Bureau de Dumbledore.

- Etes-vous sur ? marmonna Rogue dont la voix trahissait une fureur insondable.

- Oui, l'envoyer là-bas serait commettre un meurtre. N'avez-vous pas remarqué dans quel état déplorable il était à la fin des deux mois passés dans sa famille moldue ? Se serait pareil, peut-être pire car il aurait perdu espoir. Vous comprenez pourquoi Harry ne doit pas quitter Poudlard ? Sa place est ici, dans ce lieu où il se sent chez lui, où il est en sécurité. Je sais que ce n'est pas grand chose, mais je lui dois au moins cela, pour toutes les horribles années que je lui ai infligées. De plus, partir équivaudrait à rompre le fragile équilibre qu'il s'est construit, et vous savez combien sa magie peut-être instable et incontrôlable… Tout à l'heure, j'ai bien cru que mon bureau aller y passer.

- Oui, je l'ai senti.

« A vrai dire, je le sens à chaque cours que j'ai avec lui, mais moi j'aime assez le frémissement de l'air autour de lui, le tremblement des objets dans la salle… Cette sensation de défi que sa magie me lance et en même tant cette supériorité que j'ai sur lui du fait de ma nature. En vérité, c'est aphrodisiaque. »

- Mais je ne vois vraiment pas quoi faire… Fudge fait tout pour vous empêcher d'intervenir et, je suis navré de vous le dire, mais il s'en sort bien.

- Oui, je le sais. Cependant, je crois avoir trouvé une solution.

Rogue se redressa :

- Vraiment ?…

L'espoir, la curiosité se lisaient dans ses traits.

- Oui. Mais cette solution ne va assurément pas vous plaire. Néanmoins, c'est la seule que j'ai trouvée.

Dumbledore prit une profonde inspiration :

- Il me semble que la loi est parfaitement définie et très stricte en ce qui concerne les calices.

« Oui, et alors ? Quel est le rapport entre Potter, moi et… »

- …C'est hors de question ! Retirez-vous tout de suite cette absurde idée de la tête !

- Cela serait pourtant la solution parfaite… Fudge ne pourra pas s'y opposer.

- Avez-vous perdu l'esprit !? Avez-vous ne serait-ce qu'envisagé les conséquences que cela aurait sur moi ? Sur Potter ? Sans compter qu'il faudrait lui dire ce que je suis ! Qu'il faudrait révéler à toute la communauté magique que Potter est un calice !? Imaginez un peu les réactions…

- Je vous l'accorde Séverus, ce n'est peut-être pas LA solution parfaite… Mais c'est la seule. A moins que vous ne préféreriez voir Harry partir à l'Azily…

Rogue se contenta de grogner.

- Ne craignez-vous pas les réactions pour Potter ? Etre calice est considéré comme dégradant. Le monde sorcier ne peut comprendre la relation entre un vampire et son calice… Ils penseront que Potter est mon esclave… Mon esclave sexuel.

Il resta un instant silencieux.

- Sans oublier, ce qui va se passer entre lui et moi… Mon calice… Le fils de James Potter, ce gamin que j'ai toujours méprisé.

Dumbledor joignit les mains :

- Qui, Séverus ? Qui avez-vous toujours méprisé ? Le père ou le fils ? Allons, laissez un peu votre rancœur de côté et regardez-le vraiment. Apprenez à le connaître tel qu'il est et non tel que vous vous le représentez. Vous verrez qu'il ressemble beaucoup à sa mère.

- Comprenez-vous que cela revient à nous mariez ? A vivre ensemble pour de longues, mais alors très longues années ? Qui vous dit que je veuille faire une telle chose ?

- Un pressentiment… avança prudemment le directeur, une lueur pétillante au fond des yeux.

Rogue se plongea dans ses pensées, à la recherche de nouveaux arguments :

- Et qui vous dit que Potter voudra ?

- Ça, je ne sais pas…

- Et que faites vous de l'avenir ? Lui et moi, enchaînés pour le reste de nos jours…

- Avec le Lien votre relation évoluera… Peut être allez-vous aimez, plus que vous ne l'imaginez. Vous savez bien qu'il est dans la nature d'un vampire d'avoir un calice. Vous avez toujours refusé et je respecte votre choix, mais votre santé ne fait qu'en décroître et votre énergie aussi.

Une fois encore, Rogue ne répondit pas.

