Titre : A Total eclipse of the heart
Auteur : Katoru
Rating : M
Disclaimers : Glee ne m'appartient pas, je ne fais qu'en emprunter les personnages pour jouer un peu avec. Promis, je les rendrai en bon état.
A total eclipse of the heart
Kurt ouvrit un œil embrumé, puis un second tout aussi embrumé. Il y avait une masse chaude collée contre son flanc. Ça sentait le déjà-vu. Il était pourtant sûr d'avoir quitté l'appartement de son amant d'une nuit, à moitié à poil pour aller plus vite, laissant derrière lui des évènements dont il n'était pas fier et un homme dont il ne connaissait même pas le nom. Il n'était pas fier de lui. Collectionner les amants n'était pas l'idée qu'il se faisait du bonheur, même si prétendre le contraire lui permettait de ne donner aucun espoir à ceux qu'il mettait dans son lit. Kurt n'était pas prêt à entamer une nouvelle relation sérieuse mais il savait pertinemment qu'il n'était pas fait pour vivre seul. Il se contentait d'aventures sans lendemain parce que cela lui permettait d'obtenir chaleur humaine et plaisir mais il se connaissait assez pour savoir que ça ne pourrait pas durer éternellement.
Au lycée, il était persuadé qu'à vingt-six ans il aurait trouvé l'homme de sa vie, qu'ils auraient l'emprunt d'une grande maison à rembourser et seraient en train de se bagarrer avec les services sociaux pour adopter un bébé. S'il était vraiment honnête avec lui-même, il devait admettre qu'à dix-sept ans il pensait avoir déjà trouvé cette âme-sœur. La photo sur sa table de chevet lui rappelait chaque jour qu'il s'était trompé et pourtant il n'arrivait pas à remiser dans un tiroir l'image de ce sourire incroyable et de ces boucles noires qu'il avait caressées des milliers de fois. L'image de son échec. Il se souvenait de l'odeur de sa peau et de l'emplacement de ses grains de beauté, il se souvenait du poids de son corps sur le sien et de la sensation de son corps dans le sien, il se souvenait des soupirs et des mots crus murmurés dans l'intimité de leur chambre. Blaine n'était pas le meilleur amant qu'il avait eu, loin de là, mais il avait été le premier. Il avait laissé une emprunte indélébile.
Mercedes n'en finissait plus de lui répéter que cette emprunte, toute indélébile qu'elle soit, finirait par s'atténuer s'il mettait un peu plus de bonne volonté à la laisser faire.
Mercedes.
Qui allait débarquer vers midi avec de la bouffe chinoise et, s'il ne s'était pas trompé sur son sixième sens, une liste hallucinante de reproches. Chiotte, il avait complètement oublié !
Un rapide coup d'œil à son réveil suffit à le rassurer : il avait encore une bonne heure devant lui avant qu'elle n'arrive avec le ravitaillement. Une bonne heure pour se réveiller et se rendre présentable. Le tout était de réussir à sortir du lit et ce n'était pas le plus évident. Il avait tellement envie de se rendormir. Et puis le truc chaud collé contre lui n'était pas désagréable en fait, l'effet petite bouillotte était sympa. Il lui fallut encore quelques secondes pour comprendre que la chose en question n'était autre que son chat. L'animal s'était pressé contre lui et faisait tranquillement sa toilette, attendant sûrement que résonne dans la cuisine le doux son de l'ouvre-boîte ou de la boîte de croquettes. Il ronronnait en se passant une patte sur le museau ou en se frottant doucement contre son maître. Pickwick était deux fois plus câlin quand il avait faim. Son chat était un snob doublé d'un faux-jeton.
« Mais je t'aime quand même », murmura le jeune homme en gratouillant l'animal entre les oreilles.
Kurt finit par se lever, lentement. Il n'avait plus mal à la tête mais un café ne serait pas de trop pour lui remettre les idées en place. Il attrapa Pickwick qui se débattit pour la forme et se dirigea vers la cuisine. D'un geste il mit en marche le percolateur et entreprit de nourrir son chat. En attendant que sa boisson soit prête, le jeune homme s'installa au comptoir séparant le coin cuisine du salon. La tête dans les mains et les yeux rivés sur sa décoration, il faisait de son mieux pour ne penser à rien.
Il adorait son appartement et ce n'était pas uniquement dû à l'architecture typique de l'immeuble. Il n'en avait visité aucun autre qui soit aussi lumineux ni aucun autre qui ait une acoustique aussi satisfaisante - le glee club était loin maintenant mais Kurt n'avait jamais cessé de chanter. Il n'était pas très grand mais lui suffisait largement.
