Chapitre 1

C'était un début d'après-midi, au début de l'hiver. Il fait froid, pas suffisamment pour empêcher les gens de sortir, bien qu'à cette heure-ci, les rues commençaient à se vider, les hommes repartant à leur occupations salariales. Gaara no Sabaku observait la grande rue en contrebas depuis la petite fenêtre de la cuisine de son appartement au quatrième. Accoudé sur le rebord, il aspirait la fumée de sa cigarette, doucement, la laissait s'immiscer dans ses poumons, l'étouffant peu à peu. Il retint sa respiration quelques secondes encore, avant de relâcher son souffle brumeux dans l'air ambiant, accompagné de buée. C'était son jour de repos après une garde un peu longue, on lui avait conseillé de rentrer vite se reposer. Quelle ironie, le repos. Comme s'il avait le temps pour ça, entre deux insomnies, entre deux verres, entre deux crises d'hystérie de son colocataire. Voilà quelques mois que Neji partageait sa vie. Installé dans la seconde petite chambre de l'appartement miteux qu'ils louaient, l'Hyûga avait répandu sa présence dans tout l'appartement. Il laissait derrière lui quelques mégots mal roulés, des verres éparpillés sur les paillasses, et quelques longs cheveux noirs qui tombaient ça et là. Gaara s'était souvent dit qu'en récupérant ces déchets capillaires il pourrait presque en faire une perruque, tant il y en avait. Mais ça prendrait bien trop de temps, et demanderait bien trop d'effort. Alors Gaara reporta son attention sur la rue, et sa cigarette qui commençait à lui brûler les doigts. Il inspira une dernière fois, fortement, et jeta le mégot. Comme à chaque fois, il l'observa dans sa chute, jusqu'à disparition complète. Il expulsa l'air nocif.

Alors qu'il se demandait ce qu'il pourrait bien faire pendant les prochaines heures à venir, à attendre son colocataire, on frappa timidement à la porte de l'appartement. Le rouquin tourna la tête vers l'endroit, mais les coups ne se reproduisant pas, il crut avoir rêver. Il traina les pieds jusqu'à la salle d'eau, commençant à déboutonner sa chemise crasseuse de la nuit. Il avait sué, et s'était renversé de l'alcool dessus, vers quatre heures. Il n'avait pas encore pris la peine de se changer, et encore moins de se laver. Alors qu'il passait le chambranle de la salle d'eau, il entendit plus distinctement des coups à la porte d'entrée. Des petits coups, un, deux, trois, légers, timides. Gaara étira sa nuque, faisant craquer ses vertèbres, et se dirigea toujours aussi nonchalamment vers la source du bruit. Il ouvrit la porte en grand, ne prenant même pas la peine de regarder qui cela pouvait être par le judas.

Devant lui, une petite femme, habillée trop sagement. Long manteau très épais, violet, les mains serrées contre son ventre. De longs cheveux bruns, avec une frange qui cachait son front. De grands yeux, qui lui parurent familiers, et qui fuirent son regard rapidement, mais surtout, des joues rougissant à une vitesse folle.

- Bonj.. Bonjour... baragouina-t-elle. C'est.. c'est ici qu'habite Neji... ? Hyûga.. ?

- Qui le demande ?

Il avait toujours la main sur la poignée, près à refermer la porte au moindre désagrément. Il se tenait avachi, un peu tordu, mais dépassait quand même la jeune femme de plus d'une tête. Et il la dévisageait, sans la moindre expression, de ses yeux verts cernés de noir. Sa voix était grave, rauque, et surprit Hinata. Elle bafouilla encore quelques mots incompréhensibles avant de reprendre légèrement contenance :

- Je suis sa cousine...

- Hm ? Et qu'est-ce que tu lui veux ?

- Euh, et bien.. Je pourrai le voir ?

- Il n'est pas là. Il rentre dans quelques heures.

