9 Jours
James Potter remonta la fermeture éclair de son blouson en frissonnant. Il leva les yeux vers le soleil blafard qui n'arrivait pas à rivaliser contre la brume glacée qui planait sur Londres depuis maintenant trois longues années. Le jeune homme fit quelques pas vers la gare de King cross. Elle était déserte. Il s'avança d'un pas décidé vers la barrière qui séparait les voies 9 et 10. Un instant plus tard, il se trouvait sur le quai de la voix 9 ¾ où la locomotive écarlate du Poudlard Express accueillait ses jeunes passagers.
Sur le quai, sous le regard inquisiteur d'une dizaine de mangemorts, quelques parents envoyaient la main à leurs enfants qui quittaient pour Poudlard. Ils étaient peu nombreux, peut-être cent, tout au plus. James s'appuya contre un mur et fouilla la foule du regard. Il trouva rapidement celui qu'il cherchait. Il portait l'uniforme des mangemorts et faisait de grands signes d'adieux à trois petits garçons qui avaient sorti la tête par la fenêtre de la locomotive. James s'accroupit pour être à la hauteur du chien noir qui venait tout juste de s'asseoir à ses pieds. Il fit mine de le flatter alors qu'il lui murmurait à l'oreille.
-Il est là. On fait comme prévu.
Le chien aboya. James reporta son regard sur la foule. La locomotive rouge donna un dernier coup de sifflet et se mit en marche. L'homme envoya la main deux ou trois autres fois et se dirigea vers la sortie de la gare. Aussitôt, James et le chien lui emboîtèrent le pas. Comme prévu, l'homme prit la première rue à droite, puis celle à gauche. Il passa devant une ruelle plutôt sombre. Juste comme il arrivait devant, le chien bondit et lui bloqua l'accès. L'homme s'arrêta un instant, un peu surpris de voir surgir devant lui une bête de cette taille. James profita de cet instant de surprise pour planter sa baguette entre ses côtes et s'emparer de celle de sa victime. Il approcha sa bouche de l'oreille de l'homme.
-Tu vas me suivre gentiment.
L'homme hocha la tête et suivit James qui l'entraîna dans la ruelle. Une fois rendu là, James le plaqua contre un mur et sortit une petite fiole de sa poche.
-Tu bois tout ou tu le regretteras.
L'homme hocha la tête et s'empara de la fiole. Il l'observa un instant avant de l'ouvrir et d'en boire le contenu.
-Verita Serum?
-Exact. Maintenant, tu vas me dire où Frank Londubat a été enfermé.
-Azkaban. La section des condamnés à mort.
-Quelle cellule?
-La six.
-Quand doit-il être exécuté?
-Le 9 septembre à midi.
-Excepté l'entrée principale, il y a un moyen de pénétrer la prison?
-Aucun.
-Qu'est-ce qui protège la prison?
-Les détraqueurs et des mangemorts.
-C'est tout, aucun sortilège?
-C'est inutile.
James hocha la tête, il savait ce qu'il voulait savoir. À l'aide de la baguette de sa victime, il effaça sa mémoire et à l'aide du sortilège imperium, le convainquit de poursuivre sa route comme si rien ne s'était produit. Il remonta ensuite le col de son blouson et quitta la ruelle, le chien sur les talons. Personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit. Satisfait, il rentra au quartier général.
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-9 jours!
Alice Londubat cessa de respirer. Le monde venait de s'effondrer. Des larmes se mirent à couler sur ses joues. Elle ferma les yeux et porta une main à son cœur. Son époux allait mourir dans 9 jours… et elle n'aurait même pas la chance de le revoir.
-On fera tout pour le sauver Alice, assura James.
Alice hocha la tête sans trop y croire. Elle sentit que quelqu'un la prenait dans ses bras. Lily Evans. Elle ne dit rien, elle se contenta de lui frotter doucement le dos. Alice laissa éclater un sanglot et déversa toute sa peine sur l'épaule de Lily. La jeune femme attendit patiemment qu'Alice n'ai plus de larmes à verser, puis l'éloigna gentiment pour planter son regard vert émeraude dans le sien.
