Chapitre 2 : Invitation
Axel de Fersen descendit de la calèche puis tendit la main pour aider sa sœur à franchir la haute marche. Comme convenu, la jeune femme devait être présentée à la cour ce soir, au bal de Madame de Conti ; elle avait attendu cette soirée avec impatience… le colonel de Jarjayes serait sans doute présent.
FERSEN : vous êtes ravissante ce soir, ma chère sœur
SOFIA : vous êtes trop aimable… avez-vous prévu de voir la reine ce soir ?
FERSEN : comment ?
SOFIA : allons, vous croyiez cacher cela à votre petite sœur ? J'ai entendu la façon dont vous en parliez… seul un homme amoureux parle ainsi de la femme qu'il aime.
FERSEN : je vais vous expliquer…
SOFIA : il n'y a rien à expliquer, Hans, je vous aime et je ne veux que votre bonheur…
Sur ses mots, elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa un délicat baiser sur la joue de son frère.
SOFIA : allons nous amuser, Hans.
Le serviteur annonça : Monsieur le Comte Hans Axel de Fersen et Mademoiselle Sofia de Fersen.
Dès son entrée dans la salle de bal, Sofia chercha du regard le beau colonel. Elle finit par le repérer quelques minutes plus tard, après avoir été présentée à quelques connaissances de son frère.
SOFIA : Hans, n'est ce pas le colonel de Jarjayes qui se tient de ce côté ? Si nous allions le saluer ?
FERSEN : bien sûr, Sofia, Oscar est une personne charmante, j'espère sincèrement que vous deviendrez amies.
SOFIA : c'est tout ce que je souhaite aussi.
Oscar aperçut Fersen et sa sœur qui s'approchaient dans sa direction. Elle salua Fersen et baisa galamment la main de Sofia, comme elle avait pris l'habitude de le faire quand elle était présentée à une nouvelle dame. De son côté, Sofia fut émue par ce geste si délicat du soldat. « Quelle galanterie » pensa-t-elle.
Les trois jeunes gens discutèrent des dernières nouvelles de Paris et de Suède. Plus tard, Axel de Fersen s'excusa auprès des demoiselles, les quittant pour rejoindre les jardins. Sofia regarda affectueusement son frère s'éloigner, sans doute allait il rejoindre discrètement sa majesté. Elle le remercia intérieurement : elle était à présent seule avec Oscar et espérait que le colonel lui ferait l'honneur d'une danse.
Mais les minutes passaient les unes après les autres et Oscar continuait à lui tenir compagnie, essayant de faire de son mieux pour la distraire. Finalement Sofia, voulant s'accorder un peu plus d'intimité avec le soldat, lui proposa de prendre l'air sur une des terrasses. Oscar, acceptant sa requête, l'accompagna à l'extérieur. La jeune demoiselle de Fersen commençait à avoir le rouge au joue : la timidité face à tous ces gens de la cour, pensait Oscar… mais elle se trompait.
SOFIA : colonel, Hans vous apprécie beaucoup…
OSCAR : sachez, Mademoiselle, que ce sentiment est partagé : votre frère est un de mes amis les plus chers.
SOFIA timidement : savez vous qu'il m'a souvent parlé du colonel de la garde… mais je m'attendais pas à ce que vous soyez si jeune… et si beau
Pour avoir côtoyer les nombreux bals de la cour, Oscar regarda Sofia sous un nouveau jour : les joues rouges, le regard baissé par la gêne, ses mains entortillant un délicat mouchoir de soie… elle avait le sentiment que la jeune femme allait lui faire d'une déclaration d'amour ! Avant que Sofia ne fasse une terrible erreur, Oscar préféra s'assurer de quelque chose.
OSCAR : Mademoiselle Sofia, que vous a dit Fersen à mon sujet ?
SOFIA : comment ?
OSCAR : vous a-t-il prévenue que j'étais une femme ?
SOFIA honteuse du malentendu : euh non… vous êtes une femme ?
OSCAR : oui, mon amie, mais seules quelques rares personnes sont au courant, aussi je vous serai reconnaissante de garder ce secret.
Ainsi le colonel Oscar de Jarjayes était une femme. Sofia comprenait à présent l'attrait qu'elle avait éprouvé lors de leur première rencontre. Elle se rendait à présent compte de l'embarras quand lequel elle avait failli se trouver : avouer son amour à une chimère, une femme. Ainsi cet amour n'était qu'une illusion.
SOFIA : merci, Colonel, pour cette excellente soirée.
OSCAR : tout l'honneur était pour moi, Mademoiselle Sofia
SOFIA : veuillez m'appeler tout simplement Sofia, mon amie
OSCAR : je ferai selon votre désir, à condition que vous ne m'appeliez plus colonel.
Oscar et Sofia rejoignirent Fersen à la fin de la soirée. Sofia voulait faire d'Oscar son amie, sa confidente, comme son frère l'était déjà. Une nouvelle amitié prenait naissance ce soir.
