Chapitre un : Pumpkin Juice
Un bourdonnement incessant occupait les tympans de la jeune Mary Mackenzie tandis que les gens se pressaient sur la voie. Elle, attendait là, immobile le regard vide d'expression, fixé sur le Poudlard Express se laissant bousculer par les passants sans rien dire. Cependant les amas de fumée blanche que crachait le train la firent toussoter ce qui la distingua rapidement d'une statue de pierre. La petite brune sentait ses jambes trembler sous le poids de son propre corps pourtant très léger. Elle essaya de faire quelques pas mais elle trébucha sur quelque chose de dur. Un chien à courtes pattes et son maître la dévisagèrent d'un regard noir fort déplaisant. Elle passa son chemin se dirigeant lentement mais surement vers la locomotive tout en pensant à son départ et à ses adieux avec le meilleur de tous les amis, Angus, son Deerhound, le seul qui la rattachait à ses parents, le seul qui la réconfortait quand elle avait un coup de blues. L'image de ses yeux plein de tristesse et de bonnes intentions, fit monter deux grosses gouttes dans son regard émeraude. Au moment où elle s'apprêtait à lever le pied pour monter dedans, des cris l'interrompirent. La jeune fille sentit son cœur faire trois tours dans sa poitrine lorsqu'elle vit ses amis à travers la foule en effervescence.
Trois garçons du même âge que Mary couraient dans sa direction, les bras chargés de bagages. Le plus grand et le plus maigrichon était blond à l'allure élancée, il s'appelait William Hunt, il faisait rire Mary dans ses heures sombres, il était son pilier. Le second, Thomas Smith, dont les longs cheveux bruns noués en une queue de cheval volaient de droite à gauche, avait une corpulence assez normale pour son âge. Ce qui le distinguait des deux autres était la barbe tout juste naissante sur son menton. Le jeune homme supportait les moqueries gentillettes de sa petite sœur de cœur sur ses trois poils au menton. Le dernier et sûrement le plus heureux des trois était Eliott Singer, le plus proche de la jeune fille même si William était celui en qui elle plaçait toute sa confiance. Son visage reflétait très bien sa personnalité douce et attentionnée et son corps légèrement courbé vers l'avant sa timidité. Lorsqu'ils furent assez prêts, ils l'enlacèrent si fort qu'elle eut peur qu'une côte ne se brise sous l'étreinte.
A cet instant, le monde sembla disparaître autour d'eux et le temps parut sans limite. La chaleur que produisait l'étreinte de ses amis l'installa dans une sorte de transe dont elle ne voulait pas sortir.
Les couloirs du train grouillaient d'élèves de tous âges. Certains connaissaient Mary et lui décrochaient un petit sourire en passant comme Seamus, Dean, Neville, Ginny ou même Hermione. D'autres se voyaient obligés de la dévisager ou même de l'ignorer car la petite Mackenzie était aussi connu pour ses maladresses. L'an passé elle avait accidentellement glissé sur une limace à cornes en cours de potion et avait atterri la tête dans le chaudron de Neville Londubat. Une substance bleue avait coloré ses cheveux ébènes en vert émeraude et le professeur Rogue n'avait rien pu faire à cela à part enlever des points aux Gryffondors. Les Boyne, ses parents adoptifs, l'avaient privé de sortie pendant un mois en voyant cette catastrophe capillaire et le docteur Becket avait beaucoup rit à l'écoute de ce récit. Elle enroula inconsciemment une mèche mi-noire, mi-verte sur son index avant de se faire bousculer par un garçon à lunettes. Harry Potter. Elle vacilla mais Thomas la redressa.
« Regarde où tu mets les pieds Potter ! Pesta le brun en levant le poing en l'air en signe de protestation.
C'est bon Tom, oublie ça. L'arrêta Mary en lui attrapant le bras. »
Mary n'avait jamais vraiment fait attention à Harry. Oh, bien sûr elle le croisait souvent car tous deux étaient à Gryffondors et qui plus est dans la même classe mais elle s'était habituée à son attitude froide à son égard. Plus le temps passaient plus elle commençait à l'ignorer. Pourtant quelque chose lui disait que cette année elle serait obligée de passer outre ses reproches.
Lorsqu'enfin ils trouvèrent un compartiment vide, les quatre amis de longue date s'y installèrent. Mary posa la cage de son hibou grand duc à sa droite, la plaçant entre elle et Thomas tandis qu'en face Eliott et William avaient entamé une conversation sur la saison de Quidditch. La jeune brune hésita un moment. Ses poings se resserrèrent sur ses genoux parfaitement alignés avec la banquette rouge, puis son cœur se mit à palpiter que trop rapidement et une migraine atroce s'installa dans sa boîte crânienne. « Contrôle-toi ! Contrôle-toi ! Tu vas faire sauter un wagon… » Soufflait-elle entre ses dents, consciente du danger que représentait son anxiété. Devait-elle dire que quelque chose n'allait pas ou devait-elle les laisser le deviner par eux-mêmes ? Non, les garçons ne voient jamais rien, ou que très rarement.