- La priorité est de protéger Harry.

- Oui.

- Alors je crois qu'il n'y a pas d'autre solution… Tout est entre vos mains maintenant. Nous savons vous et moi que la loi interdit la séparation du Vampire et de son Calice et vous savez que Fudge ne pourra pas vous faire mutez. Je ne peut vous obliger à prendre un calice, il vous reste donc à faire un choix.

« Mais quel choix ! Me venger… Ou le sauver. En m'enchaînant à lui.

Le laisser partir… Ne plus jamais avoir à supporter son insolence pendant mes cours. Ne plus jamais le pousser à bout. Ne plus jamais le voir ravaler sa colère, se soumettre à mes ordres… Ne plus jamais contempler la flamme de rébellion briller dans ses yeux, si proche de ceux de sa mère.

Décidément, non, je ne veux pas qu'il parte. Mais je ne veux pas non plus m'enchaîner à lui.

Vraiment ? Tu es paradoxal Séverus : tu ne veux pas t'enchaîner à lui, mais tu ne veux pas le voir s'éloigner. A la fin de sa scolarité pourtant, il s'en ira. Sans un regard en arrière. Il fera une école d'Auror, se mariera avec la dernière des Weasley…

Non ! Epargnes-moi la vision de ce futur là… »

- Je pourrais en parler moi-même à Harry si vous le voulez, ajouta Dumbledore qui sembla, encore une fois, avoir lu en lui.

- Non ! Surtout pas. Il n'y a qu'un vampire qui puisse l'expliquer convenablement. Mais cela ne veut pas dire qu'il acceptera… Je vais y réfléchir. Ma décision sera prise d'ici demain.

Mardi :

Le lendemain matin, pendant le petit déjeuner, le courrier arriva. Harry se trouva alors nez à nez avec sa propre photo. Fudge avait procédé à une interview, expliquant son choix de l'envoyer en centre spécialisé.

La nouvelle fit grand bruit à Poudlard. Tous les élèves ne parlaient que de cela, et tous ne cessaient d'observer le principal concerné.

A la fin de la journée, Harry était à bout de nerf. Ce soir-là, il resta un long moment sous la douche, laissant couler l'eau chaude sur ses muscles crispés. La porte de la salle de bain s'ouvrit et Ron alla toquer à sa cabine.

- Harry ? Est-ce que ça va ?

- Oui, ne t'inquiète pas. Je me détendais juste un peu.

- D'accord, mais tu devrais sortir… McGonagall vient de passer à la tour : Rogue te veut dans son bureau immédiatement.

Le jeune homme ferma un instant les yeux, se demandant ce qu'il avait bien pu faire à Merlin pour qu'il lui en veuille autant.

- Harry ?

- J'ai entendu.

Quelques minutes plus tard, il s'enfonçait dans les « chaleureux » cachots du Maître de Potions. Il frappa à la porte, entendit un froid « entrez » et s'avança timidement jusqu'au bureau. Rogue lui fit signe de s'asseoir et il s'exécuta, nerveux. Il trouva son professeur orageux : les copies étaient zébrées de rouges plus qu'à l'accoutumé.

- Bien Potter, j'ai peut-être, je dis bien peut-être, une solution.

Toute l'attention d'Harry se focalisa sur lui, il se tendit imperceptiblement vers son professeur et son regard s'illumina d'espoir.

« Merlin, ce serait plus simple s'il n'était pas si… attirant. »

- Ne vous emballer pas, ajouta-t-il, cette solution ne va certainement pas vous plaire. Pas du tout même…

Harry fonça les sourcils et Rogue soupira.

- Savez-vous ce qu'est un calice ?

- …Non, avoua Harry.

« Au moins, il ne part pas avec de mauvais préjugés… »

- Je vais vous l'expliquez alors. Mais auparavant jurez-moi de ne répéter à personne ce que je vais vous dire me concernant. Comme je suppose que votre réponse à ma proposition sera négative, je ne veux pas que vous divulguiez un secret que je m'efforce de garder.

Derechef, Harry fronça les sourcils, ce qui agaça Rogue. Puis le jeune homme parvint à former un faible sourire :

- Vous m'intriguez…

- D'abord, jurez. Je ferais… (il grimaça) une exception pour Weasley et Granger puisque vous êtes probablement incapable de vous décidez seul. Mais si cela se sait dans Poudlard alors que votre réponse est non… Le souvenir que vous aurez de moi avant votre départ pour l'Azily ne sera pas agréable, loin de là… Il sera même…mordant, menaça-t-il.

