La suite, mais pas la fin, des malheurs de nos héros!

Bonne lecture!

Disclaimer: Comme toujours, aucun des personnages ne m'appartient, et tous sont la propriété de Hiroyuki Takei!

Ah oui! J'oubliais: Pardon, Rea! :)


PART II

"L'épi de Maïs " - 26.04

- Fais ce que tu veux, ma belle.

- Merci, s'écria la belle sincèrement soulagée. Tu sais, en fait, je…

Pirika eut un sourire timide.

- Ça va s'arranger, j'ai trouvé un job d'appoint.

Silva posa sur elle un regard affectueux.

- Bah, tu as raison. Quel genre de job ?

- Eh bien en fait, je… je fais la plonge et le ménage dans un bar !

Elle fut surprise de la facilité et la rapidité avec lesquelles elle avait pondu ce nouveau mensonge. Parler de son nouveau job à Silva n'était peut-être pas la meilleure idée de l'année, mais puisqu'il acceptait si gentiment de la laisser filer plus tôt chaque soir, elle lui devait bien une explication, quand bien même ce n'était qu'une partie de la vérité.

Elle se détestait de devoir mentir ainsi, surtout à un ami. Mais personne ne devait savoir, jamais.

Elle en mourrait !

Elle se faufila dans les ruelles, sans cesser de regarder dans son dos. Le premier soir où elle y était allée, elle avait croisé comme par hasard un type qu'elle connaissait. Comme il voulait l'inviter à boire un verre, elle avait eu toutes les peines du monde à s'en débarrasser.

Elle courut à toutes jambes pour ne pas arriver en retard. Le patron n'aurait pas aimé ça. Son sourire se voulait gentil, mais Pirika détestait son regard froid et calculateur, qui lui glaçait les sangs.

Née à Hokkaido, elle était habituée au froid. De plus elle vivait avec Horo Horo. Son frère maîtrisait la glace, et pourtant, son regard n'était que chaleur.

Elle salua rapidement les autres, et se précipita dans le vestiaire pour enfiler sa tenue.

Ses mains s'étaient déjà habituées, en quelques jours, aux gestes rituels, et appliquèrent sur son visage, le masque de son nouveau personnage. Puis elles brossèrent sa longue chevelure bleutée, retenue par un bandeau. Lorsqu'elle eut terminé, un visage blanc aux lèvres rosées comme de la perle et au regard charbonneux la regardait dans le miroir.

Attendant que son tour vienne, elle resserra la cravate bleu marine autour de son cou, et réajusta sa chemise blanche.

Quelqu'un l'attrapa soudain par derrière, manquant de déchirer le tissu fin et lisse de sa chemise monogrammée. Un frisson parcourut son corps car l'autre, derrière, dégageait une aura puissante, vraiment très puissante. Plus que la sienne en tout cas. Une aura familière…

Ren se retourna vivement, la main sur son Horaiken, qu'il faillit pointer contre la gorge de l'autre.

Il reconnut alors ces yeux verts si surprenants.

- Lyzerg … ? C'est toi ?

L'ex X-Laws lui adressa un sourire joyeux.

- Je me disais bien que c'était toi. Tu as changé de coupe, mais je t'ai reconnu quand même. Ça fait un bail…

C'était quand même drôle, le hasard. Le nombre de fois où il était venu à Tôkyô pour une affaire quelconque sans rencontrer un seul de ses amis, et voilà que cette fois…

Lyzerg insista pour qu'ils aillent prendre un verre ensemble, il avait des choses à lui dire. Ils entrèrent donc dans le premier bar qu'ils trouvèrent, un peu glauque, qui se transformait en dancing à la nuit tombée, et s'installèrent à une table. Puis Lyzerg jeta un dossier cartonné au milieu. Ren n'eut même pas besoin de lire le nom inscrit dessus pour savoir de quoi il voulait parler.

- Ah, ça… soupira-t-il.

- Je n'étais même pas au courant qu'il avait été arrêté. D'après ce que j'ai lu, son compte était bon. Mais le directeur du supermarché a retiré la plainte…

- Oh il l'a retirée très vite, assura Ren avec un sourire sarcastique. Je sais me montrer convaincant.

Son ami éclata de rire.

- Je n'en doute pas ! répondit Lyzerg avec un franc sourire. Avoues, tu as déboursé combien ?

- Une somme vraiment ridicule. Il avait trop la frousse pour demander plus. Ce mec était pathétique.

