Miserere mei, Deus

Partie 2

La flechette

La nuit est sombre. Pas de lune, pas d'étoiles, pas d'éclairage public.

Juste le bruissement des feuilles des arbres au gré du vent, et la vie sauvage qui suit son court sans prendre en compte les divers évènement ayant eu lieu dans ce magnifique comté qu'est le périgord.

Au loin, un bruit de moteur ni viril, ni performant se fait entendre.
Tel une épée de lumière perçant la nuit, le phare du scooter de mathieu fendit la route goudronnée de sa lumière jaunâtre.

Atteignant péniblement les 50 km/h, les deux compagnons sur leur déstrier métallique semblent épuisés.

« C'est encore loin ? » demande Antoine la chevelure au vent.

« J'en sais foutuement rien, comme y'a 20km, et ce sera la même chose les 20 prochains autres. » réponds Mathieu, un casque de cycliste sur la tête, et un air énervé sur le visage.

« Tu penses qu'ils vont nous envoyer d'autres types au cul ? »

« Je pense que je vais enregistrer ma réponse précédente »

« Pas besoin d'être désagréable tu sais »

« Je te signale qu'on est paumés entre l'aquitaine et le poitou charentes sur scooter qui menace de tomber en rade, que j'ai un casque de cycliste parce que j'ai perdu mon casque Captain Planète chez l'autre con qui t'avais sequéstré tout ça parce que tu t'es fait chopper en allant pisser. »

« D'ailleurs j'ai encore envie de pisser » réplique Antoine avec un petit rire dans la voix

« Tu fais chier » soupire Mathieu alors qu'il ralentit le scooter.

Laissant le scooter sur le côté, Mathieu sort son téléphone pour constater qu'il n'y a pas de réseau.

« Sa mère » s'exclame-t-il pendant que Antoine se met à rigoler
« Pourquoi tu te marres toi ? » rajoute Mathieu

« Je sais pas, c'est ma pisse elle me fait marrer »

« Bravo le philosophe »

Un autre véhicule approche. Une fourgonette blanche, un peu abimée, légèrement rouillée, plutôt moche, avec un autocollant « In tartiflette we trust » à l'arrière.

« Zippe ta braguette et prépare toi, je sens que y'a de la bringue qui se prépare » préviens Mathieu

« J'ai pas finiiiiiiii »

« Putain mais magne toi je sens que c'est pour notre pomme, et notre cheval de concours va pas nous permettre de les semer, alors soit tu te prépares à la baston soit on est grillés »

« De toutes façons là vu le fourgon et vu les loustics ils vont être une peignée à venir nous mettre des quiches, je serais pour qu'on prenne par les champs moi »

« Tailler par la campagne ? T'es pas barjo ? On se perd déjà en suivant la nationale tu crois vraiment qu'en prenant la tangente par la brousse on va s'en sortir ? »

« T'as une meilleure idée gros connard de merde ultra bougon ? Ton casque de cycliste t'as donné des super pouvoirs pour tabasser 15 mercenaires sans te faire niquer par un taser ou une chiasse dans le genre ? »

Mathieu réfléc- « MAIS PUTAIN PAS LE TEMPS DE REFLECHIR GROS CON, ON SE MAGNE »

« Et t'as fini de pisser toi ? »

« Je vais finir en courant»

« Génial »

Mathieu range son téléphone, récupère son sac accroché au scooter et descends dans le ravin rejoindre son compagnon toujours en train de se marrer en arrosant la paille.
La fourgonette approche dangereusement, et les deux héros enjambent la mince barrière qui les sépare du champ avant de s'enfoncer dans la pénombre.

« Le truc c'est qu'ils vont surement nous suivre mon con » ajoute Mathieu

« Merde ils vont peut être suivre la pisse ! »

« C'est pas des cochons truffiers, et tu crois vraiment qu'ils vont se dire 'Pour trouver Antoine et Mathieu, suivre l'odeur de pisse !' ? »

« Ouais j'avoue que ce serait bizarre, surtout que j'ai pas l'habitude de pisser en me déplaçant»

« J'éspère ouais »

Antoine remonte sa braguette et accélère le pas.

