Ce qui ne te tue pas...

L'éclair d'Azula frappa Aang, tandis que la princesse partait dans un rire satisfait, alors que Zuko se précipitait sur elle. Katara courut pour rejoindre Aang, essoufflée, elle se fraya un passage en laissant des vagues renverser les soldats du feu. Elle vit Iroh se placer derrière elle pour bloquer les soldats venant des cachots. L'eau de l'Oasis du pôle Nord brillait sur sa main qu'elle apposa sur la blessure du jeune Avatar. Des larmes glissèrent le long de ses joues mais elle se concentra sur la blessure, le sang qui coulait sous ses mains, elle tenta de retenir le flux, de refermer la plaie. Elle ne prêtait plus attention à ce qu'il se passait autour d'elle jusqu'à ce qu'elle vît Zuko être projeté contre une paroi. Son bras gauche encaissant tout le choc émit un horrible bruit de craquement qui fut suivi du cri du jeune prince. Katara sentit que la blessure d'Aang n'était plus un danger pour sa vie et qu'elle ne pourrait pas faire plus dans ces conditions. Elle se tint en posture de combat pour continuer la bataille.

Zuko se releva tant bien que mal. Son bras gauche inutilisable, il envoya une boule de feu à sa sœur puis forma un cercle brûlant avec son pied. La situation s'annonçait très très mal. Azula ne cherchait pas à le tuer, ce qui n'avait aucun sens, elle le regardait avec un sourire mauvais, il comprit rapidement qu'elle planifiait tout cela depuis bien longtemps. Le futur de Zuko allait désormais dépendre de sa capacité à contrecarrer les plans de sa sœur, être plus sournois qu'elle. Il laissa échapper un soupir de désespoir. Il n'avait jamais réussi à gagner un seul jeu d'échecs contre elle et en ce moment précis, il était acculé.

Un grondement se fit entendre lorsqu'un pan du plafond de la grotte commença à s'effondrer. Zuko se rua dans la direction de Katara qui fit un bon pour s'écarter du cristal tombant. Elle érigea un mur de glace pour protéger Aang et Iroh, lui hurla de partir tandis qu'elle embrassait le reste de la grotte des yeux. Elle était à bout de souffle, des brûlures aux bras et des coupures qui commençaient à saigner. Le bras de Zuko avait un angle inquiétant, son front ruisselait de sueur et ses yeux commençaient à se voiler. Ils étaient deux contre la princesse et son armée de soldats. Katara vit du coin de l'œil Iroh partir avec Aang dans les bras à travers le tunnel qu'ils avaient créé en entrant.

Les coups pleuvaient sur eux et ils savaient bien que ce n'était qu'une question de minutes avant qu'ils ne soient vaincus. Azula lança un éclair vers Katara que Zuko dévia mais une langue de feu d'un soldat le frappa de plein fouet, lui coupant la respiration. Katara voulut l'aider. Elle forma un mur de glace mais les soldats le firent fondre en quelques instants. Avant qu'elle n'ait pu réagir elle fut projeter au sol par une boule de feu et la botte d'un soldat s'abattit sur elle et lui fit perdre consicence.


Katara sentait ses poumons comprimés. Elle ouvrit les yeux lentement : la luminosité était faible, sa vision brouillée. Des voix lui pravenaient au loin, elle était encore perdue, tentant de se rappeler les évènements qui l'avaient conduite jusqu'ici.

« Bien le bonjour Sugar Queen. » Katara sursauta, ses yeux s'ouvrirent grands au son de cette voix.

« Toph ?!... Qu'est-ce que ?.. Où je suis ? » Une grotte, elle était dans une grotte. La dernière chose dont elle se souvenait était l'impact de l'eau, la brûlure du sel sur sa blessure.

« Du calme princesse », Katara se raidit, « tu es saine et sauve. On t'a trouvée sur la plage. On a beaucoup de questions, on te croyait morte depuis BaSing Se. »

« Où sont les autres ? Tout le monde va bien ? »

« Iroh est allé chercher tous les autres, ils se sont éparpillés avant le rassemblement. Il me tarde de voir la tête que vont faire Sokka et Aang. Ils ne devraient plus tarder. Quand tu te sens capable de bouger rejoins-nous. Suit les torches. » Sur ce elle lui fit un clin d'oeil et partit.

Katara tenta de calmer sa respiration, tous ses membres étaient engourdis, elle tenta de bouger une jambe et une insupportable douleur remonta le long de son mollet. D'accord, elle avait des crampes d'un niveau olympique. Sa volonté gagna du territoire sur son corps au bout de quelque temps. Une fois en position assise, elle embrassa la pièce du regard. On l'avait déposée dans un coin de la grotte aménagée pour des couchages, ses vêtements étaient trempés mais Iroh avait apparemment dégoté des rechanges qu'il avait déposées à côté d'elle. Ils devaient appartenir à Suki, si elle en jugeait par les tons verts, elle retira ses vêtements de nuit rouges et enfila le pantalon et la chemise. Voilà des années qu'elle n'avait plus porté de pantalon. Des voix s'élevèrent au loin, Toph tentait d'empêcher les garçons de débarquer. Des pas s'approchèrent tout de même et Suki apparut dans l'entrée puis se figea en reconnaissant son amie.

