Remerciement spécial à narutine et MicroFish pour leurs commentaires, ça m'a fait très plaisir. J'espère que ce chapitre vous plaira autant.

Bonne lecture !


Chapitre 2 : White Oak

L'adrénaline de la chasse. Le sang de Dean parcourt ses veines à toute vitesse. Ses yeux sont dilatés, son regard fou. Il aime ça. Il est bon à ça, très bon même. La tête vole à travers le champs. Dean fait craquer son cou, lentement, avec délice.

« Je te l'avais bien dis saleté. Faut toujours croire un Winchester. »

Impitoyable. Le corps s'effondre à ses pieds. A cet instant il est lui même, maître de ce qu'il se passe, en contrôle total. Il a été élevé pour ces moments là ou tout se résous, ou les bonnes gens peuvent à nouveau dormir tranquilles. L'aboutissement de la traque, des heures de recherches ennuyeuses (le boulot de Sammy ça).

La mise à mort, la fin de la menace. Pour un temps, les monstres retournent dans leurs tanières. Avant que tout ne recommence. Finalement la chasse est sans fin. Dean se trouve bien philosophe aujourd'hui. Il secoue la tête et attrape le corps. Ce vampire est énorme, une horreur bien loin des monstres romantiques d'Anne Rice. Si elle savait ! Dean sourit, comparant dans sa tête tous ces bouquins bien loin de la réalité. La réalité fait trop peur. Et c'est le rôle des Winchester de lutter pour que d'autres vivent insouciants, inconscients de leur chance. Le cadavre sans tête ne rentre pas dans le coffre de l'Impala.

« Me voilà bon pour une petite partie d'Evil Dead. Ash donne moi ta force !»

Sam l'appelle alors que la hache vient enfin à bout du bras gauche de la créature. Le sang gicle à nouveau sur la veste de Dean.

« Sammy ? Tu as trouvé quelque chose ?

-Non, pas vraiment. Et toi ? Tu as pu coincer notre cible ?

-Ouais, Big Mama est toute à moi »

Il lance un regard blasé sur le bras gauche qu'il tient toujours dans la main.

« Tu crois que tu peux la faire parler ? On sait qu'elle est pas la seule dans la région, elle peut peut être nous aider à trouver le nid.

-Heu, je parierais pas là dessus. »

Dean dépose enfin le bras dans le coffre.

« Elle était pas vraiment coopérative si tu vois ce que je veux dire !

-Et toi ça va ? T'es pas blessé ?

-Non maman. Bon je raccroche, il me reste encore de la tambouille à finir. »

Un fois le corps entier séparé en petit morceaux, Dean prend le volant de l'Impala et part jeter les restes dans la rivière la plus proche. En chemin il croise un panneau annonçant la ville de White Oak. Pas mal comme bourgade, le diner du coin est loin d'être dégueu ! Dean se passe inconsciemment la langue sur les lèvres en repensant à son dernier burger.

Il fait bon, l'air est doux. Une fois le dernier sac balancé à la flotte Dean décide qu'une petite pause bière ne serait pas de trop. Il a besoin de penser. Qui aurai cru que penser serait si dur ? Il n'est pas l'intellectuel de la famille, ça c'est un fait. La bière descend doucement sa gorge. Assis sur le capot de sa voiture chérie, Dean se sent bien. Ne lui manque qu'une chose.

C'est à ça qu'il doit réfléchir. Depuis quelques temps, un certain temps en fait, même avant la mort de John, Dean pense un peu trop souvent à Sam. Voilà, son nom résonne dans sa tête. Sam, toujours Sam. Depuis tout petit, son rôle se résume à prendre soin de lui. Le boulot d'un grand frère quoi ! Normal, surtout vu leur situation familiale... Mais John n'est plus là, plus de papa pour l'aider dans son travail. La bière atterrit à ses pieds, vidée. Dean en attrape une autre dans la glacière. La décapsule. Sam... Son petit frère est devenu bien grand pourtant, il le voit bien. Mais comment se détacher d'un rôle qu'on vous a forcé à tenir toute votre vie ? Même si le petit Sammy le dépasse d'une tête, c'est toujours...

Son téléphone sonne. Il sait qui l'appelle. Ça ne peut être que lui.

« Sam ?

-Et ben qu'est-ce que tu fous ? T'es partis depuis plus de deux heures ! »

Dean jette un coup d'œil à sa montre.

« Ça va lâche moi la grappe, je rentre. T'es au motel ?

-Nope, au Sally's. Je crois que la serveuse ma drague.

