HELLO. On va dire que je suis a l'heure, on est vendredi lol

Pour le rythme des chapitres je pense qu'une semaine ça peut le faire (on y croit) ! Merci à ceux qui ont posté des reviews/follow/mis en fav :) Si vous aimez cette fic hésitez surtout pas à me laisser votre impression, même en 3 mots ça me maintient en vie lol

Je fais du classement toute la journée c'est passionnant (nON), et quand j'ai une review ça me redonne de l'énergie c'est magique je vous jure 8) 100% des idées de chapitres me sont venues dans les archives, mon nouveau repaire. Demandez à Shakyla et Thalilitwen, ça a des effets désastreux sur mon humour.

Also thanks Bymeha, waifu de ma vie, pour ta relecture et tes suggestions de qualité, ily. Et Elliada too, my dear kouhai (elle va écrire du KageYachi, stalkez la)


CHAPITRE 1


"someone comes into your world

suddenly your world has changed forever"

Demi Lovato, Heart by Heart.


CHICAGO

Même après une bonne nuit de sommeil, Akaashi ne parvenait pas à se défaire de cette impression que quelque chose clochait.

Il refusait avec véhémence de croire qu'il s'était véritablement téléporté à l'autre bout du monde. Et puis quoi encore ?

«T'es parano, Akaashi. N'importe qui d'autre aurait mis ça sur le compte de la fatigue et laissé tomber.»

Au lieu de ça, il avait passé la matinée à chercher une trace des concerts de musique électronique ayant lieu au Royaume-Uni la veille. Après avoir épluché une dizaine de sites, il était tombé sur une vidéo YouTube montrant un DJ nommé Bokuto Koutarou. Il ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui qu'il avait vu la nuit précédente.

« Quelqu'un a dû t'en parler…et puis tu y as pensé pendant ton sommeil, ça arrive à tout le monde. »

Ce raisonnement aurait pu le satisfaire s'il n'avait pas creusé la question en long en large et en travers. Même si quelqu'un lui en avait effectivement parlé, Akaashi n'aurait pas pu deviner à quoi il ressemblait dans les moindres détails. Et de toute façon, il n'y avait aucune chance que qui que ce soit dans son entourage soit un fan de Bokuto Koutarou.

Son partenaire, Kageyama, n'était pas non plus un grand fan de musique électronique, si sa mémoire était bonne. La musique n'était pas un sujet qu'ils abordaient très souvent, certes, mais Akaashi s'en serait souvenu s'il lui avait mentionné un concert ou quoi que ce soit dans le genre.

Plongé dans ses pensées, il faillit percuter une voiture pendant sa patrouille avec Kageyama, ce matin-là.

- T'es sûr que ça va ? s'inquiéta ce dernier. Je peux prendre le volant, si tu veux.

- Ça ira.

Il était hors de question qu'Akaashi lui explique qu'il avait passé la matinée à se torturer à propos d'une vision sans queue ni tête. Il fallait vraiment qu'il passe à autre chose.

Le reste de sa journée se passa plutôt normalement. Il effectua sa patrouille avec Kageyama comme il en avait l'habitude, et rien de vaguement paranormal ne se produit. Pendant un bref moment, Akaashi réussit à se persuader que tout était rentré dans l'ordre.

Malheureusement, la semaine qui suivit fut bien moins reposante. Il voyait et entendait des choses qui n'existaient pas et n'avaient aucun sens. Ces phénomènes étranges semblaient se multiplier au lieu de se résorber. Par miracle, Kageyama ne semblait rien remarquer. Akaashi, en revanche, était au bout du rouleau à la fin de la semaine.

C'était un vendredi en début d'après-midi qu'il avait rencontré Kiyoko. Kageyama discutait avec un autre groupe de policier sur le trottoir, et Akaashi l'attendait au volant de leur véhicule de patrouille.

Il inspira longuement et se tourna vers la silhouette qu'il apercevait très clairement dans la vitre de la voiture.

- Qui êtes-vous ?

La femme qui était à présent assise sur le siège passager affichait une expression d'un calme presque dérangeant. Akaashi faisait de son mieux pour ne pas laisser paraître son affolement, mais l'absurdité de la situation lui faisait serrer les poings inconsciemment.

- Kiyoko Shimizu. se présenta-t-elle. Mais je pense que la question est plutôt "où êtes-vous ?"