« Allez, sinon on aura pas fini de traverser cette merde avant le prochain millénaire »

« Ça se voit que c'est pas toi qui porte le sac »

« Ouais bah c'est TON sac hein, t'as qu'à le laisser là si t'es pas content »

Après plusieurs heures de marche, le soleil montre enfin le bout de son pif et éclaire le visage des deux youtubers, visiblement harassés par leur voyage.
Au loin se distinguent des maisons et un clocher, la prochaine étape de leur excursion, probablement, s'ils sont pas trop cons.

« Ah, tiens, des maisons et un clocher, ce sera la prochaine étape de notre excursion ! » s'exclame Antoine, avec un sursaut d'énergie.

La marche continue.
Approchant du village, ils en lisent le nom sur le panneau.

« Monpazier. Si ça c'est pas de la merde comme endroit » commente Mathieu d'un air exaspéré.

« Roh allez, plains toi. C'est pas pire qu'un autre village que je sache »

« On va dire qu'au moins ici j'ai du réseau »

« Voilà, monsieur bougon. »

« M'appelle pas monsieur bougon s'il te plaît »

« Je sais que t'adore quand je t'appelle Monsieur Bougon.. »

« Maiiiiis c'est pas vrai d'abord ! »

« Comme t'es tout mignon »

« Ferme ta gueule et marche »

Antoine rigole, et passe le panneau d'un pas engagé.

« J'éspère que y'aura de la barbaque ! J'ai une sacré dalle, pas toi ? »

« Je pense pas trop à la bouffe, là tout de suite » réponds Mathieu

« Rooh, c'est bon, on les a semés, tu crois vraiment qu'ils vont nous retrouver maintenant ? Ça fait 5 heures que je pisse plus »

« Quand ils nous ont retrouvés la première fois on les avait aussi semés, et on pissait pas partout que je sache »

« C'est vrai. »

« Alors, bon, si tu veux pas être vigilant, soit, mais ne m'empêche pas de l'être, crétin »

« Tu vas finir par me blesser mon petit coeur »

« Mon pied va blesser ton petit cul »

« Coquin »

« Je veux plus t'entendre »

Les deux cons se bougent le derche jusqu'à la place principale du village, et se dirigent vers ce qui semble être une taverne. Un bar PMU quoi. Un taudis remplis de pochtrons.
En entrant, tous les regards se tournent sur eux.

« Bonjour messieurs »

« Et mesdames » rajoute Antoine à la vue de la tenancière. Une femme vieille, moche, et qui a franchement pas l'air sympathique. Mais Antoine garde quand même son sens de la politesse, même devant Shrek (ou Fiona)

La réponse se fait unanime, avec un pénible «bonjour » collectif. Plus un râle qu'autre chose, vraiment. Un foutu bruit dégueulasse, à mi chemin entre le déguelis d'un chat et un cri de tortue en rut, mais faible. Faut dire que la moyenne d'âge est approximativement de 120 ans et que la probabilité qu'un des pilliers de bar passe l'arme à gauche dans les 5 minutes et a peu près équivalente à celle de se faire chier à Clermont Ferrand.

« Super l'ambiance » chuchotte Mathieu à son comparse

« J'avoue. En plus vu l'odeur je crois qu'on devrait pas bouffer ici. » réplique Antoine

« Hmpf. J'ai pas mangé depuis trop longtemps, à ce stade là de dalle, je graille, je fais plus ma sucrée »

« Et tu vas me dire que t'as pas de bouffe dans ton sac ? »

« Baaah, si, mais c'est en cas de coup dur »

« T'en veux un de coup dur ? On est pas dans la merde là peut être ? »

« Là on peut grailler, si on se retrouve encore en pleine cambrousse je veux pouvoir me rocker une barre de céréales au lieu de juste bouffer mes ongles et des branchages. »

« Tu vas encore ressasser cette histoire ? »

« J'te signale qu'en plus les branches que tu m'as fait bouffer m'ont filé la chiasse pendant une semaine »

« Ouais mais on a vu Yannick Noah sur la plage après, avoue c'était cool »

« Hmpf » soupire Mathieu avant de se diriger vers une table.