-Par pitié Sam, comporte toi en homme pour une fois. Invite la à prendre un verre. »

L'humeur de Dean se dégrade. Mais assez d'auto-analyse pour aujourd'hui, il n'est pas vraiment du genre à « être à l'écoute de son corps et de ses sentiments ». Rien de pire que ces trucs new age.

« Inviter une serveuse à boire un verre. Classe. T'es pas au top de ta forme toi. Bon je te laisse. »

« Oui, laisse moi » Dean ajoute à part lui.

« A plus » et il raccroche.


Deux heures du matin. Dean est seul au motel. Il a froid.

« Ils connaissent pas la putain d'isolation dans ce bled ! ». Affalé sur son lit, la tête tournée vers le réveil, Dean est incapable de rien faire à part guetter l'heure.

« Mais qu'est-ce qu'il fait ! »

Sam n'est pas rentré. Dean se retourne sur le dos, tente de penser à quelque chose d'autre, ferme les yeux, les rouvrent, va au bureau parcourir rapidement quelques documents pour trouver une piste concernant leur affaire, sans succès, puis se pose rageusement sur un fauteuil. Il s'enfonce dans le coussin trop mou. Décidément rien ne va aujourd'hui ! Puis, enfin, il entend une clef tourner dans la serrure. Dans un réflexe stupide de gamin, il ferme les yeux d'un seul coup, simulant le sommeil. Sam entre dans la pièce. Il pue le parfum, Dean déteste instantanément cette odeur. Il avance à petit pas mal assuré vers le lit.

« Parfait, il est beurré en plus. C'est parfait ! » ce détail fini de l'énerver et il se lève d'un coup.

Sam sursaute violemment et tombe sur les fesses, à deux pas de son lit. Apercevant l'expression de son frère aîné, tout rouge de rage, Sam part dans un grand éclat de rire. Fou rire incontrôlable qui l'empêche de parler.

« Je … ! Tu … ! »

Dean ne sait pas quoi dire, ce qui accentue encore le comique de la situation pour Sam, incapable de s'arrêter de rire.

« Ah si tu pouvais voir ta tête ! Trop drôle ! »

Ces mots ont la vertu étrange de calmer Dean instantanément. Pas la peine de s'énerver contre un Sam saoul. Il se contente alors de redresser son frère et de l'aider à se mettre sous la couette.

« Espèce d'idiot va ! Tu vas regretter tout ça demain, tu sais à quel point tu tiens pas l'alcool. »

Sam écoute religieusement son grand frère, son fou rire enfin calmé. Dès que Dean tourne les talons, Sam s'endort. D'un seul coup, comme ça. Dean lui en veut un peu. Dire que lui n'a pas réussi à dormir parce qu'il s'inquiétait !

« Est-ce la vraie raison ? »

Faisant taire, enfin ! ses pensées, Dean put trouver un peu de repos. Il attendrait le lendemain pour interroger Sam sur sa soirée.


Les yeux de Sam pétillent littéralement.

C'est tellement agréable de le voir comme ça, détendu, heureux même ! Enfin enfant. Dean ne regrette pas une seconde son investissement, ce feu d'artifice maison est superbe. Le sourire qu'il adresse à son petit frère est bien épanoui lui aussi. Le regard de Sam, est joyeux, mais surtout pétri de reconnaissance pour cet instant. Il n'oubliera jamais ce que son grand frère a fait pour lui, en ce jour de son anniversaire.

Rien ne peut rendre plus heureux un gamin de 12 ans que de voir une tonne de trucs éclater en l'air. Et tant pis si les couleurs chatoyantes lui brûlent un peu la rétine, tant pis si les tonnerres qui se déchaînent abîment ses tympans, cet instant est un pur délice.

« Joyeux anniversaire Sammy. »

Sam se tourne vers lui, étourdi par tous ce grabuge. Il a l'air sonné, un peu idiot. Dean est tellement incroyable ! C'est ce que pense sincèrement le petit Sam. Il ne peut pas savoir qu'il changera grandement d'avis plus tard, passant plus de temps à se disputer avec lui qu'à l'admirer. Du moins en apparence.

Le dernier feu éclate, illumine le ciel d'un magnifique halo bleuté avant de disparaître progressivement. Dean soupire, regarde Sam.

« La fête est fini. Viens, faut qu'on retourne au motel, papa va pas tarder. »

L'humeur de Sam s'assombrit immédiatement. Dean voudrait que ce ne soit pas aussi flagrant. Il est vrai que John n'est sans doute pas le père du siècle, mais il fait de son mieux. Pas évident au vue des circonstances.

Dean aimerait que Sam s'en rende compte.


Le lendemain Sam n'est pas frais du tout, mais alors, pas du tout. Dean se réveille au bruit des vomissements de son petit frère.

