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«La roue de la fortune»

(Chapitre 1)

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Sa bouche était pâteuse. Un mal abominable vrillait son crâne. Son poignet droit le lançait furieusement et la paume de sa main gauche semblait enflammée. Ses jambes lui donnaient l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur. Qu'avait-il à la fin ? Il n'avait pas souvenir de s'être pris un train en pleine gueule. Alors pourquoi ces souffrances ? Afin d'obtenir les réponses à ses questions, il ouvrit les yeux. Sa vue était floutée. Flouée ? Rapidement, il ajusta la mire. Non, il ne rêvait pas ! La première chose qu'il vit fut un regard améthyste, entouré d'une masse châtaine. Ce fut le choc. A cette vision, loin d'être idyllique, tout lui revint en mémoire. La course contre Milliardo, qui s'était invité inopinément sur « sa » route, puis l'accrochage. Bordel ! Ce connard, le toisant actuellement de haut, avait déboulé de nulle part et avait causé l'accident ! Oubliant les lancements et autres inflammations, il chercha à se relever pour trucider ce mec stupide et irresponsable. Cet abruti venait de foutre en l'air ses chances de remporter le Tour de Sank 2012 ! Une année d'intenses entraînements réduite à néant à cause d'un con ! Des journées entières à souffrir et transpirer sur son vélo pour être privé de course à quatre jours du départ ! Mais au fait, comment se portait son fidèle « Wing » ? Son tendre Super Record de BMC Impec, et cher : 13 000€ au bas mot, avait-il survécu ? Le doute le dévora. Aussitôt, une furieuse envie de meurtre le saisit aux tripes. Ce salaud allait passer un sale quart d'heure, foi d'Heero Yuy !

- « Ca va ? » sonda Duo, inquiet devant pareille agitation.

Il poussa son compagnon de chambrée à rester couché pour ne pas envenimer la gravité du trauma et autres lésions dont il avait hérités suite à la mésaventure. Par miracle, lui s'en tirait avec des ecchymoses. Des contusions certes nombreuses mais bénignes. « Ca passera pour des tâches de peinture ! » avait-il plaisanté avec Quatre venu le visiter plutôt. « Tant que la vie demeure, rien n'est grave » prônait-il à tout va dans sa vie quotidienne, donc impossible de se lamenter et geindre pour si peu maintenant !

- « Bordel de merde ! Bien sûr que ça ne va pas ! » vociféra Heero, dévisageant d'un regard froid et mortel le perfide comploteur.

« Connard ! Enfoiré ! Fils de pute !» éructa-t-il, possédé par une fièvre meurtrière, désireux de se lever pour estourbir son vis-à-vis.

- « Be calm ! … Du calme ! … Rien de grave. … Juste quelques petits bobos. … On s'en tire bien. » sourit franchement et amicalement l'artiste pour temporiser la véhémence du blessé.

Il tentait de le maintenir allongé, mais c'était mission impossible. Terriblement ardue comme tâche quand sa stature faisait presque la moitié de celle de l'énervé ! Duo n'avait rien d'un athlète et était plutôt famélique. Un fétu de paille comparé à Monsieur muscle ici présent.

- « Rien de grave ? » écarquilla-t-il les yeux comme si l'homme à la ridicule natte démesurée venait d'émettre une idiotie d'ampleur galactique.

« Putain ! T'as bousillé ma participation et ma victoire ! Triple con ! » le blâma-t-il, lui montrant ses mains meurtries.

- « Je vois. … Monsieur est un peu stressé. … It's nothing. … Un verre d'eau te fera du bien. » pouffa malgré lui le châtain, se saisissant de la carafe et du gobelet sur la console.

