scène 2
Connaissant Angéla comme la chipie qu'elle pouvait être parfois, Booth s'interrogea sur la menace réelle ou non qu'elle puisse trainer Bones à ce genre de réunion. L'artiste avait parue pourtant sérieuse et malgré son expérience de fédéral, il n'était pas arriver à déceler si ce n'était qu'un coup de bluff.
Et pour se l'avouer, il ne sentait pas prêt à prendre le risque. Préoccupé par la tournure que prenait cette soirée, loin de ses aspirations, il s'adossa au dossier du canapé en fermant les yeux afin de réfléchir. Il venait sur le coup de la panique d'accepter de se rendre à ce rendez- vous aux règles plutôt cavalières. Pour être tout à fait honnête avec lui -même, ce genre de plan pour draguer le mettait mal à l'aise. C'était une chose de faire les yeux doux à quelqu'un, comme ça, sans conséquences mais de là à rencontrer dans un but très clair plusieurs femmes, c'était une autre paire de manches. Pour certaines, il pourrait sans doute s'en sortir très poliment, avec d'autres, se sentirait-il gêné… mais lorsque viendrait son tour de s'installer en face de sa coéquipière. A cette perspective, son cœur marqua déjà un temps d'arrêt.
Certainement que pour Bones, ce serait aussi facile que de recevoir un rappel de vaccin entre deux formulaires à remplir. Rien ou presque ne la perturbait. Elle abordait presque toutes les situations avec un tel détachement que parfois, l'envie lui prenait de la secouer pour qu'elle réalise la portée de ses paroles ou des conclusions qu'elle dispensait d'une façon si clinique que cela faisait presque froid dans le dos. Pourtant derrière cette façade de glacier arctique, il savait se cacher une sensibilité presque enfantine qu'elle dissimulait aux yeux de tous. Persuadé qu'il aurait suffi d'un rien pour qu'éclosent ses émotions si subtilement camouflées. Il était tellement absorbé qu'il sursauta à la sonnerie de son portable.
- Booth! Fit-il la voix incertaine, l'esprit encore distrait.
- Alors sexy boy, prêt à entrer dans l'arène? Demanda la voix. Et sans attendre. - Parce que, j'ai dû user de tout mon charme pour que Josh accepte un nouveau candidat. Une seule condition. Pour équilibrer, vous devez trouver une copine qui veuille bien jouer aussi! Termina bien sûr Angéla enjouée.
D'abord rendu muet, il arriva enfin à brebouiller. - Angéla, c'est carrément impossible de trouver quelqu'un qui m'accompagne en si peu de temps! Moins de deux heures! Je connais personne! Paniqué.
- Alors là mon loulou, vous avez un problème. Une fille, un mec, c'est pas moi qui fais les règles. Faites le tour de vos connaissances, une collègue de boulot, votre voisine de palier, la caissière de votre supermarché sinon, oubliez! Sur ce, je vous rappelle dans deux heures pour savoir où vous en êtes. Bye!
Pas peu fière d'avoir mis son ami, sans dessus dessous, l'artiste fit une gracieuse révérence au psyché de sa chambre qui avait l'insigne privilège de lui renvoyer le reflet de sa gracieuse silhouette, puis lorsqu'un léger pic de culpabilité voulu pointer le bout de son nez sous sa malicieuse caboche, elle tira la langue au dit miroir.
- C'est pour leur bien, tu sais très bien que je ne leur ferais jamais de mal. Se convint-elle tout de même un peu inquiète.
Retour au bureau où Seeley Booth, agent spécial tout de même, glissa quelques œillades à ses collègues féminines qui déambulaient dans les couloirs, sans doute pressées de profiter du weekend.
C'est hors de question que je demande à une des agents de mon étage. J'aurais l'air fin! La jeune vendeuse de glace du parc? Ridicule, je pourrais être son père! Au labo? Mais bien sûr ! Pour me faire charrier pendant des mois. En fait tous que ceux je connais sont en couple à part Angéla! Je peux quand même pas laisser Bones aller se jeter dans la fosse aux lions, avec tous ces types qui pensent qu'à…
A la seule pensée que sa Bones puisse trouver un homme à ce genre de rencart qu'il trouvait super glauque, tout autant d'ailleurs que ces rencontres virtuelles, un long frisson d'appréhension lui couvrit l'échine.
