Chapitre 2 - Crevons l'abcès.
Le camp se passait plutôt normalement. Chaque équipe faisait plus ou moins de progrès en vue du prochain tournois qui se rapprochait à grands pas. Le seul qui n'était pas aussi enjoué que les autres était le vice-capitaine de Fukurodani. Ses équipiers s'en étaient rendu compte, mais ne savaient pas quoi faire. Il semblait fatigué, même exténué. Apparemment, il ne dormait plus de nuit entière depuis quelques temps. Était-ce à cause de Bokuto ? Ils voyaient bien qu'entre les deux amis, ce n'était plus vraiment ça. Ils ne se parlaient plus. Sauf deux-trois mots pendant les matchs. Ils tentèrent plusieurs fois de placer leur nouvelle technique, mais échouèrent presque à chaque fois. Bokuto, lui, passait son temps avec le nouveau. Ils semblaient s'entendre comme des amis de longue date. L'équipe n'aimait pas que l'entente entre les deux jeunes hommes se soit autant dégradée. C'était triste à voir, eux qui s'entendaient si bien d'habitude.
Le troisième jour commença. Encore une fois, Akaashi n'avait presque pas dormi. Il avait beau rester de marbre devant les autres, il était en réalité dévasté intérieurement. Il sentait que ça le rongeait petit à petit. Il ne supportait plus cette tension palpable qu'il y avait entre lui et Bokuto.
Juste avant que leur premier match ne commence, Konoha se dirigea vers lui.
- Akaashi ? Est-ce que tout va bien ?
Le brun tourna la tête dans sa direction. Il était pâle, de gros cernes de sommeil lui entouraient les yeux, et on aurait dit qu'il suffisait qu'on le pousse pour le faire tomber au sol.
- Ouais, t'en fait pas.
- Je vois bien qu'en ce moment, ça va pas trop avec Bokuto. On s'inquiète tous, tu sais. Il faut que vous vous parliez, ça ne peut plus durer comme ça. Regarde-toi, tu tiens à peine debout ! Il faut que tu te reprennes Akaashi ou sinon tu vas y laisser ta santé !
- C'est gentil de vous inquiéter pour moi, mais je vais bien. Si ça peut te rassurer, j'irai parler à Bokuto-san tout à l'heure.
Ils commencèrent leur match. Au bout de vingt minutes de jeu, Akaashi eu un vertige et s'agenouilla au sol. Bokuto vint vers lui.
- Hey Akaashi ! Ça ne va pas ? (Il se mis à sa hauteur) Tu es tout blanc, va te reposer un peu, tu reviendras quand ça ira mieux.
- Ça va, je... je peux continuer.
Il essaya de se relever mais s'il n'y avait pas eu Bokuto à côté de lui, il serait retombé. Il le soutint et l'aida à se diriger en direction du banc de touche.
- Akaashi... je m'inquiète pour toi, vraiment. Je sais pas ce que tu as en ce moment, tu n'es plus le même...
- Il faut qu'on ait une discussion... Bokuto-san...
- On verra ça après. Repose-toi pour l'instant.
Il le déposa sur le banc et s'en retourna. Tout fier, Kozu fit son entrée sur le terrain. Bokuto changea radicalement d'humeur. Il avait dit à Akaashi qu'il s'inquiétait pour lui. Il avait l'air sincère. Il ne lui en voudrait pas alors ? Akaashi ne savait pas, peut-être que finalement, il voulait juste le convaincre de rester assis pour que Kozu puisse jouer. C'était donc ça, il voulait se débarrasser de lui. Pour n'être plus qu'avec Kozu. Il l'avait remplacé, ça y est. Il ne se sentait plus d'aucune utilité pour Bokuto-san. Il en avait perdu le goût de jouer. C'était donc ça que cherchait à faire Kozu, à l'éliminer progressivement de sa vie ? Il appréhendait le moment où il allait s'expliquer avec Bokuto. Mais ça devait être fait. Moins vite on traite une blessure, plus vite elle s'aggrave.