Là, Duo estima que l'affaire se corsait. Le japonais ne semblait pas vouloir y mettre du sien. Le partage de la chambre promettait d'être houleux s'il ne trouvait pas un excellent moyen de désamorcer le conflit évident qui pointait. Derrière ce sourire de façade, il rageait intérieurement de devoir fournir tant d'effort. Agir comme si de rien n'était alors que lui aussi était blessé ! En plus, il se faisait rondement insulter ! Son vis-à-vis avait un culot monstre de lui reprocher l'incident et ses conséquences ! Qui avait passé outre l'interdiction ? Qu'avaient-ils tous ces foutus cyclistes ? Etaient-ils illettrés ou quoi ? Et puis merde, lui aussi pouvait être frustré ! Il risquait de perdre son salaire pour non remise de l'ouvrage !

- « Baka ! » rugit de plus belle Heero devant la réaction déconcertante du débile amorphe qui ne voulait rien entendre de ses réprimandes.

- « Damn it ! » souffla faiblement le pacificateur, rassemblant ses dernières réserves de patience et de gentillesse.

« Quelle excitation ! » ironisa-t-il, approchant le verre des lèvres colériques. Il arborait le masque du parfait dévoué mais n'en pensait pas moins.

- « Omae o korosu, baka ! » répéta à nouveau le « non-champion » du Tour 2012 en repoussant l'ustensile.

- « I don't get it ! … No understand. … »déclara légèrement moqueur l'américain.

« Un peu d'eau et après, promis, je te fais relâcher la pression. » assura-t-il, tentant une nouvelle approche.

- « Je n'en veux pas, enculé ! » grogna furieusement Heero, envoyant valser le gobelet et son contenu.

- « Ok !Ouvre la bouche. » exigea humblement le natté après avoir rempli le godet ramassé. Il sentait vaguement sa patience s'éteindre. Cette fois, l'autre avait intérêt d'obéir ou ça barderait !

- « Non ! Crétin ! »

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Diligemment, Duo tourna le dos. Scruta la fenêtre et le paysage calme au dehors. Sa respiration s'amplifiait et il n'aimait pas ça. Son côté sombre allait sortir sous peu et le bâtiment entier risquait d'en pâtir. Appliquant la technique enseignée par son professeur de yoga, Howard, il inspira et expira plusieurs fois.

- « C'est déjà moins insultant. » blagua-t-il, s'adressant à nouveau à son adversaire.

Voyant que son aide, si gentiment proposée jusqu'ici, avait été bafouée, Duo entreprit de changer de méthode. D'une main ferme, il empoigna le visage d'Heero et l'obligea à ouvrir la bouche. Sans perdre une seconde, il but une gorgée d'eau fraîche et se pencha vers le « ronchonneur ». Posa prestement ses lèvres sur celles de l'asiatique et délicatement laissa filtrer le liquide. Décontenancé et dupé par cet étrange baiser, qu'il n'avait pas vu poindre, Heero avala goulûment l'offrande. Hagard, il laissa s'échapper cependant quelques gouttes. Dernières vite rattrapées et léchées par une langue chaleureuse et taquine.

- « Tu sembles bien tendu. … » murmura le charmeur en s'éloignant de sa proie.

- « Idiot ! » rougit brutalement Heero, détournant le visage pour fuir le regard inquisiteur.

« T'as ruiné ma vie ! … Tout était parfaitement calibré ! » énonça brusquement et simplement le japonais, sans aucune parole plus haute que l'autre toutefois. Il avait repris ses esprits et plus aucune émotion ne se lisait sur son visage.

Duo fut blessé par cette vile accusation. Le ton calme, froid, acerbe, loin de l'ardeur précédente, le déstabilisait. Ca sonnait plus tranchant que les injurieuses calomnies mitraillées jusque là. Il aurait pu s'emporter devant cet ignoble reproche, mais se souvint cette fois des conseils dispensés par le père Maxwell. Le prêtre, officiant dans la paroisse où il avait grandi, lui avait inculqué d'oublier son caractère emporté. L'enfant des rues devait faire l'effort d'être sociable et aimable. Défi qu'il avait parfaitement exécuté jusqu'à présent. Aussi, poursuivit-il le plus zen possible l'échange verbal avec le malotru qui lui avait foncé dedans.