Akaashi chercha ne serait-ce qu'une once d'inquiétude ou de surprise dans les yeux bleus de Kiyoko. Pourquoi était-elle aussi calme ? Est ce qu'elle en savait plus que lui sur ce qui leur arrivait ? Faisait-elle simplement partie de ces gens capables de s'adapter à n'importe quoi sans jamais paniquer ?

- Vous n'êtes pas à Chicago. fut tout ce qu'il parvint à articuler.

Kiyoko secoua la tête.

- J'ai toujours habité à Séoul. Mais vu d'ici, c'est plutôt joli, Chicago.

Akaashi esquissa presque un sourire devant le ridicule de la situation. D'abord ce DJ londonien aux cheveux blancs, et puis cette femme venue de Corée ?

Il était en train de devenir fou.

- Et ça ne vous inquiète pas ?

Kiyoko le dévisagea d'un air indécis avant de déclarer :

- Je pense qu'on peut se tutoyer. J'ai le sentiment qu'on risque de se voir beaucoup plus souvent, maintenant.

Akaashi fronça les sourcils.

- Comment tu peux en être aussi sûre ? Tu comprends comment ça marche ? Combien est-ce qu'on est ?

Mais avant qu'Akaashi ait pu lui poser toutes ces questions, Kageyama ouvrit la porte de la voiture. Et aussi brutalement qu'elle était arrivée, Kiyoko disparut.

Akaashi posa son front contre le volant avec un soupir. Il n'y avait plus de doute à avoir – le manque de sommeil n'avait définitivement aucun lien avec ce qui lui arrivait.

SEOUL

Kiyoko fixa un point à l'horizon, là où les immeubles de Chicago venaient de s'estomper, laissant à nouveau place au balcon de son appartement à Séoul.

Son intuition avait été la bonne. Elle n'avait pas imaginé cet homme dans son jardin.

Akaashi avait l'air de gérer la situation très différemment. Elle avait ressenti la tension qui l'animait, comme si ses angoisses à lui étaient devenues les siennes.

Kiyoko avait décidé d'accepter que quelque chose avait changé. Ce quelque chose était pour l'instant indéfinissable, un phénomène qu'ils n'étaient pas encore en mesure de comprendre.

Elle restait persuadée que peu importe ce qui arrivait, cette connexion qui s'était établie entre eux n'était pas une chose négative. Il lui avait toujours semblé qu'il lui manquait quelque chose, qu'elle était déconnectée du monde sans vraiment comprendre pourquoi.

Peut-être qu'au fond d'elle, Kiyoko avait toujours su que ce moment arriverait. Pourquoi en avoir peur ? Pourquoi ne pas en tester les limites, en découvrir les possibilités ?

Qu'est-ce qu'ils avaient bien à perdre à essayer ?

Assise sur les marches du temple, Kiyoko retira ses lunettes pour les essuyer. Les contours du monde s'estompèrent. Pour une raison qui lui échappait, cette sensation l'avait toujours apaisée. On lui avait souvent dit que c'était une manie assez étrange – pourquoi serait-elle apaisée par le fait de ne plus discerner ce qui l'entourait ? Ces gens-là ne pouvaient pas imaginer la légèreté qui s'emparait d'elle à chaque fois qu'elle les retirait. Est-ce que c'était vraiment important, au fond, de tout voir comme les autres ?

Et si ce qu'elle était la seule a voir lui suffisait ?

Kiyoko n'avait pas pour principe de craindre ce qu'elle ignorait. Et si ce qui lui arrivait était loin d'être comparable au fait de retirer ses lunettes, le principe était le même. Elle n'avait pas peur de grand-chose – et cette étrange connexion psychique n'en ferait certainement pas partie.

Tout ce qu'elle ressentait, c'était l'intime conviction que tout ce qui lui arrivait avait un sens. Il ne tenait qu'à elle de le découvrir.

LONDRES

Bokuto referma la porte de l'appartement aussi délicatement que possible pour éviter de réveiller Konoha et Shirofuku. Il termina d'enfiler sa veste sur le seuil de l'immeuble et s'élança dans la rue. Pour une fois, le soleil avait daigné réchauffer les rues de Londres en cette fin de matinée.

Il avait prévu de faire une balade pour s'aérer la tête après son étrange vision de la veille, et éventuellement d'aller chercher à manger pour Shirofuku, Konoha et lui.