Sur ces mots, il referma la porte, froidement. Hinata entendit clairement le «clic» de la serrure. Et elle resta là, immobile, devant la grande porte en bois abimée. Dehors. Elle mit quelques instants à se rendre compte de ce qu'il se passait. On l'avait... mise à la porte ? Elle eut un léger accès de panique, le stress de cette nouvelle rencontre remontant d'un coup dans sa gorge depuis son estomac. Une boule palpitante qui se battait dans son œsophage. Elle inspira un grand coup et serra ses mains tremblotantes entre elles. Elle retoqua à la porte, un petit peu plus fort que la première fois. Le roux apathique revint lui ouvrir. Il n'avait vraiment pas l'air commode. Pas réveillé. Pas lavé. Il sentait fort, un mélange d'alcool, et de milieu hospitalier, qui lui piquait les yeux. Hinata ne savait pas si ses cernes étaient des vrais, ou si c'était du maquillage. Peut-être les deux.

- Quoi ? cracha-t-il.

Elle déglutit.

- Est-ce que... je pourrai l'attendre ici ? À l'intérieur ?

L'homme la regarda, de haut en bas, sans un sourire, sans aucune expression autre que l'exaspération inscrite sur son visage. Puis il haussa les épaules, et se décala d'un pas pour la laisser entrer. Il lui indiqua une chaise, dans l'entrée / cuisine / salon du petit appartement, tout en refermant la porte.

- Tu t'assois là, et tu ne bouges pas.

Hinata ne put qu'accepter. Elle ne prit pas la peine d'enlever ses chaussures, vu l'état du sol, mais elle ôta son lourd manteau. Elle tira doucement une chaise, celle près du mur, qui permettait de voir l'ensemble de la pièce d'un tour de tête, et s'assit sans bruit. Elle garda les yeux baissés, ne voulant pas croiser le regard de cet homme étrange qui vivait avec son cousin. Elle l'entendit pousser une sorte de soupir, à mi chemin avec le grognement, puis le vit s'enfermer dans une petite salle qu'elle supposa être la salle de bain. Elle fut un peu soulagée de voir que ce type se lavait de temps en temps. Seule, elle osa enfin relever le nez et observer la pièce. Un carrelage simple, des murs qui autrefois durent être blancs. La pièce servait à la fois de cuisine et de salon. La table, autour de laquelle se trouvaient quatre chaises – dont une recouverte de linges et l'autre bloquée à cause du mur proche – était tout au fond, près de l'unique fenêtre. Dans le dos d'Hinata, en décalé, se trouvait un évier avec quelques verres, quelques meubles de rangements et un réfrigérateur. À l'opposé, un meuble qui soutenait une télévision à antenne pas bien grande. Il y avait aussi un canapé, troué et miteux, qui trainait dans un coin. Une carcasse de bouteille y trônait. De chaque côté de la pièce, deux portes, devant mener aux chambres. L'une était ouverte, celle du côté cuisine. Hinata se pencha silencieusement au dessus de la table pour en observer l'intérieur. Un lit défait, des vêtements en désordre sur le sol. Les volets n'avaient même pas été ouverts. Aucun signe distinctif pouvant indiquer si c'était celle de Neji ou de son étrange colocataire. L'autre porte était fermée, et à côté d'elle se trouvait la porte de la salle d'eau. La jeune fille se redressa vivement sur sa chaise, en entendant du bruit. C'était seulement l'eau qui se mettait à couler, le bruit de tuyauterie était assez important. Elle se reprit, et laissa son regard dériver par la fenêtre.

La tuyauterie faisait un bruit d'enfer. Il y était habitué, depuis tout ce temps, mais aujourd'hui, ça l'énervait un peu. Il aurait voulu écouter, surveiller si cette gamine allait lui obéir et ne pas bouger de son siège. Elle avait l'air tellement craintive, ça le rassurait dans un sens. Mais de l'autre côté, il se demanda comment une fille pareille pouvait-être la cousine de Neji. Parce que, physiquement, aucun doute à se faire. Elle avait ses yeux, cet iris blanc perle étrange, fascinant, et assez désagréable à regarder au premier abord. Mais son attitude dénotait complètement à côté de son cousin. Neji était grand, droit, lorsqu'il était sobre et sérieux. Parfois même imbu de lui-même. Il se savait puissant. Cette petite, là, on aurait dit qu'elle avait peur que Gaara ne la dévore. Toute rougissante et ratatinée sur elle, comme une enfant. Alors qu'à première vue, elle ne devait pas avoir plus d'un an de moins que Neji. Et pourtant, c'était comme un fossé qui séparait les deux cousins.