- Bien, je vous promet de pas en parler aux autres.

- J'ai dit : jurez.

Harry soupira (« insolemment » comme le qualifia silencieusement Rogue).

- Je vous le jure. Je ne dirais rien. Vous avez ma parole. Etes-vous content ?

Rogue ravala une remarque acerbe qui lui brûlait les lèvres : ce n'était pas le moment. Il marqua une pause et annonça :

- Je suis un vampire.

Le silence tomba dans la pièce.

« Ai-je bien entendu ? »

Harry chercha la vérité sur le visage de son enseignant, mais celui-ci s'était figé. Puis il plongea dans ce regard onyx, et ne pu rien y lire, bien évidemment, par contre il le trouva…envoûtant, et c'est bien volontiers qu'il se laissa sombrer dans ces deux puits sans fond.

- Dites quelque chose ! S'exclama impatiemment son professeur.

- Laissez moi un instant… murmura Harry, se détachant à regret de ce regard captivant. Bien. Maintenant qu'il avait l'esprit plus clair, il pouvait essayer d'envisager de tenter de comprendre les dernières paroles de son interlocuteur…

« Rogue, un vampire. Bon. L'association est faite. L'hypothèse posée. Quelles sont les propriétés qui en découlent ? Harry, fais un petit effort et souviens-toi de tes cours de Défense… Voyons voir, vampire équivaut à Buveur de sang. Créatures immortelles. Créatures appartenant à la magie noire. Bon. Quelles sont les conséquences pour moi ?… »

- Alors ? demanda Rogue, énervé.

- Désolé. Je n'avais pas envisagé qu'il puisse y en avoir un dans mon entourage…

« Et ce depuis cinq ans. C'est à dire un nombre incalculables d'heures de cours et de retenues… Ce que je peux être aveugle parfois. »

- Bien, vous semblez avoir intégré l'information. Voulez-vous connaître ma proposition ?

Harry se gifla mentalement : il était tellement surpris qu'il en avait même oublié la raison de sa visite et de cette confession. Il se sentit alors paniquer :

- Vous n'allez pas me demander de devenir un vampire, n'est-ce pas ? demanda-t-il d'une voix éteinte.

- Non. Pourquoi ? Ma condition vous répugne-t-elle à ce point ?

Le visage de Rogue se ferma.

- Ce n'est pas cela…

- …Alors qu'est ce que c'est, Potter ? Le coupa-t-il incisif.

Harry inspira profondément puis se lança :

- Je ne veux pas avoir à vivre en me nourrissant du sang des autres, en leur volant leur énergie, peut-être même leur vie. Je ne veux pas devenir un prédateur. Je ne veux pas avoir à vivre la nuit, me terrant dans l'ombre, le jour. J'aime le soleil, j'aime la chaleur… J'aime être vivant. Je ne veux pas mourir, pas si vite… Pas après l'avoir vaincu.

Son professeur soupira imperceptiblement de bonheur : le jeune homme n'était pas dégoûté par sa nature. Peut-être les choses ne s'annonçaient-elles pas si mal que cela finalement ?…

- Bien, il me semble avoir évoquer le mot « calice », et non pas « vampire »… Rogue se racla la gorge : le calice est le partenaire du vampire. Il le nourrit.

Il nota silencieusement qu'Harry avait blanchit instantanément.

- Les vampires boivent du sang. Je bois du sang d'animaux, cela n'a rien de jouissif, ni de bon. En réalité, seul le sang humain peut apporter au vampire ce dont il a besoin. Le calice est un humain qui donne son sang volontairement et régulièrement (il appuya sur le terme) au vampire. Jusqu'à présent j'ai toujours refusé d'en prendre un pour des raisons personnelles, mais je suis prêt à le faire pour vous.

- Pour moi ?

Rogue se mordit la langue :

- Oui enfin, pour vous aider…

- Je ne vous suis pas.

- Potter, il n'y a aucun moyen d'empêcher Fudge de vous envoyez là bas… Pourtant Dumbledore à retourné le problème dans tous les sens possibles et imaginables… Toutefois, il existe une échappatoire possible pour vous : devenez mon calice. La loi qui régit les vampires est très stricte. Elle a été parfaitement définie. Dans la mesure où je suis déclaré au Ministère, cette loi s'applique pleinement à moi. Dans cette loi, il y a une partie réservée aux calices. Le vampire et son calice sont étroitement liés magiquement. Ce lien fait qu'on ne peut les séparer.