La tenancière, affublée d'un torchon en guise de tablier, et portant un tablier en guise de torchon sur le bras, s'approche d'un pas lourd et maladroit. « Kessvouvoulé ? » demande-t-elle avec un accent bien de la dordogne.

« On voudrait manger s'il vous plait » réponds poliment Mathieu

« Manger quoi ? » Redemande la vieille moche

« Bah vous avez quoi ? »

« Sandwiche jambon »

« Deux s'il vous plaît. »

La tenancière se barre sans dire un mot, et reviens 1 minute plus tard avec deux sandwiches d'une demie baguette chacun. Le pain dur et le jambon plus rouge que rose n'inspire pas confiance aux deux débiles qui croquent dedans en faisant la moue.

« J'ai l'impression de bouffer du papier » commente Mathieu la bouche pleine

« Si par papier, tu veux dire papier cul utilisé, alors ouais » réponds Antoine plein d'élégance

« Ce sauvetage m'aura fait chier jusqu'au bout »

« Déjà ? T'as un système digestif de compet ! »

« Ta gueule »

« Oui maman »

Après avoir fini leur sandwiches, Antoine et Mathieu en prennent deux autres que Mathieu glisse dans son sac, ils payent et s'en vont pour tenter de trouver un endroit ou se reposer.

« Tiens, un gite, voilà, on va se poser ici peinard et y passer la nuit. » se réjouit Mathieu

« Passer la nuit ? Et s'ils nous ont suivi ? »

« T'as raison, on ferait mieux de rester en mouvement. »

« Je veux ouais »

« Mais après avoir dormi parce que j'ai sommeil. »

« On va encore voyager de nuit du coup ? »

« Ouais. »

« Fait chier »

« C'est plus sûr de toutes façons. »

Après avoir pris une chambre, les deux héros vont s'affaler sur l'unique lit deux places.

« Allez, dors bien bébé love »

« M'appelle pas bébé love... »

« Pourquoi ? »

« Tu sais bien pourquoi »

« Roh on en est plus là toi et moi... »

« Antoine, tu sais bien que c'est compliqué, on en a déjà parlé il me semble... »

« Gné. »

« Tu trouves pas que ça sent le pop corn ? »

« Quoi ? »

« J'sais pas, tu sens pas ça ? »

Antoine prends une grande inspiration, les narines bien dilatées, tout ça pour se faire attaquer les sinus par une odeur si horrible que les mots ne peuvent pas la décrire. Les légendes en parlent encore comme d'une invention du démon. Tout un verset de la bible lui était consacré, mais les éditeurs l'ont viré parcequ'ils trouvaient ça trop gamin.

« Aaaah putaiiin espèce de gros enfoiré ! » s'exclame Antoine en foutant une tape sur l'épaule de Mathieu qui se marre comme une grosse dinde

« Désolé c'est les sandwiches de merde, je crois que ça m'a niqué les boyaux façon haricot méxicain »

« 'tain, t'es vraiment un gros porc »

« Quand faut y aller faut y aller »

Leur sieste côte à côte (trop mignoooooooooon) est vite interrompue par un foutoir venant du rez de chaussée. Antoine est le premier à se reveiller.

« Merde, mec, je crois qu'on est dans la grosse panade » dit il pour reveiller son compagnon

« keuwah ? » réponds péniblement Mathieu, ensuqué.

« Je crois que c'est pour nous, qu'est ce qu'on fait ? »

« Bah, on fait comme d'hab. »

« On se tire par la fenêtre ? »

« Yep »

Avant d'avoir eu le temps d'ouvrir la fenêtre, la porte de leur chambre s'ouvre à la volée pour laisser entrer un petit homme (oui plus petit que Mathieu) qui trébuche et se viande la gueule sur le sol. Il laisse tomber un petit paquet enroulé dans une etoffe qui glisse aux pieds des deux connards. Ceux ci, étonnés de ne pas voir une floppée de mercenaires entrer en tirant des tranquilisants dans toutes les directions restent sans rien dire devant ce spectacle navrant.