-On va le sortir de là Alice. Fais-nous confiance.
Elle l'entraîna ensuite vers une table où tous les autres avaient déjà pris place et discutaient avec animation. Lily tira une chaise à Alice qui s'y assit sagement, sa main serrant celle de son amie.
-Il a dit qu'il n'y avait aucun autre moyen d'entrer que la porte principale, disait James.
-Et j'ai bien l'impression qu'elle est bien gardée. Il nous serait à peu près impossible de la forcer, ajouta Sirius.
Sirius était en réalité l'énorme chien noir qui avait accompagné James.
-Il doit bien y avoir un moyen d'entrer, grogna Alastor Maugrey.
-Quelqu'un pourrait se faire arrêter, plaisanta Peter Pettigrow.
Tous les regards se tournèrent vers Peter. Il ne prononçait jamais un mot d'ordinaire. Le jeune homme sembla se ratatiner sur sa chaise, ses joues prirent une couleur d'un rouge soutenu.
-Je suis désolé, c'était stupide. Je…
-Non Peter, pas si stupide que ça, dit Sirius. Si c'est le seul moyen d'entrer, alors pourquoi pas?
-On ne serait pas plus avancé si deux personnes étaient captives plutôt qu'une, fit remarquer Edgard Bones.
-Pas si cette personne a en sa possession un moyen de s'échapper, s'exclama James. Il suffirait de planifier une évasion de l'intérieur plutôt que de l'extérieur… Disons, une bonne diversion, de la poudre d'obscurité ou du polynectar… Laissez-moi juste réfléchir un peu.
-Très bien, pendant que tu t'amuses, nous allons trouver une vraie solution, grogna Maugrey Fol'œil.
James leva les yeux au ciel et s'éloigna du groupe. Sirius se leva aussitôt et le suivit dans un coin retiré de la pièce. Lily les suivit du regard. En les voyant ainsi penchés sur un morceau de parchemin, elle eut l'impression d'être de retour dans la salle commune des Griffondors. Il lui sembla incroyable qu'à peine quatre ans plus tôt, elle y était réellement.
Durant l'heure qui suivit, les cinq autres membres de l'ordre du phénix présents à la réunion tentèrent désespérément de trouver une solution leur permettant de sauver Frank Londubat. Malheureusement, chacune de leurs idées était aussitôt rejetée, car elle était irréalisable. Au bout de cette heure, tous semblaient sur le point d'abandonner. C'est alors que James et Sirius revinrent vers le groupe les sourcils froncés. L'ombre d'un sourire passa sur les lèvres de James lorsqu'il plongea son regard dans celui de Maugrey. Sirius prit un petit air satisfait en se rasseyant sur sa chaise. En l'espace de quelques secondes et sans avoir prononcé un mot, ils avaient capté l'attention de tous.
-Je crois que nous avons une solution, dit James en regardant Sirius.
-Je suis sûr que nous avons une solution, rétorqua Sirius.
-Professeur Mc Gonagall, s'exclama James en se tournant vers elle. Vous allez vous faire attraper. Une fois à l'intérieur, il ne vous restera plus qu'à trouver Frank. Ce qui risque d'être assez facile, puisque vous serez sans doute placée dans le même secteur que lui.
-Une fois Frank trouvé, vous répandrez de la poudre d'obscurité autour de vous, continua Sirius. Étant un chat, vous ne devriez pas avoir trop de difficulté à vous orienter dans le noir.
-Pour faire sauter la serrure, vous placerez un explosif que Sirius et moi avions mis au point à Poudlard. Il est extrêmement efficace, mais surtout très silencieux.
-Ensuite, Frank n'aura qu'à vous suivre jusqu'à la sortie et à répandre de nouveau de la poudre d'obscurité si elle se dissipe.