« Ben alors Sammy, ça va pas ?

-Arg, ne crie pas ! Par pitié !

-Mais je ne criai pas. LA JE CRIE ! Tu saisis la différence ?

-Dean ! S'il te plait... »

Le pauvre Sam au teint cireux se rince la bouche dans l'évier, une expression de souffrance sur le visage.

« Jolies couleurs Sam, je savais pas que le jaune revenait à la mode.

-Mais fiche moi la paix, c'est pas possible ! »

Et Sam lui claque la porte au nez. Dean n'apprécie pas du tout. Il se retourne et allume la radio, volume maximum.

« Mais t'es une vraie plaie ! Éteins ça tout de suite ! »

Sam hurle depuis la salle de bain.

« Ah ! Content de voir que tu as retrouvé des forces Sammy ! » Hurle son frère en retour, avant de commencer à chanter à tue tête.

« Dean je te hais » murmure Sam, appuyé contre le lavabo, yeux fermés et sourcils froncés. Une ride de souffrance apparaît sur son visage. Un voisin de chambre a le malheur de venir se plaindre du bruit au même moment. Dean lui ouvre et lui décoche son regard assassin + +

« J'espère que c'est important ... »

Le pauvre balbutie quelques mots incohérents, évoquant vaguement la radio trop forte, avant de détaler à toute allure.

« Non mais sérieusement, je sais pas comment je te supporte, je dois être un surhomme, quelque chose comme ça »

Sam quitte enfin la salle de bain, se précipitant sur la radio pour l'éteindre.

« Ouais c'est sans doute ça. Oh mais quel héro ! » Dean imite à présent le hurlement d'une demoiselle en détresse « Au secours ! Viens me sauver super Sam, viens vite ! ».

Sam soupire lourdement, s'assit sur un des lits jumeaux, la tête entre les mains. Dean est déchaîné, la journée s'annonce longue et difficile. En effet, Dean préfère lui en faire baver toute la journée plutôt que de lui reprocher sa majestueuse cuite.


Dean est sous la douche.

« Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? »

Aujourd'hui Dean a du vague à l'âme. Comme un poids sur le cœur. Il ne sait pas vraiment pourquoi. Le fardeau sur les épaules, ça il connaît, plutôt bien même, mais jusqu'à maintenant ça ne lui était jamais descendu dans la poitrine. L'eau chaude fait du bien, soulage un peu.

Tandis qu'il savonne son torse zébré de cicatrices, de vieux souvenirs lui remonte en mémoire. Cette marque en forme d'éclair, par exemple, que Sam a du lui recoudre une fois qu'ils en ont eu fini avec le plus gros loup garou qu'ils aient jamais vu. Il pense à Sam. Il essaie de se rappeler lequel d'entre eux est le plus marqué. Difficile à dire. Il sourit doucement en tombant sur la cicatrice en demi lune qui barre sa hanche. Celle là il ne l'a pas obtenu en combattant un monstre, mais en prouvant à Sammy qu'il pouvait tout à fait marcher sur un mur de deux mètres de haut sans risquer quoi que ce soit. John n'avait pas spécialement apprécié. Juste à coté la marque de la pointe d'une lame tenue par un spectre et déviée à la dernière seconde par Sam. Difficile de ne pas reconnaître là la qualité de leur travail d'équipe. Dean ne l'avouera jamais, mais son frère lui a très probablement sauvé la vie ce jour là.

Ce sont des souvenirs de douleurs, c'est sûr, mais d'autres choses aussi. Une sorte de complicité dans le sang peut être ? Non, ça sonne vraiment trop malsain, même pour eux. Dean refuse d'y penser de cette manière. Il fait glisser ses doigts sur toutes ces marques. Il ne les détestes pas, ne les aiment pas non plus. Ça fait partie de lui voilà tout.

Leur histoire est gravée sur sa peau. Qui peut en dire autant ?


Sam avance prudemment, tous les sens en éveil. Cette fois il joue gros.

La forêt est calme comme jamais, le manteau de neige qui la recouvre étouffe également tous les bruits habituel. Sam ne voit que du blanc, partout du blanc. Il évite de fixer le sol de peur de perdre un peu de son acuité visuelle. Attention à ne pas sous estimer son adversaire ! Il sait qu'il doit être au maximum de ses capacités pour espérer pouvoir le vaincre.

Il souffle doucement. Sa respiration se change en fumée dans l'air froid. Sam adore ça. Tout est plus pur sous la neige. Il observe un instant le vol d'un rapace dans le ciel. Il voudrait être aussi libre que lui.

