Chapitre 1 :
« James ! Dépêche-toi ou tu vas être en retard ! »
Le dit James soupira et se passa lentement une main dans les cheveux, tout en observant son reflet dans le miroir. Contrairement aux autres jeunes sorciers, il n'était pas du tout enthousiaste à l'idée d'entrer à Poudlard. Car il savait qu'au moment où il poserait le pied dans le hall, elle réapparaitrait dans ses pensées et l'empêcherait de réfléchir correctement. Elle. Sa jumelle, sa moitié. Elle qui avait disparue depuis cinq ans maintenant et qui lui manquait atrocement. Certains disaient qu'elle était morte depuis longtemps, d'autres, plus optimistes, racontaient qu'elle devait être torturée quotidiennement par deux ou trois mages noirs en attendant d'être retrouvée.
James ne savait pas ce qu'il préférait entre ces deux options. Tout ce qu'il voulait, c'était la retrouver, la serrer dans ses bras et lui dire que tout allait bien. Il voulait l'avoir à ses côtés, la présenter à ses futurs amis et l'entendre rire, de ce rire cristallin et unique en son genre. Mais tout cela était impossible puisqu'elle n'était pas là. Et plus les années passées, plus le vide qu'elle avait laissé grandissait, étouffait le cœur du jeune garçon qui ne semblait attendre qu'une chose : exploser.
« James, enfin ! Peux-tu me dire ce que tu fabriques ?, lança une voix grave et légèrement agacée. Cela fait plus de dix minutes que ta mère et moi t'attendons ! »
« Désolé, Papa, répondit le jeune garçon en se tournant vers l'homme qui venait d'arriver, C'est juste que … que je pensais à Lou' … »
Sa voix se brisa et il ne put continuer. Submergé par une vague de tristesse soudaine, ses yeux se remplirent d'eau et il baissa la tête, préférant fixer le plancher.
Son père laissa échapper un petit soupir avant de s'agenouiller devant lui, prit son menton et l'obligea à relever la tête. Après quelques secondes de résistance, James plongea finalement son regard dans celui, triste, de son père qui déclara, d'une voix dont il tentait de contrôler le tremblement :
« Je sais qu'elle te manque beaucoup, James, mais nous n'avons pas le choix. Il faut que nous essayions de vivre sans elle au cas où elle ne reviendrait pas. Ça fait cinq ans, James. Cinq ans. Les chances que nous la retrouvions encore ne sont pas grandes, elles sont même minimes. Peut-être qu'un jour elle reviendra mais rien n'est moins sûr. En attendant, il est nécessaire que nous nous habituions à son absence. C'est primordial pour ne pas tomber de haut si, un jour, nous apprenons sa mort. Et dis-toi bien que, même si tu y penseras de moins en moins avec le temps, tu ne l'oublieras pas pour autant. Elle sera toujours dans ton cœur. »
James hocha lentement la tête et se blottit précipitamment dans les bras de son père, où il éclata en sanglot. Celui-ci lui frotta tendrement son dos tout en lui murmurant des mots apaisants à l'oreille.
« Papa ! Maman ! Où est James ? Je ne veux pas partir sans James ! »
Jeissy Withlock, onze ans, était complétement paniquée et pour cause : dans quelques minutes, elle serait obligée de monter dans le train rouge vif – où elle ne connaissait personne, mis à part ses frères et sœurs – qui la conduirait tout droit à la célèbre école de Sorcellerie d'Angleterre, loin de la présence rassurante de ses parents. Et son cousin, son stupide cousin qu'elle avait l'habitude de taquiner et qui devait l'accompagner, n'était toujours pas là.