- « Parfaitement calibré ? » répéta-t-il singeant une grimace qui se voulait sourire.

« N'as-tu donc jamais fais de folie dans cette vie parfaitement calibrée ? » poursuivit-il défiant le visage impassible de l'homme brun. A n'en pas douter, ce dernier ne semblait guère familier avec l'épanouissement. S'éclatait-il dans sa vie autrement que sur son vélo ?

- « Aucun besoin ! » trancha Heero, assuré, affirmant ainsi son détachement.

- « Ah oui ? »

Prenant cette affirmation pour une gageure, Duo eut une idée lubrique. Son regard devint sulfureux. Sa langue humidifia sensuellement ses lèvres. Puis, affamé, il plongea son visage dans la chevelure hirsute et entama une succession de préliminaires. Son torse frôlait outrageusement celui de l'autre duelliste, provoquant une raideur toute particulière chez l'un et l'autre. Après tout, il était frustré depuis des semaines. Son chantier pour le Tour de Sank l'avait éloigné de la ville et des opportunités de jeux. Autant descendre agréablement la pression régnant dans la pièce.

- « Bordel ! Qu'est-ce tu fous ? » paniqua sa cible, une vive teinte rougeâtre sur les pommettes. Non assimilable à la colère cependant !

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Sans se laisser détourner de son objectif, Duo reprit la mission qu'il s'était fixé : détendre l'imperturbable « Monsieur-je-calibre-ma-vie-en-éliminant-tout-désir». La manœuvre était passionnée. Avidement, il léchait l'oreille empourprée. Mordillait de-ci de-là l'hélix du pavillon, avant de titiller nonchalant le tragus. Pénétrait langoureusement le bout de son organe lingual, avec une allusion évidente, dans le canal auriculaire. Heero était tétanisé au premier abord. Puis au fil de la progression, devint soumis. Contre son gré, il ferma les yeux et se délecta des frissons parcourant son corps. Tout son corps ! Indéniablement il aurait dû repousser cet immonde débaucheur, or son esprit était aux abonnés absents. Ses sens étaient à l'affût du moindre contact. Malgré lui, il en redemandait. Ses soupirs de bien-être dévoilaient qu'il en attendait davantage désormais.

- « Putain c'est bon ! » laissa-t-il échapper alors que son bourreau enchaînait une descente vers son lobe. L'exclamation fit doucement glousser ce dernier.

Pareille à une délicieuse friandise, Duo insatiable suçota plus voracement encore le petit bout de chair pour mieux le mordre à pleine dent. Un râle teinté de souffrance et de béatitude se libéra des lèvres du japonais. Ce dernier était au supplice. A la fois, effrayé que de si petits attouchements puissent le bouleverser aussi aisément, et horrifié qu'ils puissent s'arrêter soudainement.

- « Tu n'as encore … rien … ressenti. » l'avertit l'expert en la matière, susurrant péniblement. Lui-même n'en revenait pas de prendre un tel pied avec si peu. Le manque était flagrant. Il devait palier expressément à cet état.

- « C'est … pas le … lieu ! … Mmm …» suffoqua Heero, surpris de s'entendre gémir aussi ouvertement.