« Je suis désolée. Ce sont tes vêtements non ? Je pense que Iroh me les a laissés, les miens étaient trempés et brûlés et … plus adaptés pour dormir que pour autre chose. Ce n'est pas que je pense qu'Iroh irait fouiller dans tes affaires mais ils sont verts et … je ne sais pas, il n'irait pas prendre des vêtements de quelqu'un qu'il ne connait pas. Je ne crois pas non plus que Toph aurait eu l'idée de me prendre des vêtements et de les assortir. » Katara était à bout de souffle, tentant de combler le silence pesant qui semblait s'installer autour d'elle. Suki se rapprocha d'elle, des larmes effleurant ses cils et la serra dans ses bras.

« Tu es vivante. Je n'arrive pas à le croire, on t'as vu morte, Katara, tu étais morte. Sokka était tellement désespéré. »

Katara referma ses bras autour de sa jeune amie. « Je suis désolée, pour tout, mais c'était la seule solution. Je ne pensais pas que ça allait durer aussi longtemps. Je suis désolée. »

« Pas de ça ici. Je suis juste heureuse de t'avoir de nouveau. Viens, les garçons doivent mourir d'impatience mais on ne voulait pas qu'ils débarquent quand tu te changeais ou t'agressent de questions. » Suki essuya ses larmes d'un revers de manche et prit la main de son amie pour la guider vers l'entrée de la grotte.

Suki avait raison, les garçons se précipitèrent vers elle et la serrèrent dans leurs bras, sans voir la gêne qu'éprouvait Katara, puis les questions fusèrent en tout sens. Où était elle ? Pourquoi on l'avait trouvée morte ? Que lui était-il arrivé ? Avait-elle été blessée ? Pourquoi elle s'était échouée ? Et ainsi de suite jusqu'à ce que Iroh réussisse à clamer Aang et Sokka et se tourne vers Katara en lui offrant une tasse de thé. Ce simple geste de réconfort eut alors une conséquence inattendue pour le groupe d'amis. Katara saisit la tasse de ses mains tremblantes tandis que des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Iroh se rapprocha d'elle et la prit tendrement dans ses bras. Ses sanglots s'accentuèrent d'un seul coup, entrecoupés de respirations hachurés et de petits cris de douleur. La peur, la fuite, la perte, la joie, l'espoir. Toutes ces émotions défèrlaient en elle sans qu'elle ne puisse les contenir. Elle passa donc plusieurs mintues à pleurer toutes les larmes de son corps pendant que le vieil homme la serrait dans ses bras sans dire un mot. Il intima du regard aux autres de ne pas poser de questions et patienta, consolant la jeune fille de maux dont elle ne pouvait pas parler.

Elle lui raconta le minimum. Comment Zuko l'avait aidée à susbsituer son identité avec une jeune aristocrate de BaSing Se, comment il avait réussi à sauver les prisonniers en échange de son abdication. Comment elle était devenue dame de compagnie.

Le silence régnait au sein du groupe, Iroh commençait à retrouver un bout de sa joie en entendant le récit de Katara. Zuko ne l'avait pas renié, il était devenu le jeune homme qu'Iroh avait toujours su voir en son neveu. Aang n'osait pas parler, se souvenant de son altercation avec Zuko, pourquoi l'avait-il laisser le battre ? Pourquoi ne lui avait-il pas dit que Katara était vivante ?

Ce fut Toph qui brisa le silence : « Que t'est-il arrivé ? ». Ce n'était pas à propos des trois ans passés, Toph semblait accepter les explications de Katara sans en demander plus. « Comment es-tu arrivée sur la plage ? ». La jeune waterbender hésita : « Il y avait un feu. … Quelqu'un s'est introduit dans le palais. … Je ne sais plus. J'ai voulu fuir, je suis tombée par la fenêtre dans l'eau... Je pensais mourir. »

Toph hocha la tête, comme pour approuver son propos. Katara ne comprenait pas ce qu'il se passait vraiment mais tout le monde sembla se détendre une fois que la jeune BeiFong se fut levée et annonça qu'ils devaient se reposer.