C'est le moment que choisit Dean pour surgir hors de sa cachette. Il bondit comme un diable hors de sa boîte et bombarde Sam. De boule de neige. Sam rage, il s'est fait avoir comme un bleu ! Pour essayer d'éviter les projectiles il se lance sur son frère de toute ses forces. Dean et lui roulent au sol, essayant chacun de prendre le dessus. Dean s'esclaffe quand Sam laisse échapper un cri de guerre. Le petit Sam prend les choses au sérieux !

Mais Dean a toujours quatre ans d'avance sur lui et le maîtrise rapidement. Il appuie de ses deux mains sur la tête de Sam, lui enfonce dans la neige.

« Mange, petit frère, ça t'apprendra à me défier ! »

Deux heures plus tard ils sont de retour au motel. John n'est pas là, partit en repérage, comme d'habitude. Sam boude. Il a beau être fier de ses 17ans, pour certaine choses il reste encore un enfant. Dean trouve ça plutôt rafraîchissant. L'ambiance familiale n'a pas entièrement déteint sur lui.

Sam est un peu différent et Dean aime ça.


Sam est encore avec la rousse. Dean le sait, Dean le sent. Vanessa, Béa, Maria … Dean ne se rappelle pas. Quelque chose avec un « a » à la fin ... Mais peu importe son nom ! Il renifle bruyamment, appelle son frère pour la troisième fois. Il ne répond toujours pas, le traître ! Dean peut bien crever, se faire dévorer par tous les monstres de la terre, Sam considère qu'il y a plus important. De rage, il jette son portable à l'autre bout de la pièce. Et merde ! Ils sont sur une affaire, pas le moment de batifoler ! Il ne réalise même pas sa mauvaise foi.

Sam jette un coup d'œil sur son portable. Dean évidemment. C'est la troisième fois qu'il essaie de l'appeler. Sam commence à en avoir marre, pas possible de passer une soirée tranquille. La rouquine assise en face de lui lui sourit doucement. A peine deux semaines qu'il la connaît et étrangement ses sourires timides l'apaisent. Il éteint son portable. Dean peut attendre.


Sam fait un cauchemar. Encore.

Dean s'en veut un peu. Avec sa mauvaise humeur dernièrement il ne lui facilite pas la vie. Pourquoi est-ce qu'il n'arrive pas à le laisser profiter tranquillement de ses rares moments de détentes ? Sam s'agite, gémit. Il est plein de sueur. Le front plissé par l'angoisse, les doigts agrippés de toute ses forces aux draps du lit. Il se tord comme un dément, les larmes aux yeux. Sa respiration est chaotique. Dean va s'asseoir à coté de lui, tente de le calmer, lui maintient la tête entre ses mains.

« Chut Sam, ça va, ça va. »

Il a l'habitude des terreurs nocturnes de son petit frère. Depuis plusieurs années maintenant elles le hantent, surgissant de temps en temps, sans jamais s'annoncer. Certaines nuits Dean doit le plaquer contre son lit pour éviter qu'il ne se blesse. Mais ce soir la crise passe vite, Dean n'a même pas besoin de le réveiller, Sam se calme doucement. Il retombe dans un sommeil paisible et laisse Dean songeur, toujours assit à ses cotés. Il remet doucement une mèche de cheveux derrière l'oreille droite de son petit frère sans que celui ci ne moufte. Mis a part ses problèmes de cauchemars, Sam a toujours eu le sommeil profond, Dean est un peu jaloux.

Sam a l'air en paix à présent, le visage détendu. Parfois Dean voudrait pouvoir savoir ce qui se passe dans cette tête. Si proche de lui, mais en même temps si loin... Est-ce normal de vouloir disséquer les rêves de son frère ? Dean trouve qu'il se demande un peu trop souvent s'il agit normalement ou pas vis à vis de Sam. De toute façon que peut il y avoir de normal dans la vie qu'ils mènent ? Il attrape un mouchoir et essuie la sueur du front de Sam. Il se sent torturé. Pourquoi la simple vision de son frère endormi le perturbe ainsi ? Dean est fatigué.

« Dors bien Sammy. » et il lui caresse rapidement la joue avant de retourner se coucher dans son lit.

Il aurait voulu rester auprès de Sam toute la nuit. Mais ça ne se fait pas.


Sam est en train de l'embrasser. Le petit frère pudique se laisse emporter. Il n'aurait jamais osé faire ce genre de chose quand John était encore là. Dean n'apprécie pas.

Quand Sam daigne enfin lâcher sa bien aimée et se diriger vers l'Impala, Dean regarde du coté opposé. Il préfère faire comme s'il n'avait rien vu.