Il regarda son équipe jouer. Un sourire triste se dessina sur ses lèvres. Le pire dans l'histoire, c'était que Kozu n'était pas mauvais du tout au volley. Il faisait de bonnes passes, pas aussi parfaites que les siennes, mais avec de l'entraînement, il deviendrait rapidement fort. Son sourire s'effaça aussitôt et une moue triste le remplaça. Il couvrit sa bouche de sa main pour que personne ne le remarque. Il ne voulait rien laisser transparaître. Il dit à son coach qu'il devait passer aux toilettes et s'éclipsa. Il se passa de l'eau sur le visage pour essayer de faire disparaître son chagrin. Il ne pleurait pas, mais il sentait qu'il pouvait craquer à n'importe quel moment si quelqu'un lui faisait la moindre remarque désobligeante. Il fallait qu'il continue à garder son sang-froid, même s'il sentait qu'il était déjà au bord du précipice. Le manque de sommeil n'arrangeait pas l'affaire...
Il s'en retourna sur le terrain et demanda à reprendre sa place. Il réussit à faire les quelques matches qui restaient de la matinée, en prenant sur lui. L'après-midi fut plus difficile, et il ne joua que deux matches sur cinq. Il sentait la fatigue le gagner peu à peu.
Après le repas du soir, ils avaient un petit temps pour souffler avant d'aller se coucher. Le temps se gâtait dehors. De gros nuages sombres firent progressivement leur apparition et devinrent de plus en plus menaçants. Une averse se préparait.
Akaashi inspira profondément et se dirigea vers son capitaine. C'était maintenant que tout allait se jouer.
- Bokuto-san, il faut qu'on parle.
- Vas-y, je t'écoute.
- Je pensais qu'on irait plutôt à l'écart...
- Nan nan, on peut parler là, c'est très bien.
Ils étaient dans une salle commune où la plupart des joueurs se trouvaient, dont leur équipe. Kozu était bien sûr juste à côté de Bokuto. Akaashi ne voulait pas faire une scène devant tout ce monde, mais tant pis. Lui n'avait rien à se reprocher. C'est à Bokuto-san qu'il venait faire des reproches. Il y avait un certain brouhaha autour d'eux, leur discussion passerait sans doute inaperçue s'ils n'élevaient pas trop la voix.
- Très bien, comme tu veux. Je vais être direct : tu ne veux plus de moi ou quoi ?
- Hein ? Pourquoi tu dis ça ?
- Arrête, Bokuto-san, ne fais pas semblant de ne pas savoir. En ce moment, tu passes tes journées avec Kozu. Tu fais tes entraînements avec lui, tu rentres avec lui, et tu sembles préférer jouer avec lui. J'ai plus le niveau, c'est ça ?
- T'as tout faux Akaashi. Kozu est nouveau dans l'équipe, c'est normal que je l'aide un peu-
- Un peu ? Rien que ça ! Vous êtes tout le temps ensemble !
- Et alors, t'es jaloux ? Je pensais que tu te fichais "d'un simple remplaçant".
- Pas quand ça intervient dans le bon déroulement de l'équipe.
- Ah ! Parlons-en du déroulement de l'équipe ! Tu as vu ta tête ? Tu ne dors plus, Akaashi, ça ne sert à rien de le cacher, tout le monde est au courant ! Et à cause de ton manque de sommeil, ça a une incidence sur le bon fonctionnement de l'équipe.
- Un "bon fonctionnement d'équipe" comme tu dis, c'est quand tous les joueurs cohabitent ensemble, travaillent ensemble. Qui se met à l'écart en ce moment ? Toi et Kozu ! Et tu veux que je te dise pourquoi je ne dors plus ? Je n'ai plus l'impression d'avoir ma place ici. Tu es censé soutenir l'équipe, Bokuto-san, pas la mettre en pièce ! On ne s'entraîne même plus ensemble, comment veux-tu qu'on réussisse la moindre chose au tournois ?
- Tu es tout le temps en train de parler du tournois ! "Entraînement par-ci", "entraînement par-là" ! Tu n'as que ce mot à la bouche !
- Peut-être que je le dirais moins si tu étais plus coopératif !
