Six ans plus tard.
-Tiens, Black ! s'exclama une voix grave lorsque Cedrella entra dans la Grande Salle. Tu as eu un problème avec ta brosse ce matin ?
À la table des Gryffondor, Septimus Weasley, grand roux, batteur de sa maison, la regardait, les yeux pétillants. Cedrella passa une main discrète dans ses cheveux corbeaux, mais ce geste n'échappa pas au rouquin qui s'esclaffa de plus belle. D'un soupir détaché, la jeune sorcière se retourna vers ses amies et loua l'attitude puérile du Gryffondor, un sourire narquois sur les lèvres. Alors que les trois Serpentard qui l'accompagnaient s'esclaffèrent dans un ricanement ridicule et agaçant, le groupe s'assit à leur table.
Cedrella se saisit d'un bol dans lequel un café clair fumait déjà. Ce qu'elle aimait la magie ! Elle s'empara d'une cuillère et commença à la tourner machinalement dans sa boisson. Un tic qu'elle ne pouvait s'empêcher de faire tous les matins. À sa droite, un sixième année mangeait goulûment, laissant des taches de marmelade autour de sa bouche. Alors qu'un morceau de sa tartine l'étouffait peu à peu, il bût bruyamment un verre de jus.
Écœurée, Cedrella repoussa son bol et se retourna discrètement. À la table des rouge et or, Septimus Weasley riait bruyamment avec ses amis. Une blonde aux jambes interminables s'approcha de lui et se glissa à ses côtés sur le long banc en bois. Secouant ses cheveux, elle s'appuya sur la table, mettant ainsi son décolleté en valeur. Cedrella soupira et se retourna pour faire semblant d'écouter ses amies. Ces Gryffondor... ils étaient vraiment incapable de suivre le règlement. Même pour fermer deux boutons et nouer leur cravate. Tout ça pour appâter un garçon. Comme si ça les intéressait...
La Serpentard se retourna de nouveau et leva les yeux au ciel lorsqu'elle surprit le fils Weasley penché sur la – possible – Vélane qui le charmait et lui montrait ses... atouts. En plein repas. Réprimant un frisson, elle se concentra sur la multitude de chouettes qui pénétra dans la grande salle. Finalement, oui, les garçon devaient être intéressé par tout ça. Toutes ces choses qu'elle n'avait pas.
-Excuse-moi, l'interpella une petite voix timide quelques minutes plus tard. Je crois que c'est pour toi.
Cedrella se pencha sur sa gauche et aperçut un jeune de première année, aux cheveux sombres et aux regard craintif. Il tenait dans ses mains une chouette grise et une petite enveloppe.
-Elle s'est écrasée dans mon bol de céréales, fit-il en enlevant un pétale qui s'était glissé dans le plumage de l'animal.
-Oh ! Excuse moi, s'exclama la jeune fille. Ça arrive tout le temps. Cette imbécile de chouette ne sait même pas livrer une lettre sans se perdre ou se tromper de destinataire... En première année, elle est tombée avec sa cage. Ça a du l'abrutir...
Voyant qu'elle s'était emporté, ne faisant ainsi pas honneur à son rang de Sang-Pur, elle se ressaisit et tendant les mains, le remercia. Cedrella se saisit de l'animal et adressa un sourire chaleureux au garçon. Celui-ci passa sa main nerveusement sur sa nuque. Chez les Serpentard, rares étaient les sourires et les remerciements. Encore plus les excuses. Alors, quand un aîné s'adressait à vous de cette manière, cela cachait souvent quelque chose.
-Tu peux y aller, fit la sorcière. Encore merci.
Le garçon ne s'en priva pas et, après l'avoir salué en s'inclinant légèrement, il prit ses jambes à son cou et disparut. Un petit rire échappa à Cedrella, ce qui attira l'attention des personnes autour d'elle. Cedrella Black, Sang-pur, princesse de Serpentard, rire ? Jamais, au grand jamais, ce n'était arrivé. La jeune fille haussa les épaules et reprit un visage neutre.
Se désintéressant totalement des autres, elle prit la petite enveloppe que Némis lui tendait. La remerciant d'une caresse, elle lui tendit un bout de pain qui traînait sur la table. Elle s'empara d'un couteau qu'elle avait au préalable nettoyé, et ouvrit la lettre d'un geste sec du poignet. Elle en sortit un petit bout de parchemin sur lequel, d'une fine écriture négligée, était écrit :
Rendez-vous ce soir, vingt-deux heures, à l'endroit habituel.
Un ennemi qui te veux du bien. (c'est toujours mieux qu'un ami qui tu veux du mal, tu ne penses pas?)
Un grand sourire se dessina sur les lèvres roses de la sorcière. Elle glissa discrètement la missive dans sa robe et s'empara des ses affaires de cours à ses pieds. Après avoir informé sa bande qu'elle partait la première, elle fila de la grande salle pour se diriger vers les serres.
La botanique... ce qu'elle adorait ça. Malheureusement, étant une Serpentard et une Black, ses parents aspiraient à ce qu'elle se donne corps et âme aux potions, comme le faisait sa sœur. Mais les plantes l'avaient toujours fascinée. Les plantes étant la base des potions, elle avait beaucoup de facilité en cours de potion. Elle ramenait donc toujours d'excellentes notes à ses parents. Ces derniers, satisfaits, acceptaient qu'elle garde le cours de Botanique. C'était du donnant-donnant.