« Toujours rien ? »

Dean est penché sur son frère, il essaie de lire par dessus son épaule ce qu'affiche l'ordinateur.

« Non Dean. Et tu m'as posé la même question il y a moins d'une minute. Je n'avance pas si vite que ça.

-C'est ce que je vois. »

Le ton de Dean est cassant. Sam se tourne vers lui, un peu surpris. Dean est de mauvais poil. Encore.

« Tout va bien ?

-Comment ça tout va bien ? Bien sur que non tout ne va pas bien ! Je te signale qu'on en est à trois maintenant ! Trois personnes vidées de leur sang pendant qu'on est là à pédaler dans la semoule !

-On fait de notre mieux Dean, calme toi

-Trois morts c'est trois de trop. Je te rappelle que c'est notre boulot d'éviter ça ! »

Sam soupire doucement. Dean n'est pas un cadeau ces derniers jours.

« Tout va bien ? » Voilà que Dean le singe maintenant ! Avec cette horrible voix de fausset que Sam déteste par dessus tout !

« Dean tout va bien ? » Puis l'aîné Winchester se met à grommeler dans sa barbe.

Sam est plutôt patient avec son frère. Il peut tout à fait comprendre que ce dernier se sente frustré par cette affaire qui traîne en longueur. Mais il n'y est pour rien. Il tente un petit regard discret dans sa direction. Dean a la tête appuyé sur une main, les sourcils froncés et une moue de gamin capricieux. Ok, là il boude carrément.

« On va trouver Dean. On trouve toujours. »

Dean tourne la tête vers lui, le dévisage froidement quelques secondes puis détourne le regard sans même daigner répondre. Super.


« Pourquoi j'ai l'impression que ton frère me déteste Sam ?

-Oh c'est rien. Il est de mauvais poil en ce moment. C'est pas contre toi.

-Ouais, ben n'empêche qu'il est encore en train de me fusiller du regard ».

Et elle lève son verre en direction de Dean, lui adressant un sourire désarmant. Pris sur le fait, il s'empresse de détourner les yeux. Arf, elle l'a bien eu cette fois ! Sa bière a soudain comme un arrière goût. La serveuse qu'il draguait ne lui semble plus aussi jolie. Est-ce des marques de moisissures qu'il aperçoit derrière le comptoir ? Quel bar pourri !

Sam rigole doucement.

« Mon frère est un idiot. »

La belle rousse est surprise par toute l'affection que Sam a mit dans cette simple phrase.


« Des cornichons ! Et puis quoi encore ?! Tu sais très bien que je déteste les cornichons ! »

Dean recrache sa bouchée et foudroie Sam du regard. Ces derniers temps il en faut vraiment peu pour qu'il s'énerve. Sam commence à en avoir assez.

« Écoute, si ton sandwich te plaît pas, t'as qu'a aller le changer, mais moi j'ai autre chose à faire. D'ailleurs je te signale que c'est toujours moi qui vais chercher la bouffe, feignasse. »

Dean écarquille les yeux. Aie. Cette fois Sam n'a pas eu le courage de calmer le jeu, Dean va vraiment exploser.

« Sam, si tu estime que commander un sandwich est trop compliqué, on peut peut être te faire passer des tests de QI. Parce que n'importe qui s'en sortirai mieux que toi !

-C'est bon, lâche moi t'es lourd.

-Je suis lourd ? Je suis lourd ! »

Dean balance son sandwich par la fenêtre de toute ses forces.

« Je te demande pas grand chose quand même ! Juste de me ramener de la bouffe de temps en temps! C'est pas la mort si ?»

La moutarde monte au nez de Sam. Marre de ces disputes de vieux couples !

« Mais tu vas te taire oui ! J'en ai marre de toi Dean ! C'est quoi ton problème ? Arrête un peu de te comporter en parfait imbécile !

-Ne me traite pas d'imbécile! De la part d'un idiot comme toi, c'est un comble ! »

Les deux frères se font face, à deux doigts de se jeter l'un sur l'autre.

« De toute façon j'en ai assez de te supporter, je sais pas ce qu'il se passe dans ta tête mais j'ai pas à subir ça. Je me tire. »

Et Sam se dirige fermement vers la porte, bien décidé à quitter cette atmosphère étouffante.

« T'aura qu'a m'appeler quand tu te sentira plus calme.

-Compte là dessus ! »

Sam s'arrête et se retourne une seconde, atterré par le comportement de son frère aîné.

« Je ne sais pas ce que c'est, mais il y a vraiment un truc qui cloche chez toi en ce moment.

-C'est ça, merci pour ce commentaire Nostradamus ! »

Sam claque la porte et Dean se sent soudain très bête.

