— Pezzo di merda !

Cette voix !

Matt' !

Aphrodite s'est déjà relevé, tendu comme la corde d'un arc. Il est prêt à voler au secours de notre crabe mais il n'ose pas me laisser.

Alors, je réponds à sa question.

— Pas de problèmes ! Pars devant !

Je soutiens son regard avec une touche d'agacement face à son hésitation. Finalement, j'éclate :

— Madre de dio ! 'Dite ! Je ne suis pas en sucre ! Vas-y !

Du poing, il m'attrape par le col et me force à me lever. Je parviens à ne pas vaciller et il me jauge avec une moue dubitative.

— Tu as intérêt à…

Il serre les dents avant de reprendre.

— Si tu as besoin d'aide…

Gentiment, j'attrape son menton et le tourne dans la direction des cris. Je connais un Cancer qui n'est pas, mais alors vraiment pas, content ! 'Dite déteste quand je fais ça, j'adore voir ses beaux yeux bleus étinceler de colère et d'émotions mêlées.

— Mattéo a besoin de nous.

Il se dégage d'un geste sec.

— J'ai horreur de ça… quand tu as raison.

Il doit souvent me détester, alors.

— Tu as intérêt à me suivre, Shura du Capricorne !

Oui, m'man !

— Tu devrais déjà être près de lui.

Il jure en suédois avant de faire volte-face. Souple et agile, il saute de racines en racines. Je vais l'imiter d'une seconde à l'autre. Dès que le monde aura terminé de tourner autour de moi...

Un haut-le cœur me prend soudain et je me penche juste à temps pour libérer un jet de bile. Le mouvement me déséquilibre et je tombe. J'évite le plongeon de justesse et inspire prudemment. Je crois que je me suis cogné la tête plus fort que ce que je ne pensais.

Mais ça n'empêche que mes amis soient en danger : je dois les rejoindre ! Je m'essuie la bouche d'un revers de manche et me relève prudemment. Plus de nausées. C'est déjà ça.

Pour les vertiges… je ferai avec.

Il me faut un moment pour suivre le chemin d'Aphrodite. Mes pas sont moins sûrs et je manque plusieurs fois perdre l'équilibre mais les énormes racines sont suffisamment rapprochées pour me permettre de suivre le rythme. Je n'en suis pas encore à rattraper mon Poisson véloce mais je gagne en assurance et laisse les jurons pour me guider.

J'ai toujours admiré la créativité de Matt' dans cette matière même si je ne comprends pas tout ce qu'il dit. J'ai fini par apprendre un peu d'italien et de suédois avec les années passées au sanctuaire. Ça ne veut pas dire pour autant que je suis un parfait bilingue…

Au détour d'un arbre géant, une scène surréaliste m'attend. Peut-être est-ce dû à la commotion mais… une créature entre tigre et poisson agite les tentacules qu'elle a sur le dos tout en essayant d'arracher Mattéo et 'Dite de leur perchoir. Ils ont fini par se réfugier plus haut sur le tronc. Ce qui n'empêche pas le Cancer de se montrer inventif niveau noms d'oiseaux.

Pas très glorieux, tout ça.

En même temps, sans cosmos ni armes, je ne vois pas bien comment venir à bout à mains nue de cette bestiole.

Aphrodite m'aperçoit, alors que j'essaie toujours d'appréhender cette scène.

— Shu ! Ne reste pas là !

Matt' se tourne vers moi à son tour. Il a un œil au beurre noir et son t-shirt est déchiré mais il semble en relativement bonne forme. Je n'ai pas vraiment le temps de le détailler. Le tigre aquatique se tourne vers moi. Par réflexe, je fléchis les jambes et lève le bras. Sauf que lorsque j'en appelle à mon cosmos, je me prends un vent.

Malparido !

Et, là, outre le fait de me sentir un brin inquiet de voir la gueule de la bestiole s'ouvrir comme celle d'une lamproie, je me sens en prime vaguement ridicule. Du coup, j'abandonne la posture et recule d'un pas. Du regard, je parcours les environs à la recherche d'une arme, une branche… n'importe quoi.

Mes compagnons crient mais mes oreilles bourdonnent et je ne comprends pas. Le monde a recommencé à tourner autour de moi. J'espère juste que le contenu de mon estomac va rester à sa place. Je me vois assez mal, attaquer la bestiole à jets de bile.

Ladite bestiole choisit ce moment pour fendre les flots dans ma direction.

— Shu !

C'est Aphrodite qui hurle. Je le vois sauter de son perchoir, précédé du Cancer. Ces deux idiots vont finir par se faire tuer ! Je voudrais bouger mais les vertiges deviennent plus violents. Rester debout me prend toute mon énergie.

