Chapitre 2

Des serpents qui parlent

Il s'était passé près de dix ans depuis que Sœur Elizabeth, une des religieuses qui travaillait à l'orphelinat Saint Jean, avait trouvé au chant du coq Aurélien Jedosorr sur le seuil de la porte principale de l'ancien couvent, mais Wintervillage n'avait quasiment pas changé. Ce jour là, le soleil se leva sur le même petit village campagnard aux ruelles serpentines en faisant étinceler l'enseigne de cuivre qui portait l'inscription numéro 9, à l'entrée de l'orphelinat. La lumière du matin s'infiltra à travers les jointures des volets clos dans plusieurs petites chambres toutes semblables les unes aux autres, avec leur papier peint bleu ciel, leur petite commode et leur lit à ressorts couverts d'une literie blanche. Seules les effets personnels des occupants, comme des photos de proches disparus ou de rares jouets et peluches permettaient de différencier une chambre de l'autre. Dans le village, seuls les jardins légèrement différents, avec leurs arbres plus hauts et leurs parterres en d'autres places donnaient une idée du temps qui s'était écoulé depuis cette date.

Aurélien Jedosorr était toujours là, dans cet orphelinat devant lequel son père l'avait déposé, encore endormi pour le moment, mais plus pour longtemps. Car Sœur Elizabeth était bien réveillée et ce fut sa voix horriblement aiguë qui rompit pour la première fois le silence du matin.

- Allez, les mômes, debout! Immédiatement!

Aurélien se réveilla en sursaut. Sœur Elizabeth tambourina à la porte avant de faire de même avec la porte de la chambre suivante.

- Vite, debout! Hurla-t-elle de sa voix suraiguë.

Aurélien l'entendit s'éloigner dans le couloir et frapper brutalement aux portes des autres pensionnaires de l'orphelinat pour les réveiller. Il se tourna sur le dos et essaya de se rappeler le rêve qu'il était en train de faire. C'était un beau rêve, où il était blotti contre la poitrine d'un homme et se sentait en sécurité, observant les lueurs d'un feu immense, et il eut l'étrange impression d'avoir déjà fait le même rêve auparavant.

Sœur Elizabeth était revenue derrière la porte.

- Ça y est? Tu es levé? Demanda-t-elle.

- Presque, répondit Aurélien.

- Allez, dépêche-toi, tu es de corvée de cuisine ce matin. Je veux que tu surveilles le bacon. Ne le laisse surtout pas brûler. Tout doit être absolument parfait aujourd'hui, c'est le dernier jour que passent les jumeaux Kentland à l'orphelinat, je veux qu'ils en aient un bon souvenir.

Aurélien émit un grognement.

- Qu'est-ce que tu dis? glapit Sœur Elizabeth derrière la porte.

- Rien, rien...

Le dernier jour que passaient les Kentland à l'orphelinat! Comment avait-il pu oublier? Aurélien se glissa doucement hors du lit et chercha ses chaussettes. Il en trouva une paire sous le lit et, après avoir chassé la petite figurine qui s'y trouvait, il les enfila. Aurélien avait plein de figurines et autres jouets dissimulés ainsi dans sa chambre. Plus que les autres pensionnaires, et pour cause, car c'étaient les leurs.

Lorsqu'il eut fini de s'habiller, il passa dans le couloir et sortit dans la cour extérieure. Le sol de la cour était pavé et un gros puits asséché trônait au milieu, recouvert d'une dalle pour que personne ne tombe dedans. Il traversa la court rapidement, grelottant dans l'air froid du matin, et se rendit dans la cuisine. La cuisine se trouvait dans le bâtiment qui faisait face au dortoir qui comportait aussi la salle à manger, la salle de jeux et la bibliothèque.

En passant dans la salle à manger, il s'aperçut que l'une des tables était couverte de cadeaux d'adieux destinés aux jumeaux. Apparemment, Arnold avait reçut son vélo qu'il désirait tant, et sa sœur Émily, sa jolie poupée en porcelaine. La raison pour laquelle Émily convoitait tant cette poupée restait mystérieuse aux yeux d'Aurélien, car Émily était une fille très turbulente qui détestait jouer à des jeux de "fillette à sa maman" et cassait tout ce qui lui tombait sous la main. Il avait également du mal à comprendre pourquoi Arnold avait voulu une console de jeux alors que son activité favorite était la boxe. Il se servait régulièrement des autres enfants de l'orphelinat comme punching-ball, mais sa victime favorite était Aurélien. Malheureusement pour Arnold, il était rare qu'il parvienne à l'attraper, Aurélien étant bien plus rapide que le jeune adolescent dodu.