Gaara ferma les yeux, essayant de chasser la jeune femme de son esprit. Il voulait prendre une douche, détendre un peu son corps, et arrêter de puer. Il n'en avait rien à foutre de cette gamine. Il l'avait laissée entrer juste pour s'occuper le temps du retour de l'Hyûga, mais ça n'allait pas non plus l'empêcher de profiter d'une douche brulante.

Il sortit peu de temps après, s'enroulant la taille dans une serviette à peu près propre. Il sortit de la salle, l'air de rien, et fut bien content de voir que la fille n'avait pas bougé d'un pouce. Elle regardait dans sa direction, et il la vit devenir rouge écarlate puis baisser les yeux vers le sol en rentrant sa tête dans ses épaules, comme une petite tortue cherchant à se protéger d'un prédateur. Il ne sourit même pas face à ce spectacle. Il fit quelques pas et ouvrit la porte de chambre encore fermée, s'y engouffra, et la referma aussitôt dans son dos, laissant Hinata seule avec ses joues bouillonnantes et son cœur battant. Il fallut quelques minutes à la jeune femme pour se calmer. Elle se rappela d'où elle était, une vieille barre d'immeuble mal famée, et se dit que ce garçon bizarre ne devait certainement pas avoir une très bonne éducation pour se présenter ainsi à moitié nu devant elle. Elle serra les dents. C'est elle qui n'était pas à sa place, elle n'avait pas à juger le mode de vie d'un autre. Et puis, il était couvert, un minimum, encore un peu humide, mais elle n'avait rien vu d'autre que son torse – de toute manière, elle ne se serait pas donné le droit de regarder plus que ça, dans la petite seconde où elle avait aperçu le corps. La porte se rouvrit, et elle se redressa, le regard toujours fixe sur ses genoux. Le roux s'avança, et s'assit en face d'elle. Elle releva les yeux, avec lenteur, comme pour ne pas être trop violente dans sa présence ici. Le roux ne la regardait même pas. Il avait enfilé un jean et une chemise noire, dont les deux boutons du haut étaient encore ouverts. Il avait encore les cheveux humides, qui se plaquaient contre son front et son tatouage – le kanji de l'amour -, et quelques gouttes perlaient sur les pointes. Il attrapa un paquet de cigarettes entamé qui trainait sur la table, et en apporta une à ses lèvres. Par dessus le paquet, il jeta un coup d'oeil à la jeune femme, qui semblait tétanisée. D'un mouvement du poignet, il lui proposa une clope, bien qu'il connaisse déjà la réponse. Elle secoua la tête brusquement, et trop rapidement, traduisant son malaise.

- Tu peux ouvrir la fenêtre ?

- Ou...Oui, tout de suite.

Elle se leva et s'exécuta, avant de se rasseoir au même endroit, toujours prostrée. Gaara alluma sa cigarette, et inspira profondément. Il y eu un silence, pesant pour l'une, habituel pour l'un. Gaara s'amusait de la voir si timide, si paniquée. Elle était tellement différente de Neji. Il s'amusait d'avance de les voir ensemble, de pouvoir les comparer. Ça devait être un sacré spectacle, le grand Neji et sa cousine tortue. Il sourit dans sa fumée, et Hinata ne le remarqua pas.

- Bon, tu lui veux quoi à Neji en fait ?

La jeune femme le dévisagea un instant, étonnée de cette prise de paroles. Elle cligna des yeux, répétitivement, pour masquer son embarras.

- Euh, je... je voulais lui parler...

- Non, sans dec'.

Il a regardait froidement, toujours avec cette petite dose de mépris dans le regard. Hinata se renfrogna encore plus.

- Ça fait cinq mois qu'il est parti de la maison... je, je voulais avoir de ses nouvelles, et puis...

Le rouquin haussa un sourcil inexistant. Les joues de la brune rosirent.

- Je, j'ai besoin de lui parler, de trucs... de trucs persos. C'est, ça vous regarde pas...