« Imbécile ! »

Il grommelle dans sa barbe quelques minutes, tourne en rond dans la pièce et fini par s'avachir sur un fauteuil. Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? Qu'est-ce qu'il cherche à prouver ? Dean se gratte le haut de la tête, contrarié.

Pourquoi est-ce qu'il n'arrive plus à se comporter normalement avec Sam ?


Dean fait la tête. Pour changer. Sam finirai presque par s'y habituer. Mais il commence plutôt à sérieusement s'inquiéter. Ce n'est pas normal. Il se passe quelque chose dans la tête de son frère et il n'arrive pas à savoir quoi. Voilà plusieurs fois qu'il l'interroge le plus délicatement possible, mais Dean ne fait que se refermer encore plus sur lui même. C'est comme si de sombres nuages planaient en permanence au dessus de lui. Sam ne sait plus vraiment quoi faire.

« Là ! » Dean crie soudain, sortant violemment Sam de ses pensées noires.

Il arrête immédiatement l'Impala sur le bord de la route et se jette à la poursuite de l'ombre qu'il a entre-aperçue.

« Dean attend ! »

Mais trop tard, son frère s'éloigne déjà à pleine vitesse. Sam jure et se précipite à sa suite. Il fait nuit noire, Dean est fou de s'élancer comme ça sur le territoire de leur proie ! Sam ne doit pas le perdre de vue, son frère semble en état second, absorbé par la chasse. Et en effet, Dean ne pense qu'à la mise à mort et au sentiment de satisfaction que ça peut lui apporter. Il en a désespérément besoin, de ce moment de bien être que lui procure toujours la sensation de travail bien fait. Il s'élance au mépris de toute prudence. Les bois sont si sombres, à peine éclairés par un petit morceau de lune. Sam pense perdre son frère cent fois, mais il le retrouve toujours au dernier moment, au détour d'un virage. Il court si vite ! Sam allonge la foulée, mais il sait très bien qu'il ne rattrapera jamais Dean à la course. Pourtant il essaie. Il entend soudain des bruits de lutte sur sa droite, immédiatement suivit d'un cri de satisfaction.

Sam déboule comme une furie, mais il est déjà trop tard. Dean se tient au dessus du cadavre de vampire, triomphant. Il exulte de joie, la tête du mort brandie au bout de son bras. Sam n'en revient pas.

« Dean ! »

Il semble enfin remarquer la présence de son petit frère.

« Regarde Sammy ! Celui là, je l'ai pas raté ! »

Sam est partagé. Dean a risqué bêtement sa vie.

« Tu aurais du m'attendre » grommelle-t-il doucement.

D'un autre coté cela fait longtemps qu'il n'a pas vu Dean aussi épanoui. Son frère est un chasseur, pas de doute là dessus, s'en est presque effrayant.


Il fait chaud dans ce bar. Dean aime bien ça. Ça et tout le reste, tout ce qui fait qu'un bar est un bar. Le vieux rock diffusé en boucle, le brouhahas des conversations, l'odeur de la bière et des cacahuètes, la fumée des cigarettes qui monte vers le plafond, le bruit des boules de billards qui se percutent, le bar qui colle un peu sous les verres. Et les jolies filles. Oh oui ! Dean a toujours apprécié les jolies filles. A 19ans, il n'en est plus à son coup d'essai !

Et sa proie actuelle, qui se tient juste là, devant lui, avec son petit top décolleté irrésistible, porte des santiags. Dean n'a jamais su dire non à une fille en santiags. D'ailleurs il ne prévoit pas de le faire un jour ! Cette fille est vraiment magnifique. Brune aux cheveux bouclés et aux yeux bleus. Dean est complètement sous le charme. Alors que la conversation s'engage, plutôt bien, entre eux (« et tu fais quoi dans la vie ? » « oh en ce moment je voyage beaucoup » « ah tu es une sorte d'aventurier alors ? » « oui on peut dire ça ») il jette un coup d'œil vers Sam.

Ça ne le dérange pas du tout d'emmener son petit frère de15ans dans un bar (c'est quoi le problème?) mais si Dean ne craint pas d'être une mauvaise influence, il redoute toujours le monstre qui peut se cacher dans l'ombre. Garder un œil sur Sam c'est un peu son mantra dans la vie. Bon là Sam ne subit aucune attaque de monstre. Par contre il fait la gueule. Clairement.

La petite brune note le froncement de sourcil. Le joli garçon semble complètement ailleurs soudain. Quelques secondes plus tard, quand il ramène ses yeux sur elle il a déjà l'air de s'excuser. Elle devine immédiatement la suite. Il soupire.