Aurélien avait toujours été plus grand que les autres garçons de son âge. Il paraissait d'autant plus grand qu'il était obligé de porter des vêtements de seconde main, trop petits d'une bonne taille. Aurélien avait un visage mince, des membres élancés, de grands doigts fins qui semblaient pouvoir se briser à tout instant, de doux cheveux ondulés d'un noir brillant, des lèvres charnues bien dessinées, un nez fin et droit, de grands yeux d'un vert émeraude et un front volontaire. Il avait la peau très blanche, d'une couleur presque cadavérique, mais, contrairement à ce qu'on aurait pu penser, cela ne lui donnait pas l'air malade, seulement un peu étrange. Aurélien était très fier de son physique: il était le plus beau garçon de l'orphelinat et ressemblait à un ange. Mais ce qu'il préférait, c'était la tâche de naissance qui s'étalait sur son flanc gauche et ressemblait énormément à un serpent enroulé sur lui-même, la tête dressée en position d'attaque.

Aurélien avait demandé si cette marque était héréditaire, si l'un ou l'autre de ses parents l'avait également portée, mais tout ce qu'on lui répondit fut:

- Nous ne savons pas qui sont tes parents. On ne les a jamais vu, ils t'ont simplement abandonné une nuit sur le pas de la porte. Et ne pose plus de questions.

Ne pose pas de questions – c'était l'une des premières règles à observer si l'on voulait vivre tranquille à l'orphelinat. Si l'on posait des questions, on ennuyait les adultes et les autres enfants se moquaient de nous.

Le cuisinier, Mr Anderson, entra dans la cuisine au moment où Aurélien sortait les poêles d'un vieux buffet en noisetier.

- Tire sur tes manches, mal fagoté! Aboya-t-il en guise de bonjour.

Une fois par semaine environ, Mr Anderson sortait de ses pensées culinaires pour crier haut et fort qu'Aurélien était bien trop grand et toujours débraillé. Aurélien s'était fait réprimander sur sa taille et l'allure de délinquant que lui procuraient ses vêtements trop petits un nombre incalculable de fois. Les enfants de l'orphelinat en profitaient pour se moquer de lui.

Les autres enfants de corvée cuisine arrivèrent quelques instants plus tard et se mirent à faire le petit-déjeuner, certains coupant le pain, d'autre faisant chauffer du lait, et d'autres encore faisant cuire des omelettes au bacon. Tous faisaient bien attention à ne pas s'approcher d'Aurélien de trop près. C'était un fait reconnu dans l'orphelinat que le garçon était la bête noire d'Arnold et qu'il valait mieux ne pas être vu en sa compagnie. De plus, Aurélien Jedosorr était étrange, presque effrayant, parfois. Il était renfermé sur lui-même, silencieux et passant la plupart de son temps dans la bibliothèque ou dans sa chambre.

Quelques minutes plus tard, les pensionnaires de l'orphelinat arrivèrent bruyamment dans la salle à manger en compagnie de deux religieuses et de deux monitrices. Arnold et Émily furent les premiers à pénétrer dans la pièce, sous l'œil bienveillant des quatre adultes. Les deux jumeaux avaient entre douze et treize ans et ne se ressemblaient pas du tout. Arnold avait une grosse figure rose, un cou presque inexistant, de petits yeux noirs humides et de fins cheveux couleur paille qui s'éparpillaient au sommet de son crâne épais, gras et vide. Les religieuses disaient souvent qu'il avait l'air d'un chérubin – et Aurélien disait souvent qu'il ressemblait à un cochon marchant sur deux pattes. Émily, quant à elle, était une fine jeune fille à la longue chevelure épaisse et noire et aux grands yeux bleus. Elle aurait pu être jolie si elle n'avait pas été pourvue d'un long nez qui ressemblait à un champignon et d'un regard méchant.

Aurélien essaya de déposer sur la table où les jumeaux étaient installés les assiettes remplies d'œuf au bacon, ce qui n'était pas facile en raison du peu de place qui restait. Pendant ce temps, les jumeaux ouvraient leurs cadeaux en les comptant.

- Seize, dit Arnold en levant les yeux vers Sœur Elizabeth. Ça fait un de moins qu'Émily.

- Mais, mon petit chéri, tu n'as pas compté celui de Mrs Begood, la directrice. Il est là, regarde, sous ce gros paquet que Mr Anderson et moi t'avons offert.

- Très bien, ça fait dix-sept, dit Arnold qui commençait à devenir tout rouge.

Aurélien, qui voyait venir une de ces grosses colères dont Arnold avait le secret, s'empressa d'engloutir ses oeufs aux bacons avant que l'idée ne vienne à sa némesis de renverser la table. De toute évidence, Sœur Elizabeth avait également senti le danger.

- Et nous allons encore vous acheter deux autres cadeaux, dit-elle précipitamment, quand nous sortirons tout à l'heure. Qu'en dîtes-vous, mes petits agneaux? Deux autres cadeaux. Ça vous va?

Arnold et Émily réfléchirent un bon moment. C'était apparemment un exercice difficile dans le cas du garçon. Enfin, il dit lentement:

- Donc, on en aura...