Bokuto sursauta à peine en remarquant une silhouette qui marchait à ses côtés, les yeux écarquillés. C'était une femme de petite taille dont les cheveux blonds étaient coupés au carré, et elle était habillée bien trop légèrement pour le climat.

- Salut ? hésita t-il.

- Hey ! répondit-elle en se tournant vers lui. Je m'appelle Saeko !

Bokuto avait rarement rencontré des gens avec une poignée de main aussi énergique.

- Bokuto. T'as pas l'air d'être du coin, je me trompe ?

- Ça dépend, on est où exactement ?

Bokuto sourit.

- Londres.

- On est à Londres ? s'exclama-t-elle. Genre Londres…Harry Potter ? La reine d'Angleterre ?

Il éclata de rire.

- Exactement !

Saeko se mit à courir le long du trottoir, s'extasiant sur le moindre lampadaire qui traînait dans son champ de vision. Bokuto dut lui courir après pour ne pas la perdre de vue. À l'instant où il s'apprêtait à l'arrêter en lui touchant le bras, Londres disparut. Il se retrouva au milieu d'une maison en tôle où régnait un bazar indescriptible. L'air se fit soudain bien plus chaud et il suffoqua sous son manteau.

- Qu'est-ce que…

Saeko se gratta le menton.

- J'ai déjà eu cette sensation. Hier soir. J'ai vu un type qui n'était pas vraiment là. Et toi… tu ne l'es pas non plus, si ?

- Euh, on est , maintenant ? s'inquiéta Bokuto.

- Nairobi, déclara Saeko avec un grand sourire.

Elle secoua la tête comme si elle avait du mal à y croire.

- Il se passe un truc pas net. Je sais pas trop quoi, mais ça me plaît pas mal !

Bokuto se mit à rire malgré lui. Étrangement, il lui semblait que l'humeur de Saeko déteignait sur lui.

- Tu vis avec tes parents ? lui demanda-t-il en observant sa maison.

Le canapé et les lits étaient recouverts de draps aux motifs multicolores et une planche à repasser était repliée contre un mur. L'endroit était sommaire, mais accueillant.

- Non, juste avec mon frère. Ils habitent un peu plus loin. On est tranquilles.

- Ça doit être chouette d'avoir un frère, fit remarquer Bokuto. Je suis tout seul, moi.

Saeko lui donna une grande tape dans le dos. Il manqua de s'étrangler.

- Je peux être ta sœur aussi, si tu veux !

- Cool ! s'exclama Bokuto. Une super sœur télépathique.

- En parlant de télépathie, t'as rencontré d'autres gens comme moi ? J'ai croisé un type hier soir, mais je n'ai pas eu l'occasion de lui parler.

Londres réapparut brusquement autour de lui quand un passant le percuta dans la rue. Bokuto eut à peine le temps de distinguer son visage.

- Hé ! lui cria Saeko. Ça fait mal, crétin !

Bokuto plissa les yeux.

- Toi aussi, il t'a bousculée ?

- J'ai l'impression que si quelqu'un te fait mal, ça me fait mal à moi aussi.

- Moins cool, soupira Bokuto.

- Ouais, c'est clair. Mais bon, tant qu'on est là, tu me fais visiter ?

Le DJ hocha vigoureusement la tête.

- Bien sûr !

- C'est loin, Big Ben ?

- Euh, un peu, mais on peut prendre le métro…

Bokuto mettait tant d'attention à répondre aux mille et une questions de Saeko qu'il ne remarqua pas les regards curieux qu'il s'attirait.

TOKYO

Iwaizumi prenait la tension de son deuxième patient de la matinée quand il vit un homme en peignoir se matérialiser dans sa salle de consultation. Il cligna des yeux.

- Hé. Qu'est-ce que tu fais là ?

L'homme au peignoir sursauta. Il avait le même air que s'il s'était échappé de l'aile psychiatrique de l'hôpital, mais au moment où Iwaizumi croisa son regard, il sut immédiatement que le phénomène de la veille était en train de se reproduire.

Il n'était pas vraiment là.

Tout ça se passait dans sa tête.

Et pourtant.

Ils se dévisagèrent pendant ce qui lui sembla être une éternité avant que l'autre ne se décide à hausser les épaules.

- Ah ? J'en sais rien.