- Et tu l'as revu alors ? Horo Horo ?

- Non, la police l'a ramené chez lui dès qu'il est sorti de la cellule de dégrisement. Apparemment sa sœur était injoignable. Je ne suis pas encore passé le voir. De toute façon il ne sait pas que c'est moi qui…

- Quand j'irai lui rendre visite, je lui dirai, s'esclaffa le détective, et je te parie que ça va le rendre malade !

- T'as pas intérêt, s'écria Ren, tu la fermes, tu m'entends ?

Pour toute réponse Lyzerg éclata de rire.

- Comment as-tu su qu'il avait des ennuis ? reprit-il plus sérieusement.

- C'est Tamao qui m'a appelé. Après tout ce temps sans se parler ça m'a fait drôle.

Ren détourna les yeux vers le plafond et but une gorgée de son campari.

- Mais… bredouilla Lyzerg, qui venait de comprendre, vous… vous n'êtes plus… ensemble ?

Résigné, le shaman chinois soupira :

- Elle m'a quitté, tu sais. Il y a un an. Tu suis, un peu ?

- C'est qu'on ne s'est pas vus depuis longtemps...

- Oui.

Il y eut un lourd silence, puis, Lyzerg l'encouragea timidement à poursuivre :

- Tu as l'air de le prendre bien…

- Nous ne nous aimions pas, marmonna son ami. C'était une erreur. Je l'ai épousée parce que mon père me tannait pour que je me marie, et elle… tu sais bien qui elle aime.

- Mais ça aurait pu… changer…

- Oh non. Chaque fois qu'elle était avec moi, c'était à Yoh qu'elle pensait. Je le savais très bien, et je n'ai rien fait pour changer ça.

Lyzerg baissa le regard, conscient d'avoir gaffé et plongea son nez dans sa bière.

- Alors elle est partie…

Ren haussa les épaules d'un air fataliste. Son sourire se voulait détaché mais laissait échapper une pointe d'amertume.

- Un jour, je suis rentré, et elle n'était plus là. J'ai reçu les papiers du divorce trois mois plus tard j'ai tout signé, renvoyé, et depuis, plus aucune nouvelle, jusqu'à il y a quelques jours…

Ren s'interrompit. Pourquoi avait-il dit tout cela ? Voilà qu'il se mettait à raconter sa vie, façon « Courrier du Cœur » ! Il était temps de se reprendre en main.

Le regard compatissant de Lyzerg l'agaçait. Il n'aimait pas qu'on le plaigne. Aussi, avant qu'il ait pu renchérir, Ren contrattaqua.

- Et toi, alors ?

Son ami se raidit, comme il s'y attendait, et changea de sujet.

Généreux, il n'insista pas. Ils bavardèrent encore quelques temps, puis le détective le quitta, en lui laissant son numéro. Ren resta à sa table, en se demandant avec inquiétude si Lyzerg allait vraiment raconter à Horo Horo que c'était grâce à lui qu'il était sorti de prison… il aurait préféré que l'Aïnu ne le sache jamais. Rien que l'idée le mettait mal à l'aise.

En finissant son verre, il reporta son attention sur la salle où il se trouvait et fronça les sourcils, contrarié. L'endroit était vraiment glauque. Le sol lui paraissait sale, les tables, petites, et la décoration, minable. Dans les murs, on pouvait voir de grandes cages en verre, prêtes à accueillir des danseuses. Et quelles danseuses.

Deux d'entre elles venaient d'entrer en scène, et les spectateurs commençaient à affluer autour d'elles. Ren finit son verre d'un trait, un peu écœuré, pressé de s'en aller. Puis il la vit.

La fille était presque habillée. Une jupette plissée à carreaux dévoilait de longues jambes parfaites, et une chemise blanche transparente ainsi qu'une cravate complétait ce déguisement d'écolière sexy. Autour d'elle se pressaient déjà quelques clients, avides, répugnants. Une bande de pervers venus se rincer l'œil. Elle se cambra en arrière, tournoya autour de la barre, fouettant l'air de ses longs cheveux bleus.

Il ne connaissait que deux personnes possédant cette couleur de cheveux, et l'une d'elle était un homme.

La danseuse agrippa sa barre et se redressa, rejetant sa chevelure en arrière. Ren croisa alors son regard bleu nuit, qui surmontait ses pommettes rougies et sa bouche entrouverte, haletante.

Elle avait le souffle court, le front emperlé d'une sueur qui menaçait son maquillage aux couleurs sucrées. Mais elle s'en fichait.