- Dix-neuf, mon petit chéri, dit Sœur Elizabeth.

- Bon, dans ce cas, ça va.

- On va où, en sortie? Demanda Émily.

- On se rend au parc de Great Desle, ma petite puce, répondit Sœur Anna, dont Émily était la pensionnaire préférée, tandis qu'Arnold se laissait tomber lourdement sur une chaise et attrapait le paquet le plus proche.

Le cuisinier eut un petit rire.

- Le petit bonhomme en veut pour son argent, comme son père adoptif. C'est très bien, Arnold! Dit-il en ébouriffant les cheveux quasi inexistants du garçon. Ton nouveau papa sera fier de toi!

- Sommes-nous les seuls à aller au parc? Demanda Émily.

- Je suis désolée, ma chérie, mais il n'y a pas assez de moniteurs pour garder les autres enfants, répondit Sœur Anna

Horrifié, Arnold resta bouche bée. Aurélien, lui non plus, ne se sentit pas bien. Il aurait préféré rester à l'orphelinat à lire dans la bibliothèque ou à jouer dans sa chambre. Il n'aimait pas la compagnie des autres enfants, bruyants et capricieux. Chaque fois que des sorties de groupe étaient organisées, il s'ennuyait mortellement ou bien était pris comme cible pour les jeux d'Arnold. Et lorsque Arnold avait décidé quelque chose, tous les autres suivaient, comme des moutons. Un seul cerveau pour tout le groupe, et quel cerveau! Se plaisait à dire Aurélien.

- C'est malin! Dit Sœur Elizabeth en jetant un regard furieux à Sœur Anna, comme si c'était elle la responsable du manque de moniteurs.

Aurélien pensait surtout que Sœur Elizabeth était furieuse après Sœur Anna pour avoir oser gâcher le bon moment qu'était en train de vivre son cher Arnold. La religieuse avait le visage d'un rouge écrevisse et ne manquait pas de foudroyer l'autre femme du regard chaque fois qu'une situation ne lui plaisait pas. Aurélien avait depuis longtemps remarqué la guerre que se menaient les deux nones.

- On pourrait peut-être téléphoner au père Alphonse et au docteur Shortleg, suggéra l'une des monitrices, Gwen McSallan.

- Ne dîtes pas de bêtises, mon enfant, vous savez bien qu'ils ne sont pas disponibles.

Les responsables de l'orphelinat parlaient souvent de leurs pensionnaires de cette façon, en faisant comme s'ils n'étaient pas là – ou plutôt comme s'ils étaient des êtres dégoûtants, des insectes gluants incapables de comprendre se qu'ils disaient.

- Et ton amie..., suggéra la deuxième monitrice, Kate Speedman, à la première, comment s'appelle-t-elle déjà? Ah oui, Heather Hetley... Elle est maîtresse d'école je crois... elle doit avoir l'habitude des enfants...

- Elle est en vacances à Folkestone, répliqua sèchement Gwen McSallan.

- Vous n'avez qu'à nous laisser ici, intervint une petite fille d'environ huit ans, pleine d'espoir.

Aurélien se dit que la fille était une idiote. Jamais les moniteurs ne les laisseraient seuls à l'orphelinat sans surveillance. Et il avait raison à en juger par l'expression de Sœur Elizabeth.

On aurait dit qu'elle venait d'avaler un citron entier. Elle avait l'air totalement outré.

- C'est ça, grinça-t-elle, et quand nous reviendrons, l'orphelinat sera en ruine?

- Nous ne ferons pas sauter l'orphelinat, assura innocemment la petite fille, mais les adultes ne l'écoutaient déjà plus.

- Nous pourrions peut-être les emmener avec nous, dit Kate, et les laisser dans l'autocar en nous attendant.

- Le trajet coûte déjà cher, pas question de les laisser seuls à l'intérieur du car pour qu'ils le dégradent et nous fassent payer les dégâts, trancha Sœur Anna.

Arnold et Émily se mirent à pleurer bruyamment. En fait, ils ne pleuraient pas pour de bon. Il y avait des années qu'ils ne versaient plus de vraies larmes, mais ils savaient que dès qu'ils commençaient à se tordre le visage en gémissant, Sœur Elizabeth et Sœur Anna étaient prêtes à leur accorder tout ce qu'ils voulaient.

- Mon Arnynouchet adoré, ne pleure pas. Taty Betty ne va pas les laisser gâcher votre plus belle journée, s'écria Sœur Elizabeth en prenant Arnold dans ses bras.

- C'est bien vrai, ça, nous n'allons pas les laisser gâcher la dernière journée que vous passez en notre compagnie! S'exclama Sœur Anna en embrassant Émily.

- Je…veux…pas…qu'ils…viennent! Hurla Arnold d'une voix secouée de faux sanglots. Ils gâchent…toujours…tout!