La voix de la brune n'était plus qu'un murmure. Pas très convaincante, la gamine. Mais bon, Gaara n'allait pas la foutre à la porte après l'avoir accueillie. Il attendrait Neji, et verrait bien ce que ces deux-là avaient à se dire. Il s'affala sur sa chaise, écrasant son mégot dans un vieux cendrier.

- Et sinon, tu t'appelles ?

- H.. Hinata Hyûga.

- Hm.

Il ne prit même pas la peine de se présenter. Il resta sur sa chaise, le regard dans le vide, un instant, puis se leva et alla s'effondrer dans le canapé près d'Hinata. Il saisit la télécommande, et alluma. C'était une chaîne de sport, un match de catch. Hinata regarda le roux, allongé sur le côté, un bras sous la tête, sur ce vieux canapé miteux, l'air las, regardant sans le voir le match. Ne sachant trop quoi faire, la jeune femme porta elle aussi son attention sur l'écran, et bien que ne connaissant rien à ce sport, elle fit passer le temps comme l'autre, en silence, juste leur respiration et les cris des lutteurs et du présentateur qui résonnaient dans la petite pièce.

La nuit était déjà tombée lorsqu'ils entendirent la clé dans la serrure. Hinata se redressa sur sa chaise, droite comme un I, alors que Gaara se releva mollement de son canapé. Il avait réussi à s'assoupir une petite demi heure à tout casser, il avait la bouche pâteuse et l'air encore plus fatigué qu'avant. La porte s'ouvrir sur Neji en jean, chaussures de cuir, chemise et veste en cuir fourrée. Il avait attaché ses cheveux en un catogan serré, et paraissait de mauvaise humeur. Il jeta un coup d'oeil à Gaara, assis sur le sofa, et son regard blanc se dirigea vers la cuisine. Il fronça le sourcil. Son regard passa du roux à la brune, et vis-versa, puis il s'arrêta sur sa cousine.

- Hinata ? Qu'est-ce que tu fous là ?

La jeune femme jeta un coup d'oeil au roux, timidement, comme pour lui demander l'autorisation, et face à son manque de réaction, se leva pour aller à la rencontre du nouveau venu.

- Neji... Je, fallait que je te vois. Il faut que je te parle...

Elle attrapa sa manche de veste en lui disant ça, tout en restant la tête vissée entre les épaules, recroquevillée. Ses joues avaient perdu leur couleur, et elle semblait vraiment angoissée. Neji regarda son colocataire par dessus son épaule.

- Hm, Gaara, tu peux nous laisser s'te plait ?

Le roux se releva en faisant craquer sa nuque, et partit dans sa chambre. Neji reporta son regard sur sa cousine, et d'un mouvement de bras l'invita à se rasseoir sur sa chaise. Il enleva sa veste, qu'il laissa sur le canapé. Il attrapa la télécommande et coupa la télé, puis il s'assit face à sa cousine, à la place qu'occupait Gaara quelques heures plus tôt. Il s'installa bien au fond du siège, les jambes croisées larges, le regard froid dans les yeux de la jeune femme, et l'air pincé.

- Donc ? Qu'est-ce que tu fais là ? C'est Hiashi qui t'envoie ? Je reviendrai pas, j'avais cru qu'il avait compris.

- N, Non, c'est pas ça... (elle ravala sa salive.) Je, il y a eu un problème. Enfin... J'ai un problème.

Neji parut se détendre un peu et se redressa, plus apte à l'écoute.

- Père a choisi Hanabi comme sa nouvelle héritière. Je...

Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle les ravala, mais ne put retenir un tremblement. Neji la regardait, Neji était là. Elle se sentait soulagée. Il avait l'air changé, terriblement différent. Mais son regard, qu'il portait sur elle, à cet instant-là, c'était toujours le même. Ce regard fraternel, protecteur, dont elle avait tellement besoin pour se sentir en sécurité. Elle l'avait retrouvé.

- Je ne veux plus rester à la maison. Je veux être avec toi...