Mais ce jour-ci, même ce cours qu'elle aimait énormément, lui sembla durer une éternité. La journée était passée lentement. Trop lentement. Chaque fois qu'il lui donnait rendez-vous, elle s'impatientait et accourait, laissant sa fierté de Sang-pur de côté. Plus rien n'avait d'importance lorsqu'elle se baladait à ses côtés aux bords du lac au milieux de la nuit. Même si elle n'avait jamais été très courageuse, désobéir aux règlements était une de ses passions.
Cedrella, malgré tous ses efforts, avait finit par tomber amoureuse de ce vaurien, comme le disait si souvent sa famille. Elle ne l'avait jamais vraiment détesté, malgré les apparences. Mais pour lui, tout était différent. Il était populaire et batteur dans l'équipe de Quidditch de sa maison. Il changeait de petite-amie comme de chemise et, pour le plus grand désarroi de la jeune sorcière, méprisais les Serpentard et tout ce qui s'y rapportait. Sauf elle. D'après lui, elle était différente des autres Sang-purs. Elle n'aurait jamais dû aller dans cette maison. Elle aurait dû se retrouver à Serdaigle ou Poufsouffle.
Elle était sa bonne copine. Celle avec qui il rigolait pendant des heures, celle qu'il forçait à être complice lors de ses escapades nocturnes. La fille à qui il se confiait. Pas celle qu'il avait dans son lit, ni dans ses bras. Mais Cedrella s'était fait une raison. Et leur relation lui suffisait amplement. Enfin... elle essayait de s'en convaincre.
X
Dans un dernier arrêt devant le miroir, Cedrella replaça correctement une mèche corbeau qui lui barrait le front. Elle tira sur la chemise blanche de son uniforme et enfila sa cape avec précipitation. Fermant avec délicatesse la porte de le chambre de son dortoir, elle fit quelques pas sur la pointe des pieds mais s'arrêta net devant l'escalier. En bas, une silhouette lui faisait face. Les bras croisés, la personne tapait nerveusement du pied.
Cedrella descendit lentement les marches qui craquèrent à chacun de ses pas, tout en jetant un coup d'œil qui se voulait être discret à l'ombre. Elle s'enquit de son identité. Une réponse glaciale lui parvint. Posant enfin ses pieds sur les pierres sombres du cachot, elle s'assit sur la première marche de l'escalier et, sans faire attention à sa sœur qui tapait du pied, enfila ses chaussures.
- Tu es fière de toi ? cracha-t-elle. Père est plus que mécontent. Il a envoyé une lettre pour te prévenir que demain, ça sera ta fête...
Elle lui tendit la missive déjà ouverte. Cedrella la saisit d'une main tremblante et, jouant la carte de l'innocence, lui répondit doucement :
-Fière de quoi, Charis ? Je ne vois pas ce que j'ai pu faire de déplacé.
-Tu te crois maligne ? ricana sa sœur. Tu pensais vraiment que tes petites escapades nocturnes passeraient inaperçue pendant longtemps ?
Sans laisser lui le temps de répondre, Charis bouscula sa sœur et monta les escaliers précipitamment, la laissant bêtement sur place. Haussant des épaules avec désinvolture, la sorcière rehaussa sa cape et sortit de la salle commune de Serpentard.
Alors que Cerdrella traversait discrètement la cour de Métamorphose, un craquement sourd la fit sursauter. Dans un mouvement de replis, elle s'appuya contre le mur qu'elle était en train de longer, comme pour y disparaître. De sa voix enrayée que le froid avait asséché, elle murmura le nom de son ami. Mais aucune réponse ne lui parvint. Posant une main sur son cœur affolé, elle respira profondément et se laissa glisser au sol.
Elle n'était pas peureuse. Juste très peu courageuse. Mais la nuit ne la rassurait absolument pas. Elle aurait préféré passer sa nuit au coin du feu dans un fauteuil moelleux mais, ne venant pas de la même maison, il était impossible qu'elle et son ennemi-ami puissent se retrouver dans un quelconque dortoir. De plus, il leur était aussi impossible de s'afficher en public. Quoi qu'à présent, toute cette mascarade tournait presque au ridicule. Ils étaient tous deux dans leur septième année qui était déjà bien avancée.
Elle n'aurait pas dû le voir ce soir là. Mais, le lendemain ils rentraient dans leurs foyers respectifs pour célébrer Noël. Elle ne le verrait pas pendant un long moment. Chaque fois, c'était le même refrain. Elle se trouvait une excuse. Mais il semblerait que ça soit la dernière fois qu'elle échappe à la surveillance des Serpentard pour sortir. Son père avait tout découvert, même s'il avait sûrement été aidé par une de ses sbires. Cedrella n'avait jamais été la préférée de son père. Elle n'avait pas le cran, la fermeté pour être une véritable héritière Black. Elle était trop fragile d'après lui. Il préférait nettement Charis qui brillait dans ses études comme dans la persécutions de Sang-de-Bourbe, ainsi que dans la délation. Elle était mesquine, perfide, comme un serpent.
Cedrella ramena ses genoux contre son buste et frotta ses cuisses gelées par les pavés gelés de la cour. Elle sorti la lettre que son père avait eu la gentillesse de lui envoyer et commença à la lire.