Arnold adressa alors un horrible sourire aux enfants de l'orphelinat entre les bras de Sœur Élizabeth.

Au même moment, des coups frappés à la porte en verre de la salle à manger retentirent.

- Oh, mon Dieu, voilà le chauffeur qui arrive! Dit précipitamment Gwen.

Un instant plus tard, l'homme annoncé entra dans la pièce sous les regards avides et curieux des autres enfants. Le chauffeur était un homme efflanqué avec une tête de rat. Il avait des yeux gris, une barbe de quelques jours et des cheveux grisonnants. Quelques rides s'étiraient aux coins extérieurs de ses yeux démontrant une certaine habitude au rire et il arborait un sourire chaleureux qui formait un étrange contraste avec son physique disgracieux. Les jumeaux cessèrent aussitôt leur comédie.

Une demi-heure plus tard, Aurélien, maudissant son sort, était assis à l'arrière du car, en compagnie de tous les enfants de l'orphelinat. Il allait encore devoir supporter ces gosses au caractère vide et capricieux. Les responsables de l'orphelinat n'avaient pas trouvé d'autre solution que de les emmener avec eux, mais avant de partir, Sœur Elizabeth s'était exclamée à l'attention de tous:

- Je vous préviens, avait-elle dit de sa voix suraiguë, je vous préviens que s'il se produit la moindre chose gâchant cette journée pour Arnold ou Émily, le responsable ne sortira pas de sa chambre avant Noël. Vous avez bien compris?

Quelques "oui, ma Sœur" murmurés retentirent parmi le groupe d'enfants rassemblés.

Mais la religieuse n'eut pas l'air convaincu, elle ne les croyait jamais, de toute façon. Elle détestait les enfants à de rares exceptions près, comme les Kentland, et elle détestait Aurélien particulièrement, le soupçonnant pour tout et n'importe quoi.

Le problème, c'était qu'il se passait toujours des choses étranges autour d'Aurélien et Sœur Élizabeth refusait de croire qu'il n'y était pour rien.

Un jour, la religieuse, fatiguée de voir Aurélien toujours coiffé de la même façon, avait pris une paire de gros ciseaux et lui avait coupé les cheveux si courts qu'il en était presque devenu chauve. Les autres enfants s'étaient écroulés de rire en voyant le résultat et Aurélien n'avait pas pu dormir de la nuit en imaginant les railleries qu'on ne manquerait pas de lui lancer demain à l'école, où déjà on se moquait de lui pour ses vêtements trop petits et parfois rapiécés. Au matin, cependant, il s'était aperçu que ses cheveux avaient repoussé tels qu'ils étaient avant que Sœur Élizabeth ne les coupe. Il avait été traité de monstre par tous les enfants de l'orphelinat malgré ses efforts pour essayer de leur faire admettre qu'il n'y était pour rien.

Une autre fois, elle avait voulu le forcer à mettre un vieux pull qui avait appartenu à son neveu (une horreur mauve avec des pompons roses), mais plus elle essayait de lui faire passer la tête à l'intérieur du pull, plus celui-ci rapetissait. Finalement, il s'était trouvé réduit à la taille d'un gant de marionnette et Sœur Élizabeth en avait conclu qu'il avait rétréci au lavage. À son grand soulagement, les autres enfants n'avaient jamais rien su de cette histoire.

Une autre fois encore, il s'était aventuré un peu plus loin sur la route que longeait l'orphelinat et avait découvert les ruines d'une maison abandonnée. La haie, laissée à l'état sauvage, avait poussé dans tous les sens et l'herbe du jardin était si haute qu'elle lui arrivait jusqu'à la taille. La plus grande partie du cottage était restée debout, mais l'aile gauche avait été détruite. Il y avait plusieurs graffitis écrits sur les murs, comme " Bonne chance, Neville, ne perds pas espoir" ou "Si tu lis ceci, Neville, sache que nous sommes tous derrière toi" ou encore "Vive Neville Londubat!" Lorsqu'il avait interrogé Sœur Anna au sujet de cette maison étrange, elle lui avait répondu qu'il devait cesser de raconter des mensonges plus gros que lui, qu'il n'y avait aucune ruine le long de la route...

En revanche, il avait eu de sérieux ennuis à l'école, le jour où on l'avait retrouvé sur le toit de la cantine. La bande d'Arnold et d'Émily l'avait poursuivi dans la cour comme à l'accoutumée lorsque, à la grande surprise de tout le monde, y compris d'Aurélien lui-même, il s'était retrouvé assis au sommet de la cheminée. Mrs Begood, la directrice de l'orphelinat avait reçu une lettre furieuse du proviseur dans laquelle il affirmait qu'Aurélien s'amusait à escalader les bâtiments de l'école. Pourtant, comme il l'avait expliqué à Kate Speedman à travers la porte verrouillée de sa chambre, il s'était contenté de sauter derrière les poubelles qui se trouvaient à côté de la porte du réfectoire. Aurélien ne savait pas comment il avait bien pu atterrir sur le toit.