Pendant ce temps-là, le patient d'Iwaizumi restait curieusement calme, comme s'il n'avait pas remarqué sa présence.

- Et vous êtes ? soupira Iwaizumi, perplexe.

Il pouvait s'estimer heureux que son patient soit sourd. Il ne savait pas comment il aurait expliqué à qui il parlait, sinon.

- Qui je suis ? s'offusqua l'autre. Ça t'arrive de regarder la télévision de temps en temps ?

- J'ai pas de temps à perdre, s'impatienta Iwaizumi. Votre nom.

L'homme au peignoir croisa les bras.

- Oikawa Tooru.

- Et je devrais vous connaître parce que.. ?

Oikawa fit une moue choquée.

- Laisse tomber !

Il se pencha vers Iwaizumi pour observer le badge épinglé à sa blouse.

- Docteur Iwaizumi Hajime, hein…J'ai qu'à t'appeler Iwa-chan, ça fera l'affaire.

- Je te le déconseille, marmonna Iwaizumi entre ses dents.

Il fit signe à son patient de se relever.

- Je vois pas de quoi tu t'inquiètes, il est sourd et c'est évident qu'il ne peut pas me voir. ricana Oikawa.

En se rasseyant à son bureau, Iwaizumi haussa les sourcils.

- C'est pas une raison. Et pourquoi je te vois, moi ? Qu'est-ce que j'ai fait au ciel ?

- Comment tu veux que je le sache ? Je suis acteur, pas détective.

Iwaizumi ne lui adressa pas un mot de plus. Son patient le regardait déjà d'un drôle d'air. Il en saurait plus en temps voulu. Peu importe ce qui était en train de se passer, ça ne devait en aucun cas impacter sa vie professionnelle.

Lorsqu'il releva les yeux de son écran pour tendre son ordonnance à son patient, Oikawa avait disparu.

Iwaizumi congédia son patient et croisa les mains sous son menton, appuyé sur la surface vitrée de son bureau. Il avait beau être sceptique à l'idée que ce qui lui arrive ne soit pas le fruit de son imagination, il était forcé de reconnaître que tout ça avait l'air bien réel.

Iwaizumi sentait que sa vie avait été irrévocablement changée. Il avait eu l'impression que sa connexion avec Oikawa était naturelle, comme s'il avait connu cet imbécile dans une autre vie. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui avait entraîné sa connexion à ces personnes qu'il n'aurait jamais dû rencontrer, mais il sentait qu'elle pourrait se révéler aussi fascinante que dangereuse.

OSAKA

- Oikawa, arrête un peu de bouger. C'est la deuxième fois que je dois refaire ton maquillage.

L'intéressé sortit immédiatement de ses pensées. Il ne cessait de repasser les récents évènements en boucle dans sa tête. Qui étaient ces gens qu'il ne cessait de voir aux moments les plus aléatoires ?

Oikawa essayait de se concentrer sur son film, bon sang.

Il était inutile de nier ce qui s'était passé : Il n'avait certainement pas imaginé sa conversation avec le médecin, quelques heures plus tôt.

- Encore, Oikawa ?

Oikawa serra les dents en reconnaissant la voix de Yahaba, son agent. Il allait encore se faire remonter les bretelles.

Yahaba désigna son maquillage en piteux état.

- On dirait à peine une blessure. Comment tu veux que ça ait l'air réaliste, si tu ne restes pas tranquille ?

- Désolé. Je suis un peu nerveux.

Le maquilleur marmonna dans sa barbe.

- C'est pas une raison pour gesticuler dans tous les sens, enfin !

Oikawa soupira, ce qui était sa manière de dire « cause toujours ».

Son regard vagabonda de l'autre côté du plateau. Toujours aussi sublime, peu importe le costume qu'elle portait – selon les critères hétérosexuels de la pièce, bien entendu - Misaki lui fit un discret signe de la main, depuis sa chaise au bord de la scène. Oikawa répondit par un hochement de tête plutôt sec. Yahaba lui donna un coup de coude.

- Quoi ?

- T'abuses, Oikawa. Tu pourrais au moins faire semblant de l'apprécier. T'es un acteur. C'est ton job, tu vois ?

- Ouais, ouais.

Oikawa ne put réprimer un sourire au vu de l'expression courroucée de Yahaba. C'était plus fort que lui, rien ne l'amusait plus que de le faire sortir de ses gonds.