J'ai besoin d'un café!
Dans la salle de repos toujours aussi indécis, il touillait discrètement son breuvage lorsque la tonitruante avocate entra dans l'office, pestant contre le jeunot qui l'avait bousculé un instant plus tôt dans le couloir.
Elle s'empressa brutalement pour se couler un gobelet puis tourna un œil inquisiteur vers son poulain.
- Ben vous en faites une tête! L'admonesta-elle. Qu'est-ce qu'il y a? Encore de l'eau dans le gaz avec votre moitié? Ou le manque d'exercice qui vous travaille? Demanda Caroline Julian avec un air entendu et sa délicatesse habituelle.
Booth rougit comme une tomate sous l'insinuation grivoise. Puis sans aucun doute, poussé par le désespoir, il se signa mentalement en songeant qu'elle allait l'étouffer avec sa cravate.
-Caroline, j'ai absolument besoin que vous m'aidiez.
La juriste le fixa de ses gros yeux globuleux, attendant qu'il se lance.
Les secondes défilèrent tandis qu'elle écoutait, impassible.
- ….voilà, vous savez tout, vous êtes mon dernier espoir Caroline, termina-t-il en récupérant le gobelin qui valsait de façon instable entre ses gros doigts tandis qu'elle s'évertuait de retrouver sa respiration.
Lui faisant signe de lui taper dans le dos pour tenter de calmer la quinte de toux qui l'avait prise en s'étranglant avec le breuvage.
- Vous voulez bien me répéter ça chéri! l'observa-t-elle par-dessus ses lunettes tombées au bout de son nez.
- Désolé Caroline, c'est totalement ridicule, je n'sais pas ce qui m'a pris! Embarrassé.
- Belle perspective, mon mignon. Je résume: vous voulez que je vous accompagne à un rencart organisé entre couples qui ne se sont jamais rencontrés pour que vous passiez sept minutes avec votre chérie; c'est bien ça?
- En gros oui! Répondit l'agent en baissant la tête, ne pouvant plus soutenir le regard de sa collègue.
- Pouah! Sept malheureuses minutes! Ben, je payerai cher pour assister au miracle. Faut discuter ou vous avez l'intention de la regarder seulement dans blanc des yeux. Parce quitte à gâcher ma soirée, j'aimerais autant savoir si c'est enfin du sérieux. Euh.. Dites-moi… qui est l'instigatrice de cette idée géniale? Demanda la grosse voix haut perchée.
- Angéla…
- Ben tiens! La délicieuse miss Monténégro. Un rapace dans un corps de fouine. Nous savons tous les deux de quoi elle est capable, hein! Tenir tête à un tribunal et risquer la prison pour défendre son amie, n'est-ce pas! Je crois qu'on devrait éviter de défier sa bonne volonté.
Pis au pire, s'il ne se passe rien… je pourrai toujours vous obliger de me faire un striptease pour me dédommager des heures perdues! Le reluqua-t-elle avec gourmandise.
Booth la fixa, les yeux exorbités tandis que l'opulente quinquagénaire éclatait d'un gros rire, ravie de son deal.
Encore sous le choc, il resta sans voix.
- Bon, mon chéri, vous avez mon téléphone. Vous m'appelez pour venir me chercher, je dois aller me faire belle. Minauda-t-elle en esquissant une légère caresse sur la chemise de son agent favori, pétrifié.
Avant qu'il ait repris ses esprit, il entendit ses talons claquer sur les dalles du couloir et s'éloigner, un ding d'ascenseur puis le silence envahi de nouveau l'espace.
Booth passa ses doigts dans ses cheveux d'un geste affligé et pinça l'arrête de son nez encore sous le choc qu'elle ait: 1: acceptée, 2: qu'il se retrouve, lui, au pied du mur.
Mais dans quel bourbier s'était-il fourré!
Sa pomme d'Adam jouait les yoyos, ses mains étaient moites, son cœur gesticulant dans sa poitrine par manque de place, il s'adossa au mur froid pour tenter de ranger ses cellules grises en vrac dans son cerveau tourneboulé. Le front trempé de sueur, il agrippa son portable pour trouver le numéro d'Angéla d'une main agitée par le stress.