- Coopératif ?! Tu n'acceptes même pas l'arrivée du nouveau sous prétexte que tu ne peux pas le blairer ! Laisse-moi te dire : en fait tu es juste jaloux que Kozu ait intégré l'équipe ! Tu as juste peur qu'il te prenne ta place !
- C'est déjà fait ça, Bokuto-san, mais tu ne t'en rends même pas compte ! Tu m'as mis de côté comme si j'étais un poids ! J'ai l'impression de ne plus avoir aucune valeur ! Je suis quoi pour toi exactement ?
- Tu es mon passeur, Akaashi.
Chacun des derniers mots de Bokuto avaient été prononcés clairement et durement, en insistant sur chaque syllabe. Entre-temps, ils s'étaient levés et se faisaient face. Ce fut le silence total. Ils ne s'étaient pas rendu compte qu'au fur et à mesure, ils avaient parlé de plus en plus fort jusqu'à ce que toutes les conversations de la salle cessent et que toute l'attention soit portée sur eux. Ce que venait de dire Bokuto laissa Akaashi sans voix. Il avait l'impression d'avoir été transpercé par un million de flèches, tant le choc était dur à encaisser. Alors pour lui, il n'était juste que son "passeur" ? Le mot ami avait été banni de son vocabulaire ? Pour Akaashi, il n'était pas juste son capitaine, mais la personne avec laquelle il s'entendait le mieux, avec laquelle il était le plus à l'aise, laquelle il était content de voir, avec laquelle il aimait passer du temps. Il venait de lui briser le cœur. Soudain alors qu'il fixait toujours Bokuto d'un air consterné, Konoha, qui était en face de lui, lui demanda :
- Heu... Akaashi ?
Il eut l'impression de soudainement reprendre ses esprits. Il sentit que ses joues étaient mouillées. Il approcha sa main et s'essuya. Des larmes. Deux fins fils d'eau traversaient ses joues. Il ne s'en était pas rendu compte. Était-il vraiment en train de pleurer ? Puis, il sentit quelque chose se rompre en lui. Il fallait qu'il sorte, il ne fallait pas que les autres le voient comme ça.
Il fronça les sourcils, choqué et terriblement peiné par la réponse de son capitaine, et sortit rapidement sans un mot.
La salle était toujours silencieuse. Personne n'osait faire le moindre bruit. Bokuto sembla réaliser ce qu'il venait de dire. Il se rassit et mis sa main sur son visage. "Merde" dit-il. Il s'était rendu compte qu'il avait foiré sur ce coup.
Petit à petit, les conversations reprirent. Les autres équipes étaient assez interloquées suite à ce dont elles venaient d'assister. Ils se demandaient ce qui avait bien pu se passer pour que le duo le plus puissant de Tokyo en vienne à une dispute aussi violente. "Tu devrais le rattraper, Bokuto", l'encouragèrent les autres. "Il faut que tu t'excuses".
- Non, je vais le faire.
L'équipe de Fukurodani se tourna vers Kozu.
- C'est... c'est à cause de moi que tout ça est arrivé. Je vais aller lui parler.
Il partit presque aussitôt, sans laisser le temps aux autres de répondre.
o.O.o
Akaashi était sorti dehors. Il avait un peu commencé à pleuvoir, mais il s'en fichait. Il avait besoin d'air frais. Il n'arrivait pas à réaliser ce que lui avait dit Bokuto. Il se croyait en plein rêve. Il ravala ses larmes et continua son chemin. Le camp se situait sur des hauteurs. Ce n'étaient pas des montages, mais il fallait néanmoins faire attention aux quelques ravins. Il se balada près de l'un deux. Avant celui-ci, il y avait une petite pente. Elle ne descendait pas trop abruptement, mais mieux valait ne pas y tomber, la végétation était assez dense au fond du ravin et plusieurs petites pierres parsemaient la pente. Une deuxième pente beaucoup plus abrupte suivait la première, et s'engouffrait dans le ravin.
Akaashi avait marché à une centaine de mètres du lieu de camp. La pluie continuait de tomber. Soudain une voix l'interpela. "Qu'est-ce qu'il fiche ici, celui-là ?" se dit-il. Kozu était bien la dernière personne qu'il voulait voir.
- Casse-toi, je veux voir personne.
