. Il aurait beau se trouver toutes les excuses du monde, il n'y avait aucune raison à cela.

Albus se demanda un instant quand son amitié pour Elphias s'était transformée en rapport de force où il était l'admiré et Elphias l'admirateur. N'avait-il pas toujours été apprécié pour sa gentillesse, ses mots bien choisis ? Son naturel pédagogue ? Alors pourquoi, en ce jour, pensait-il à Elphias comme à un homme qui lui était inférieur alors qu'il démontrait tant de grandeur d'âme ?

Albus se sentait perdu. Perdu en lui-même. Comme s'il avait égaré ses valeurs morales, ses buts, ses rêves, sa personnalité. Comme s'il s'était en fait égaré lui-même sur le chemin et qu'il n'avait pas le droit de revenir en arrière pour se retrouver. C'était une sensation très étrange qui le rendait étonnement instable. Et, en cette journée de Noël, le changement le mettait mal à l'aise.

- Je le ferai, accepta Albus, faussement réjoui.

Il ne comprenait plus trop, il se sentait changer. Il se sentait puissant. Et infiniment brillant.

Albus décida que puisqu'il ne pouvait contrôler la tendance, pour une fois, il n'avait qu'à se laisser porter. Il se dirigea alors vers le sapin, posa les cadeaux un peu au hasard autour du tronc, et agita sa baguette, pour rendre le tout invisible. Il songea que ce tour aurait fait merveille chez les moldus. Un petit moulinet de la baguette, et tous les cadeaux apparaîtrait soudain, comme par magie... enfin non. Par magie. Précisément.

- À table ! Lança Kendra, distrayant immédiatement le garçon de ses pensées.

Albus Dumbledore ou pas, il y a certaines choses qui ne changeront jamais...

...

- C'était délicieux, complimenta, repu et ravi, Elphias dans un immense sourire.

- Merci, s'autorisa Kendra, amusée. Mais dis-moi, Elphias, pourquoi viens-tu fêter Noël chez nous, cette année ? Je n'ai rien contre, fit-elle rapidement, mais Noël se passe en famille habituellement, non ?

- Mes parents sont en voyage. Et lorsque je l'ai dis à Albus, il s'est empressé de me proposer de venir chez vous... cela me gênait, mais vous le connaissez, il sait choisir ses mots pour vous convaincre, avoua Elphias, comme on raconte une anecdote.

Albus sourit, l'esprit moins tourmenté maintenant que son ventre était plein.

- Il est minuit dans quelques minutes, informa alors distraitement Abelforth, les yeux rivés sur le bas du sapin.

- Ariana dort toujours ? S'enquit Elphias doucement. Ne faudrait-il pas la réveiller pour...

- Non, coupa un peu trop sèchement Kendra. Laissons-la dormir, la pauvre est épuisée...

Un malaise régna un temps dans l'atmosphère, Elphias n'osant s'avouer que quelque chose ne tournait pas rond, les autres essayant de se persuader qu'Elphias n'oserait pas se l'avouer.

- C'est l'heure ! Intervint Albus, rompant le silence qui commençait à les gagner comme un parasite malsain.

Il sortit sa baguette, discrètement, et l'agita, dissipant le sortilège de Désillusion appliqué plus tôt.

Tous les présents apparurent en tas sous le sapin. Elphias était bouche bée.

- Je n'ai jamais vu un Noël pareil. C'est une drôlement bonne idée, s'extasia-t-il.

- Allez, arrêtez de discutez et allez ouvrir vos cadeaux, intervint Kendra, comme chaque fois que l'on complimentait trop Albus et qu'Abelforth semblait disparaître, étouffé dans l'ombre de son frère aîné.

Les trois adolescents sortirent précipitamment de table, contournèrent le canapé et se massèrent autour du sapin méthodiquement décoré de flocons et d'étoiles lumineuses, soigneusement confectionnées par Albus et Kendra.

- Ça c'est pour toi, Abelforth, fit Albus en désignant un gros paquet bronze.

Le garçon attrapa l'objet et le déballa à la main, le regard pétillant. À quinze ans, Abelforth ne résistait toujours pas à l'excitation de Noël.