Une petite main se referme sur ma tunique et tire dessus pour attirer mon attention. Surpris, je tourne la tête et ce seul mouvement me voit perdre l'équilibre. Je me retrouve un genou à terre. À côté de moi, la créature à la fois, la plus mignonne et la plus laide que j'aie jamais vue, se tord la tête – qu'elle a en forme de bulbe surmontée d'une tige ornée d'une feuille verte – pour me regarder dans les yeux et baragouine quelques mots que je ne comprends pas. Elle me fourre un objet dans la main avant de se carapater à toute vitesse le long du tronc.

Quant à la babiole qu'elle m'a confiée : un poignard. Manche en bois, la lame taillée dans de l'os… elle espère vraiment que je me défende avec ça ?

Un feulement m'alerte et je bondis en arrière. Les tentacules ne me manquent que de quelques centimètres. Mes doigts serrent mon arme dérisoire. Je ferai avec ce que j'ai sous la main !

Les appendices maintiennent Aphrodite et Mattéo à distance. Cette bête a des yeux derrière la tête, ma parole ! Bon, il semblerait que ce soit entre elle et moi, donc. Mes jambes prennent une position de combat travaillée tant de fois que je n'ai même pas besoin d'y réfléchir. Je tends la main gauche devant moi et fléchis mon bras droit, armé de ma lame d'occasion. Ce n'est pas Excalibur mais il faudra bien qu'elle fasse l'affaire.

— Très bien. Viens !

Je saisis au vol un des tentacules qui tente de me happer et le tranche. La bête pousse un rugissement de fureur et recule, manifestement peu habituée à ce qu'on lui résiste. Elle est lente à la détente, aussi : une bonne partie de ses tentacules y passe avant qu'elle ne comprenne la leçon. Ce n'est pas plus mal. Je ne sens plus qu'à peine ma main gauche et le peu qui reste sensible m'indique que ce n'est pas plus mal. Elle pulse douloureusement, presqu'autant que ma tête et je devine que lorsque les sensations y afflueront à nouveau, je passerai un sale quart d'heure.

Je n'entends plus mes compagnons. Il reste encore assez de tentacules sur le dos de la bestiole pour les occuper un moment. Gueule de lamproie rugit à nouveau, son corps tigré souple et prêt à fondre sur sa proie. Je me contente de l'observer.

Les vertiges sont revenus en force. Je ne sais pas s'ils sont dus au choc à la tête ou à la toxine contenue dans les piquants qui recouvrent les appendices du bestiau. En tout cas, je dois bientôt mettre, à nouveau, genou en terre mais je ne lâche pas mon adversaire du regard. Il va sans doute…

Bingo !

Au moment où il plonge sur moi, une pluie de bâtons tombe des branches hors de portée. Ça ne l'empêche pas de foncer droit devant et mon corps ne collabore plus.

— Shu !

Je ne sais pas qui a crié. En cet instant, ça n'a pas d'importance. J'attrape au vol l'un des bâtons, un éclair de souffrance remonte de ma paume à mon épaule, m'éblouis presque. Les dents serrées, je l'enfonce dans la gueule du monstre. Emporté par son élan, il me heurte de plein fouet et nous précipite tous les deux dans l'eau. Je maintiens ma prise sur le bois que je remue en essayant de faire le plus de dégâts possibles. Les pattes avant se sont refermées autour de moi, les griffes percent ma peau.

La surface s'est refermée sur nous, le froid me saisit, m'aide à rester conscient. J'enfonce mon petit couteau dans son œil encore et encore. Le tigre aquatique se débat avant de s'immobiliser.

J'ai gagné.

Mes poumons brûlent…

Le poids mort m'entraine vers le fond. Un ultime effort et je le fais basculer. Je vais pouvoir remonter. Respirer.

Laisser 'Dite me hurler dessus…

Quelque chose s'enroule autour de mes membres, m'empêche de bouger.

Ces fichues algues !

Leurs bords tranchants s'enfoncent dans ma peau. Laissent à nouveau leur marque.

Et, cette fois, je n'ai pas la force de me dégager.

Au-dessus de moi, deux corps fendent l'eau. Mes poumons sont en feu… Ma vision s'obscurcit.

Dire que je viens de faire un pied de nez à la mort, c'est ballot de finir com…


Kalea-chan : Hello ! Je suis ravie que ça te plaise. Pour le moment, le trio infernal fonctionne bien. ^-^ Pourvu que ça dure.

Glacefraicheur : Ben oui... qui dont pourrait jurer en italien ? ^^
J'ai essayé d'éviter les clichés et de donner un aspect grande folle que tant donnent à Aphrodite. Il est tellement plus complexe que ça ! ^-^ J'espère que je vais pouvoir faire passer ça dans les prochains chapitres.

Hemere : figure-toi qu'à la base je n'étais pas hyper fanne de DM et Aphro. Puis au fil de mes fics et de celles que j'ai lues, je me suis attachée à eux. J'espère que j'arriverai à te faire aimer au moins ma version du trio plutôt que celle de l'anime. ^-^ quoi que dans Soul of Gold, ils sont quand même classes ! :)