Repousser son habile agresseur redevenait sa priorité. Il devait tout stopper. Cesser cette recrudescence de plénitude sous peine de ne pouvoir se contenir davantage. Il craignait le pire. Les pertes de contrôle pouvaient être fâcheuses chez lui. Raison pour laquelle il canalisait tant que possible toutes ses émotions. Lui envoyer son poing dans la gueule mettrait certainement un terme à cette folie ! Oui, mais il était ankylosé par une étrange sensation. Une perception qui l'invitait à offrir son cou en sacrifice. Ravi, son tortionnaire l'assiégea sans relâche. Abandonnant des baisers furtifs sur la jugulaire palpitante avant de se consacrer à la pomme d'Adam. Cette proéminence jouait au yoyo infernal. Heero avait de plus en plus de mal à déglutir. Cette indécente langue ainsi que ces lèvres incendiaires le malmenaient de plus en plus et il ne parvenait à les arrêter. Sous cet ouvrage, il était à l'agonie. Une litanie de murmures interminables montait de sa gorge sèche. Il avait infernalement soif. Maintenant, il voulait goûter à cette eau rédemptrice, versée si suavement. Il allait formuler sa demande quand un hoquet de surprise l'interrompit. Les instruments de damnation, qu'étaient la démoniaque langue et les diaboliques lèvres, furent accompagnés de doigts sulfureux. Fougueusement, ils titillaient les boutons de chair dissimulés sous l'affreuse chemise en papier blanc.

- « L'infirmière … peut … entrer ! » voulut parer Heero, défait de tant d'intensité.

- « N'est-ce pas … excitant … justement ? … L'interdit est … agréable. … Ne résiste pas. » susurra Duo, descendant davantage tout en poursuivant l'agression des seins.

- « Pas moyen. … Baka … » balbutia péniblement le supplicié sous la caresse linguale sur son ventre. Il s'imagina la suite et se pâma dans un soupir libérateur. La persécution restait délectable et euphorisante pour Heero qui n'était plus que plaintes rauques et lamentations érotiques à présent.

Quand sa chemise avait-elle été déchirée de part en part ? Comment avait-elle pu devenir si vite un souvenir ? Il n'en savait strictement rien et s'en fichait pas mal en vérité à cet instant. Ces émotions extrêmes le grisaient. Et, le frustrèrent suprêmement lorsqu'elles cessèrent l'espace d'une minute. Délaissant les tétons durcis, Duo repoussa tendrement sa proie en arrière. Il fut délicieusement surpris de constater que la stimulation des petits bouts avait inexorablement mené sa victime à bander férocement. Pour ses yeux friands, l'offrande était un spectacle divin. Aussitôt, ne résistant pas à l'appel, d'un sourire aguicheur il quémanda l'autorisation de se positionner au dessus de lui. Accord promptement et tacitement donné ! Au grand étonnement de Duo qui s'attendait à un refus en règle. Obéissant gracieusement, il enjamba sa victime consentante. Le toisa de ses yeux brillants de désir. Heero sentit une fulgurante décharge dans son corps. Son rythme s'accélérait. Son sang bouillait. Il était aux bords de la syncope. Il avait chaud. C'était infernalement destructeur et si angéliquement revitalisant à la fois. Les mèches de cheveux échappées de la tresse châtaine chatouillèrent agréablement ses abdominaux, ainsi prit-il conscience que le jeu se poursuivait inlassablement. Délicatement son adversaire s'asseyait sur son bas ventre, cherchant la meilleure position pour ne pas l'incommoder. Heero s'en mordit les lèvres jusqu'au sang. Il était d'autant plus à la torture que son sexe frottait contre les fesses rebondies. Recouvrant, passablement, un moment de lucidité, il nota que son compagnon de chambrée était aussi pourvu d'une chemise en papier. Et conclut qu'il devait être nu sous cet affreux accoutrement.

- « Lui aussi a été blessé durant le choc ? » songea-t-il de nouveau noyé par les brumes du plaisir.

La réflexion ne pût être poussée plus avant, trop perturbé qu'il était par les spasmes inondant son aine. Une main mutine s'affairait à caresser frénétiquement sa turgescence d'un va-et-vient troublant, excitant.

- « Arrête-moi … si … tu souffres. … Je ne voudrai pas … te faire mal. » souffla le meneur en le surplombant de sa frêle carrure.

- « Hn. » acquiesça-t-il fixant ses cobalts fiévreux dans les améthystes déchaînés.