Un long silence suivit. Tous observaient les deux jeunes hommes, cherchant les failles à leur plan. Il ne fallut pas beaucoup de temps à Maugrey pour énoncer des objections.
-Comment voulez-vous qu'elle fasse pénétrer de la poudre d'obscurité et des explosifs dans l'enceinte d'Azkaban. Elle sera sans le moindre doute fouillée.
-Nous n'avons qu'à les dissimuler. Il y a sans doute un moyen. J'ai fait passer des dizaines de trucs interdits par le capteur de Rusard, sans qu'il ne s'en aperçoive jamais, dit Sirius.
-Nous ne sommes plus à Poudlard Monsieur Black, rétorqua Mc Gonagall. La magie laisse toujours des traces et les personnes qui me fouilleront ne seront pas des Crackmols.
-Peut-être, mais la poudre d'obscurité et notre explosif n'auront jamais été ensorcelés. Ils n'auront donc sur eux aucune trace de magie… et votre chignon serait parfait pour les dissimuler. Ils vous fouilleront, mais je serais étonné qu'ils aillent jusqu'à fouiller vos cheveux.
-Ça reste à voir, au contraire je n'ai pas de doute qu'ils fouilleront ses cheveux. Ils sont moins idiots qu'ils n'en ont l'air ces mangemorts… Mais il est vrai que jusqu'à présent votre plan est invraisemblablement celui qui a le plus de chance de fonctionner, dit Gideon Prewett. Il n'en reste pas moins qu'il est horriblement dangereux et présente de minces chances de succès.
-Peut-être, mais si c'est le seul moyen de sauver Frank, dit Lily. On ne peut pas le laisser gagner sur ça aussi… Ça fait quatre ans qu'on tente par tous les moyens de mettre fin à ses agissements. Jusqu'à présent, il a gagné sur toute la ligne. On ne peut pas le laisser prendre Frank aussi. Et si jamais le plan échoue, il reste toujours la possibilité au professeur de se transformer en chat et de passer au travers de barreaux. Elle pourra au moins s'enfuir seule.
Tous les regards se tournèrent vers Lily qui n'avait, jusqu'à présent, pas prononcé un seul mot. Inévitablement, les regards se tournèrent aussi vers Alice qui fixait le professeur Mc Gonagall avec espoir.
-Ils savent que je suis animagi, dit le professeur Mc Gonagall. Je suis répertoriée. Ils prendront sans doute des mesures pour que je ne m'échappe pas.
-Il faut seulement fignoler un peu le plan, dit James, mais je suis sûre qu'on peut trouver une solution…
Un long silence s'installa. Le professeur Mc Gonagall avait fermé les yeux et semblait extrêmement concentré. Puis au bout d'un moment, elle se tourna vers Alice.
-Je vais le faire.
-Merci, répondit Alice en un souffle.
Maugrey grogna, mais n'ajouta rien. Il fit signe à James et Sirius de s'approcher de lui afin qu'ils règlent les détails.
Il était tard lorsque la réunion prit fin. Le couvre-feu avait largement été dépassé. Il fut suggéré que ceux qui étaient le plus à risque restent dormir au QG. Lily, Alice, Maugrey et Mc Gonagall commencèrent donc à s'installer pour la nuit. La première, car, étant une née-moldue, elle n'avait pas le droit de circuler dans les rues passé le couvre-feu, les trois autres, car ils étaient activement recherchés par Voldemort. James observa Lily s'activer à sortir des sacs de couchage d'une immense armoire. Elle avait beaucoup changé depuis Poudlard. Son visage était pâle et émacié, son front était barré d'un pli soucieux et ses grands yeux verts reflétaient la peur et l'inquiétude. Elle semblait ne plus rien espérer, de la vie… en fait, elle ne semblait même plus vivre, elle survivait.
James s'approcha d'elle avec nervosité. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, lui dire que tout allait bien aller et effacer de ses baisés le pli soucieux qui barrait son front. Mais il savait qu'elle l'aurait repoussé. Il se contenta donc de sortir quelques sandwichs et une bouteille de jus de citrouille de son sac et de les lui tendre.