Plus encore que le reste, Kurt avait été séduit par la mezzanine qu'un architecte un peu farfelu avait ajoutée lors de la restauration de l'immeuble dans les années 1980. A l'origine, le bâtiment comportait un grenier mais son plancher était alors en si mauvais état qu'il avait fallu l'enlever complètement. L'architecte avait fait construire la mezzanine et fait modifier la façade pour l'équiper d'une baie vitrée. Il avait fait refaire complètement le toit en conservant les poutres apparentes pour lui donner du cachet. Kurt, lui, avait fait un gros travail de décoration pour donner vie à ces murs, il avait soigneusement choisi ses meubles, ses bibelots, son linge de maison et il aurait préféré se couper un bras plutôt que de perdre son appartement.
La mezzanine était devenue son refuge, un atelier entièrement dédié à sa passion pour la création de vêtements. S'il avait soigneusement étudié la décoration du reste de l'appartement, il avait laissé éclater sa fantaisie et sa créativité sur la mezzanine. Les murs étaient recouverts de cadres récupérés un peu partout contenant des photos, des affiches, des croquis, les tickets prouvant ses passages dans tous les théâtres de Broadway, des cartes postales et tout ce qu'il pouvait mettre sous verre et qu'il voulait pouvoir regarder n'importe quand. Le plus joli cadre contenait le dessin que Beth lui avait offert pour ses 25 ans. Une collection de meubles de mercerie chinés dans des vides-greniers renfermait boutons et dentelles, galons et coupons de tissus. Son bureau croulait sur les blocs-notes et son mannequin de couturier portait une robe bariolée à moitié terminée.
Seuls ses amis les plus proches avaient le droit d'y monter.
Les vêtements qu'il y fabriquait n'étaient pas tous pour lui. Il avait vendu et offert de nombreuses pièces ces dernières années et l'enthousiasme de ses premiers clients lui avait donné envie de se lancer de manière un peu plus sérieuse. Son site Internet était en cours de conception et il avait commencé à se renseigner sur les aspects légaux de la vente en ligne. Peut-être finirait-il par trouver sa place dans le monde de la mode. Il aimait son métier de graphiste mais son vrai rêve était de voir son nom dans Vogue – et pas en petits caractères dans une liste des membres de la rédaction. Avec du travail et un peu de chance…
Une bonne odeur de café chaud commença à se répandre dans l'appartement, sortant Kurt de ses réflexions. Il se servit une tasse et retourna s'asseoir au comptoir, sirotant doucement sa boisson. Il n'aurait pas assez de temps pour accomplir son rituel d'hydratation quotidien mais une version abrégée conviendrait pour l'instant. Il se rattraperait dans la soirée. Le plus important, et le plus urgent, était qu'il prenne une douche, se rase et enfile des vêtements propres. Les suçons sur son torse et son cou le condamnaient à porter un col roulé mais en octobre ce ne serait pas suspect. Son café avalé, il abandonna sa tasse et fila à la salle de bain.
Ses vêtements sentaient l'alcool et la sueur, sa rapide toilette chez son amant d'une nuit n'avait pas suffit à effacer l'odeur de sexe qui collait à sa peau. Oh oui, il était plus qu'urgent de prendre une douche.
L'eau chaude lui fit du bien. Plus que le corps, elle lui lava la tête et lui permit de prendre du recul. La nuit dernière avait été un plaisir coupable, mais un plaisir quand même. Les grandes mains calleuses de son latino avaient su lui faire du bien et c'était ce dont il avait besoin. Il était adulte. Ils s'étaient protégés. Pas besoin de culpabiliser.
Il lui était arrivé de se sentir coupable de jouir dans des bras qui n'étaient pas ceux de Blaine. Pendant plusieurs mois après leur séparation, le phénomène avait même été systématique. A force de se sentir idiot de se sentir coupable, ça lui était passé. Après tout ce n'était pas lui qui avait mis un terme à leur histoire. C'était Blaine qui ne lui avait jamais vraiment pardonné ses excès lors de sa première année à l'université de New York et ce malgré tous ses efforts. C'était Blaine qui s'était fait de nouveaux amis, un surtout, et s'était progressivement détaché de lui. C'était Blaine qui l'avait trompé. Kurt avait fait tant d'efforts pour se faire pardonner l'époque où il courait les castings plus qu'il n'allait en cours, où il ne payait pas sa part du loyer parce que les auditions passaient avant la recherche d'un petit boulot et les tracas du quotidien, et tout ça pour rien. Blaine était parti avec un très joli garçon qui quelques semaines auparavant n'était encore « qu'un ami, je te jure ! ». En plus du reste, il l'avait pris pour un con.
Les mauvais souvenirs affluèrent dans la tête du jeune homme et il ne parvint à les repousser qu'avec peine. Son réveil dans une chambre inconnue avait définitivement donné le ton de cette journée placée sous le signe de la déprime.
