-Qu'as-tu fait, Eris?

La voix résonna dans ma tête comme un gong. Je n'appréciais pas particulièrement ce moyen de communication: trop de migraines post-bavardage.

-Ce que je pensais être le mieux.

-Le mieux pour qui? Toi? Les humains? Nous?

A présent, une multitude de voix se mêlait à la première, se mêlant pour en former une seule, plus profondes de milliers de tons à la fois.

Je savais qu'elles ne seraient pas contentes de ma prestation au cimetière mais là, elles attaquaient fort.

-Et qu'aurais-je dû faire? Vous saviez pertinemment en m'envoyant ici bas que je n'étais pas un assassin. Alors, ne vous attendez pas à ce que je tue quelqu'un, sauf en cas d'extrême nécessité.

- « D'extrême nécessité »?!

Les millions de voix explosèrent de rire dans ma tête. Rire plutôt sardonique, si vous voulez mon avis.

-Tu l'avais à disposition, il était à la portée de ton épée.

« Littéralement », pensai-je en mon for intérieur.

-Et tu l'as laissé s'échapper!

Les voix se firent de plus en plus puissantes. Je retins un gémissement de douleur.

-Tu aurais pu finir cette guerre aujourd'hui même! Sauver des millions de vie! Ceci est bien ton rôle, non?

Le ton était d'un cynisme destructeur.

-Oui, grinçai-je des dents.

-Alors, prends les dispositions nécessaires pour sauver les Humains. Quel qu'en soit le prix.

-Bien, répondis-je.

Mais les voix avaient déjà disparu, me laissant avec un mal de crâne lancinant. Je me relevai avec difficulté. Pfff, plus exténuant qu'un combat contre Voldetravers et ses sbires, quand elles s'y mettaient.

En tout cas, j'avais à présent l'autorisation nécessaire pour mener à bien ma mission. Même si j'en payerai le prix fort.

D'un pas lourd, je me dirigeai vers le château. Je n'avais qu'une envie: un verre de scotch et un lit. Le monument ancestral était illuminé de l'intérieur par une profusion de bougies assez incroyable. Plus je m'avançai vers lui, plus sa majesté me frappait, même s'il était mon environnement quotidien depuis bientôt quatre ans. Mais diable, il en jetait toujours autant! La nuit était totalement tombée maintenant. La lumière des étoiles sur ma peau était bienfaisante mais en ce moment, mon côté humain réclamait un refuge plus chaud.

Du couloir menant à la Grande Salle, seuls les bruits de couverts me parvenaient. Dumbledore avait dû finir son discours. Aucun rire, aucune parole n'était échangé en ce soir de deuil. Mon cœur s'alourdit à la pensée de Cédric et le poids de mon geste me revint en pleine face. Mon bras s'appuya contre le mur le plus proche et je laissai un sanglot franchir mes lèvres. J'avais eu son meurtrier à ma merci et je n'avais rien fait. Étais-je digne de m'asseoir à côté de ses amis, des ses camarades de classe, de ses professeurs? Mais la faim et le besoin de chaleur humaine se firent plus pressants. Ma lâcheté l'emporta.

À mon entrée, les têtes se tournèrent vers moi. J'étais toujours seulement vêtue des bandelettes créées par l'autre frappadingue et de la cape de Rogue et je dois dire que je me sentais un poil nue. La pudeur n'était pas une caractéristique des Gardiens. Nous nous baladons le plus souvent totalement nus. Cependant, des centaines de visages tournés vers vous tendent à rendre la plus impudique des personnes un chouïa timide. Un autre problème se posait à moi: où m'asseoir? Personne ne connaissait encore mon ancienne identité parmi les élèves et s'asseoir à côté d'Hermione et Ron serait bizarre, je suppose. Je lançai un regard au directeur de l'école qui me fit signe de s'approcher. Le temps que je sois à la table des professeurs, il avait créé un nouveau siège à sa gauche. Bon, et bien je savais où manger à présent.

J'engloutis ce qui se trouvait dans mon assiette et le dîner repris son cours. Après m'être rassasiée, je scannai du regard la table. Aucune trace d'une boisson plus forte que le vin. Je voulais mon scoooootch! Ma migraine ne partirait pas sans un petit remontant! À peine cette idée formulée, un flacon du précieux liquide apparut devant mes yeux émerveillés. Ni une ni deux, je m'en emparai et vidai son contenu en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Quidditch. Rogue me lança un regard désapprobateur.

-Quoi? Vous croyez que c'est facile de se taper un briefing avec leurs étincelantes altesses?

-Je n'ai rien dit.

-Vous pensez trop fort, mon cher Severus, fis-je d'un ton sensuel.

L'expression de son visage fut sans prix.