Lorsqu'on le lui avait présenté, il avait été loin de s'imaginer qu'il pouvait être aussi sévère.

Yahaba était toujours bien coiffé – comme un premier de la classe - et tiré à quatre épingles. Oikawa s'était figuré qu'il pourrait le mener en bateau comme bon lui semblerait, histoire d'avoir la paix, et bon sang, ce qu'il avait été naïf. De plus, il avait commencé par vexer Yahaba en lui demandant – à juste titre, nom de dieu – s'il était majeur.

- J'ai vint-cinq ans. avait-il sifflé.

Soit deux ans de moins qu'Oikawa. Ça ne l'avait jamais empêché de lui donner des ordres comme s'il était son père.

Oikawa ne regrettait nullement de l'avoir choisi, même s'il l'empêchait un peu trop de tourner en rond à son goût. Yahaba était de loin le meilleur agent qu'il avait eu jusque là.

- Arrête de faire ta diva et bouge-toi. T'as intérêt à assurer.

Oikawa lui fit un clin d'œil.

- Tu me connais.

Il en fallait bien plus que quelques phénomènes étranges et un médecin incroyablement sexy pour lui faire oublier son texte.

TOKYO

Kenma s'efforçait de rester calme. Il se considérait généralement comme quelqu'un de plutôt posé – certes, il ne fallait pas le pousser à bout, mais il avait toujours réussi à prendre les choses avec calme plutôt que de paniquer.

Ce qui lui arrivait était sans comparaison avec tout ce qu'il avait pu vivre jusque là. Il voyait sans arrêt des gens qui n'auraient pas dû être là et se retrouvait à des endroits qu'ils n'avait jamais visités, ressentait des émotions dont il n'avait aucune idée de la provenance.

C'était épuisant, terrifiant et par-dessus tout, incompréhensible.

Kenma voulait des réponses. Aussi, quand Kuroo partit faire une course, l'après-midi qui suivit le jour de sa première vision, il se cala confortablement dans son fauteuil en faisant en sorte d'être le plus détendu possible.

Il allait attraper l'un d'entre eux et lui forcer à lui expliquer ce qui se passait.

Les yeux fermés, Kenma se sentait vaguement ridicule. Il n'avait aucune idée de ce qu'il était censé faire. Psalmodier « esprit-est tu là ? » en priant pour que Kuroo ne revienne pas plus tôt que prévu ?

« Sérieusement. »

Kenma tâcha de se souvenir de ce qu'il avait ressenti avant de faire la rencontre d'Oikawa. Aucun phénomène spécial n'avait précédé sa vision. Il s'était juste retrouvé en face de lui, comme s'il était connecté à son esprit. Tout ça était tellement ridicule.

« Concentre-toi, Kenma. »

Il tâcha de visualiser ce que pouvait être cette connexion. C'était un peu comme marcher dans le noir en attendant que quelqu'un réponde à son appel, comme tendre une main en espérant que quelqu'un la saisirait.

Le changement s'opéra si brutalement que Kenma sursauta. Il ne restait nulle trace de son magasin, ni même du fauteuil sur lequel il s'était trouvé.

Comme s'il avait senti que Kenma l'appelait, un homme avait surgi en face de lui, l'air aussi désorienté que l'avait été Oikawa Tooru. Il portait une blouse de chimie et ses cheveux blancs étaient parfaitement coiffés. Kenma lui trouva un air doux, malgré ses sourcils froncés.

- Sugawara Koushi, murmura-t-il. Tu m'as…tu m'as appelé ?

Kenma ne prit pas la peine de se présenter et attendit que l'atmosphère change autour de lui. Si ses hypothèses étaient justes, ils partageaient les mêmes sensations et pouvaient donc observer à travers les yeux des uns et des autres.

- Kozume Kenma, finit-il par répondre. Et oui, en quelque sorte.

Il fit quelques pas dans la pièce et observa les caractères écrits sur une solution chimique. C'était l'alphabet chinois. Kenma tenta de calmer les pulsations furieuses de son cœur. Il ne devait pas céder à la panique. Il voulait comprendre ce qui leur arrivait.

- Chimiste ?

Sugawara hocha la tête. Avant que Kenma n'ait le temps de lui poser une autre question, la porte s'ouvrit brusquement derrière lui. Une femme essoufflée apparut sur le seuil, ses cheveux courts ébouriffés par sa course. Elle passa devant Kenma sans le voir.