Kurt coupa l'eau et résista très fort à l'envie de se draper dans son peignoir pour aller déprimer sur son canapé. A la place il prit une serviette et se sécha sur le chemin de sa chambre.
Quand Mercedes frappa à sa porte une bonne demi-heure plus tard, il était prêt. Enfin c'est ce qu'il croyait.
« Kurt, asséna-t-elle sitôt la porte ouverte, je sais où tu étais hier soir et je suis venue en personne te dire que tu déconnes à plein régime.
- Les gens normaux commencent par dire bonjour, soupira le jeune homme en laissant entrer son amie. Il lui aurait bien claqué la porte au nez mais ça n'aurait pas suffit à l'arrêter.
- Je ne suis pas « les gens » et je ne suis pas contente, gronda-t-elle en posant un sac en papier kraft sur la table basse du salon, vraiment pas contente. Tu m'avais promis, Kurt. »
Les poings sur les hanches et le regard noir, Mercedes donnait l'impression de se retenir de crier. Et c'était sans doute le cas. Kurt ne chercha même pas à démentir, il s'assit dans son fauteuil et ramena ses genoux contre lui.
« J'ai essayé, vraiment, mais je n'ai pas résisté. »
Il se tut quelques secondes.
« Comment tu l'as su ? » demanda-t-il finalement, scié d'avoir été découvert à peine la porte ouverte. Il savait qu'elle avait une bonne intuition mais quand même.
A sa grande surprise, elle sortit une coupure de journal de sa poche et la lui mit sous le nez. La photo s'étalait sur une demi-page. On y voyait une salle de concert bondée, des garçons et des filles en train de se déhancher, et, au second plan, un peu flou mais reconnaissable, Kurt Hummel appuyé contre le mur du fond, près de la sortie. Il restait toujours près de la sortie. Il ne s'approchait jamais de la scène.
« C'était dans le journal ce matin, expliqua Mercedes, avec un article vantant le succès de sa tournée, entre autres choses. Blaine est officiellement une star maintenant.
- Ah ben j'me sens mieux, merci d'être venue.
- Epargne-moi tes sarcasmes, tu veux ? »
Il haussa les épaules et se pencha vers le sac en papier pour en sortir les plats que son amie avait apportés. Il savait qu'ils étaient en bonne voie de se disputer et pourtant il n'avait pas envie d'essayer de l'empêcher.
« Vous avez rompu il y a quatre ans, Kurt.
- Il te faudrait combien de temps pour t'en remettre si ton mari demandait le divorce demain, sans que rien ne l'ait laissé présager ?
- On s'en fout, ce n'est pas la question. C'est de toi qu'on parle là, » répondit sèchement Mercedes en attaquant un rouleau de printemps. Elle savait ce qu'il essayait de faire, ça faisait des années qu'ils jouaient à ce petit jeu et elle n'avait pas envie de remettre le couvert encore une fois.
Et puis ça allait bientôt faire cinq ans qu'elle était devenue madame Sam Evans et elle ne voulait pas entendre parler de divorce à l'approche de son anniversaire de mariage, même hypothétiquement. Il était hors de question que Kurt lui porte la poisse, meilleur ami ou pas.
« Pourquoi tu continues d'aller à ses concerts ?
- Parce que tu as raison : je dois être masochiste.
- Et cette situation te convient ? Tu comptes continuer toute ta vie d'assister à ses concerts, planqué au fond de la salle, et de vénérer la photo sur ta table de chevet ? Vous n'êtes plus ensemble, Kurt, alors fait comme lui et va de l'avant.
- Je sais, Mercedes, je sais, cria Kurt en se levant brusquement de son fauteuil. Je sais que je suis à la ramasse, que je stagne, que m'envoyer en l'air avec des inconnus après m'être bourré la gueule n'arrangera rien mais je n'arrive pas à oublier. »
La jeune femme comprit alors que son ami n'avait pas fait qu'aller à ce fichu concert la veille mais elle préféra ne rien dire. Elle n'approuvait pas, il le savait, mais le lui faire remarquer n'aurait servi à rien. Et surtout elle ne voulait pas l'interrompre alors qu'il semblait enfin prêt à vider son sac.
« Je n'arrive pas à aller de l'avant, poursuivit-t-il, et ça n'a rien à voir avec d'hypothétiques sentiments que j'aurais encore pour lui. Je ne suis plus amoureux de lui depuis un bail !
- Alors qu'est-ce qui te retient ?
- L'impression que ce n'est pas fini. »
Face à l'incompréhension de son amie, Kurt, pour la première fois, mis des mots sur les sentiments qui le rongeaient depuis quatre ans.