« Désolé, faut que je file. » et le beau parleur pose un billet sur le bar avant de se frayer un passage dans la foule vers son frère. Au bout de quelques pas seulement il a déjà tout oublié de la jolie brune. Il se laisse tomber sur la chaise à coté de Sam.

« Qu'est-ce qu'il se passe Sammy ? C'est quoi cette tête d'enterrement ? »

Sam fixe son coca d'un air absent. Dean remarque toutefois cette petite note de tristesse qui transparaît sur son visage.

« C'est rien Dean.

-Alors si c'est rien fait pas cette tête. On revient à peine de la chasse, et on s'en est plutôt bien sorti non ? Ça se fête ! » et Dean tend sa bière vers lui avec un clin d'œil.

« Il est temps que tu apprenne à boire comme un homme tu crois pas ? »

Sam laisse échapper un petit sourire mais sa mine reste sombre.

« Non merci Dean, pas ce soir. » et il repousse la bière vers lui.

Dean l'examine un moment en silence. Puis il demande à nouveau :

« Bon, vas y balance, c'est quoi le problème ?

-Le problème Dean, c'est toujours la même chose.

-C'est à dire ? »

Sam ne dit rien pendant quelques secondes, semble hésiter avant de finalement cracher le morceau :

« Il était pas si mal mon lycée... »

Dean comprend instantanément.

« T'es triste parce qu'on bouge encore ? Mais on a plus de raisons de rester, ce loup garou ne refera plus des siennes, on s'en est bien occupé. Vivement que tu finisse le lycée, ce sera plus simple ! L'école obligatoire, quelle plaie ! T'apprendrais 100 fois plus de trucs avec papa et moi, sur la route. La vraie vie quoi !

-J'aimais bien mon prof de français. Et les autres élèves étaient sympas. Pourquoi je peux jamais rester ? Je déteste pas le lycée comme toi Dean. »

Dean fixe son petit frère et sent pour la première fois de sa vie la profonde différence entre eux deux. Il se demande soudain s'il aurait préféré une vie normale, une enfance comme tout le monde. Finalement est-ce qu'il a réellement eu une enfance ? Et s'il avait pu choisir ? Mais de toute façon c'est trop tard maintenant. Et la question ne se pose pas, il a un travail à faire, un travail que peu de gens pourrait supporter. C'est à lui de s'en occuper. S'il ne le fait pas qui d'autres le fera ?

Sam fait tourner pensivement sa bouteille de coca entre ses mains. Dean ne sait pas trouver les mots pour le réconforter. Il peut le protéger physiquement des attaques extérieures, il peut tuer pour lui, mais il est bien incapable de trouver les mots pour l'aider à aller mieux.

« Je vois ... »

Tandis qu'il sirote doucement sa bière il pense soudain à quelque chose. Il affiche un grand sourire, donne un coup de coude à Sam et lui lance : « Tu veux apprendre un vrai truc Sam ? »

Il sort un jeu de carte de sa poche.

« Alors je peux t'apprendre le poker ! »

Sam lui rend son sourire, se détend un peu. Il sait que Dean ne comprend pas. Mais c'est pas grave, tant qu'il reste l'ennuyeux petit frère qui gamberge trop et que Dean l'accepte comme ça, Sam s'en fiche.

Dean est Dean, et Sam est ok avec ça.


Les roues de l'Impala crissent dans le parking du motel. Dean bondit littéralement de sa chaise. Enfin ! Il se précipite vers la porte d'entrée.

« Toi ! lance-t-il plein de colère vers Sam, toi je ne te pardonnerais jamais ! »

Il incendie son frère du regard et ignore royalement la jolie fille qui accompagne Sam. Dean s'agenouille devant sa voiture

« Oh bébé, je suis tellement désolé ! Je te laisserai plus jamais c'est promis ! » Il semble à deux doigts de l'embrasser.

« Ils ne t'ont rien fait au moins hein ? »

Il se met soudain à parcourir la carrosserie de ses doigts l'air inquiet, à la recherche du moindre point d'impact, de la moindre rayure.

« Ça va, t'en fais pas un peu trop là ? »

Sam ose se moquer de lui !

« Toi, la prochaine fois que tu emprunte ma voiture sans me prévenir je te jure que je te tue ! Tu peux me croire !

-Ouais tu peux toujours essayer !

-C'est moi qui lui ai demandé ! Ne vous disputez pas à cause de ça s'il vous plaît... »

La scène se fige soudain. La rousse vient de parler. Dean la toise un instant, l'évaluant ouvertement de haut en bas. A la fin de son examen il se contente de laisser échapper un reniflement de dédain. Il pointe le doigt vers Sam.