- Ah, Suga, je te cherchais ! Je dois rentrer plus tôt, maman ne se sent pas bien. Ne m'attends pas pour partir, d'accord ?

Suga hocha la tête, son regard glissant de Kenma à son interlocutrice.

- D'accord, Yui. À ce soir, alors.

Yui s'avança vers lui d'un pas presque hésitant et lui planta un baiser sur la joue, après quoi elle repartit aussi vite qu'elle était arrivée, comme si elle avait un train à prendre. Kenma avait horreur des gens constamment pressés.

- Qui c'était ?

- Ma future femme. déclara Sugawara avec l'ombre d'un sourire, en se passant une main dans les cheveux.

- Oh.

« Je ne l'aurai pas deviné » se retint-il d'ajouter. Si Sugawara ne le lui avait pas précisé, il aurait pensé qu'il s'agissait de sa meilleure amie ou même de sa sœur.

Mais peu importait. Il n'avait pas à se mêler de ses affaires, et pour être honnête, ça ne l'intéressait pas plus que ça. Chacun ses problèmes. Il ne comptait pas non plus parler à Sugawara de son béguin ridicule pour son Kuroo. Ils avaient plus urgent à discuter.

- Je travaille dans un magasin d'électronique avec mon meilleur ami, expliqua Kenma. À Tokyo.

Le magasin en question réapparut autour d'eux comme si ses mots avaient déclenché leur retour à Tokyo. Sugawara fit un tour sur lui-même pour tout observer : les rainures du plafond, les unités centrales immenses protégées par des armoires vitrées, le plan de travail où Kenma avait laissé traîner une foule de composants électroniques. Là où l'odeur aseptisée du laboratoire avait fait disparaître l'atmosphère familière de son univers, Kenma sentit à nouveau l'odeur si particulière des moteurs de son ordinateur, combinée à celle du ramen que lui et Kuroo mangeaient beaucoup trop souvent pour que ça en soit bénéfique à leur santé.

- C'est incroyable, souffla Sugawara. Je ne suis jamais allé au Japon.

- C'est sûr que ça réduit les frais de voyage, répondit sèchement Kenma.

Sugawara laissa échapper un rire léger. Kenma plissa les yeux.

« Qu'est-ce qui le fait rire ? Il n'a pas conscience de l'absurdité de cette histoire, ou quoi ? »

- Je ne comprends toujours pas comment ça fonctionne.

Sugawara haussa les épaules, l'air confus. Il dégageait quelque chose de spécial, comme une sorte de naïveté presque attendrissante. Presque.

- J'ai accepté l'idée que je ne suis pas devenu fou. dit-il à Kenma. Toi et moi, on est des personnes réelles. Tu existes, et j'existe aussi. J'ai…juste l'impression qu'on est plus des personnes comme les autres, c'est tout.

- C'est assez bien résumé, soupira Kenma.

- Combien on est, à ton avis ? Je n'ai rencontré que toi et une fille coréenne, hier matin.

Kenma enroula une mèche de ses cheveux autour de son index, comme il avait tendance à le faire quand il réfléchissait. Il se sentait de trop, habillé d'une manière aussi décontractée dans le laboratoire de Sugawara. Le fait de savoir que personne à part lui ne le voyait n'y changeait rien.

- Je pense que nous sommes huit. Mais on ne pourra en être certains qu'une fois que tu les auras tous rencontrés.

- Huit ? s'exclama Sugawara. C'est pas possible…Comment ça se fait que tu en aies déjà vu sept ?

- Je suis observateur. répondit Kenma. Et tu es la première personne à qui je parle.

Il y réfléchissait constamment depuis sa rencontre avec Oikawa la veille. Il avait compté les reflets dans les miroirs et scrupuleusement retenu la physionomie de chacun d'entre eux.

Peu importe ce qui se passait, il en comprendrait le fonctionnement.


"Someone comes into your life
It's like they've been in your life forever"

Demi Lovato, Heart by Heart.


Je n'ai qu'une chose à dire : in japan we don't say "i love you", we say "you shoud have come to shiratorizawa" and i think that's beautiful

J'espère que ce chap vous a plu (et donné envie de commencer Sense8) et à la semaine prochaine ? I sure hope so

Aeliheart974