Dans l'ensemble Katara ne raconta pas grand chose de plus de sa vie pendant ces trois années, si la troupe était assez compréhensive au début, la curiosité et l'impatience commençaient à monter en eux. Sokka tendait à douter de la véracité de ce qu'avait raconté sa petite sœur, mais Toph avait confirmé qu'elle disait la vérité. Il savait que sonder les gens grâce à Toph était une violation de la vie privée des autres mais depuis la montée de la résistance et les tentatives multipliées des soldats du Feu de s'y intégrer et de les trahir, ils avaient dû avoir recours aux capacités de leur amie de manière régulière. C'était devenu une habitude. Il n'osait pas accepter la chose mais Sokka savait que son instinct de chef lui interdisait de croire complètement sa sœur miraculeusement retrouvée.

Aang sentait une distance entre son ancienne amie et lui. Il l'apercevait souvent pensive, s'arrêtant dans sa tâche et le regard soucieux perdu vers l'horizon. Il se rendait compte que la Katara qui était revenue n'était pas tout à fait celle qu'il avait quitté, mais après tout, il n'était pas le même que trois ans auparavant.

Suki et Toph ne participaient pas trop aux discussions que leurs amis entretenaient au sujet de la jeune femme. Il y avait en Katara comme quelque chose de brisé, elle faisait des cauchemars réguliers, se réveillait apeurée et demandait à ses amies si elle avait parlé, comme de peur d'avoir révélé quelque chose pendant un sommeil traître. Toph restait assez stoïque ce qui étonnait Suki, la jeune fille avait très mal vécu la mort de Katara et maintenant elle semblait garder ses distances, comme si elle approchait un animal blessé.

Une chose perturbait le groupe mais aussi tous les membres de la résistance qui virent Katara. Elle avait du mal à maîtriser l'eau. Son long séjour dans le palais du feu l'avait forcé à cacher ses capacités et elle semblait réapproviser son élément lentement. Maître Paku décida de rester l'aider après une visite. Il semblait blessé de voir son élève la plus brillante aussi dépourvue, pourtant quand elle se plongeait dans l'eau Katara retrouvait un visage serein, une sorte de paix intérieure qui ne durait malheutreusement jamais bien longtemps.

Les espions confirmèrent l'existence d'un incendie dans le palais du feu, dans l'aile du Seigneur Zuko. La femme de ce dernier avait disparu dans l'incendie avec sa suivante, Kya, le nom que portait Katara durant son séjour là-bas. Cette dernière pleura sur la mort de la femme qu'elle avait servie et dont elle s'était rapprochée, un poids immense sembla se soulever de ses épaules quand elle apprit la survie de la petite fille de Zuko. Saya. Elle dut expliquer qu'un de ses rôles était de prendre soin de l'enfant et qu'elle avait très peur que cette dernière ait péri.

Les questions sur son passé commencèrent à devenir moins timides et Katara répondait de temps en temps. Son élément lui redevenait familier et elle réussit à battre son ancien maître un mois à peine après son retour. Elle avait pris l'habitude de regarder les entraînements de ses amis et de temps à autre avait l'impression de revenir en arrière. Elle resta deux mois avec eux sur le même lieu puis ils durent se séparer pour différentes missions. Toph avait de nouvelles recrues à entraîner (« traumatiser » selon ses dires), Sokka repartait organiser le front pendant que leur père contactait le lotus blanc. Aang repartait méditer avec Guru Pathik, Suki organisait les poches de résistance et l'aide aux réfugiés. Iroh partait retrouver le Lotus Blanc. Tous partaient et Katara ne savait pas où elle était censée partir, aider.

La veille du départ, alors que tous fêtaient leur dernière soirée de liberté avant le retour à leurs devoirs, Katara annonça qu'elle partait avec Toph. « Il faut bien que quelqu'un contrebalance le « traumatisme » que tu vas imposer à ces jeunes ». Toph grommela de ne pas détruire sa technique de formation mais accepta l'aide de Katara. Puis Suki entraîna Sokka dehors pour un peu d'intimité sur la plage avant leur séparation. « Leur relation semble bien marcher. » fit Katara pensivement.

« Ouaip ! On sait pas trop comment mais ça marche, même s'ils se voient rarement. » répondit Toph

« D'un autre côté, la fille d'avant Suki est devenue la lune... disons que Suki est déjà plus accessible. » ajouta Aang. Toph éclata de rire puis se tourna vers Katara qui leur offrait un de ses rares sourires. Toph se figea quelques secondes puis se reprit. « Ils donnent de l'espoir aux jeunes de la résistance, et même aux plus âgés. De l'amour. Quelles que soient les circonstances. »

« Tout le monde a besoin de cela je pense » répondit la jeune femme.