-Tiens. Je sais que vous ne mangez pas à votre faim tous les quatre.
Lily leva les yeux vers lui et lui sourit. Elle tendit la main vers les sandwichs en rougissant.
-Merci.
-Ce n'est rien. Vous aurez tout ce qu'il vous faut?
-Oui James, rentre chez toi maintenant, ta mère va s'inquiéter, dit Mc Gonagall en souriant.
James hocha la tête et tourna les talons. Sirius l'attendait près de la porte. Après un dernier regard, tout deux disparurent dans l'obscurité. Dans le QG, Mc Gonagall alla poser une main réconfortante sur l'épaule de Lily qui pleurait en regardant les sandwichs.
-J'ai si honte…
-Tout finira par s'arranger Lily.
Lily hocha la tête sans trop y croire. Elle ne savait même pas si ses parents étaient en vie.
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Avant de rentrer, James et Sirius avaient décidé de s'arrêter prendre un verre au chaudron baveur. L'endroit était plein à craquer de mangemorts et d'aurores corrompus. James avait envie de rebrousser chemin, mais ça amusait Sirius de jouer avec le feu. Et puis, il valait mieux que l'on pense qu'ils étaient avec Lord Voldemort.
Les deux jeunes hommes commandèrent leurs breuvages et s'installèrent à une table. Près d'eux, un groupe d'aurores rigolaient encore de la dernière horreur qu'ils avaient commise. James les écoutait en serrant les poings.
-…Alors la moldue s'est accrochée à mes vêtements en me suppliant de laisser son mari en paix, ricanait l'un d'eux.
-Qu'est-ce que tu as fait?
-Je les ai soumis tous les deux au doloris. Il fallait les voir!
Il éclata d'un rire gras et porcin. Sirius posa sa main sur celle de James afin de l'inciter à se calmer. Le jeune Potter inspira quelques bouffées d'air pour tenter de se reprendre. Sirius avait raison, il risquait de se faire remarquer s'il se fâchait et puis cet endroit était tellement plein d'ennemis qu'il serait tué sur le champ… ou torturé.
-Je m'ennuie de Poudlard, dit Sirius songeur.
-Moi aussi… la vie était belle à Poudlard.
Tous deux pensèrent à ces six magnifiques années d'études qu'ils avaient passées à marauder avec Peter Pettigrow et Remus Lupin. Toutefois, la dernière année avait été moins belle. Dumbledore n'était plus à la tête de l'école et plusieurs de leurs camarades avaient dû renoncer à étudier la sorcellerie. Lily et Remus en faisaient partie. Ils n'avaient plus le droit de pratiquer la magie, Lily étant une née-moldue et Remus un Loup-garou.
-Tu penses à ta rouquine?
James sursauta et afficha un sourire triste. Il n'avait aucune raison de cacher quoi que ce soit à Sirius, mais même s'il avait essayé, il en aurait été incapable. Sirius le devinait toujours.
-Après tout ce qui s'est passé, commença James, je n'arrive pas à comprendre qu'elle n'ai pas vu que j'ai changé…
Sirius soupira, encore et toujours la même conversation! Comment expliquer à James que probablement rien n'y changerait jamais et que de toute façon, dans les circonstances, Lily n'aurait pas grand-chose à lui offrir. Le jeune Black lança donc un regard désolé à James qui haussa les épaules avec fatalité.
-C'est la pleine lune ce soir… tu as eu des nouvelles de Remus, demanda James.
-Pas depuis son dernier hibou, il y a un mois.
-J'espère qu'il va bien,
-James. Tu sais bien qu'il est constamment surveillé. C'est surprenant qu'il ait même réussi à nous envoyer des hiboux.
-Mouais.
-Viens, rentrons avant que ta mère s'inquiète. De toute façon, tu me déprimes!