Le nain se relève péniblement, et énonce, essouflé :

« Vous êtes bien Antoine et Mathieu ? Les deux membres du MAAR ? »

« Euuuuh, le MAAR n'existe plus, mais oui c'est nous » réponds Antoine, toujours étonné

« Pardon excusez moi » ajoute le petit être en s'appuyant sur le rebord du lit pour reprendre son souffle.

Après 30 secondes durant lesquelles Antoine et Mathieu n'ont pas bougé d'un pouce, le petit s'approche du paquet pour le récupérer, et se présente.

« Je me présente, Richard Moulinette, je suis un ancien membre du MAAR, division Dordogne, et on m'a confié ce paquet pour vous. »

Il tends le paquet enroulé dans l'etoffe à Mathieu qui le saisit

« Merci, qu'est ce que c'est ? » demande Antoine

« Vous verrez, je n'ai pas le temps de vous expliquer. Vous devrez trouver par vous même ! Ne restez pas trop longtemps ici par contre. Une voiture vous attendra dans la cour, les clés sont sur le contact. Si vous atteignez votre appartement vivant des données seront accessibles pour vous briefer sur ce que vous aurez à faire. En attendant, restez concentré sur une mission et une seule : rester en vie.
Les types qui vous poursuivent ne sont pas en train de quêter pour la croix rouge, ils veulent votre peau. La seule raison pour laquelle ils n'ont pas tué Antoine plus tôt c'est parcequ'ils avaient besoin de vous avoir tous les deux. Faites vraiment gaffe a vos miches les croquants. Moi j'me tire, sinon ma femme elle va m'engueuler. Bye les gazous »

L'inspection du paquet commence donc. L'etoffe retirée, et le papier déchiré, c'est une boîte d'aluminium fermée qui se trouve dans les mains de Mathieu. Une fois ouverte, un seul objet s'y trouve, sous les regards étonnés des deux abrutis qui ne peignent rien à ce qu'il vient de se passer.

« Une… fléchette ? » demande Mathieu

« Il était pas bourré l'oompa loompa ? »

« Là je t'avoue que je bite pas »

« Moi non plus cochon, par contre il nous a dit de nous tirer, nan ? »

« Ouais, on va faire ça, on réfléchira à cette histoire de flechette dans une boite en métal plus tard. »

« Voilà, faisons comme ça. »

Ils descendent dans la cour pour découvrir une magnifique renault Fuego flambant neuve, d'un bleu nuit scintillant.

« Classe » s'exclame Antoine

« Faut pas trop s'y attarder on va dire »

« Nan, sans déconner, classe »

« Mouais »

« Tu préfèrais ta chiure à moteur ? »

« J'ai pas dit ça »

« Allez on se tire bébé love »

« Chut »

Une fois la Fuego démarrée, et les vitres baissées parcequ'il fait chaud dans le sud, les deux compères se dirigent vers la sortie du village pour continuer leur aventure.
Ils s'arrêtent pour faire le plein à une aire d'autoroute, et se choppent même des petits sandwiches daunat sous vide pour remplacer les horreurs du PMU de l'autre conne.
Antoine prends aussi un jeu bon voyage parcequ'il est idiot, visiblement.
Mathieu se gratte discrètement les testicules avant de remonter dans la voiture, pendant que Antoine vérifie que personne ne les a suivi. Vu que personne les a suivi, c'est d'un air satisfait qu'il reprends sa place côté passager, parce que Antoine ayant oublié son permis dans son autre paire de mocassins, il n'a légalement pas le droit de conduire. Et étant donné qu'il n'a de toutes façons pas envie de conduire, bah Mathieu se tape la conduite.

Quel respect irréprochable de la loi mine de rien.

Le moteur de la fuego se remet à rugir, et ils se barrent sans payer.