La nuit fut courte mais très agréble. Le lendemain, la tension reprit sa place au sein du groupe. L'organisation, les responsabilités, la peur de perdre l'autre. Aang partait le premier sur Appa. Il évitait de faire de longues distances et d'être trop visible. Un bateau emmenait le reste de la compagnie aux différents points de rendez-vous. Katara hésita devant le géant de fer qui avait été volé à la nation du feu. « Katara... tu ne rentres pas ? » Suki s'était retournée vers son amie qui restait figée sur le quai. « Si si. C'est juste que... après BaSingSe nous étions dans un bateau. Ce n'est pas une période dont je veux me souvenir. ». Suki revint sur ses pas, attrapa la main de son amie et lui chuchota « Ne t'inquiète pas. On va rester sur le pont du bateau si tu veux ? Loin des geôles. De toute façon on ne va pas s'approcher des navires de la nation du feu. Promis. »

Suki avait raison. Les bateaux ennemis les pensaient alliés et ne s'approchèrent pas. Les jeunes filles restèrent sur le pont à observer Sokka parer à l'épée avec un de ses soldats. Katara avait cru comprendre qu'il avait forgé son épée lui-même grâce aux indications d'un maître qui appartenait à la nation du feu et au Lotus Blanc. Le monde était déjà compliqué avant sa disparition et pendant les trois ans au palais mais elle se rendait compte doucement de la complexité de la situation politique. Situation que même ses amis ne pouvaient envisager entièrement. Katara se rendait compte qu'elle craignait plus les démêlés d'après-guerre que la guerre elle-même.


L'entraînement que Toph faisait subir aux nouvelles troupes devait sans aucun doute en traumatiser plus d'un. Les plus anciens aidaient à motiver les plus jeunes en participant d'eux-même à des exercices qui consistaient en « yeux-bandés-tu-restes-immobile-pendant-que-je-t'envoie-un-rocher-en-pleine-face » et « reste-en-équilibre-au-dessus-du-vide-si-tu-tombes-t'es-mort » et autres joyeusetés. Pourtant tous tenaient Toph en un respect absolu et si jamais l'un d'eux tentait de se rebeller il se retrouvait seul, face à la jeune fille et devait tenter de poser une de ses mains couvertes de peinture sur Toph qui elle ne bougeait pas plus loin qu'un cercle d'un pas de diamètre. Si la recrue échouait et elles échouaient toujours, son entraînement continuerait toute la nuit avec les recrues les plus âgées pendant une semaine.

Katara était un objet de curiosité pour les nouveaux comme pour les anciens et lorsque certains et certaines voulurent tester sa résistance, elle étonna toutes les personnes présentes en contrant une attaque extrêmement complexe d'un revers de main. Toph sourit devant la mine apeurée que faisait les jeunes face au regard glacial de la jeune waterbender. Depuis, même si les regards continuaient de converger vers elle et que les questions curieuses se chuchotaient là où ils pensaient qu'elle ne pouvait pas entendre, Katara s'était fait sa place. Seule Toph gardait une distance régulière avec la jeune femme. Lorsqu'elles étaient avec leurs amis Katara n'y avait pas fait plus attention que ça mais elle sentait désormais le regard appuyé et calme de son amie sur elle. Comme si elle analysait ses faits et gestes. Il fallut quelques jours à Katara avant de comprendre la raison.

« -Tu sais. » son ton était calme quoique son cœur battait la chamade.

-Oui.

-Pourquoi ne leur as-tu rien dit à ce moment-là ? »

Toph se leva tranquillement et se tint devant Katara. Ses yeux ne pouvaient exprimer ses émotions mais son visage s'adoucit soudainement. D'une expression que la jeune femme n'avait jamais vue sur son amie.

« Tu as dit en partie la vérité mais ce n'est pas tout. Tu as menti pour une partie. Et ton cœur rate un battement lorsqu'on t'interroge trop. Tu nous caches quelque chose. Ce qui fait que tu t'isoles, que tu as encore des cauchemars même s'ils se sont calmés. Mais je ne crois pas que tu sois un danger pour nous. Voilà pourquoi je ne leur ai rien dit. Parce que Sokka est fatigué par la guerre et se serait mis en mode chef de guerre et t'aurait interrogé. Tu es fragile Katara même moi je peux le sentir et tu as le droit de l'être. Je sais que tu nous caches beaucoup. Mais tu étais mon amie et pour ça, je veux bien te laisser du temps. Et un semblant de vie privée. »

Katara ne savait quoi répondre et resta muette devant la confiance de son amie. « Mer...

-Ne me remercie pas Katara. Si jamais tu nous trahis quelle que soit ta raison j'en assumerai toutes les conséquences mais je serai la première à te faire emprisonner et à perdre la clef. Suis-je claire ? »

Katara hocha la tête. Figée devant le visage froid de son amie. Puis cette dernière se détendit et se rassit sur son rocher. Katara se retourna, partit vers la plage, et se laissa tomber sur le sable, désemparée. Elle espérait de tout cœur ne pas avoir à trahir ses amis mais elle savait que si elle le devait, elle le ferait, sans hésitation.