Ce fut cet épisode particulier qui déclencha la curiosité d'Aurélien, le forçant à émettre des théories sur ces phénomènes étranges et déroutants avant d'entreprendre de tester ces théories. Au bout de quelques temps, il découvrit qu'il avait des pouvoirs dont les autres étaient dépourvus, qu'il était spécial, meilleur, exceptionnel.

Un jour, Stanley Dishle, un garçon plus jeune que lui d'environ deux ans, l'avait insulté et lui avait lancé des pierres, encourageant les autres enfants à faire de même. Furieux, Aurélien était parti sous une pluie de projectiles diverses et variés mais qui avaient un point commun: ils faisaient mal. Sur le chemin qui le menait jusqu'à sa chambre, il avait croisé le chaton que Dishle avait adopté quelques jours auparavant, avec l'autorisation de Mrs Begood. Il avait fixé le petit chat tigré dans les yeux et lui avait ordonné de disparaître de sa vue, d'aller se faire tuer par les pierres que son maître lui lançait. Et le petit animal avait fait ce qu'il lui avait demandé, comme hypnotisé, contrôlé par une conscience extérieure … Stanley Dishle avait retrouvé son chaton mort et couvert de sang, la tête éclatée par une grosse pierre qu'il avait lancée lui-même.

Aurélien s'était alors mis à lire des livres traitant des pouvoirs de l'esprit. La plupart n'étaient qu'âneries, mais ils lui donnèrent quelques idées. Il découvrit qu'il pouvait déplacer des objets sans les toucher, les faire voler jusqu'à lui ou les faire tout simplement apparaître dans ses mains ou un lieu désiré. C'est ainsi qu'il fit l'acquisition de nombreux jouets appartenant à d'autres. Chaque fois qu'on l'insultait, le maltraitait, il se vengeait en subtilisant des objets auxquels les coupables tenaient.

Il pouvait aussi faire du mal à ceux qu'il n'aimait pas, lorsqu'il était véritablement en colère. Un jour, Arnold et sa bande l'avaient coincé dans un coin sombre de la cour de l'école et s'apprêtaient à le ruer de coups, lorsque Arnold s'était écroulé au sol en hurlant de douleur. Il avait les deux tibias brisés en plusieurs endroits, sans avoir reçu le moindre choc physique.

Il pouvait encore changer son apparence physique à volonté. Il pouvait rendre ses yeux bleus, ses cheveux blonds, foncer la couleur de sa peau... Il pouvait également rétrécir ou grandir, prendre l'apparence d'un enfant de cinq ans ou d'un homme de trente... Il pouvait faire pousser ses cheveux, agrandir son nez, prendre l'apparence de quelqu'un d'autre... Il avait eu du mal à se transformer au début et les premières métamorphoses étaient douloureuses, mais au fur et à mesure qu'il s'était entraîné, il y était parvenu de plus en plus aisément et la douleur avait fini par disparaître.

Peu à peu, il avait appris à contrôler ces pouvoirs étranges, à les moduler à volonté. Ses victimes préférées étaient Arnold et Émily, bien entendu. C'était d'ailleurs l'une des raison pour laquelle Sœur Anna et Sœur Élizabeth étaient tellement suspicieuses à son égard.

C'était un samedi ensoleillé et le parc était bondé de familles en promenade. Mr Anderson acheta aux jumeaux Kentland de grosses glaces au chocolat, laissant les autres enfants pâlir d'envie à leur vue.

Les adultes se séparèrent en cinq groupes d'une dizaine d'enfants chacun. Mr Anderson partit avec les plus petits vers un bac à sable où s'agitaient déjà deux enfants d'environ quatre ans.

Gwen McSallan se dirigea en compagnie d'un groupe de jeune filles entre quatorze et dix-huit ans vers le centre ville où elles iraient certainement acheter des vêtements et des produits de beauté.

Kate Speedman prit un groupe de garçons du même âge que les adolescentes et les emmena dans un cyber café, où ils pourraient jouer sur des consoles ou au billard.

Sœur Anna s'occupa des filles âgées de huit à treize ans et partit vers une aire de jeu occupée par diverses balançoires. Émily étant bien entendu la vedette de ce groupe.

Et enfin, Sœur Elizabeth prit la direction du groupe restant: un mélange de garçons entre sept et douze ans pour le moins bruyant, dont la plupart des membres avaient peur d'Arnold et détestaient Aurélien. Ce groupe-ci, dont Aurélien et Arnold faisaient automatiquement partie, se dirigea vers un immense trampoline constitué de plusieurs étages, d'échelles de corde et de hamacs situé à côté d'un étang où nageaient quelques colverts et quelques cygnes.