En découvrant le présent, il poussa une petite exclamation de surprise. Elphias et Albus ne purent s'empêcher de rire.

- Tu as assez de Chocogrenouilles pour un régiment entier ! S'exclama Elphias.

- C'est de moi, avoua Albus. Je me suis dit qu'il y aurait sûrement la carte de Ptolémée...

- Merci, Al', fit Abelforth.

- À toi, Albus, renchérit Elphias en désignant un petit paquet à côté des autres.

- C'est d'Ariana, dit Kendra.

La gorge serrée, Albus saisit le paquet. Il savait bien que la plupart du temps, sa sœur était dans un état normal, et non pas la folle dangereuse qu'il se figurait le plus souvent. Mais qu'elle songe à lui offrir un présent, alors que lui même était si peu présent lui semblait improbable. Ce cadeau revêtait soudainement des allures de trésor. Presque tremblant, il déchira le papier - sur lequel dansaient des sucres d'orge et des feuilles de houx - et c'est les yeux écarquillés de stupeur qu'il découvrit la surprise.

- Des... chaussettes ? Balbutia-t-il.

- Oui. En laine, précisa Kendra, une pointe de fierté dans la voix.

Albus retira aussitôt patins pour enfiler l'idée de sa sœur.

Elphias assistait à la scène, un peu éberlué, mais naïvement convaincu qu'Albus était simplement touché que sa sœur aie eu une pensée pour lui malgré sa maladie.

Tous les paquets furent ensuite vite déballés, et Albus fit l'acquisition d'une pile de livres envoyés par divers amis et correspondants - Les Propriétés de la Pierre Philosophale, Traité sur l'usage abusif des Sortilèges, ... - , d'un stock de dragées de Bertie-Crochue - malheureusement parfum poubelle -, d'un manuscrit - de Bathilda - et d'un nouveau hibou - Dust ayant du mal a assurer toutes les correspondances, sa mère s'était chargée de remédier au problème.

La soirée se termina dans les rires et la joie que procure l'opulence, sans que le sujet litigieux d'Ariana soit de nouveau abordé. Elphias quitta la maison assez tardivement, et Kendra se chargea de ranger pendant qu'Abelforth et Albus allaient se coucher.

...

Albus, dans sa chambre - redevenue normale après quelques coups de baguette -, de nouveau face à la fenêtre, ne put s'empêcher de songer que cela avait été un Noël bien étrange. Était-ce parce que lui, Albus, se sentait changé ? Parce qu'Abelforth avait fait l'erreur de révéler à Bathilda qu'Ariana était tenue dans la cave ? Parce qu'Elphias s'était joint à eux ? Parce qu'il avait fait un trop plein de cette ambiance malsaine qui régnait chez eux ? Ou tout simplement parce que cela n'avait pas été un jour si différent des autres ?

C'est en fixant les chaussettes en laine rouge qu'Albus réalisa ce qui avait été différent.

Et c'est en suivant du regard les petites baguettes magique qui tournaient sur le vêtement qu'il comprit qu'à partir de ce jour, tout serait différent.

Même s'il ne savait pas encore en quoi et ignorait combien il était dans le vrai.

Albus laissa une dernière fois son regard se perdre dans la nuit d'hiver du 25 décembre 1898, et le fit parcourir le firmament étoilé, avant de contempler la neige mystiquement bleuie par le ciel, se laissant éblouir par la simplicité de ce paysage si sublime.

C'était tout simplement Noël. Un peu plus de magie dans le quotidien. Le dernier Noël d'une vie qui ne connaîtrait plus jamais le repos.

...

- Ce fut mon dernier Noël en famille. Le dernier Noël fêté avec toute ma famille. Ma mère est morte l'été qui a suivi, et tu connais l'histoire... d'Ariana. C'est le dernier souvenir que j'ai de nous réunis, en fait. Le reste des vacances est flou... et je me suis trop isolé pour avoir quoi que ce soit à me rappeler, de toute manière.