Les gars ? Engagea-t-elle nerveusement alors que tous les regards se tournèrent vers elle. Je dois vous parler de quelques choses.
Oui, on t'écoute Mary. L'encouragea William.
Cet été, chez les Boyne il s'est passé des choses étranges. J'ai fait sauter un évier à la tête de Christopher…
Non, t'es sérieuse ? Pouffa Thomas. Ton beau-père devait être content !
Oui, il avait les yeux injectés de sang. La tête parfaite des grosses colères. En plus du mois sans sortie, il m'a confisqué ma baguette.
Eliott resta silencieux un moment avant de se décider à annoncer ce qu'il pensait.
Je ne vois pas ce qu'il y a d'étrange. Ce n'est rien de plus que de la magie accidentelle.
La vérité c'est que je me suis servie de sortilèges sans baguette et que ce n'était pas accidentel. Bégaya Mary en se tordant les mains.
Sais-tu que…
Qu'on peut lancer un sortilège sans baguette ? Je sais mais ces sortilèges sont toujours très confus. Je ne sais pas pourquoi mais tout ce que je fais se rapporte de près ou de loin à l'eau. J'ai peur de ce qui m'arrive.
Tous les yeux étaient rivés sur elle tandis que son visage pâlissait à vue d'œil. Sa famille ne savait rien de tout ça, tout comme eux ils avaient cru à de la magie, tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Disons que de parler de ce genre de choses à deux moldus n'est pas courant et encore moins conseillé. La petite brune ouvrit le bouche pour s'expliquer ainsi qu'avouer ses craintes mais se ravisa presque aussitôt.
Tu devrais en parler à Dumbledore. Lui conseilla sagement William.
En parler avec le proviseur ? Etait-ce seulement la meilleure des solutions à son problème ? Comment allait-elle faire cette année en cours ? Allait-elle exploser une canalisation à chaque fois qu'elle en croiserait une ? Quoiqu'il en soit, elle leur fit promettre de n'en parler à personne. Car Mary avait déjà bien assez à penser avec ses problèmes de familles, d'identité et de maladresse.
Sa tête se posa contre la vitre et son esprit voyagea à travers les pleines de sa terre natale, tapissées d'une herbe plus verte que ses yeux émeraude. Sa terre natale, l'Ecosse, le pays où elle a grandi, le pays où ses ancêtres ont vécus. L'image des highlanders poussant un cri de guerre à travers champs la fit esquisser un sourire. « Luceo non Uro » murmura-t-elle. « Je brille mais ne brûle pas » telle était la devise du clan Mackenzie au tartan vert, bleu, rouge et blanc. Ils étaient tout comme les Gryffondors, le signe du courage et de la force d'esprit. Mary quant à elle était l'exemple parfait de la maladresse incarnée. Elle semblait douter que sa famille puisse être fière de leur descendante dans ces conditions. Puis elle repensa à ses parents, à sa grand-mère qui ne lui avait pas donné de nouvelles depuis le drame de ses onze ans, au docteur Becket qui l'avait aidé à affronter la dureté de la vie et à son fidèle ami qui lui manquait définitivement plus que sa nouvelle famille. Une perle roula sur sa joue venant s'exploser sur sa robe de sorcière.
Bientôt les plaines verdoyantes se changèrent en un village tout à fait charmant du nom de Pré-Au-Lard et la lumière éblouissante de fin de matinée avait déclinée laissant le voile de la nuit couvrir le ciel de son manteau noir. Lorsque le train s'arrêta, William du secouer la petite Mary qui était maintenant enfouie au plus profonds de ses pensées pour lui annoncer leur arrivée à la gare. Elle se releva trop vite, son cerveau sembla tanguer dans sa boîte crânienne avant qu'elle ne continue son chemin vers la sortie son hibou Enata dans une main, un petit sac en cuir dans l'autre. Ses trois meilleurs amis allèrent retrouver Dean, Seamus et deux autres Gryffondors qu'elle ne connaissait que de loin. La petite brune se dirigea vers les diligences, le regard vide. « Pitié qu'il ne m'arrive rien avant un mois. » Pensa-t-elle avant de heurter de plein fouet un grand jeune homme brun.
Pardon Neville, je…
Oh ne t'en fais pas. La rassura-t-il en se tournant vers elle.
Dans ses bras il tenait un pot de céramique dans lequel poussait une étrange plante dont la forme se rapprochait beaucoup d'un cactus moldus. Sa couleur grisâtre tournant légèrement au vert n'inspirait pas tant confiance à Mary sans parler des petits piques qui recouvraient une partie du spécimen.
Qu'est-ce que c'est ?
Un mimbulus mimbletonia. Mon grand oncle Algie me l'a rapporté d'Assyrie cet été. Se réjouit-il.
En fait il lui expliqua que Poudlard ne possédait pas encore ce genre de plante alors il comptait reproduire celle-ci. Neville avait toutes les qualités pour devenir un grand botaniste plus tard et Mary s'en réjouissait d'avance.
Salut Mary ! S'exclamèrent trois voix à l'unisson qu'elle reconnut presque aussitôt.