Sur ces mots, Sirius se leva et tous deux quittèrent le pub bondé. À l'extérieur, quelques personnes se pressaient. Personne n'aimait traîner dans les rues après le couvre-feu, pas même les Sangs purs… En particulier les soirs de pleine lune.
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Lily referma avec soulagement la porte de son minuscule appartement. Elle détestait dormir au QG. Elle avait beau savoir qu'il était protégé par une panoplie de sortilèges, chaque fois qu'elle y était, elle avait l'impression qu'à tout moment elle risquait de voir surgir un mangemort qui n'hésiterait sans doute pas à la tuer. Au moins, dans son petit appartement, elle était anonyme. Une née-moldue parmi des dizaines d'autres. Ça devenait, du coup, un peu moins dangereux d'être elle-même.
Elle se rendit à la cuisine et mis de l'eau à bouillir. Elle ouvrit ensuite une armoire pour y sortir une tasse et trouver du thé. Il ne lui restait plus qu'une poche. Elle haussa les épaules et la déposa dans la tasse. Peut-être aurait-elle assez d'argent pour acheter une autre boîte, sinon elle n'aurait qu'à profiter pleinement de cette tasse de thé. Elle jeta un coup d'œil à sa montre. Il lui restait une heure trente de libre avant de se rendre au travail. La bouilloire siffla. Elle versa l'eau bouillante sur la poche de thé et alla s'asseoir sur son lit.
Lily jeta un regard autour d'elle. Le peu de ses possessions étaient dispersées dans cette pièce. On lui avait enlevé tout ce qui avait trait à la magie, incluant ses photos où les personnages bougeaient. Il ne lui restait donc plus un seul souvenir de ses années d'études à Poudlard. Cette époque lui paraissait si lointaine, que parfois il lui semblait qu'elle n'y était même jamais allée.
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Remus Lupin entrouvrit les yeux. Il avait mal à chaque muscle de son corps. Il tenta de bouger un peu, mais s'aperçut qu'il avait été enchaîné. Hier c'était la pleine lune. Remus porta sa main à son cou, les chaînes le meurtrissaient. C'était comme ça à chaque pleine lune. On leur mettait des chaînes autour du cou et, tels des chiens, on les lançait sur la personne visée par les mangemorts. Parfois on les laissait la tuer, parfois on les arrêtait juste avant, afin que la personne soit transformée ou meure lentement. Il leur était impossible par la suite de savoir ce qu'ils avaient fait la veille. Il était quelques fois arrivé à Remus de se réveiller avec du sang sur le visage et sur les mains sans savoir d'où il venait. Il préférait ne pas y penser…
Remus entreprit l'effort de s'asseoir. Il jeta un regard autour de lui. Ils étaient une vingtaine à avoir été déposés dans les lits de leur dortoir, tous enchaînés solidement aux lits, qui eux même étaient entourés de cages. Il était hors de question qu'ils les laissent tous ensemble lors des pleines lunes, ça serait du gaspillage s'ils se battaient entre eux. Le seul qui bénéficiait d'un traitement de faveur et avait une chambre à lui était Greyback. Remus n'en était pas mécontent, il lui aurait été difficile d'avoir à côtoyer tous les jours celui qui avait fait de lui ce qu'il était.
-Bonjour, dit une voix faible.
Remus se retourna vers la personne occupant le lit près du sien. Il s'agissait de Prudence, l'une des quatre seules femmes de tout le groupe. Prudence était une jeune femme de 18 ans qui avait été transformée il y a tout juste un an, lorsqu'on avait découvert que son père, qui était de sang mêlé, avait caché des membres de sa famille d'origine moldue. Remus et elles s'étaient rapidement liés d'amitié. En effet, lors de son premier lendemain de pleine lune, elle avait passé la journée à pleurer. Remus, toujours très sensible aux malheurs des autres avaient entrepris de la réconforter. D'ailleurs, elle n'était pas la première. Remus s'était rapidement rendu compte que, mis à part Greyback, il était celui qui avait le plus d'expérience dans la vie de loup-garou. Il avait été transformé alors qu'il était si jeune qu'il ne se souvenait plus avoir déjà été normal. Il n'était bien sûr pas le plus vieux, mais il avait vécu plus de pleines lunes que tous les autres. Ainsi, Remus avait réconforté Prudence et, de fil en aiguille, elle était devenue sa meilleure amie dans cet endroit sordide.