- Si je deviens votre calice, je resterais avec vous, donc à Poudlard.

- En effet. Il n'y aura aucune possibilité pour Fudge, vous resterez.

- Et s'il décidait de vous muter là-bas ?…

- Il ne peut pas me déplacer de Poudlard. Je suis sous la responsabilité de Dumbledore. Tout a été réglé avec le Ministère, des papiers ont été signés. Il ne peut rien faire.

- Sous la responsabilité de Dumbledore ? Je ne comprend pas.

- Potter, je suis un vampire qui côtoie une cinquantaine d'élèves par jour. Réfléchissez un peu !

- Il y a un risque ?…

- Non. Je bois ce qu'il faut. Mais étant donné que je suis dans la catégorie des « dangereux », bien qu'inoffensif, il a tout de même fallut que quelqu'un se porte garant de moi lorsque j'ai intégré Poudlard.

- Dumbledore…

Rogue hocha la tête. Il y eu un moment de silence, puis il reprit :

- Mais être un calice, Potter, n'est pas rien. Cela sous entend plusieurs choses difficiles à accepter…

Harry fronça les sourcils.

- Deux, pour être précis : la première est que nous allons devoir vivre ensemble et ce pour le reste de nos jours.

- Pardon ?

- Vous vous doutez bien que si la loi interdit la séparation d'un vampire et de son calice ce n'est pas pour rien ! Je vous l'ai dit : leur survie en dépend. Le calice ne peut vivre sans le vampire.

Silence.

« A cinq, il explose. Un… Deux… Trois… Quatre… Ci… »

- …Mais nous nous haïssons ! (Rogue tilta, mais ne fit aucun commentaire) Je ne veux pas de vous pour le restant de ma vie !…

« …C'est dit. »

- Potter, si vous devenez mon calice, notre relation va évoluer. Vous aurez beau résister, combattre tant que vous voulez, le Lien sera plus fort. Nous seront unis.

- Je ne comprend pas. Nos jugements respectifs seront-ils erronés ?

- Non, votre jugement et le mien resteront clairs. Mais une certaine dépendance se créera entre nous…

Harry se rendit soudain compte qu'il avait cessé de respirer. Il prit une longue inspiration, incapable de réfléchir correctement.

- Pourquoi ? Pourquoi feriez vous cela ?

- Les raisons me regardent, répondit sèchement son professeur. Il y a une deuxième chose importante à savoir…

Harry acquiesça, se disant qu'après cela, rien de ce que pourrait dire Rogue ne serait pire. Celui-ci le jaugea du regard avant de lâcher, de but en blanc :

- Le vampire et son calice sont un couple.

Silence.

- …Couple ? se contenta de répéter le jeune homme.

- Oui, et je vous préviens, le dominant c'est le vampire, moi en l'occurrence. La relation est exclusive : pas de petite amie pour vous Potter !

- Un instant… Insinuez-vous que je resterais célibataire toute ma vie ? Et que sous-entendez-vous par « couple » ? Amoureux !? Amants !? Et puis quoi encore !?

- Exactement. Le Lien les pousse au désir.

Harry devint alors dangereusement pale.

- Vous me parlez de sexe ? …Non. Impossible. Je dois rêver… Oh mais quel cauchemar…

Il se prit la tête entre les mains. S'il n'avait pas été blanc comme un linge, il en aurait rougit.

- Je pose simplement les conditions, Potter. C'est vous qui dramatisez, siffla froidement Rogue, qui commençait à perdre patience.

Harry se leva tout en faisant tomber sa chaise.

- Comment pouvez-vous m'en parler avec autant de froideur !? D'insensibilité !?

Il se jeta sur la porte, l'ouvrit à la volée et, murmura, de dos :

- Etes-vous inhumain ?…

Il sortit, claquant la porte.

« …Comment ? Tu me demandes comment, Harry ?…

Parce que je l'ai déjà accepté. Depuis longtemps.

Suis-je inhumain ? Non, je dirait plutôt que je ne suis plus tout à fait humain.

Finalement, j'ai peut-être été un peu trop optimiste tout à l'heure, en prévoyant que cela ne s'annonçait pas si mal… »