Aurélien prit la précaution de se tenir un peu à l'écart des garçons excités occupés à sauter sur les différents étages du trampoline ou à se balancer de plus en plus forts dans des hamacs qui y étaient accrochés. Ils déjeunèrent assis par terre d'un sandwich au bacon et d'un sachet de chips. Arnold eut cependant droit à une coupe de fruits à la crème chantilly achetée dans un petit stand tout près de là.

Après déjeuner, les garçons, guidés par Arnold, retournèrent s'amuser bruyamment sur le trampoline. Aurélien, quant à lui, préféra se diriger seul sous un grand chêne planté près de l'étang. Il s'assit au sol et calla son dos contre une grosse pierre. L'endroit était sombre et frais, avec l'ombre de l'arbre qui s'étalait sur le sol. Quelques fourmis couraient le long du tronc, portant différentes petites charges, accomplissant un travail régulier et acharné. Une araignée tissait sa toile dans les branchages, descendant tête la première le long d'un fil sortant de son ventre. Plus haut, un nid de paille, de brindilles et de boue séchée se dessinait, abritant sûrement quelques oeufs ou oisillons.

Un mouvement derrière lui troubla la contemplation d'Aurélien. Il se retourna et vit deux couleuvres longues d'un bon mètre sortir de sous la pierre contre laquelle il était adossé. Méfiant, il les laissa approcher. Les couleuvres n'étaient pas venimeuses, il le savait, mais restaient des prédateurs. Les deux serpents le fixèrent de leurs petits yeux brillants. Lentement, très lentement, ils se dressèrent jusqu'à ce leur tête soit au même niveau que celle d'Aurélien.

Et ils lui firent un clin d'œil.

Aurélien resta bouche bée. Il jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer que personne ne le regardait, puis, se sentant particulièrement ridicule, retourna leur clin d'œil aux deux reptiles.

L'une des couleuvre se rapprocha de lui et commença à grimper sur ses genoux repliés, sur lesquels elle s'enroula sur elle-même, la tête reposant sur sa queue, ses yeux toujours ancrés dans ceux d'Aurélien. La deuxième couleuvre, quant à elle, serpenta sur le rocher contre lequel il était adossé et s'installa à son sommet, sa tête triangulaire reposant tout près de l'oreille droite du garçon.

Il ressentit bientôt un chatouillement contre son oreille, laissant sa peau mouillée après son passage. Puis des mots murmurés retentirent d'une voix grave et sifflante:

~ Bienvenue à toi, Parleuuuuur.~

Aurélien resta un moment interdit, cherchant l'origine de cette voix chuchotante. Enfin, voyant que personne ne se trouvait alentour, il se tourna vers la couleuvre qui se tenait derrière lui et lui demanda, se sentant de plus en plus ridicule:

- C'est toi qui viens de parler?

L'animal approuva d'un hochement de tête vigoureux.

- Comment peux-tu parler anglais?

Le serpent le fixa d'un air surpris, ses petits yeux arrondis sous la stupéfaction le regardant avec intensité. Puis il répondit, lui murmurant au creux de l'oreille:

~ Cccce n'est pas moi qui parle ta laaannngue, Deux Jjjambes, cccc'est toi qui parle la mienne. Tu ffffais partie de Ccccceux-qui-Paaaarlent. ~

- Que veux-tu dire? Que c'est moi qui parle le langage des serpents et non pas l'inverse?

~ Oui, Parleuuuuur, cccc'est ccce que jjje veux dire. Tu ffffais partie de Ccccceux-Qui-Paaaarlent.~

- Donc je suis en train de parler une autre langue, c'est bien ça?

~ Oui, cccc'est ççça, Parleuuuuur.

- Mais je ne m'en rends pas compte! Comment puis-je parler une autre langue sans m'en rendre compte?

~ Prêtes attenttttion aux vibrattttions que ta bouccccche produit, et tu ssssauras alors que tu parles le languaggge des ssserpents.~

Les serpents n'ayant pas d'oreille, ils se repéraient aux vibrations crées par les diverses sons qui les entouraient. La couleuvre parlait donc des sons qu'il produisait lorsqu'il lui parlait, déduisit-il avec une logique à toute épreuve.

Prêtant l'oreille aux sons sortant de ses lèvres, il reprit:

~ Y en a-t-il d'autres comme moi? D'autres qui parlent?~

Maintenant qu'il était prévenu, Aurélien distingua un sifflement bizarre accompagnant chaque mot prononcé, comme une seconde peau.

La couleuvre installée sur ses genoux se redressa et répondit d'une voix suave mais indubitablement féminine:

~ Il y en a eu quelques-uns uns. Mais ils sont rares, très rares. Le dernier d'entre vous a disparu il y a de cela trente-neuf saisons.~

Saisons? S'interrogea Aurélien. Comme dans "printemps, été, automne et hivers"? Probablement, les animaux vivant selon le cycle de la nature et se repérant à travers le temps grâce aux changements éprouvés. Trente-neuf saisons, à raison de quatre saisons par an, équivaudraient donc plus ou mois à l'automne dix ans auparavant.