-Bonjour Prudence…
La jeune fille lui sourit faiblement, puis sentit quelque chose craquer sur son visage. Elle y porta sa main et s'aperçut qu'il était couvert de sang. Elle éclata en sanglots. Oui, songea Remus, s'était terrible de se réveiller le matin et de s'apercevoir qu'on avait sans doute tué quelqu'un…
C'est alors que les portes du dortoir s'ouvrirent bruyamment. Ceux qui ne s'étaient pas encore éveillés furent tirés de leurs sommeils. Cinq mangemorts entrèrent dans le dortoir. L'un d'entre eux faisait léviter un corps devant lui. Il s'agissait d'un jeune garçon qui devait, au plus, avoir quinze ans. Le mangemort l'emmena jusqu'à un lit de libre et l'y déposa. Sur son bras, avait été fait un bandage à l'endroit où il avait été mordu…
Pendant ce temps, les autres mangemorts avaient entrepris d'ouvrir les cages et de défaire les chaînes de chacun d'entre eux. Remus massa son cou lorsqu'on lui eut enlevé les chaînes. Il se tourna vers Prudence qui sanglotait en silence, assise sur le bord de son lit. Remus alla la rejoindre et lui frotta doucement le dos, aussitôt, la jeune femme se blottît dans ses bras. Ils ne restèrent toutefois pas ainsi très longtemps, puisque l'un des mangemorts leur annonça que c'était l'heure de manger. Remus se leva et glissa sa main dans celle de Prudence. À l'instar des autres, ils se dirigèrent vers la sortie. Remus fut surpris de voir William, un grand gaillard d'une vingtaine d'années observer le nouveau venu en pleurant.
-C'est mon petit frère, dit-il à Remus. J'avais du sang partout sur moi ce matin… et si c'était moi qui…
Remus se contenta de presser l'épaule de William. Il n'y avait rien à dire de plus. Il était malheureusement plus que probable que les mangemorts l'aient choisi spécifiquement pour mordre son propre frère. C'était le genre de choses qu'ils adoraient faire.
La file émergea dans la salle à dîner. Étrangement, cette dernière évoquait un peu Poudlard avec ses deux grandes tables en bois. Pourtant, c'était à peu près la seule chose dans cet endroit qui pouvait vaguement évoquer Poudlard. À Poudlard, Remus avait eu la sensation d'être normal, s'était fait de véritables amis et avait eu un vague aperçu de ce que pouvait être le bonheur. Maintenant, chaque jour était un enfer.
Une lueur d'espoir subsistait toutefois dans son esprit. Il savait que James, Sirius et Peter tentaient, accompagnés d'autres personnes de mettre fin à ce cirque. Et il faisait de son mieux pour les aider d'où il était. Il n'était pas difficile de semer la graine de la haine dans le cerveau de ses congénères. Il devait maintenant leur insuffler le courage de se soulever contre leurs geôliers. Seulement, comment savoir à qui faire confiance? La peur est le plus puissant des moteurs et chacun d'eux était conscient qu'une tentative d'évasion ou de rébellion pouvait entraîner la perte d'un être cher.
D'ailleurs, se souvint Remus, il y a deux semaines, William s'était emporté contre l'un des mangemorts et l'avait frappé à plusieurs reprises avant qu'on ne parvienne à l'arrêter. Il avait été puni.
Heureusement pour lui, Remus n'avait plus d'êtres chers. Il ne lui restait aucune famille et il doutait que les mangemorts soient conscients de sa profonde amitié avec James, Sirius et Peter. Théoriquement ainsi, il serait le seul puni s'il posait un geste de rébellion.