Elle l'avait repéré immédiatement, assis seul à une table en face d'elle, au milieu de cette foule masculine en rut le seul à ne pas poser sur elle ce regard vitreux et débile. Dans ses yeux dorés, elle lisait la surprise, l'incompréhension.

Il l'avait reconnue. Sous le choc, Pirika s'arrêta et recula. Perdant contenance, elle parvint à se retourner pour sortir de la cage et filer au vestiaire.

Il allait sûrement venir la voir, la questionner, demander où était son frère… Il ne poserait pas de questions sur son boulot, ni sur le pourquoi du comment, car il était bien élevé, mais son regard l'interrogerait, la jaugerait, la mépriserait, peut-être ?

Elle ne pouvait le supporter. Elle ne prit même pas la peine d'enfiler son jean par-dessus la jupette indécente, saisit son sac, ses vêtements, et s'enfuit comme une voleuse par la porte de derrière.

Elle courut longtemps, au hasard.

De toute façon, elle serait virée. Elle n'était pas assez douée pas pour ça. Elle avait suivi des cours pendant plusieurs années, oui, mais pas pour ce genre de danse... Et puis elle venait de quitter son poste au beau milieu de ses heures de travail. De toute façon ça n'avait aucune importance.

Mais pourquoi, oui pourquoi, fallait-il que cet abruti de Tao Ren soit venu se rincer l'œil juste ce soir, et dans ce bar-là ? Car pourquoi était-il là, sinon ? Les mecs étaient tous pareils, pas un pour rattraper l'autre ! C'était plutôt à elle de le mépriser, et non l'inverse.

Même avec ces arguments, elle ne parvenait pas à se convaincre de faire demi-tour. Elle aurait voulu tomber sur n'importe qui, plutôt que sur lui. Il était toujours si froid, si violent. Si exigeant. Que pourrait-il penser d'elle ? Yoh, Lyzerg, Chocolove ou Ryû auraient pu la comprendre, sans doute. Mais s'il y avait un regard qu'elle ne pourrait jamais affronter, à part celui de son frère, c'était bien celui de Ren.

Pirika se remit à courir.

- Ren !

Perdue dans les ténèbres, elle hurlait son nom. Comme elle aurait voulu qu'il soit là… Mais seul le silence lui répondit. Les hautes silhouettes menaçantes se pressaient autour d'elle, la couvrant d'une ombre noire et terrifiante. Elle était incapable de bouger ou de leur résister, elle avait peur.

Jun sentait sa présence si proche ! Et pourtant, elle savait qu'il ne viendrait pas : elle était seule. Seule face à ses ennemis, qui se rapprochaient inexorablement. Elle tenta de se protéger le visage de ses mains, mais elle ne parvint pas à les bouger. D'ailleurs, tout son corps ne lui répondait plus.

Elle hurla encore plus fort lorsqu'elle vit que ses poignets étaient attachés par des sangles de cuir. Ses jambes étaient également maintenues de la même façon aux montants du lit.

Elle se débattit de toutes ses forces en hurlant. Elle ne se laisserait pas avoir sans se battre ! Même s'ils lui avaient enlevé son Pyron !

Faust arriva en courant et évalua immédiatement la situation.

- Vous l'avez attachée ? demanda-t-il froidement à l'infirmière qui le suivait.

- Il le fallait docteur, je n'arrivais pas à lui faire une prise de sang, elle n'arrêtait pas de bouger ! se défendit celle-ci maladroitement.

Faust s'attaquait déjà aux sangles qui maintenaient Jun, et lui jeta un regard meurtrier.

- Ne refaites jamais une chose pareille sans m'avoir demandé mon avis ! Cette patiente souffre d'un traumatisme grave. Vous avez vu ce que vous avez provoqué ? Que je n'aie pas à le répéter !

Le médecin entoura le corps amaigri de Jun de ses bras en la berçant pour la calmer. Les hurlements et les soubresauts finirent par s'espacer. Les yeux de Jun s'agrandirent lorsqu'elle vit qu'elle se trouvait dans une chambre d'hôpital, et que Faust était assis à côté d'elle.

- Jun ! Jun, tu es réveillée, tu m'entends ?

- Où… où suis-je ?

- Tu es à Tôkyô, dans ma clinique. Je m'occupe de toi. C'est Ren qui t'as emmenée ici.