T'es pas avec tes…
Non, ils sont avec Seamus et Dean. Coupant Ron qui allait lancer un adjectif déplaisant. Au fait Harry, désolé pour l'incident dans le train tout à l'heure.
Oh, tu sais… Lâcha-t-il vaguement en haussant les épaules.
Un courant d'air chaud caressa la nuque de Mary qui ne pu s'empêcher de frissonner, la diligence venait d'arriver. Elle se retourna lentement avant d'apercevoir un cheval ailé fort squelettique attachée à la carriole vide. Depuis son entrée à Poudlard, la jeune fille avait toujours pu voir ce que les autres ne voyaient pas, les sombrals.
Qu'est-ce que c'est ? Murmura Harry qui détaillait la bête du regard.
Quoi ?
Qu'est ce qui tire la carriole ? Renchérit-il.
Mais rien ne tire la carriole Harry. Elle avance toute seule comme toujours. Le résonna Hermione l'air inquiet comme si son meilleur ami était en train de devenir fou.
Je les vois aussi. Lui avoua Mary dans le creux de l'oreille avant qu'il ne se décide enfin à monter dedans.
Une petite blonde occupait déjà une place. Elle lisait un journal étrange à l'envers et ses oreilles étaient ornées de mignons petits radis. Mais Mary la connaissait bien, elle était même amie avec. Elle s'appelait Luna Lovegood mais les gens se moquaient souvent de cette fille à cause de son excentricité d'esprit ou plutôt son ouverture d'esprit et la surnommait Loufocalove. Ce que Mary ne trouvait pas très gentil, elle avait balancé un sortilège de stupéfixion à Marcus Flint l'an dernier à cause de ça. La brune salua son amie sous les regards stupéfaits d'Harry et Ron. La carriole se mit en route.
Mais ça ne va pas bien dans ta tête ?
Je suis désolée, vraiment désolée… Balbutiait la pauvre Mary qui tremblait comme une feuille sous les vociférations de Ronald Weasley. Je ne voulais pas.
Roh, ça va ! On ne va pas faire tout un plat pour un simple verre de jus de citrouille ! La défendit Thomas dont les cheveux bruns faisait mine de se dresser sur sa tête.
Harry, je suis vraiment désolée. Ce n'est pas de ma faute tu sais.
Ah bon et c'est la faute de qui alors ? Renchérit le jeune homme aux cheveux roux.
De ta sale tête Weasley ! S'exclama Thomas, une veine palpitante sur sa tempe.
Les gens autour du conflit avaient stoppé leur conversation pour écouter la scène que se jouait entre Harry, Ron, Mary et Thomas. Mary avait accidentellement fait sortir le jus de citrouille du verre du jeune homme à lunettes et l'avait accidentellement laissait tomber sur ses genoux. Son meilleur ami qui la détestait depuis sa première année avait tout de suite répliqué à pleine voix attirant l'attention des élèves ainsi que du professeur McGonagall et de la nouvelle enseignante en Défenses Contre Les Forces Du Mal qui les regardaient d'un air autoritaire. Après tout ce n'était pas de sa faute si elle n'arrivait pas à contrôler ses nouveaux pouvoirs et sa maladresse en même temps. « Bon sang, dois-je supplier dieu pour que rien ne m'arrive le jour de la rentrée ? »
Une fois le banquet terminé, alors que la jeune Mackenzie s'apprêtait à suivre ses amis pour rejoindre la salle commune des Gryffondors, le professeur McGonagall l'attrapa au vol et l'attira jusque dans le bureau du directeur faisant mine de ne pas entendre les interrogations de son élève. Arrivées devant la gargouille, elle prononça le mot de passe toujours aussi farfelu au fil des années « nid de cafard ». Puis un escalier coulissa et les éleva jusque devant une porte massive. Le cœur de Mary commença à s'emballer lorsque la proviseure adjointe la poussa à l'intérieur du bureau circulaire.
Monsieur, p-puis-je avoir des explications concernant cette entrevue ? Bégaya nerveusement la nouvelle venue qui apercevait le dos d'Albus Dumbledore observant le lac par sa fenêtre.
Le calmar géant profite du clair de lune ce soir. Sourit le vieil homme dont les yeux bleus semblaient pétiller à la lumière des étoiles.
Je suis maladroite je sais, même plus que maladroite mais s'il vous plait ne…
Il leva la main pour lui faire signe de se taire. Que se passait-il ? Etait-ce si grave que cela de renverser du jus de citrouille sur Harry Potter ? Ou peut-être était-il au courant pour son « don ».
Ce n'est pas de cela dont je voulais te parler ma chère Mary. Bien que tu ais fait une grande impression auprès de Dolorès Ombrage. Ria-t-il avec une lueur d'espièglerie dans son regard. Non, il s'agit que quelque chose de plus important. Quelque chose qui vous sera plus difficile à porter lors de cette année que votre maladresse. Nous savons ce qui tracasse ton esprit.
Vous avez besoin d'aide pour supporter cela. Une voix venait de sortir de l'ombre et un homme qui lui était familier s'avança sous son regard ébahi.