~ Y a-t-il un lien entre chaque Parleur ou ce dont apparaît-il au hasard?~

~ Tous les Parleuuuuurs sssont les dessccendants du premier Parleuuuuur, Salazar Serpentard. Ils sssont tousss reliés par le sssang. ~

~ Donc, si je comprends bien, l'homme dont vous parliez fait partie de ma famille?~

~ Oui, Parleuuuuur, c'est exact. ~

Aurélien réfléchit rapidement. L'homme avait disparut en automne 1981 tandis qu'il avait été trouvé sur le pas de la porte de l'orphelinat ce même automne. Ils étaient vraisemblablement de la même famille. Y avait-il un lien? Sûrement, cela faisait trop de coïncidences pour être un simple hasard. Mais qui était l'homme en question? Son père? Son oncle? Son grand-père, son frère, un cousin? Qui?

Il fut interrompu dans ses pensées par un hurlement assourdissant qui les fit sursauter, lui et les deux couleuvres. Stanley Dishle se trouvait juste en face de lui et s'égosillait:

- ARNOLD! ARNOLD! VIENS VOIR UN PEU ICI! TU NE VAS PAS LE CROIRE!

Arnold, qui était occupé à pousser un gamin dans le vide depuis le troisième étage du trampoline, descendit du jeu aussi vite qu'il le pouvait et arriva sous le gros chêne en se dandinant et en soufflant comme un buffle épuisé.

Il fixa Aurélien de ses petits yeux porcins et observa les deux serpents qui l'accompagnaient, l'un installé confortablement sur ses genoux et l'autre derrière sa tête, sur la pierre contre laquelle il était adossé. Un sourire vicieux s'étira sur son gros visage tout rose:

- Alors, Jedosorr, tu t'es trouvé de nouveaux amis, on dirait... Te sentais-tu tellement seul que tu avais besoin de rechercher la compagnie d'animaux? Enfin... Ça ne devrait pas me surprendre autant. Après tout, il est normal que tu recherches la compagnie de tes semblables...

Les yeux d'Aurélien s'assombrirent sous l'insulte, et son visage se transforma en un masque furieux, durcissant ses traits, le rendant presque effrayant. Tentant de se calmer, il inspira profondément et répondit d'une voix aussi calme que sa maîtrise de soi le lui permettait:

- Dégages de là, Kentland, tu pollues mon espace vital.

Les poings d'Arnold se serrèrent et ses yeux noirs se plissèrent en une expression haineuse.

- Comment oses-tu me parler sur ce ton, espèce de monstre!

Incapable de se maîtriser d'avantage, Aurélien se redressa, la couleuvre installée sur ses genoux glissant à terre, absolument hors de lui. Il ne supportait pas qu'on le traite de monstre. Il n'était pas un monstre! Il était exceptionnel, meilleur qu'eux, plus intelligent, plus beau, avec des capacités que ces répugnants orphelins capricieux n'auraient jamais... C'étaient eux, les monstres, pas lui!

Sa voix claqua dans l'air, tranchante et glaciale:

- Et c'est toi qui m'appelle monstre! Toi qui ressemble bien plus à un porc qu'à un humain! Toi, l'erreur de la nature, le cochon qui s'est pris pour un homme? C'est toi le monstre, Kentland! Toi, avec tes trente kilos en trop, tes bourlets répugnants et ta tête vide, totalement dépourvue de la moindre parcelle d'intelligence!

À la fin de son discours, Dishle et Kentland se jetèrent sur lui, tentant de le ruer de coups de points et de pieds. Mais ils n'y parvinrent jamais.

Aurélien, plus rapide, les avaient projetés dans les airs grâce à ses pouvoirs. Les deux garçons se trouvaient à présent pendus par les pieds aux branches du chêne, retenus par les lacets de leurs chaussures noués à l'arbre. Le sang leur monta rapidement à la tête, les rendant tout rouges. Leur visages étaient déformés par la terreur et ils lui lançaient de regards effrayés.

Ils avaient peur de lui, quelle sensation délicieuse. Les deux monstres étaient là, à sa portée, il pouvait leur faire n'importe quoi, leur briser les membres, les envoyer dans le lac – ils ne savaient pas nager – les tuer en faisant éclater leur cervelle inutile... Aurélien se délecta de cette sensation de force, de puissance. C'était si bon...La vengeance... si délicieusement délectable.

Les deux couleuvres rampèrent sur ses pieds, se rappelant à son souvenir. Aurélien les observa, une idée adorable se formant dans son esprit. Il prit les deux serpents dans ses mains et les déposa sur branches de l'arbre.