Il la regarda en silence. Qu'est-ce qu'elle lui faisait là ? Elle l'avait bien regardé ? Être avec lui ? Ici ? Il eut envie de rire. Hinata, vivre ici, avec lui et Gaara, avec l'alcool et la drogue qui trainait dans chaque coin de pièce. Non, c'était pas sa place ici, elle allait de faire dévorer toute crue par le premier venu. Il était son cousin, et même s'il voulait foutre tous les Hyûga au feu, il ne pouvait pas la laisser tomber, elle. C'était sa petite cousine, celle qu'on avait toujours forcée à le dépasser alors qu'elle n'en avait pas les moyens. Celle qu'ils humiliaient sans le savoir à chaque fois qu'ils parlaient d'elle. Il tenait à elle. Il ne voulait pas qu'elle souffre. Il soupira, bruyamment.

- Écoute, il est tard, et j'ai une journée de taf au resto dans les pattes. Je suis crevé, et c'est pas le moment de prendre des décisions. Je vais voir avec Gaara, mais le mieux c'est que tu restes ici cette nuit, puis on verra demain. Ok ?

Il n'attendait pas vraiment de réponse à ça. Elle hocha la tête en silence, trop heureuse de ne pas être mise à la porte. Elle sécha ses yeux larmoyants lorsque Neji appela le roux. Celui là arriva de son éternel pas nonchalant, la regardant d'abord de haut, puis reportant son attention sur Neji.

- Elle va dormir ici cette nuit, d'accord ? Tu veux bien lui laisser le canapé ?

- Hm, non, qu'elle aille directement dans ma chambre, ça sera plus pratique.

Hinata ouvrit grand les yeux, et eut un hoquet. Quoi ?

- Ne te fais pas de film Hinata, Gaara ne dort pas. En tout cas pas dans sa chambre. Tu seras seule.

- Elle pourra même s'enfermer si elle veut.

La jeune femme dévisagea le roux, pas rassurée. Elle n'appréciait pas qu'il parle d'elle comme si elle n'était pas là. Il s'adressait uniquement à Neji, et ne lui lançait même plus un regard. La brune dévia vers son cousin. Elle aurait préféré dormir avec lui. Elle se serait senti plus en sécurité. Mais en regardant Neji, droit, le regard fatigué, ses yeux qui semblaient plus exaspéré qu'heureux de la voir, elle comprit qu'il n'était vraiment plus le même. Il ne valait mieux pas qu'elle passe la nuit à ses côtés. Il ne lui aurait rien fait, non, mais au fond d'elle, elle savait qu'elle ne voulait pas voir dans quel état il allait se mettre une fois seul. Elle sentait que son cousin ne vivait pas avec cet étrange rouquin tatoué qui sentait l'alcool et le tabac pour rien. Oui, Neji devait avoir sa part d'ombre, et elle ne voulait pas la voir, pas encore. Comme elle ne se sentait pas prête à lui montrer sa propre part d'ombre, à elle, qu'elle-même n'acceptait pas. D'un signe de la main, Neji lui indiqua d'aller dans la chambre du rouquin. Elle les laissa seuls.

La chambre était tout à fait impersonnelle. Contrairement à celle de son cousin, elle était rangée, à peu de chose près. En fait, il n'y avait rien dans cette chambre, à part un lit deux places, parfaitement fait, qui n'avait pas du servir depuis des nuits, une chaise sur laquelle les habits sales du roux étaient posés, et une grande armoire qui devait contenir tout le reste. Il y avait une fenêtre, les volets ouverts, qui donnait sur la rue sombre. Elle s'assit sur le lit, et regarda sa montre. Il était à peine 21h, et les quelques bruits qu'elle entendait depuis la cuisine lui firent comprendre que les deux hommes ne mangeraient pas ce soir. Peut-être allaient-ils parler, parler d'elle, de ce qu'ils allaient faire d'elle. Elle s'allongea sur le lit. Pitié qu'ils la laissent rester. Elle ne voulait pas y retourner. À quoi cela servirait ? Son père ne la regarderait pas plus qu'avant. Elle n'avait plus de rôle, maintenant qu'il n'y avait plus Neji à dépasser. Elle n'avait plus d'avenir. Son père n'avait plus de projet pour elle. Non, elle ne pouvait rien faire d'autre que de rester ici, aussi sale et petit l'endroit était-il, aussi bizarre et malsain était Gaara, aussi changé était Neji. Elle n'avait pas d'autre choix, elle devait tout faire pour qu'ils acceptent de la garder. Qu'importe les sacrifices.