« Il m'a fait la gueule pendant des mois à la fin de ma première année de fac. Il m'a fait des tas de reproches et j'ai tenu compte de tout ce qu'il a dit parce que je ne voulais pas le perdre. Je me suis écrasé. Lui il m'a trompé, il m'a lentement écarté de sa vie et a fini par me larguer en me donnant l'impression que cet échec était de ma faute. Il m'a tout mis sur le dos et il s'est barré ! »
Il se rassit et pris quelques secondes pour clarifier ses pensées.
« Je n'étais pas là quand il est parti. Je suis rentré à la maison et toutes ses affaires avaient disparu. Il ne m'a même pas laissé un mot pour s'expliquer, ni même pris la peine de m'envoyer un texto. Je sais bien qu'il m'a quitté, je ne suis pas idiot, mais son départ en douce m'a laissé depuis quatre ans l'impression que notre histoire n'était qu'en suspend. Il manque le point final. »
C'était la première fois que Kurt était aussi clair sur ses sentiments. Mercedes mit un moment à comprendre ce que son ami voulait dire. Il s'était senti écarté de sa propre rupture, mis devant le fait accompli, et n'y avoir pas été associé l'avait privé d'une partie de la réalité de la situation. C'était tordu, mais Kurt avait toujours été à fleur de peau aussi s'abstint-elle de tout commentaire.
« Kurt, c'est fini. C'est à toi de mettre un point final à cette histoire mais pour ça, il faut que tu décides de le faire.
- C'est aussi simple que ça ?
- Ce sera à toi de me le dire. En attendant que tu y parviennes, arrête d'y penser et avance.
- Des idées sur comment je dois m'y prendre ?
- Dans l'ordre ! Va te faire dépister pour être certain que tes conneries ont été sans conséquence et commence à sortir comme un célibataire désireux de construire quelque chose de solide. Arrête de t'envoyer en l'air et trouve quelqu'un avec qui faire l'amour – tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas la même chose. »
Kurt rentra la tête dans les épaules et ne répondit pas. Il n'était pas sûr de savoir s'y prendre, ça l'effrayait même un peu.
Elle le connaissait trop bien pour ne pas le sentir.
« Kurt, tu te rappelles quand on était au lycée et que Sylvester a décidé de bannir les croquettes de la cantine ?
- Ce qui ne t'a pas empêché d'en apporter une grosse boîte juste pour l'emmerder.
- C'est justement de cette boîte que je veux parler. Quand je te l'ai montrée, tu m'as dit que je compensais mon besoin d'affection avec la nourriture et qu'il était temps pour moi d'apprendre à me respecter à nouveau. Toi tu compenses avec le sexe. Et il est temps pour toi d'apprendre à te respecter de nouveau. »
Il poussa un profond soupir et s'enfonça dans les coussins du canapé, la tête rejetée en arrière et les yeux clos. Mercedes s'appuya contre lui, prit sa main dans la sienne et posa sa tête sur son épaule. Les choses étaient plus simples quand ils étaient au lycée. Leur monde était minuscule à cette époque, il ne dépassait pas les frontières de l'Ohio. En vérité, il dépassait à peine des couloirs de McKinley. L'université les avait projetés dans un espace sans frontière où ils avaient pu rencontrer des tas de jeunes venant de tous les horizons, faire de nouvelles expériences et voir des choses nouvelles. Une infinité de possibles leur avait été révélé, et Kurt n'était pas le seul à en avoir fait les frais.
« Qu'est-ce que tu proposes ? demanda Kurt en remettant discrètement le col de son pull en place.
- Refais-toi une petite virginité pendant quelques semaines, si tu vois ce que je veux dire, et profites-en pour prendre soin de toi et te refaire une santé morale. Quand tu iras mieux, tu pourras essayer de trouver quelqu'un que tu auras vraiment envie de connaître et avec qui tu voudras vraiment coucher. Prend soin de toi, Kurt, et balance-moi la photo de Blaine !
- Mercedes !
- Et les quelques fringues que tu gardes dans ton armoire. Il ne reviendra pas les chercher, ça ne sert à rien de les garder.
- Je pourrais essayer de les vendre sur Internet, plaisanta-t-il. Il doit bien y avoir des groupies que ça intéresserait.
- Je me fiche de ce que tu en fais du moment que tu t'en débarrasses. »
Kurt ne répondit pas. Mercedes n'insista pas. Cela faisait des années qu'ils avaient la même conversation, encore et encore, c'était comme jouer la même pièce avec des horaires aléatoires, et elle était déjà très heureuse d'avoir l'impression que cette fois quelque chose avait changé.
Après son départ, tard dans l'après-midi, Kurt s'était accordé un long moment de détente dans sa salle de bain. Elle remontait à loin la dernière fois qu'il avait passé autant de temps à se faire du bien.
En arrivant dans sa chambre, il s'approcha de sa table de chevet et sans un dernier regard il rangea la photo de Blaine dans un tiroir.
A suivre…