Amber et Matthieu Withlock, amusés par l'attitude de leur dernière qui ne tenait plus en place et qui jetait des regards de plus en plus fréquents vers le mur de la voie numéro neuf trois quart, s'empressèrent de la rassurer :
« Il ne va certainement plus tarder, ma chérie. Lui répondit Amber. Les Potter ont dû tomber dans les embouteillages, ce qui est très courant à Londres. Mais je suis sûre qu'il sera à l'heure pour prendre le train avec toi. »
« Oui, renchérit son mari, voyant que Jeissy s'apprêtait à répliquer. D'ailleurs, tu devrais l'attendre dans un compartiment. Car si tu attends trop longtemps, il n'y en aura plus aucun de libre. »
La petite fille jeta alors un coup d'œil autour d'elle et vit que son père disait vrai : de plus en plus de jeunes sorciers, parmi les plus âgés, disaient au revoir à leurs parents et se précipitaient vers le Poudlard Express en compagnie de leurs amis.
« Mais ces personnes-là ont des amis. remarqua-t-elle. Moi, je n'en ai aucun. »
« Mais tu t'en feras, Jeissy. Une fois arrivée à Poudlard, tu pourras parler avec les autres personnes de ta maison et je suis sûr que tu trouveras quelqu'un avec qui tu t'entendras à merveille ! »
Pas autant qu'avec Lee-Ann …, pensa Jeissy.
Mais elle préféra garder cette remarque pour elle, sachant pertinemment qu'elle ne pourrait pas s'empêcher de pleurer si elle la disait à voix haute.
« … Et puis si tu ne veux pas attendre toute seule dans un compartiment, continuait son père, tu peux très bien aller rejoindre Jasper ou Evy. Ils t'ont déjà dit que tu pouvais faire le trajet avec eux. »
« Oh non … Ils sont avec leurs amis. Je ne veux pas les déranger. Lui répondit-elle. Je vais aller attendre dans un compartiment. Comme ça, quand James arrivera, on ne sera que tous les deux et on pourra parler librement sans être dérangés. »
Sur ces mots, elle serra encore une fois ses parents dans ses bras, leur fit un dernier bisou sur la joue pendant que sa mère lui rappelait d'être sage, puis se retourna vers la locomotive et s'avança vers celle-ci, traînant difficilement sa valise derrière elle.
« Tu as besoin d'aide ? », demanda une voix masculine.
Jeissy sursauta, lâcha sa valise et se retourna. Devant elle, se tenait un jeune garçon qui la dépassait de quelques centimètres. Ce dernier avait des cheveux d'un blond cendré qui lui tombaient devant ses yeux de couleur ambre/miel. Son nez était petit et fin, ses lèvres roses et non pulpeuses mais ce qui attira l'attention de la fillette furent les nombreuses cicatrices qu'il avait sur le visage ainsi que ses vêtements, usés, miteux. Cela faisait de lui un être si peu commun que Jeissy le dévisagea encore quelques secondes avant de répondre :
« Je … Oui, je veux bien. Ça fait cinq minutes que j'essaye de monter cette valise et … bref, oui, je veux bien que tu m'aides. »
Le jeune garçon esquissa un sourire, se pencha, prit la valise et la posa dans le train avec une facilité déconcertante. Il fit la même chose avec ses bagages puis se tourna vers Jeissy et lui tendit une main hésitante :
« Je m'appelle Remus. Remus Lupin. »
La fillette lui serra la main avec fermeté en s'exclamant :
« Et moi, c'est Jeissy Withlock. Ravie de te connaître. Toi aussi, tu rentres en première année ? »
« Tout juste. Et je n'y connais personne, étant donné que je suis fils unique. Que dirais-tu de passer le voyage ensemble ? On pourrait faire connaissance. »
Jeissy fut prise au dépourvu face à la proposition de Remus. Ce serait bien de se faire un nouvel ami, ses parents seraient fiers d'elle. Mais elle avait promis à son cousin de faire le voyage en sa compagnie. Un cousin qui ne montrait toujours pas le bout de son nez …
« D'a... D'accord. J'accepte. Dit-elle enfin, après quelques instants d'hésitation.
Le sourire de son interlocuteur s'agrandit et tous les deux montèrent dans le Poudlard Express en bavardant timidement.