- C'est bien gentil tout ça, mais vous ne me ferez pas croire que vous étiez si arrogant, conclut Lucy. Un homme arrogant ne peut-être émerveillé devant une paire de chaussettes.

- Pourtant je l'étais. Émerveillé et arrogant. Grindewald ne m'a pas séduit par hasard, rétorqua Dumbledore, amer. Je crois d'ailleurs que s'il était arrivé juste un an plus tôt, je ne me serais pas laissé faire si facilement. Je me suis embarqué dans cette histoire pour un tas de raisons, mais mon trop-plein du secret m'obscurcissait l'esprit... je pense que c'est en partie pour ça,aussi, que j'ai saisi le premier moyen de m'échapper.

- Vous m'avez déjà raconté cette histoire. Mais... tout de même...

- On change, tu sais, Lucy. Les gens changent. J'ai changé en apprenant à me connaître, en apprenant à résister à mon besoin de pouvoir... et surtout en ayant peur de moi-même. En ayant peur de ce que j'étais capable de faire. Et il aura fallu la mort d'Ariana pour cela.

- Et Elphias Doge ?

- J'ai réappris à l'apprécier seulement pour ce qu'il était, et pas pour le regard qu'il portait sur moi. J'ai d'ailleurs mis un peu de distance entre nous ensuite, lui parlant essentiellement par correspondance. Lorsqu'il me regardait avec cette étincelle de déférence, je ne pouvais m'empêcher de replonger dans ma honte, dans mes vieux souvenirs, dans ma folie cruellement humaine.

- Vous portez sur vous un regard faux, Monsieur. Vous êtes un grand homme, vous avez toujours été un grand homme. Alors pourquoi ne vous pardonnez-vous pas d'avoir simplement été humain, comme chacun de nous ? Je veux dire, chacun de nous fait des erreurs... non ? Il n'y a bien que Rita Skeeter pour vous blâmer autant que vous le faites !

- Toutes les erreurs ne sont pas un meurtre, ne sont pas un pari risqué dont l'enjeu est la fin définitive d'un monde en paix... je n'ai jamais pu me pardonner d'être humain parce que les hommes me demandaient d'être un dieu. Et que j'ai toujours refusé d'accepter de ne pouvoir en être un..., déclara Albus sombrement.

- Je..., balbutia Lucy.

- Tu es jeune Lucy. Tu es jeune. Tu sais, j'ai joué avec le temps, j'ai joué avec des forces de la magie inimaginable. Et même si j'ai toujours su où était la limite, contrairement à Tom - enfin Voldemort - j'ai quand même outrepassé les règles, dénaturé mon âme, noirci mes mains. Ma main. N'est-elle pas le symbole le plus flagrant de mon égoïsme et de ma stupidité ?

- Je crois que vous êtes trop dur avec vous-mê...

Un bruit retentit soudainement. Une porte qui s'ouvre.

- Lucy, je suis rentré ! Annonça la voix de Percy Weasley.

- Oh, mon père rentre, je suis désolée... il faut absolument que vous partiez, vous savez qu'il n'aime pas vous voir ici(3)...

- Je comprends, ne t'en fais pas, nous avons tous nos vieux démons, n'est-ce pas ? Au revoir Lucy, et n'oublie pas surtout : c'est un secret, hein ? Murmura-t-il sur le ton de la confidence.

- Je garderais vos chaussettes sous clé, promit-elle dans un clin d'œil.



Notes :

(1) : La date de naissance d'Albus Dumbledore semblerait être aux alentours de juillet août 1881, puisqu'on lui donne 17 ans lorsqu'il rencontre Grindewald en 1899, et que l'on sait qu'il a 18 ans lorsqu'Ariana est tuée. Je voulais faire cet Os durant le Noël qui précède l'été de l'arrivée de Grindewald.

(2) : J'ai repris le nom de la version française. En anglais, cela donne Aberforth.

(3) : Ceci est une référence à un autre de mes OS, La Peintre des Souvenirs, qui raconte l'histoire de Lucy. Et aussi à Cage de Fer, qui raconte ma vision de l'histoire de Molly deuxième du nom =)


J'espère que ça vous a plu ! Bonne fêtes à tous !