« Ne recommence jamais ça, c'est compris ? »

Et il leur tourne le dos rageusement.


De la jalousie. Cette fois il n'est plus permis d'en douter. Dean doit se rendre à l'évidence. Ce qu'il ressent à l'égard de cette rousse, c'est un puissant sentiment de jalousie.

Sam lui appartient ! À lui et personne d'autre ! Combattre cette émotion insensée est une lutte de chaque instant. Et Dean commence à craquer, il le voit bien. Cette fille ne le mérite pas, jamais de la vie ! Dean s'aperçoit seulement maintenant de l'affection si forte qu'il porte à Sam. Possessif. Le mot correspond assez bien.

Avec convoitise. Voilà de quelle façon il pense à Sam maintenant.

Il se prend la tête dans les mains, gémit doucement, à deux doigts de la rupture. Ce n'est pas bien ! Ce n'est pas bien ! On ne pense pas à son frère de cette manière ! Il se griffe la joue, se punissant inconsciemment et laissant trois marques rouges là où passent ses doigts.

C'est mal, très mal ! Cette fois l'eau chaude de la douche ne suffit pas à le calmer. Si John savait ! Si John pouvait se douter des sentiments de son fils aîné ! Quelle honte ! Dean essaie de se souvenir à partir de quel moment quelque chose s'est mis à clocher dans sa tête. A quel moment il a cessé de voir son frère de la même manière.

Quelle horreur ! Quelle erreur ! Cette envie qui lui brûle les entrailles ! Dean est en feu. Il regarde ses doigts et ne voit que des flammes qui montent de plus en plus haut. Il devient fou. Finalement Dean voudrait ne s'en être jamais rendu compte. C'est une vraie tempête qui s'abat sur lui, il ne sait plus comment gérer. Il est perdu.

En geste vain de protection, il croise les bras sur sa poitrine. Cette fois c'est son biceps qu'il égratigne sans s'en apercevoir, enfonçant ses ongles dans la peau. Il tente de refaire surface, de reprendre ses esprits et de penser de manière rationnelle. Après tout c'est peut être normal ? Une simple phase qui finira par passer. Une conséquence banale au fait qu'il ai passé sa vie à veiller sur son frère. Après tout ce qu'ils ont vécus ensemble, tout ce à quoi ils ont du faire face, à commencer par la mort atroce de leur mère. Forcément, ça créé des liens assez uniques...

Mais Dean sait que c'est faux. Le problème vient de lui et il n'y a absolument rien de normal dans tout ce qu'il ressent. Son poing fermé vient fracasser le mur en face de lui. Laisse un cratère assez impressionnant. Du sang s'écoule de ses phalanges. Dean semble plus calme l'espace d'un instant, fixe ce fluide vital qui s'échappe hors de lui.

Même là, Sam est présent. Dans chacune de ses gouttes de sang. Connectés à jamais par ce lien de parenté. Il l'a dans la peau.

Comment pourrait il bien se détacher de lui ?


Dean mène l'interrogatoire.

Pour une fois Sam le laisse faire. Il se sent étrangement fatigué, malgré ses nombreuses heures de sommeil. Il se soupçonne d'avoir encore fait des cauchemars. Mais rien à faire, le matin il n'arrive jamais à s'en souvenir. Il se demande si Dean a été réveillé. Il se demande s'il a encore tenté de le calmer, comme quand ils étaient petits. Il est un peu nostalgique de cette époque où il voyait Dean comme un véritable héro. C'est différend à présent, non ? Ils ont grandis. Sam n'est plus le petit dernier tout fragile qu'il faut protéger. En réalité il est même largement plus grand que son frère ! Alors pourquoi ce sentiment ? Cette étrange impression qu'il sera toujours le soucis numéro 1 de Dean ?

Sam fixe Dean. Il n'arrive décidément pas à se concentrer aujourd'hui !


Sam en est à sa quatrième série de pompes et Dean sent qu'il ne va pas tarder à prendre feu.

Le dos de son frère est parfait, tendu par l'effort, à peine luisant de sueur. Dean se dit qu'il est foutu, que l'enfer lui tend grand les bras pour cette simple pensée. Il se mettrait des claques. Mais pour l'instant il essaie juste de se concentrer très fort pour ne pas regarder Sam. Oublier ce fourmillement qui lui parcourt soudain le corps à toute allure. Oublier qu'il a du mal à même déglutir. Oublier qu'il doit oublier. Dean se sent malheureux. Son monde s'effondre et il ne peut rien y faire.

Il commence à avoir du mal à respirer, un poids énorme lui compresse la poitrine.

Sam en est à sa troisième série d'abdos.