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Heero remarqua que le regard du second résident de la chambre était particulièrement doux. Comment pouvait-il être si avenant avec lui alors qu'il l'avait traité comme un moins que rien ? Comme il regrettait son emportement. Soudain il fut sorti de ses pensées. Une sensation brûlante et dévastatrice s'emparait de son membre dressé. L'agonie le tiraillant entre Enfer et Paradis le submergeait à nouveau, sournoisement. Un cocon douillet se contractait autours de lui. Considérant le jeune homme au dessus de lui, il constata de furtives grimaces de douleur. Aussitôt il en comprit la raison. Celui qu'il avait indignement maltraité et dénigré s'empalait sur son indécente érection. Cet émoi agréable et enivrant à ses yeux occasionnait tant de souffrance à son partenaire ! Sans tarder, il voulut effacer cette profonde affliction. Comment pourrait-il prendre du plaisir devant pareille épreuve ?

- « Arrête ! » somma-t-il brusquement. Hurlant plus qu'il ne l'aurait désiré.

- « T'ai-je fais … mal ? » hésita le châtain cessant sa descente.

- « Baka ! Tu souffres ! » l'houspilla-t-il, portant sa main gauche sur cette tendre nuque frissonnante. Exit sa propre douleur ! Elle lui était étrangère. Il ne souhaitait qu'apaiser celle de son compagnon, là était son unique vœu.

- « Ca va. … C'est juste … un peu … irritant sans … lubrifiant. … Mais ça va aller. » le rassura-t-il, reprenant sa progression. Malgré les obstacles Duo avait pour devise de toujours aller au bout des choses entamées.

Heero voulut protester mais l'attrayante sensation annihila toute sa volonté. Sentir ces tendres muscles se rétracter sous son passage diffusait en lui une chaleur incommensurable. Il regrettait tant ses paroles injurieuses. La colère l'avait emporté sans raison. Trop injustement, il avait blâmé celui qui présentement devenait son amant. N'était-il pas en partie responsable de cet accident ? Ses négligences avaient tout autant occasionné le « drame ». Une roue intacte lui aurait permis de freiner convenablement et éviter l'intrus sur la route. Tout était la faute de cette maudite roue ! Oui, tout était sa faute !

Puis, une vague souleva son corps. Il ne put réfléchir davantage. Son être s'abandonnait au plaisir. La danse entamée par le châtain emportait son âme de plus en plus loin dans les sphères édéniques. L'élévation était sacrément plus planante que dans la meilleure des descentes cyclistes. La cadence était pourtant si lancinante. Aucune brusquerie. Tout en légèreté. Vraiment son séduisant cavalier savait y faire pour le déstresser. Désireux d'amplifier les voluptueux mouvements, il chercha à empoigner les hanches sensuelles, mais des mains retinrent aussitôt les siennes. Les emprisonnant sans hésitation au dessus de sa tête.

- « Pas le droit ! … Elles sont blessées. … Laisse-toi faire. … » protesta en un gémissement à son oreille la voix rauque et sensuelle de son « agresseur ».

Heero eut dû mal à obéir. L'envie de dominer était grandissante. Plus impérieuse à chaque coup de rein. Il sentait que ça le dépassait. Sous peu il craquerait s'il ne pouvait participer activement. Pourtant les menottes de chair l'empêchèrent fermement de prendre part à l'acte. Les bras prisonniers des griffes de son amant, si gracile, si frêle, l'acculèrent au point de non retour. De sa bouche haletante un râle de plaisir se libéra lorsque la cadence s'accéléra. Il sentait inlassablement ce va-et-vient enflammer sa libido. La jouissance le submergerait fatalement si ça continuait ainsi. La vision de Duo, abandonné au dessus de lui, l'encourageait à s'investir à son tour. Sans répit. De ses jambes, il soutint alors le rythme. Si le haut de son corps ne pouvait agir alors le bas se vengerait. Se calant du mieux possible il martela encore et encore « son jockey ».