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Le nouveau ministère de la magie se dressait fièrement en plein centre-ville. De grandes grilles de fer entouraient l'édifice pour protéger l'élite de la population contre la racaille non magique. Devant les grilles, des sorciers au sang pur et au sang-mêlé faisaient la file. Des mangemorts devaient vérifier leur identité avant de les laisser pénétrer l'enceinte du ministère. Dans la file, James et Sirius discutaient à voix basse. Pour passer inaperçus, ils avaient tous deux intégré un emploi de nature administrative au ministère.
-Je dis simplement qu'on pourrait tenter d'aller prendre de ses nouvelles. Je ne vois pas pourquoi ils ne nous laisseraient pas…
-James. C'est le quartier le mieux protégé. Oublie ça pour le moment, on trouvera une solution plus tard. On a plus important à penser.
-Je sais…
James se tut et se mit à fixer ses chaussures. Sirius leva les yeux au ciel et jeta un coup d'œil autour de lui. Il s'aperçut que Severus Rogue, qui faisait la file derrière eux, les fixait sans aucune gêne. Sirius lui envoya donc son regard le plus déplaisant et reporta son attention vers le devant de la file. Il n'aimait pas Rogue et il aimait encore moins être pris en faute par lui. S'il avait saisi ne serait-ce que quelques mots de leur conversation, il pourrait sans aucun problème se servir de ce qu'il savait contre eux. Rogue faisait partie des premiers à avoir rejoint Voldemort, il avait donc un statut particulier et avait suffisamment d'influence pour leur faire payer cher la moindre erreur.
Comme James et lui arrivaient devant les mangemorts devant vérifier leur identité, Sirius remarqua Bridget Birman et Macnair qui discutaient avec animation. Bridget, une jolie blonde aux yeux d'un bleu éclatant était l'une des rares amis que James et Sirius s'était faits depuis Poudlard. Elle ne faisait toutefois pas partie de l'ordre du Phénix, car il était difficile de savoir à qui faire confiance. C'est pourquoi Sirius était plus qu'intrigué par la conversation que semblaient avoir Bridget et Macnair. Et si elle était des leurs? Il se sentit toutefois soulagé et voyant Bridget assener une claque monumentale à Macnair. Il le fut un peu moins en voyant Macnair sortir sa baguette et menacer Bridget.
Comme le mangemort qui contrôlait l'identité de Sirius lui rendait sa baguette, le jeune homme s'élança vers Macnair. Il n'eut toutefois pas le temps de se rendre, jusqu'à eux qu'un autre mangemort avait déjà mis fin à l'altercation. Lorsque Sirius arriva aux côtés de Bridget, Macnair était emmené à l'écart.
-Qu'est-ce qui s'est passé, demanda Sirius.
-Il m'a demandé de sortir avec lui. Le sale porc.
-Allons, Sirius n'est pas un sale porc, s'exclama James en les rejoignant. Bon, il est un peu porté sur la chose, mais on ne peut pas lui en vouloir, il n'a que ça dans la vie.
Bridget éclata de rire et s'approcha de James pour lui poser un baiser sur la joue. Sirius eut un sourire en coin. Il était évident que Bridget avait un faible pour James, mais ce dernier ne voyait rien trop obsédé par la belle Lily qui elle n'avait rien à faire de lui. Le monde était vraiment mal fait, songea Sirius. Parce que lui, si Bridget s'était intéressée à lui, il n'aurait fait ni une ni deux et en aurait profité.
-Alors les garçons, s'exclama Bridget en leur prenant chacun un bras, vous avez écouté la radio ce matin?
-On aurait dû, demanda Sirius.
-Ho que oui! Le seigneur des ténèbres est présentement en pourparlers avec le ministre de la magie en France. S'ils ne s'entendent pas, ce sera la guerre.
James et Sirius se jetèrent un regard entendu. Ils attendaient ce moment depuis plusieurs mois déjà. S'ils avaient un allier aussi puissant pour combattre le seigneur des ténèbres, la lutte serait beaucoup plus aisée.