~ Pouvez-vous ramper jusqu'aux Deux Jambes accrochés à l'arbre et leur faire peur, leur faire mal, les mordre? ~

~ Bien sssûr, Parleuuuuur, ccc'est l'honneur d'un ssserpent que de rendre service à l'un de Cccceux-Qui-Parlent. ~ répondirent les deux reptiles.

Ses deux amis se mirent alors à ramper vers dans la direction de Dishle et Kentland, dont l'expression se faisait de plus en plus terrorisées. Ils lançaient des regards incrédules et apeurés dans la direction d'Aurélien, avant de regarder à nouveau les deux couleuvres qui se rapprochaient d'eux inexorablement. Leurs yeux s'arrondirent et ils se mirent à trembler lorsque les deux serpents se mirent à leur ramper sur le corps, faisant mine de les mordre par-ci par-là, sans jamais passer à l'acte. Puis, arrivés au niveau de la nuque des deux garçons, ils les mordirent en même temps à l'épaule, leur arrachant un cri de douleur.

En entendant des bruits de pas précipités venir dans leur direction, Aurélien quitta les lieux en vitesse et rejoignit les autres enfants de l'orphelinat sur le trampoline.

Le pompier qui avait décroché les deux garçons était en état de choc:

- Comment ces deux garçons ont-ils pu se pendre ainsi dans l'arbre? Et pourquoi ces deux couleuvres les ont-elles attaqués? Ce ne sont pourtant pas des serpents agressifs... Ils attaquent rarement sans raison...

Le directeur du parc en personne offrit une tasse de thé fort et bien sucré aux cinq moniteurs et se confondit en excuses quant au manque de sécurité établie dans son parc. Stanley et Arnold balbutiaient des paroles dépourvues de sens d'un air ahuri et effrayé. D'après ce qu'Aurélien avait pu voir, les deux garçons n'étaient pas blessés très sérieusement, les serpents n'ayant pas eu le temps de faire plus de dégâts, mais quand tout le monde eut repris place dans le car, Arnold raconta que les reptiles avaient failli leur arracher la gorge tandis que Dishle affirmait qu'ils avaient essayé de l'étouffer en s'enroulant autour de lui. Mais le pire, pour Aurélien, fut lorsque les deux garçons racontèrent aux moniteurs qu'Aurélien était présent lors de la scène. Leur air effrayé lorsqu'ils prononcèrent son nom suffit aux moniteurs pour déclarer qu'il avait une part de responsabilité dans toute l'affaire, ne serait-ce que parce qu'il n'avait rien tenté pour aider ses deux " camarades".

Beaucoup plus tard, enfermé dans sa petite chambre, Aurélien se désolait de ne pas avoir volé la montre de Kentland lorsqu'il en avait l'occasion. Il n'avait aucune idée de l'heure, et, bien qu'il fasse nuit, il ne savait pas si les autres enfants et les moniteurs étaient couchés. Tant qu'ils ne dormaient pas, il ne pouvait pas se risquer dans la cuisine pour aller chercher discrètement quelque chose à manger (il avait été privé de nourriture pour la soirée).

Il avait passé dix ans à l'orphelinat, dix années sinistres, depuis que ses parents l'avaient abandonné sur le pas de la porte. Il ne se souvenait pas d'eux et ne pouvait qu'émettre d'hypothétiques raisons qui les auraient poussés à le confier à un orphelinat. Parfois, seul dans sa chambre, il fouillait dans ses souvenirs pendant des heures entières et une étrange vision émergeait de sa mémoire: il revoyait un éclair aveuglant de lumière verte et se souvenait de deux bras le soulevant et le serrant contre la poitrine plate et dure d'un homme qu'il supposait être son père. Puis, la vision de son rêve succédait: il se trouvait blotti au creux des bras d'un homme, bien au chaud et protégé, observant une maison brûler, répandant un jeu d'ombre et de lumières fascinant dans les ténèbres de la nuit.

Lorsqu'il était plus jeune, Aurélien avait souvent rêvé que quelqu'un arriverait un jour à l'orphelinat et déclarerait vouloir l'adopter. Ou bien, qu'un parent lointain et oublié, ayant retrouvé sa trace, viendrait le chercher et l'emmène avec lui. Mais ce n'était jamais arrivé. Il avait vu plusieurs pensionnaires de l'orphelinat se faire adopter ou se faire emmener par des cousins ou des oncles, mais ça n'avait jamais été son cas. Il était seul et n'avait plus de famille. Personne n'avait voulu l'adopter et il n'avait pas d'ami. Il ne voulait pas d'ami! Les amis étaient des choses inutiles et encombrantes, demandant trop d'attention. Il avait entendu des enfants se plaindre de leurs parents à l'école, et la notion de devenir le fils de quelqu'un l'avait rapidement dégoûté lorsqu'il s'était rendu compte qu'il était exceptionnel. Mais il n'en aimait pas plus orphelinat pour autant, non, il détestait cet endroit!