- Akaashi-san, j'ai compris que c'est de ma faute si tu t'es disputé avec Bokuto-san. Accepte mes excuses.
- Je crois que tu n'as pas pigé. J'ai dit que je ne voulais plus te voir.
Il se détourna et reprit sa marche.
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu, Akaashi-san. Vous formez un beau duo avec Bokuto-san. J'aime beaucoup le volley, mais jamais je ne pourrais prendre ta place !
- Pourtant, c'est ce que tu as fait.
- Akaashi-sa-
- Écoute, Kozu, je ne sais pas quel est ton véritable but, mais je sais que d'une façon ou d'une autre, tu veux te débarrasser de moi ! Tu as voulu éloigner Bokuto-san de moi, tu as réussi ! Bravo ! Si tu es venu pour que je te lance des fleurs, c'est gagné, tu es content ?! Et vraiment, arrête avec ce masque ridicule, je suis persuadé que ce n'est même pas au véritable Kozu que je parle.
Kozu fut surpris des mots d'Akaashi. Il finit par baisser la tête et un rictus vint déformer ses lèvres. Il ricana. Akaashi regretta soudain les mots qu'il venait de dire. La suite se passa en une fraction de seconde. Akaashi sentit le sol se dérober sous ses pieds et il dévala la pente qui menait au ravin. Les pierres, pointues pour certaines, lui écorchèrent la peau et sa tête cogna fort contre l'une d'elle. Il provoqua une petite "avalanche" de pierres mais par chance, il s'arrêta juste avant de tomber dans le précipice. Il essaya de se relever, sonné. Sa jambe droite était coincée sous une plus grosse pierre que les autres. Il n'arrivait pas à la dégager. Dès la première tentative, une vive douleur lui traversa le corps et il abandonna. Sa vue était trouble, la pluie n'arrangeait rien. Elle commençait à être de plus en plus violente. Kozu descendit à son niveau. Akaashi tendit la main dans sa direction pour qu'il l'aide. Kozu se contenta de le regarder. Il avait un sourire terrifiant.
C'est plutôt à moi de te dire "bravo", Akaashi-san. Tu as réussi à me percer à jour. Moi je veux être assuré d'avoir un poste de titulaire, mais pas de chance, tu te trouves sur le chemin. Ici, personne ne te trouvera, tu peux dire adieu au volley... ah ! Et à tous tes amis aussi !
- C-C'était ton plan depuis le début, non ?
- Exactement ! Tu es trop talentueux, Akaashi-san. Un joueur moyen comme moi n'a aucune chance de se faire remarquer... à part si tu disparais. Ça en attristera certains, mais je suis sûr qu'au bout d'un moment, ils finiront par t'oublier. Ah oui, et ne compte pas sur Bokuto-san. Il m'a confié qu'il sentait une routine s'installer entre vous et qu'il avait envie de changer d'équipier. Il en avait marre de toi et de tes entraînements à la noix. Il s'est lassé de toi. Il m'a même dit qu'il était content de changer d'établissement l'an prochain pour avoir une nouvelle équipe et ne plus t'avoir dans les pattes.
- Q-Quoi... ?
- Oh ! Ne fait pas l'étonné ! Tu as bien entendu ce qu'il t'a dit tout à l'heure, non ? Tu fais partie de son passé maintenant. Tu vas maintenant complètement disparaître de sa vie.
Et, sans qu'Akaashi ne puisse rien répondre, Kozu lui asséna deux violents coups de pieds dans l'estomac. Akaashi, déjà affaibli, s'évanouit sur le champ. Ce fut le noir complet.
Hello ! J'espère que ce 2ème chapitre vous a plu ! On a enfin vu non seulement la dégradation de la relation BokuAka, mais aussi le vrai visage de Kozu. Ouais, Bokuto est vraiment aveugle et fait un peu son idiot... tout va évoluer au fur et à mesure. Stressante cette fin d'ailleurs, vous ne trouvez pas ?
Merci à ceux qui ont postés des reviews, elles m'ont fait très plaisir, n'hésitez pas à en remettre hein ;)
Sur ce, à la semaine prochaine ! (Je posterai le vendredi maintenant)