- « Viens ! … Come on ! Come on ! … Viens en moi ! … Now ! » supplia le monteur, se relevant promptement pour intensifier la pénétration.

Le sang dans les veines d'Heero pulsait dangereusement. La jouissance était là. Aussitôt, il se redressa. Colla son torse contre celui de son amant. Entoura de ses bras virils ce maigre corps. Sans jamais poser ses mains sur lui. L'échange devint ainsi plus voluptueux, plus sauvage et décadent aussi. Instinctivement, Heero initia un rythme plus ample et puissant. Leurs bassins s'entrechoquaient plus intensément à chaque coup. Duo se pâmait avec délectation. Griffant, mordant les épaules de son étalon pour ne pas alerter tout le bâtiment. Sa voix prisonnière de sa gorge le faisait atrocement souffrir. Il aurait aimé lui hurler son état de grâce aussi puissamment qu'il le vivait. Or le lieu ne s'y prêtait pas, aussi détournait-il sa frustration contre le corps chaleureux. Heero, excité par ces agressions, était sur le point de s'épandre quand il ouït un tambourinement contre la porte. Derrière cette dernière, dans le couloir, les voix amicales de Trowa et Wufei demandaient l'autorisation de le visiter. Son esprit se troubla. Qu'ils le surprennent ainsi, dans cette posture, avec cet inconnu, était … humiliant ? Non ! Gênant plutôt. Choquant ? Assurément. Lui qui ne sortait jamais avec personne par manque d'intérêt pour la « bagatelle » était sur le point de se faire surprendre avec un autre homme, en plein milieu hospitalier. Pourtant au lieu de l'indisposer au point de renoncer au combat charnel, ça le fit étrangement bander davantage. Duo sentit le changement sur le phallus imbriqué dans sa chair dilatée. Hors de contrôle, son organisme concupiscent se mit à en réclamer plus. C'était aphrodisiaque. Il était possédé intégralement. En transe extatique. A présent, le mouvement était fiévreux. Saccadé. Vif. Fort. Sous l'effort décuplé, le lit grinça de plus belle. Mêlant ses cris d'acier aux gémissements et râlements de jouissance des deux protagonistes se mouvant, se déchaînant sur lui. Inondant inlassablement la petite chambre d'une mélopée lascive, obscène. La fulgurante jouissance les foudroya tous deux lorsque la porte chercha à s'ouvrir. L'échine de Duo se cambra pareil à un arc tendu. Généreusement il libéra en rythme sa semence avec celle imprégnant son être.

- « I'm cumming ! » hoqueta-t-il avant de s'affaisser, éreinté sur Heero.

- « Omae o korosu !… Bordel ! … Foutez le camp ! » hurla ce dernier aux intrus, reprenant quelque peu ses esprits et son souffle.

Hors de question que ce moment de félicité soit rompu ! Jamais il ne serait gâché de la sorte par les membres de son staff. Non, il ne le permettrait pas !

- « Be calm. » susurra, paisiblement dans son cou, la voix de son amant cherchant à reprendre conscience. Fébrilement, il l'embrassa. Posa ses yeux embrumés sur le visage repu.

« J'ai coincé la porte … bien avant … ça. » expliqua-t-il malicieusement, tombant dans les vapes euphorisantes.

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Le sourire de plénitude, arboré par Duo, enchanta Heero. Même s'il comprit à la lumière de cette explication qu'il s'était fait piéger, il ne lui en voulait nullement. Depuis le début, à son réveil, ce « baka » avait flashé sur lui ? Et alors ? Pouvait-il raisonnablement lui reprocher à présent ? Jamais il n'avait eu pareille expérience. Un orgasme digne des meilleurs trips ! Il serait bien le dernier des goujats, des salauds de le fustiger pour cette intimité.

- « Tu surpasses Wing à tous les égards. » s'allongea-t-il avec son précieux fardeau. Tirant définitivement un trait sur son courroux, il s'endormit sur un sourire.