- Ren… ? Il…

- Il viendra, assura Faust. Ne t'inquiète pas. Il passe te voir tous les jours. Demain tu le verras. Tu es en sécurité, d'accord ?

Jun se raccrocha à lui, surprise de se sentir si faible. Que lui était-il arrivé ? Elle se souvenait de son père, et puis…

- Pyron ! hurla-t-elle soudain.

- Non, non, tout va bien ! Tout va bien. Il est avec ton frère.

- Vraiment ? balbutia-t-elle, complètement perdue.

Faust continuait à la serrer contre lui, en murmurant des paroles douces et en caressant ses cheveux pour la rassurer, le cœur gonflé de joie.

Il avait réussi à lui parler, à la convaincre qu'elle n'avait rien à craindre. Le plus gros était fait maintenant. Il avait vaincu la mort.

Mais celle-ci allait encore se manifester de façon inattendue.

Son biper se mit à sonner. Une urgence.

- Jun, murmura-t-il. Je vais devoir y aller, mais tu ne resteras pas seule. Eliza sera avec toi.

Le fantôme de Faust lui souriait par-dessus son épaule. Lorsque le médecin quitta la chambre, Jun reposait dans son lit, apaisée.

Faust se précipita au bloc des urgences.

- C'est une tentative de suicide, lui expliqua rapidement un infirmier. Une jeune fille, elle s'est tailladé les poignets. Il faut la transfuser au plus vite. Sa pression artérielle est en chute libre.

Faust se pencha sur le blessée, et en eut le souffle coupé.

Ces cheveux d'argent, ce visage angélique.

Jeanne.

L'heure était grave. Et de toute évidence, elle n'avait pas Shamash avec elle. Le plus important était de la sauver, si possible par des moyens naturels. Il préférait ne pas avoir à la ressusciter devant son personnel.

- Accroche-toi, murmura-t-il, ça va aller.

Le monde s'était changé en désert brumeux, épais comme du coton… Les sensations ne lui parvenaient plus, ou bien elles étaient brouillées, lointaines, comme si tout son corps était empêtré dans un nuage poisseux et opaque. Rien n'émergeait du tourbillon multicolore qui l'entourait, hormis quelques sons étouffés et vagues, indéchiffrables.

Tout n'était plus que nuisance et agression pour son cerveau embrumé de vapeurs chaudes. Il fallait que tout ça s'arrête, et vite.

Trop de bruit, trop de couleurs, trop de choses à la fois.

Une figure s'approcha, ouvrit la bouche et parla. Mais sa voix déformée lui parvenait à peine. Ah si. L'autre lui demandait si tout allait bien. Merveilleux, et vous ?

Rentrer, et dormir. Rentre, rentrer, rentrer, se coucher, dormir, fermer les yeux, surtout fermer les yeux. Et les oreilles. Son crâne lui faisait si mal ! Et le nez, qu'on lui bouche le nez et vite ! Cette odeur immonde, graisseuse, écoeurante… Ces relents de kebabs, de graillon et d'ordures qui recouvraient le trottoir… La nausée n'était pas loin et coula dans sa gorge en un flot liquide et brûlant. Il se pencha en avant et s'appuya contre un mur. Les vomissures coulèrent sur son menton, puis éclaboussèrent ses vêtements et ses chaussures.

Cela ne soulagea pas son malaise. Sa tête lui faisait de plus en plus mal, comme si un étau se resserrait autour de ses tempes, tandis que sa vision se brouillait davantage. Un sentiment de désespoir l'envahit, lorsqu'il comprit qu'il ne parviendrait jamais à rentrer chez lui. Il était perdu. Perdu et complètement bourré.

Soudain un cri parvint à franchir le mur cotonneux qui l'enveloppait.

- Horo Horo !

Cette voix lui était familière… mais où l'avait-il entendue ? Ça remontait à si loin…

- Oh c'est pas vrai ! Dans quel état tu t'es mis…

Il ne parvenait pas à trouver son nom, dans les replis vaseux de sa mémoire, tant l'alcool l'abrutissait. Il plissa les yeux pour mieux voir les traits de l'autre, mais il n'y avait rien à faire, il ne distinguait qu'un grand flou de couleurs vertes en face de lui.

- Merde, Lyzerg, c'est toi ? bredouilla Horo Horo, le reconnaissant enfin avec un pauvre sourire.

Le visage de son ami se fit encore plus flou, jusqu'à n'être plus qu'une tache pâle et sans relief. Déjà il n'entendait plus sa voix.

Puis ce fut le noir complet.